Il ne vous reste – hélas – que quelques jours pour vous précipiter au théâtre du Parc, mais allez-y, vous ne le regretterez pas. Jusqu’à vendredi prochain, on y joue Le Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier. C’est un pur bonheur, je l’ai connu hier soir.

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L’extrait ci-dessus vous donne le ton de la pièce: il y a du spectacle, dans l’esprit des comédiens ambulants du XVIIe siècle et des grands romans de cape et d’épée (Dumas, Féval…) du XIXe. Thierry Debroux, qui signe l’adaptation et la mise en scène, explique dans le programme qu’il a vu à dix ans, à Boitsfort, le film de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais et quelques débutants de la classe 61: Louis de Funès, Philippe Noiret, Jean Rochefort, excusez la modestie de cette distribution.

Je sortis émerveillé de cette projection et, tout au long du chemin qui me ramenait à la maison, je fus Sigognac se battant pour l’amour de sa belle (…) J’étais tous les personnages, je bondissais sur le trottoir, armé d’une épée imaginaire et je me battais contre des ennemis invisibles. J’ai toujours su qu’un jour, je ferais quelque chose des agitations naïves de cet enfant qui se prenait pour un héros de cape et d’épée.

capitaine fracasseJ’ai vu ce même film au même âge. Dix ans plus tôt sans doute. Je devais être moins expansif que Debroux, mais moi aussi j’ai vraiment vécu en rêve des exploits de redoutable bretteur.

Il y a cependant bien plus que de l’agitation dans la belle pièce que j’ai vue hier soir dans une salle pratiquement bourrée jusqu’au rebord de ses baignoires. Car ce n’est pas seulement une histoire qu’on y montre, il y aussi l’histoire de l’histoire et, à côté des moments de bravoure et des coups d’éclat (ah! les beaux combats ordonnancés par Jacques Cappelle…), se glisse ainsi la méditation de Gautier sur l’art et sur les relations de l’artiste avec le public et avec ses personnages.

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J’aime le théâtre. J’ose à peine l’écrire car je serais bien en peine de le prouver: j’y vais si rarement. Mais à chaque fois, même quand je m’ennuie à mourir, comme hier soir, le geste du comédien qui se glisse dans un texte pour le servir me ravit à l’extrême. Et son bonheur palpable dans son sourire sous les vivats, au baisser du rideau.

Hier donc, j’ai trouvé le temps très long. C’était Le Premier (Line en VO, un tiers de siècle sans débander off Broadway, un peu comme La Cantatrice chauve au Théâtre de la Huchette), un monument historique en somme, signé Israel Horovitz, monté au Théâtre des Martyrs et mis en scène ici par Michel Huisman.

J’avoue humblement que je ne savais pas tout ça en partant et ce n’est pas le programme qui me l’a appris, il m’a fallu, en rentrant, explorer la Toile pour étaler devant vous ce savoir tout frais. Soit. Une science préalable aurait-elle influencé mon jugement? J’espère que non car ce serait le signe que toutes nos émotions esthétiques ne sont pas spontanées. Mais comment voulez-vous que je le sache?

Si rempli de bonne volonté que je fusse à l’origine, je n’ai donc pas réussi à « entrer » dans ce texte, malgré tout le talent de ses cinq interprètes qui m’y invitaient. Et au bout d’un quart d’heure, je capitulais, me résignant à ne plus attendre que la fin, en cherchant la bonne position dans mon fauteuil, pour patienter sans trop gêner mes voisins. J’ai apprécié la tolérance de Michel, qui au bar ne parut pas me tenir rigueur de l’aveu que je lui fis de mon ennui.

Je ne vous raconte pas cela pour jouer aux critiques de théâtre, je n’en ai pas les armes. Je témoigne seulement des effets d’un regard totalement innocent sur un monument culturel et m’interroge: admirerait-on si universellement la Joconde, si l’on ne savait qu’elle était la Joconde?

A 56 ans, je m’arroge le droit de poser la question, quitte à passer dans certaines académies pour un ilote aviné. Et la poser sans honte, finalement, me fait passer une bonne soirée!

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