Articles taggés avec ‘Société’

Frédéric, le petit Mitterrand

Jeudi 8 octobre 2009

Finalement, ce ne sont pas les glauques tribulations d’un quidam dans les bordels de Patpong qui m’interpellent. Ce n’est pas non plus que cet homme assouvisse son fantasme d’en étaler la chronique dans un bouquin au statut ambigu – roman autobiographique? Autobiographie romancée? On se console comme on peut du mal-être qu’on endure, tant qu’on n’enfreint aucune règle de droit. Et la morale, c’est personnel.

Mais il y a la dignité de la fonction qu’on assume. Et les qualités requises pour la remplir.

On attendait donc Frédéric Mitterrand  à l’oral, face à Laurence Ferrari, sur TF1. Du bout des lèvres, il a reconnu des « erreurs ». De tout son être, il a montré sa fragilité. Pour un écrivain, ç’eût été acceptable. Pour un ministre de la République, c’était pitoyable. Je n’accuse pas l’homme, désespérément seul en face de ses faiblesses. Mais j’ai vu un ministre, manifestement hors d’état d’assumer la charge qui lui est confiée.

Une heure avant, nous en causions sur Bel RTL, « sans langue de bois ». Avec Frédéric Cauderlier, Alain Raviart, Michel Henrion et Mehmet Koksal. Sans doute aurions-nous été meilleurs et plus pertinents, une heure plus tard. Je crois pour ma part que pour conserver son honneur d’écrivain, il devait s’effacer. Et que pour le bien de la République et pour la dignité de son gouvernement, il fallait ne pas le nommer.

Vu d’ici, le reste – tout le reste -, n’est que gesticulation de nains politiques.

Le multiculturalisme du MR

Jeudi 1 octobre 2009

Je crois qu’on peut reconnaître au Mouvement réformateur le mérite d’être le premier parti francophone à avoir osé une réflexion d’ensemble vraiment actuelle – et des propositions – sur la délicate question des différences culturelles au sein de la société. Cette question se pose de manière parfois pressante à de multiples endroits, comme chacun peut le voir: dans les écoles; dans les administrations; au parlement; dans la rue; et jusque dans les familles. Il y a la question du voile islamique, bien sûr. Mais pas seulement. Loin de là. Le débat est beaucoup plus large et engage en réalité le fondement même de la société dont nous faisons partie et dans laquelle, pour bien faire, chacun doit pouvoir trouver sa place, « se sentir bien ».

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Réveille-toi Voltaire, Ducarme déraille…

Lundi 22 juin 2009

C’est à la fois viscéral et raisonné: je n’aime pas le voile islamique, pour ce qu’il représente à mes yeux en termes de soumission à un ordre et de domination du mâle. C’est ma conception, mais je ne suis pas en droit de l’imposer à qui que ce soit. J’aimerais que mademoiselle Ozdemir, cette nouvelle élue du cdH, se libère de l’irrationnel au point d’accepter l’idée de pouvoir paraître, un jour, « en cheveux » comme on dit à Bruxelles, et d’affirmer autrement ses convictions. Mais il faut que ce soit sa décision, non l’effet d’un règlement qui n’aurait lieu d’être que pour des raisons impérieuses, de sécurité par exemple.

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C’est du caca, les Wallons?

Mardi 17 février 2009

Le manager du club de Tubize a reçu une réprimande, la section sanction (merci à ceux qui m’ont signalé la coquille!) la plus légère de l’Union Belge de foot, pour être monté sur le terrain au cours d’un match, à Genk. Parce que les supporters limbourgeois chantaient avec finesse: « Et les Wallons, et les Wallons c’est du caca-a-a-a ». La preuve:

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Chic. Raffiné. Très foot d’aujourd’hui, au fond. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, au « Racing Kebab » de Genk (c’est paraît-il comme ça que les autres kops, flamands et wallons fraternellement unis, désignent subtilement ce club très « multiculturel »…)

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Distribution et production se font la guerre

Jeudi 12 février 2009

Vous avez vu cette bagarre qui s’est déclenchée entre les « géants » Delhaize et Unilever? Je suis assez d’accord avec News Up!, le nouveau blog d’Auxipresse: intrinsèquement, cela vaut bien plus qu’un tout petit article dans les pages intérieures de nos gazettes.

