Articles taggés avec ‘révolution digitale’

L’éditeur et l’ordinateur

Vendredi 29 août 2008

Dans le secteur culturel, le monde du livre et de l’édition est probablement moins menacé par la « révolution numérique » que ne le sont les majors du disque ou la presse d’information générale. Je ne suis même pas loin de penser – comme d’autres bien avant moi – qu’il peut y gagner.

S’il s’adapte…

Le milieu est conservateur. Frileux parfois (souvent?) Mais il a ses éclaireurs. Il y a quelques jours, je vous ai ainsi parlé de Paulo Coelho. Il y a quelques heures, je discutais avec André Versaille, que j’ai pu contacter grâce à un de ses auteurs que j’ai la chance de fréquenter: l’historien Elie Barnavi, directeur scientifique du Musée de l’Europe.

André Versaille, c’est – c’était – Complexe. Les éditions. Une histoire brillantissime qui finit mal, fatalité des armes, voyez ce qu’en dit Pierre Assouline. Mais l’homme a rebondi. Il a relancé une nouvelle maison d’édition à Bruxelles, actuellement logée dans un décor qui m’a fait plonger dans la scène inaugurale de « Popaïne et vieux tableaux », du génial Tillieux. J’aurais pu dire aussi de Simenon: un centre d’entreprises de la SDRB, logé dans un ancien bâtiment industriel, à l’angle du boulevard de Nieuport et de la rue Antoine Dansaert.

Voilà pour l’ambiance. Mais mon propos, ici, c’est ça, par exemple:

Image de prévisualisation YouTube

En juin, André Versaille Editeur publiait un ouvrage de Jean-Marie Brohm sur les JO de 1936. Sur son site, cette vidéo amateur avec interview de l’auteur, uploadée sur YouTube et Daily Motion.

Pas parfaite la vidéo. Le site non plus d’ailleurs. André Versaille le sait, une nouvelle version arrive bientôt. Mais peu importe. C’est la démarche qui compte et elle surprend très agréablement: cet éditeur-là a compris que la révolution est en marche et qu’elle sera profitable à ceux qui sauront l’apprivoiser.

J’y reviendrai. Dans quelques jours, l’éditeur publie un nouvel opus d’Elie, que je suis occupé à déguster en primeur, par faveur spéciale de l’auteur: « L’Europe frigide« .  Je vous le commenterai. Et vous montrerai la vidéo qui va sortir sur YouTube…

Trois cents pour les J.O.?

Samedi 16 août 2008

Gawker.com, un fameux blog commercial new-yorkais, pose une question qui me paraît judicieuse en son principe (même si les chiffres avancés peuvent être sujets à caution): les Jeux Olympiques de Pékin-Beijing valent-ils les 412.000 USD que le New York Times consacreraient à leur couverture?

nyt-jo-gawk.jpg

Tout part d’un constat: le Times a envoyé pas moins de 32 journalistes à Pékin. Oui: 32. Gawker avance une estimation du coût de l’opération en comptabilisant les frais directs et indirects que cela représenterait. Cela vaut ce que ça vaut, mais prenons ça pour argent comptant. En divisant ce montant par le nombre moyens de journaux vendus pendant les Jeux, on en arriverait à 3 cents quotidiens par lecteur.

Et le blogueur-journaliste impertinent de conclure sur cette question qu’il juge quasi-philosophique: les lecteurs du NYT sont-ils prêts à payer 3 cents par jour pour lire dans leur canard la prose de 32 journalistes pour savoir ce qui se passe à Pékin? Prenez ça comme vous voulez.

La question, cependant, me semble effectivement « philosophique », mais sous un autre aspect, beaucoup plus général. Car il me paraît évident que le public intéressé par le sport sera tout prêt à les payer, ces 3 cents. Il sera par contre peut-être plus réticent à en payer 97 de plus pour le reste du journal (la Géorgie, les frasques de John Edwards, les petites phrases de Barack ou de son rival) qui lui est imposé dans une offre conjointe et qui dans son optique, certes un peu réductrice, n’aura d’autre usage que l’allumage du barbecue dominical.

