La coupe du monde de foute-balle me laisse de glace. Mais le jeu, ce « sport de gentlemen joué par des voyous », me plonge parfois dans des abîmes de perplexité, quand l’écho de ses controverses parvient à mes oreilles ennuyées.

Vous avez sûrement encore en mémoire, comme moi, le scandale provoqué par la faute de main de Thierry Henry, celle qui autorisa l’équipe de France, au lieu de celle d’Irlande, de se couvrir de ridicule en Afrique du Sud. Vous avez vu, hier soir, un certain Suarez repousser des deux mains un ballon ghanéen qui allait pénétrer dans le but de la Céleste?

Carton rouge et penalty, on est d’accord. Penalty raté, c’est le jeu. Il n’en reste pas moins que les mains de Suarez ont changé la face de la compétition plus sûrement que le nez de Cléopâtre celle du monde. Scandale? Que nenni pour les brillants intellectuels du commentaire à chaud: Suarez, le brave petit, « s’est sacrifié » pour son équipe. Et on trouve ça beau. Grand. Sublime d’abnégation.

Je ne comprends pas. En enfreignant sciemment les règles du jeu pour en changer le cours, ce Suarez n’a pas moins triché que le Titi. Moi, si j’avais été l’arbitre, j’aurais accordé le but. Le ballon n’a pas franchi la ligne? On s’en fout. Ce qui compte, c’est ce que « voit » l’arbitre. Et je la voyais au fond, moi, cette balle, quoi que puissent en direles caméras.

Mais bon: Ghana ou Uruguay, rien à cirer. Pourvu que nos voisins hollandais, au tour prochain, punissent les tricheurs aussi durement qu’ont été punis les bleus.

Et si vous n’êtes pas convaincu que ce Suarez n’est qu’une petite frappe, lisez donc l’explication qu’il a fournie de son geste…

Connaissez-vous l’ambush marketing? Moi, je  viens de découvrir l‘expression qui recouvre les pratiques consistant à faire sa pub à l’occasion d’un événement quelconque, sans rien payer aux organisateurs. Cela se pratique depuis la nuit des temps. Et c’est efficace.

Evidemment, quand ledit événement est sponsorisé par un concurrent direct du resquilleur, les problèmes surgissent. En 1984, Fuji Film sponsorisait ainsi les Jeux Olympiques de Los Angeles. Les Japonais n’ont pas apprécié que Kodak soutienne les émissions de la télé américaine. Et ils se sont vengés en 88, à Séoul, quand Kodak fut à son tour le sponsor officiel…

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Vous avez probablement vu et peut-être revu, comme moi, ces pénibles images d’un mercenaire du football pulvérisant le tibia et le péroné d’un de ses adversaires, un autre mercenaire au demeurant. C’est aussi pour ça que je n’aime plus le foot. De prétendus « réalistes » – qui ne sont que de nouveaux cyniques – ont affirmé n’y voir qu’un « incident de match », la simple matérialisation d’un « risque du métier » en somme.

La réaction qui m’a le plus intéressé, pour ma part, fut celle du principal sponsor du club fautif – car la faute du commis est aussi et peut-être surtout celle de ses commettants qui l’encouragent à la commettre. Avant la fin du match, l’opérateur de téléphonie mobile Base a en effet lâché un communiqué assénant que

cette attitude [celle de l'auteur de la faute - ndlr] n’est pas du tout dans la lignée des valeurs et des normes que Base porte en tant que marque en Belgique.

Je trouve ça vraiment bien. Ici, c’est en somme la pub (le sponsoring en l’occurrence) qui rappelle ceux qu’elle finance à l’éthique qu’ils ont oubliée. C’est peut-être une piste pour arrêter la dérive des spectacles sportifs vers les jeux du cirque et les arènes de Rollerball, pour ceux qui se souviennent du film de Norman Jewison (1975).

Le manager du club de Tubize a reçu une réprimande, la section sanction (merci à ceux qui m’ont signalé la coquille!) la plus légère de l’Union Belge de foot, pour être monté sur le terrain au cours d’un match, à Genk. Parce que les supporters limbourgeois chantaient avec finesse: « Et les Wallons, et les Wallons c’est du caca-a-a-a ». La preuve:

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Chic. Raffiné. Très foot d’aujourd’hui, au fond. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, au « Racing Kebab » de Genk (c’est paraît-il comme ça que les autres kops, flamands et wallons fraternellement unis, désignent subtilement ce club très « multiculturel »…)

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Le show-business sportif n’entre pas dans mes priorités, mais j’ai suivi le concours féminin de saut en hauteur, hier, et le bonheur irradiant de cette grande fille de Tessenderlo sur son podium m’a touché. Comme celui des quatre relayeuses argentées de la veille. Les larmes de joie d’un sportif après avoir réalisé une « perf », après avoir réussi à se dépasser, font toujours plaisir à voir. C’est ce qui reste de pureté jusque dans le sport professionnel, dans le spectacle sportif.

Et vous savez ce qui donne un goût aussi fort à « nos » deux médailles? C’est qu’il n’y en a que deux, justement, d’autant plus belles qu’elles sont si rares. Quelque part, je plains la Chine et les Etats-Unis qui les collectionnent comme de vulgaires breloques.

Et je ressens comme un malaise quand je lis que Jacques Rogge émet « de sérieux doutes sur la politique sportive en vigueur dans notre pays », dont la population serait en « très mauvaise condition physique », la preuve étant que les Hollandais remportent plus de médailles que nous, avec moins de ministres pour fabriquer les athlètes.

A moi, comte, deux mots: que nous voulez-vous là? Gardez pour vous vos grands projets politiques hygiénistes, nous ne sommes pas des Chinois d’aujourd’hui, ni même des Est-Allemands d’avant 89. Ce n’est pas à l’Etat de fabriquer des sportifs (il faut paraît-il de 8 à 12 ans pour manufacturer un champion olympique).

Il n’appartient à personne de fabriquer des sportifs, sinon à eux-mêmes. Et quand j’entends un autre ancien saluer sur la Une la clairvoyance de cet athlète qui, en épousant une sprinteuse, aurait poursuivi un projet de gloire pour sa progéniture et pour son pays, j’ai subitement très froid dans le dos. Mais ça ne dure qu’un instant: il est de chez nous ce gars-là et sa femme, il a dû l’épouser parce qu’il l’aimait, pas parce qu’elle courait vite.

N’empêche: quand j’entends ce genre de propos, j’en viens à me dire qu’il est encore fécond, le ventre qui nous rattache à nos origines animales et à nos instincts primitifs. Qu’il nous surprend parfois, au détour d’une phrase ou d’une médaille, sans qu’on le voie venir…

P.S.: Maintenant qu’ils sont finis, les Jeux, on peut reparler des droits de l’Homme? Merci.

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