Parce qu’il y a un problème de fond là-dessous: entre les chaînes de distribution et les marques, la guerre est permanente. Et quand Delhaize se plaint de ce qu’Unilever veuille imposer ses prix et ses « rossignols », à côté de ses produits-phares, il y a peut-être du vrai, mais c’est aussi l’hopital qui se moque de la charité: interrogez les producteurs sur les pressions que subissent leurs marges de la part des grands distributeurs, et ce que ça coûte, une présence dans les linéaires…

Et puis, euh… Il n’y a qu’une catégorie d’intervenants à qui on ne demande jamais un avis dans ce genre de débat: le cochon de client, le consommateur, quoi, vous et moi. Il faut dire que nous sommes bien dociles, nous faisons sagement la file avec nos caddies débordant de produits blancs, de viandes préemballées et de super-promotions.

Enfin, quand je dis »nous », ce n’est pas tout-à-fait vrai. Si Delhaize ne vend plus de Green Ice-Tea, j’irai l’acheter ailleurs, avec le reste, c’est tout. Car pour tous les produits qui me réjouissent les sens et le coeur, j’ai de bonnes petites adresses patiemment accumulées au fil des ans. Des « petits » commerçants fûtés, qui misent sur la qualité plus que sur la quantité. C’est parfois un peu plus cher, mais c’est tellement meilleur, avec un brin de causette en passant à la caisse…

Une « cellule de prospective »?

Mercredi 4 février 2009

Je ne le savais pas en écrivant ma chronique de mardi, dans la solitude de ma tour d’ivoire, mais toute la page forum du Soir était consacrée par le plus grand des hasards au même sujet que celui que j’avais justement choisi de traiter: ce petit passage de son interview dans lequel Joëlle Milquet revendiquait une plus forte implication des intellectuels dans le débat politique, voire carrément la création d’une « cellule de prospective ». Axel Gosseries (UCL), Bertrand Montulet (FUSL) et Alain Eraly (ULB) sont montés au créneau.

Ce dernier, j’ai eu la chance de le fréquenter, un mardi sur deux notamment, au petit déjeûner qu’organisait Hervé Hasquin avec ses proches conseillers et collaborateurs, quand il présidait le conseil d’administration de l’ULB. Il a ensuite dirigé le cabinet de Hasquin à la Région bruxelloise et préside aujourd’hui la Solvay Business School. C’est un exemple convaincant d’intellectuel et universitaire soucieux d’associer le geste à la parole et de s’impliquer dans la société des mortels ordinaires.

Il n’est pas tendre quand il rappelle que les partis eux-même ne sont pas toujours bien à l’aise avec ces intellos toujours tentés de préférer la raison tout court à la raison politique… Il ne l’est pas plus pour les universités quand il constate crûment que « ce vers quoi la commnauté scientifique est en train d’évoluer, c’est vers un émiettement de connaissances très pointues plutôt que vers une réflexion globale« .

Mais j’en reste pour ma part à l’idée que je défends dans mon propre texte et que je traduis plus sèchement ici:  remettez vos cellules de prospectives, vos trucs et vos machins au vestiaire, Joëlle, cela ne sert qu’à améliorer l’ordinaire de ceux qui y participent. Engagez plutôt quelques bons veilleurs dans vos équipes. Cover what you do best, and link to the rest…

PS: Pour trouver les articles ci-dessus sur le site du Soir, il faut avoir envie, je vous jure!

Relire aussi sur ce blog:

Elle n’était plus vierge. Et alors?

Lundi 17 novembre 2008

La cour d’appel de Douai a réformé cette décision du tribunal de grande instance de Marcq-en-Baroeul (Lille) dont je vous avais entretenu et qui avait fait grand bruit: la jurisprudence des cours et tribunaux français réaffirme haut et fort que « le mensonge qui ne porte pas sur une qualité essentielle n’est pas un fondement valide pour l’annulation d’un mariage »; et la virginité de l’épouse ne peut être considérée comme « une qualité essentielle » dans son chef… Bienvenue au XXIe siècle, les Ch’tis.

Reste que voilà donc cette pauvre fille « remariée ». En attendant l’issue d’une classique procédure en divorce, je suppose. C’est évidemment regrettable, mais quoi? Se conçoit-il qu’un tribunal civilisé annule un mariage au motif que l’épouse avait menti sur sa virginité?

Depuis le quartier de Bilal

Mardi 4 novembre 2008

Hermine est une grande fille sympathique que j’ai connue au Soir, puis à Dimanche Matin où j’étais venu donner un coup de main, alors que j’avais déjà quitté la presse. Une vraie journaliste, de la catégorie « grand reporter du coin de la rue », comme elle se décrit elle-même dans son profil sur Facebook. Et croyez-moi, il y faut du talent. Beaucoup.