Le problème de la presse, il est là. Dans l’approche top-down des rédactions, qui savent ou croient savoir ce qui convient à leurs lecteurs et leur imposent la pâtée tous publics, un édito flamboyant pour papa, un écho pipeule pour maman, un festival rock pour Bart Simpson et un week-end écolo pour Lisa…

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Les leçons de « rue de la Loi »

Samedi 2 août 2008

Fabrice Grosfilley arrête ses activités de blogueur. C’est bien dommage pour nous, ses lecteurs. Et peut-être aussi pour lui, qui devait bien s’amuser. Mais cela lui a paru inévitable: il explique dans son billet d’adieu que ses nouvelles responsabilités (il a été nommé rédac-chef à RTL-TVI, félicitations Fabrice!) ne lui permettront plus de trouver le temps de bloguer.

Je suis curieux de voir si quelqu’un va reprendre le flambeau, à RTL. Mine de rien, « rue de la Loi » c’était devenu une petite marque. Oh, bien modeste sans doute. Le nombre de ses lecteurs quotidiens devait se chiffrer en centaines plutôt qu’en milliers. Bien loin des audiences de la station.

Mais je suis bien convaincu que les entreprises de presse, si elles veulent sortir à leur avantage de la révolution numérique et échapper à la Terreur qui va avec toutes les révolutions, sont dans l’obligation absolue d’investir la Toile. Mieux, plus fort et plus vite qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent. Mieux surtout.

Pour tout dire, et là je m’avance un peu, je ne suis pas sûr que Fabrice lui-même en soit déjà tout-à-fait convaincu. Dans son dernier billet, c’est de manière un peu convenue, je trouve, qu’il « avoue que l’expérience [lui] a beaucoup apporté ». Que « cet outil (…) permet un échange rapide entre l’auteur et ses lecteurs »; qu’il est « facile et léger à mettre en place, aisément personnalisable et très réactif ». Bref, que c’est « désormais l’un des medias à la disposition des journalistes et que ceux-ci ne doivent pas s’en désintéresser ».

Tout ça est bien vrai. Mais c’est un peu tiédasse à mon goût. Il y a plus et mieux à dire. Quoi ça? Vous voulez que j’essaie? Allez, juste quelques idées comme ça, jetées sur l’écran comme elles me viennent par un samedi d’été.

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Nouvelles d’une presse en crise

Dimanche 6 juillet 2008

La presse écrite est bien malade et le phénomène n’est pas simplement conjoncturel. C’est une vraie pandémie qui menace l’espèce d’une extinction pure et simple.

Vous en voulez des indices, des signes tangibles et chiffrés? Lisez par exemple ce billet d’Eric Scherer sur AFP-MediaWatch. Confrontés à une chute vertigineuse de leurs recettes publicitaires et à une augmentation de leurs coûts (dont celle, encore à venir, du papier), les journaux américains réduisent leurs effectifs à tour de bras: voyez cette géolocalisation des licenciements de journalistes US dont l’existence, en soi, est déjà une information.

Ce qui se passe? Une forme de cercle vicieux qui commence par des pertes de parts de marché provoquant des réductions de coûts qui, en faisant baisser la qualité des contenus et en les banalisant, rend les produits moins attractifs, et donc moins « vendables ».

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Obama et la « longue traîne »

Vendredi 6 juin 2008

Barack ObamaBarack Obama n’a pas gagné la bataille des primaires démocrates sur son seul look, ni sur son incontestable talent d’orateur, pas même sur la force apparente de ses convictions ni sur son programme. Mais parce qu’il est de ce temps qui vient. Il est en fait un des premiers exemplaires achevés d’homo politicus numericus, si j’ose dire… Il n’assène pas ses messages à ses auditoires, il converse avec eux. Parce qu’on le sait depuis le Cluetrain Manifesto: Markets are conversations. Le « marché électoral » aussi.

Dans le sérail, en Europe comme aux Etats-Unis – et même ici en Belgique, oui… – tout le monde ressent plus ou moins clairement la nécessité d’être présent sur les nouveaux moyens de communication. Dans la présidentielle française, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en ont fait un usage intensif. Et notre si charismatique Premier ministre s’est lui-même aventuré sur You Tube, souvenez-vous.

Mais Obama est sans doute le premier à avoir complètement intégré le nouveau mode de pensée et d’action: non seulement exploite-t-il à fond les nouveaux outils (retrouvez le sur MySpace, You Tube, Flickr, Twitter, LinkedIn et tutti quanti, la liste complète des réseaux auxquels il vous invite est sur son site), mais toute sa campagne est articulée autour d’une stratégie web et de la philosophie qui va avec: c’est une gigantesque « conversation » à laquelle tout le monde peut participer, ou à tout le moins avoir la conviction de pouvoir participer.

