Il y a quelques jours, Alain Gerlache avait la bonne idée de demander à ses lecteurs ce qui les avait marqués en 2007. Enfin… A la réflexion, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée: la conversation a rapidement dévié vers des considérations annexes, comme souvent (toujours?) dans les forums… Mais bon: reste qu’un petit coup d’oeil dans le rétroviseur, à certaines époques de l’année, est une bonne façon de reprendre son souffle et de faire le point.
Au terme d’une année complète de blogging (ce site a démarré le 19 janvier dernier), je me suis donc demandé, en parcourant ma petite production, ce qui mériterait de prendre place dans une rétrospective comme en produisent à satiété les gazettes, ces temps-ci. Et, sans hésiter, je vous propose ceci, comme je l’ai fait sur le blog d’Alain, en commentaires:

C’est donc le premier site « hyperlocal » du Washington Post, (oui, oui: LE Post): Loudoun Extra.com. Oui, je sais: un championnat local de basket-ball féminin dans la grande banlieue de Washington DC, ça vous laisse froid. Moi aussi. Aussi bien, ce n’est pas le score des Falcons qui m’intéresse. Mais l’idée d’un journalisme de proximité, qui apporte à son public les informations qui, pour lui, sont signifiantes. Allez donc voir, non pas les infos, mais la structure de ce site, ses rubriques. Génial!
Les journaux classiques – et la télévision – sont des mass-media, des medias de masse. Avec la révolution internet qui se déroule sous nos yeux, nous changeons d’époque et de paradigme, nous entrons dans l’ère des medias des masses, selon l’heureuse expression de Joël de Rosnay. Ce qui signifie deux choses, à mon humble avis:
* d’une part la possibilité de publier des informations dont la diffusion, jusque là, ne pouvait de faire que de bouche à oreille, principalement pour des raisons de coût: le prix du papier, celui de l’encre… Le coût marginal de l’information était jusqu’ici trop élevé pour que puissent être diffusées des infos qui n’intéressent qu’un public limité. Avec les TIC, ces coûts s’effondrent, l’information peut être stockée et rendue accessible;
* d’autre part et corollairement en somme, car les barrières financières à l’entrée du monde de l’édition se sont effondrées, la possibilité pour tout un chacun qui a quelque chose à dire de s’adresser instantanément à la terre entière, de devenir soi-même un producteur d’information, un éditeur, si vous préférez.
L’histoire de la diffusion des idées et de l’information se divisait jusqu’ici en deux époques, avant et après l’imprimerie. En démocratisant l’écrit, en le rendant accessible au plus grand nombre, celle-ci a permis l’avènement de la démocratie mais n’a développé que des modes de communication verticaux: c’est l’époque des élites reconnues, cooptées par les détenteurs des moyens de production de l’écrit (livres, journaux), de la parole (radio) et du geste (télévision), pouvoir filtrant opérant selon ses propres critères.
Par essence, la « démocratie internet » est beaucoup plus multipolaire, polypolaire même, si je peux m’autoriser ce néologisme. Ah… bien sûr, elle produit sans doute aussi beaucoup plus de scories et de « chats » de café du commerce, sans intérêt aucun. Mais depuis quand l’usage du marteau doit-il être prohibé parce qu’il permet de fracasser un crâne aussi bien que de planter un clou?
La troisième époque de la communication et de la diffusion des idées s’ouvre donc avec la révolution numérique. Beaucoup de choses vont changer, des adaptations parfois douloureuses vont devoir s’opérer. Ce sera, comme toujours, sur le mode de la procession d’Echternach: trois pas en avant, deux pas en arrière. On va (on a déjà commencé…) inventer un tas de choses inutiles, s’exciter sur elles et puis les délaisser. Mais ce ne sera plus jamais comme « avant ».
Il m’a semblé que la création par un grand journal réputé d’un site internet « hyperlocal » était un moment significatif, symbolique de cette (r)évolution qui se fait sous nos yeux et qui nous interpelle, tous autant que nous sommes. Je trouve cela bien excitant. Pas vous?
Si vous en voulez plus, voici quelques billets que j’ai publiés cette année sur ce thème. Vous y trouverez plusieurs liens externes intéressants:
* A propos d’une révolution dans la communication (17 mai);
* Bill Gates et moi, on est d’accord! (22 mai);
* Un défi pour la communication d’entreprise (27 mai);
* La révolution numérique dans la diffusion du savoir (3 juillet);
* Le Washington Post s’engage dans le journalisme hyperlocal (21 juillet);
* Nouvelle communication (4): conclusions très provisoires (20 novembre).