Si j’ai bien compris, parce qu’il y a longtemps que je ne l’ai plus vue, elle est devenue prof de morale. Et c’est en cette qualité qu’elle a créé un blog avec ses élèves de 6e primaire. Il est tout neuf, il vient de naître, j’en ai été le 62e lecteur mais, en le parcourant, j’ai pris une claque. Une grosse claque en pleine figure. Les reportages sont réalisés par des enfants de la rue, des petits poulbots de Bruxelles, immergés dans les bandes, celles de « 1030″, « 1140″…, les matricules de quartiers « difficiles ». Ici, c’est l’enfer, écrit Bilal de son quartier.

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Ce qui interpelle, c’est que c’est eux qui ont voulu écrire, avec « madame Hermine », cette grande blonde qui est une « mécréante » mais qui a été journaliste. Et qui a dû leur apparaître comme la médiatrice qui allait pouvoir les aider à faire entendre leurs cris, dans la langue de ceux à qui ils s’adressent. Des cris de colère, mais aussi et surtout des appels à l’aide.

Ils s’appellent « les envoyés spéciaux« . A première vue pourtant, on les imaginerait plutôt en « correspondants », parce qu’ils parlent du lieu où ils sont nés. A ceci près qu’instinctivement, ils ont compris que ce « lieu » n’est pas vraiment le leur, qu’ils doivent en sortir. Ce n’est pas l’endroit qui les gêne, les rues, les maisons. C’est la violence du quotidien et sa spirale infernale.

Allez-y voir, lisez ce blog et faites le lire. D’abord, vous apprendrez quelque chose sur ce qui se passe tout près de chez vous, sur ce qui circule dans de petites têtes que vous croisez tous les jours. Et puis surtout, quand ils regarderont grimper le compteur qui indique le nombre de leurs visiteurs, ils verront qu’on les lit, qu’on les entend, qu’on les écoute. Qu’on a besoin d’eux pour construire la Cité, que leur voix compte. Qu’ils font partie de la même communauté que nous.

Si vous me lisez, faites passer ce message. Pas le mien, ce n’est pas la peine de me citer, moi, ni « madame Hermine ». Mais eux. Aidez les à faire entendre leurs voix. Donnez leur ainsi un peu de cet espoir qui fait tomber les murs des plus sombres bastilles.

Fume, c’est pas du belge!

Samedi 28 juin 2008

Avec un peu de retard, je lis dans CaféBabel que ce mardi, à 0 heure, entre en vigueur sur tout le territoire des Pays-Bas la loi qui interdit de fumer dans les restaurants et cafés. Ce qui n’aurait rien de très original sans cette curiosité locale que sont les coffee-shops, où explorateurs en goguette, branchés snobinards, post-ados acnéeux et branleurs cannabiques de toute l’Europe (choisissez votre catégorie si vous en êtes, ajoutez-en si vous ne trouvez pas la vôtre ;-) ) s’approvisionnent quasi légalement en déclinaisons diverses du cannabis.

Parce que la loi anti-tabac s’y applique aussi. Ce qui signifie donc que les amateurs qui ne peuvent attendre, ou qui veulent mener sur place des dégustations comparatives, sont priés, non pas d’aller fumer dehors mais d’y consommer leurs joints purs, sans le moindre ajout de la terrible et mortelle herbe à Nicot… Sinon? Amende pour le dealer et fermeture de la fumerie en cas de récidive. Non, mais!

On vit quand même dans un monde étonnant, non? Parce que, bon: moi, je fume la pipe, et un p’tit havane de temps en temps, toujours 100% pur tabac, c’est mon affaire, mais il ne me viendrait jamais à l’idée d’en exhaler l’importune fumée dans l’assiette de mon voisin de table, je trouve ça très discourtois et ça ne me gêne donc aucunement qu’on l’interdise aux grossiers qui ne comprennent pas. Mais en venir à condamner la fumée des cibiches en jugeant anodine celle du pétard tobacco-free? Là, on pousse un peu, non?

C’est pourtant bien ce qui ressort des propos du ministre local de la Santé (?), un certain Ab Klink, je n’invente pas: « Les employés des coffee-shops ont tout autant le droit que les employés d’autres branches de services d’être protégés des conséquences de la fumée de tabac » a-t-il répondu à l’association des dealers philanthropes. On doit donc apparemment déduire que, pour cette excellence démo-chrétine, les conséquences de la fumée de joint, elles, sont globalement bénéfiques pour lesdits employés.

Ils sont marrants, nos voisins du nord. Et bons commerçants. Toujours serviables: fournisseurs de fesse illustrée et de poupées gonflées il y a trente ans (vous souvient-il des premiers sex-shops de Sluis, où vous découvrîtes sur papier glacé 1.001 façons de stimuler manuellement la production de vos précieuses endorphines?), pourvoyeurs patentés d’innocentes herbes naturelles et subtilement psychotropes aujourd’hui.