A la différence de celle d’Hillary Clinton, sa campagne n’est pas « pyramidale » (s’adresser aux grands notables, qui convaincront les petits notables, qui eux-mêmes ensuite…), elle exploite essentiellement la « longue traîne« . Comme Amazon…
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Petite introduction à la crise du journalisme

Lundi 26 mai 2008

1

Via Damien, je découvre que les 2es Assises du Journalisme se sont tenues, la semaine passée à Lille. Un mauvais point pour les organisateurs: je ne le savais pas. Ou un mauvais point pour moi, piètre « veilleur »? Je ne sais pas. A vous de trancher…

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Comme l’année passée, les étudiants de l’IPJ ont tenu le blog des assises, qui rend compte des différents débats qui ont été organisés. Je bookmarke pour y revenir à l’aise, en lecture. A première vue, les compte-rendus m’ont toutefois l’air plus légers, plus superficiels qu’en 2007. Ce serait dommage. Mais bien dans l’air du temps, au fond…

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Si j’en crois Philippe Couve, qui était sur place, ce n’était pas gai-gai. Les journaleux dépriment grave. S’interrogent sur leur avenir. Ce n’est pas un mal français, pas seulement: si la chose vous intéresse, abonnez-vous par exemple au flux RSS d’AFP-Media Watch, les mauvaises nouvelles pour la presse traditionnelle y tombent à jets continus. Aujourd’hui par exemple, c’est la presse régionale anglaise qui se voit « au bord du gouffre« .

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La presse US n’échappe pas, elle non plus, à la morosité ambiante. Voyez toutefois ces propos pratiquement churchilliens de la présidente de l’ASNE (American Society of Newspapers Editors), Charlotte Hall, de l’Orlando Sentinel, qui nous promet du sang, de la sueur et des larmes sur la route du renouveau:

A Tale of Two Cities is about people caught in a tidal wave of history, about sacrifice and character. We too live in revolution—a revolution that threatens our papers, our companies and journalism.

Revolutions are chaotic, revolutions disrupt lives, and yes, revolutions are violent.

Revolutions unleash ideas and change cultures, revolutions test character and create opportunities, revolutions call forth the best in us.

And so we are caught between euphoria and despair— the best of the times, the worst of times.

We are on a crusade to reinvent journalism for a new age, where the user is king. We know we must focus relentlessly on how people use media and become aggressively interactive. We fervently believe that verified news, watchdog journalism and passionate storytelling will win the day because they stand out amidst the cacophony of words and images that assaults us. That’s our bet on the future.

We, in this room, are called to lead the revolution, with its pain and its joy. Not to be run over by change, but to lead change. We have an opportunity to re-imagine our content and engage the community in completely new ways. What fun! Our operating verbs? Imagine, innovate, take risks, create! Those are great verbs because they describe what we love most.

5

Voilà quelques décennies, Gramsci exprimait la même idée de façon plus condensée en disant que les crises étaient des moments dans lesquels ce qui doit mourir n’arrive pas à mourir, et ce qui doit naître n’arrive pas à naître. Sous la plume d’Eric Scherer, cela donne ceci, en conclusion d’un article qui vaut la peine d’être lu:


Dans ce nouveau monde, où même Google, dit « tâtonner et apprendre en marchant »,
les dinosaures s’éteindront-ils, ou réussiront-ils à muter, pour donner naissance à de nouveaux oiseaux?

La révolution 2.0 et l’entreprise

Jeudi 21 février 2008

Une étude TNS-SOFRES réalisée au mois de janvier et dont je prends connaissance via blogAngels suggère que ce qu’on appelle entre initiés le « web 2.0″ (en gros: les medias sociaux de type réseaux, blogs, forums, wikis…) progresse à vive allure dans la population française. Celle-ci compterait un quota de 62% d’utilisateurs d’internet, plus de 90% de ceux-ci utilisant au moins un de ces medias.

Il n’y a pas de bonne raison de penser que les chiffres soient très différents dans notre Belgique si proche. Mais ce qui me paraît surtout intéressant, ce sont les attentes de ces internautes vis-à-vis des entreprises, qu’ils invitent clairement au dialogue en leur demandant d’ouvrir des espaces de discussion pour et avec leurs salariés, et avec leurs clients et le public.

