Une fois encore, j’étais hier à Lille, la belle Flamande, pour une formation que je devais donner, à l’ESJ, à une demi-douzaine de jeunes journalistes. Le thème général relevait du passage du print au web, non en son principe mais dans la pratique. Comment faire, quoi.
Il y avait un ciel superbe. A midi, je me suis installé à une terrasse, place Richebé, où j’avais rendez-vous avec une andouillette et son pichet de côte-du-rhône. Au tabac, en face, j’ai acheté Vendredi. Vous savez: cet hebdo qui n’est pratiquement constitué que de billets de blogs compilés et republiés sur papier.
C’était un bon sujet à traiter en contrepoint pour entamer l’après-midi en douceur, me semblait-il: il y a aussi moyen de passer du web au print.
La première réaction, instinctive, de mes auditeurs, a été de se demander quelle était cette absurdité. C’est pas dans ce sens-là qu’elle va, la flèche du Temps… Et puis, en feuilletant, on se rend compte que ce qui retient l’oeil et l’esprit, ce n’est pas le G20, ni le boubou de Ségolène, ce sont surtout de petits joyaux qu’on n’avait pas repérés. Les Histoires de Robinson en « une », par exemple, avec cette réflexion vraiment philosophique des correcteurs du « Monde », qui donne à penser et devrait inciter à se relire encore et encore, et ce très beau cri d’humour, qui n’est pas moins profond.
L’écrit devient ainsi le nouveau refuge de la sérendipité. Un parfait complément pour le web. Les vrais journaux devraient y réfléchir. N’aurait-on pas plus envie de les acheter, si on pouvait espérer y avoir des surprises, y trouver des lectures, y faire des découvertes? Mais il faudrait pour ça qu’ils assument leur nouveau statut. Celui de complément du web.

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