Et quelle chance nous avons, en Belgique, d’avoir ces grands comiques pour voisins!

PS: Sérieusement maintenant, pour ceux que ça intéresse, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) vient de publier une copieuse monographie en anglais (742 pages) intitulée « A Cannabis Reader: Global Issues and Local Experiences« . Un chapitre du deuxième tome fait notamment le point sur les effets du cannabis pour la santé. En constatant notamment qu’on est toujours dans le vague à ce sujet, là où on en était il y a trente ans. Vous pouvez télécharger l’étude en cliquant sur le lien. [Updated 29/06/08]

Un homme, une femme et le droit

Samedi 31 mai 2008

C’est en France. Dans le Nord. Mais ce pourrait être n’importe où. Si vous regardez les JT ou écoutez la radio, vous avez probablement entendu parler de cette histoire. Le soir de ses noces, un homme découvre – sous la couette? – que la femme qu’il vient d’épouser n’est plus vierge. Horreur! Il s’en sépare sur le champ – il la répudie? – et demande à la justice de prononcer la nullité du mariage. Accordé. Article 180 du Code civil français qui traite de l’erreur sur la personne.

Choquant, non? Pas pour tout le monde. Les intéressés d’abord: la femme elle-même n’a pas plaidé la validité des épousailles. On ne sait pas trop pourquoi mais, de mon point de vue, je peux comprendre: peut-être avait-elle découvert à cette occasion que son fiancé n’était qu’un sale con. Le juge, évidemment. Le parquet, qui s’en est remis à la sagesse de celui-ci. Et une noria de commentateurs plus ou moins inspirés, dont le fameux Maître Eolas, grand donneur de leçons toujours heureux d’étaler sa science du droit qu’il assène à la plèbe épatée, tel Moïse descendant de sa montagne.

Mais interpellant pour beaucoup de citoyens quand même, dont les habituels abonnés du communiqué de presse, en commençant par Ni putes, ni soumises, pour aller jusqu’à Elisabeth Badinter en passant par le PS et même par le secrétaire-général de l’UMP sarkozyste (pour un florilège de condamnations de ce jugement, voir par exemple LCI.fr).

Je n’interviens ici, dans ce débat qui touche aux fondements de ce que j’appelle la civilisation, que pour attirer votre attention sur ce qui m’apparaît comme la plasticité et la fluidité de la règle de droit, généralement apte à justifier la chose et son contraire, selon la lecture qu’on en propose. Car il y avait parfaitement moyen, en droit, de refuser la demande.

J’ai expérimenté le trouble dans lequel cette caractéristique peut plonger les étudiants: dans les séances de travaux pratiques de droit public que j’ai eu le bonheur de diriger jadis, à l’ULB, ils étaient souvent perturbés, au début du séminaire, quand on les chargeait de soutenir une cause dans un cas pratique, comme un avocat aurait à le faire pour son client, sans leur en laisser le choix.

En deuxième année d’études seulement, c’était sans doute trop tôt. Mais la vertu pédagogique du procédé – je précise humblement que ce n’est pas moi qui l’avais inventé – me paraît aujourd’hui évidente: il montre que le droit étaye un jugement, lui donne une justification rationnelle; qu’il n’en dicte pas, ou rarement, le dispositif. Et que dans des matières comme celles-là, des raisonnements pareillement irréprochables dans leur logique interne pouvaient être avancés pour justifier des décisions diamétralement opposées.

Je parierais bien que, dans le cas d’espèce, le juge du tribunal de grande instance de Marcq-en-Baroeul a statué en juge de paix, au sens premier. Il a dû constater qu’au fond, les plaideurs étaient d’accord entre eux, que ce mariage avait été une erreur, qu’il devait donc être dissous et que, puisque le demandeur avait choisi d’emprunter cette voie et que la défenderesse l’y suivait sans regimber, sa mission pouvait se résumer à donner à ce « divorce » les couleurs d’une annulation, selon le voeu des parties. La cause était entendue. Il ne restait qu’à l’habiller d’un manteau juridique.

Mais ce faisant, le juge a aussi perdu de vue que sa décision, si juridiquement habile qu’elle fût en apparence dans ses attendus, acquerrait une tout autre portée dans le contexte social de l’heure: dans la France laïque du début du XXIe siècle, un homme peut donc faire annuler son mariage s’il constate au lit nuptial que son épouse a déjà offert, à un autre au moins, son petit trésor…

C’est choquant, je vous dis. Pas parce que les ex-époux sont musulmans. Parce qu’il s’agit d’un homme et d’une femme. Aujourd’hui.