Je serais curieux de savoir ce que donnerait aujourd’hui une sérieuse enquête au sein desdites entreprises: il me semble que le changement de paradigme dans la communication corporate n’y est pas toujours très bien perçu, un peu à la mode de Louis XVI demandant si la rumeur de 1789, sous les fenêtres de Louvre, était celle d’une émeute. Comme chacun sait, il lui fut répondu: « Non Sire, c’est une révolution« .

Lire aussi, à ce propos, le toujours pertinent Bertrand Duperrin.

La fin de la publicité?

Vendredi 15 février 2008

Je n’ai rien contre la pub. Au contraire. Et les pisse-froids qui voudraient la bannir de nos écrans, de nos murs et de nos gazettes ont fâcheusement tendance à m’assombrir l’humeur. Mais bon: c’est un goût qu’on peut parfaitement ne pas partager.

Il y a surtout que la publicité n’est pas vraiment faite, au départ, pour réjouir les sens des esthètes. Elle est faite pour vendre. Et elle est toujours bâtie sur un modèle de communication dépassé, celui du « message » à sens unique. Le modèle « vertical », qui est aussi celui de l’école, du journal, de l’administration: je parle, vous devez écouter.

C’est fini, ça. Cela marchait jusqu’ici, parce que pour parler, il fallait en avoir les moyens. Avoir accès aux moyens de diffusion des messages, aux medias. Avec Internet, nous sommes tous devenus des medias en puissance. Il n’y a plus de barrières à l’entrée, sinon celles du talent et de la détermination.

Business Week explique ça très bien dans un récent article (18 janvier) dont je vous recommande la lecture.

Et dont la lecture s’impose à tous les chefs d’entreprise qui n’ont pas encore pris la mesure du changement de paradigme auquel ils sont confrontés: il est révolu, le temps où ils pouvaient se fier à leurs équipes de marketing et à leurs agences de pub pour imposer leurs produits au troupeau.

La « révolution internet » ne modifie pas pour autant les règles fondamentales de l’économie d’entreprise. Pour réussir, il faut toujours vendre. C’est-à-dire convaincre des consommateurs, des clients, de passer à l’acte. Et grandir, c’est-à-dire trouver des relais de croissance, accroître ses parts de marché et/ou conquérir de nouveaux marchés. Ce qui passe inévitablement par une forme d’argumentation. En gros: la pub. Contradiction? Pas du tout. Voyez la conclusion de l’article que je vous ai recommandé:

Before you entirely discard the notion of advertising, however, it is worth noting that it can and will change. Companies will recognize that there is a conversation going on in the marketplace that they should join, not dominate. Consumers, experts, and competitors are all talking about your company, its products, and the competition’s products. Joining that conversation means providing information, answering questions, and responding to concerns instead of just broadcasting one-way messages.

C’est là que je voulais en venir, il y a quelques jours, avec ce billet dans lequel je rappelais deux thèses du « manifeste des évidences ». Les marchés sont (re)devenus des « conversations ». Et si ça nous a rendus « immune to advertising« , c’est une façon de communiquer qui est ainsi condamnée. Pas la communication.

Le site de l’année (pour moi): LoudounExtra.com

Dimanche 30 décembre 2007

Il y a quelques jours, Alain Gerlache avait la bonne idée de demander à ses lecteurs ce qui les avait marqués en 2007. Enfin… A la réflexion, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée: la conversation a rapidement dévié vers des considérations annexes, comme souvent (toujours?) dans les forums… Mais bon: reste qu’un petit coup d’oeil dans le rétroviseur, à certaines époques de l’année, est une bonne façon de reprendre son souffle et de faire le point.

Au terme d’une année complète de blogging (ce site a démarré le 19 janvier dernier), je me suis donc demandé, en parcourant ma petite production, ce qui mériterait de prendre place dans une rétrospective comme en produisent à satiété les gazettes, ces temps-ci. Et, sans hésiter, je vous propose ceci, comme je l’ai fait sur le blog d’Alain, en commentaires:

loudoun.GIF

C’est donc le premier site « hyperlocal » du Washington Post, (oui, oui: LE Post): Loudoun Extra.com. Oui, je sais: un championnat local de basket-ball féminin dans la grande banlieue de Washington DC, ça vous laisse froid. Moi aussi. Aussi bien, ce n’est pas le score des Falcons qui m’intéresse. Mais l’idée d’un journalisme de proximité, qui apporte à son public les informations qui, pour lui, sont signifiantes. Allez donc voir, non pas les infos, mais la structure de ce site, ses rubriques. Génial!

