Avec un peu de retard, je lis dans CaféBabel que ce mardi, à 0 heure, entre en vigueur sur tout le territoire des Pays-Bas la loi qui interdit de fumer dans les restaurants et cafés. Ce qui n’aurait rien de très original sans cette curiosité locale que sont les coffee-shops, où explorateurs en goguette, branchés snobinards, post-ados acnéeux et branleurs cannabiques de toute l’Europe (choisissez votre catégorie si vous en êtes, ajoutez-en si vous ne trouvez pas la vôtre
) s’approvisionnent quasi légalement en déclinaisons diverses du cannabis.
Parce que la loi anti-tabac s’y applique aussi. Ce qui signifie donc que les amateurs qui ne peuvent attendre, ou qui veulent mener sur place des dégustations comparatives, sont priés, non pas d’aller fumer dehors mais d’y consommer leurs joints purs, sans le moindre ajout de la terrible et mortelle herbe à Nicot… Sinon? Amende pour le dealer et fermeture de la fumerie en cas de récidive. Non, mais!
On vit quand même dans un monde étonnant, non? Parce que, bon: moi, je fume la pipe, et un p’tit havane de temps en temps, toujours 100% pur tabac, c’est mon affaire, mais il ne me viendrait jamais à l’idée d’en exhaler l’importune fumée dans l’assiette de mon voisin de table, je trouve ça très discourtois et ça ne me gêne donc aucunement qu’on l’interdise aux grossiers qui ne comprennent pas. Mais en venir à condamner la fumée des cibiches en jugeant anodine celle du pétard tobacco-free? Là, on pousse un peu, non?
C’est pourtant bien ce qui ressort des propos du ministre local de la Santé (?), un certain Ab Klink, je n’invente pas: « Les employés des coffee-shops ont tout autant le droit que les employés d’autres branches de services d’être protégés des conséquences de la fumée de tabac » a-t-il répondu à l’association des dealers philanthropes. On doit donc apparemment déduire que, pour cette excellence démo-chrétine, les conséquences de la fumée de joint, elles, sont globalement bénéfiques pour lesdits employés.
Ils sont marrants, nos voisins du nord. Et bons commerçants. Toujours serviables: fournisseurs de fesse illustrée et de poupées gonflées il y a trente ans (vous souvient-il des premiers sex-shops de Sluis, où vous découvrîtes sur papier glacé 1.001 façons de stimuler manuellement la production de vos précieuses endorphines?), pourvoyeurs patentés d’innocentes herbes naturelles et subtilement psychotropes aujourd’hui.
Et quelle chance nous avons, en Belgique, d’avoir ces grands comiques pour voisins!
PS: Sérieusement maintenant, pour ceux que ça intéresse, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) vient de publier une copieuse monographie en anglais (742 pages) intitulée « A Cannabis Reader: Global Issues and Local Experiences« . Un chapitre du deuxième tome fait notamment le point sur les effets du cannabis pour la santé. En constatant notamment qu’on est toujours dans le vague à ce sujet, là où on en était il y a trente ans. Vous pouvez télécharger l’étude en cliquant sur le lien. [Updated 29/06/08]

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