Les journaux classiques – et la télévision – sont des mass-media, des medias de masse. Avec la révolution internet qui se déroule sous nos yeux, nous changeons d’époque et de paradigme, nous entrons dans l’ère des medias des masses, selon l’heureuse expression de Joël de Rosnay. Ce qui signifie deux choses, à mon humble avis:

* d’une part la possibilité de publier des informations dont la diffusion, jusque là, ne pouvait de faire que de bouche à oreille, principalement pour des raisons de coût: le prix du papier, celui de l’encre… Le coût marginal de l’information était jusqu’ici trop élevé pour que puissent être diffusées des infos qui n’intéressent qu’un public limité. Avec les TIC, ces coûts s’effondrent, l’information peut être stockée et rendue accessible;
* d’autre part et corollairement en somme, car les barrières financières à l’entrée du monde de l’édition se sont effondrées, la possibilité pour tout un chacun qui a quelque chose à dire de s’adresser instantanément à la terre entière, de devenir soi-même un producteur d’information, un éditeur, si vous préférez.

L’histoire de la diffusion des idées et de l’information se divisait jusqu’ici en deux époques, avant et après l’imprimerie. En démocratisant l’écrit, en le rendant accessible au plus grand nombre, celle-ci a permis l’avènement de la démocratie mais n’a développé que des modes de communication verticaux: c’est l’époque des élites reconnues, cooptées par les détenteurs des moyens de production de l’écrit (livres, journaux), de la parole (radio) et du geste (télévision), pouvoir filtrant opérant selon ses propres critères.

Par essence, la « démocratie internet » est beaucoup plus multipolaire, polypolaire même, si je peux m’autoriser ce néologisme. Ah… bien sûr, elle produit sans doute aussi beaucoup plus de scories et de « chats » de café du commerce, sans intérêt aucun. Mais depuis quand l’usage du marteau doit-il être prohibé parce qu’il permet de fracasser un crâne aussi bien que de planter un clou?

La troisième époque de la communication et de la diffusion des idées s’ouvre donc avec la révolution numérique. Beaucoup de choses vont changer, des adaptations parfois douloureuses vont devoir s’opérer. Ce sera, comme toujours, sur le mode de la procession d’Echternach: trois pas en avant, deux pas en arrière. On va (on a déjà commencé…) inventer un tas de choses inutiles, s’exciter sur elles et puis les délaisser. Mais ce ne sera plus jamais comme « avant ».

Il m’a semblé que la création par un grand journal réputé d’un site internet « hyperlocal » était un moment significatif, symbolique de cette (r)évolution qui se fait sous nos yeux et qui nous interpelle, tous autant que nous sommes. Je trouve cela bien excitant. Pas vous?

Si vous en voulez plus, voici quelques billets que j’ai publiés cette année sur ce thème. Vous y trouverez plusieurs liens externes intéressants:

* A propos d’une révolution dans la communication (17 mai);
* Bill Gates et moi, on est d’accord! (22 mai);
* Un défi pour la communication d’entreprise (27 mai);
* La révolution numérique dans la diffusion du savoir (3 juillet);
* Le Washington Post s’engage dans le journalisme hyperlocal (21 juillet);
* Nouvelle communication (4): conclusions très provisoires (20 novembre).

Nouvelle communication (4): conclusions très provisoires

Mardi 20 novembre 2007

Ma mini-conférence chez Axe 4.25, c’était donc ce matin, à 8 heures 30, c’est-à-dire la fine pointe de l’aube pour moi qui suis plutôt du genre à phosphorer quand le soleil se couche… Mais ça m’a plu. Ne reste qu’à espérer que j’ai pu intéresser la vingtaine de personnes qui avaient fait le déplacement pour papoter avec moi autour des viennoiseries du Clocheton, le restaurant du golf de Louvain-la-Neuve.

J’en sors de plus en plus convaincu, et je ne crois pas que ce soit de l’auto-suggestion:

  1. qu’internet est vraiment un media fabuleux pour les entreprises, notamment les petites, qui n’ont pas de budgets grandioses à consacrer à la com’;
  2. qu’il y a encore beaucoup de grain à moudre: on ne mesure pas encore très précisément tout ce qu’apporte la chose, moi le premier;
  3. que la révolution digitale est donc encore dans son enfance technicienne, « jouette »; c’est quand on concentrera toute notre attention aux sur les contenus qu’elle réalisera tout son véritable potentiel;
  4. que les dangers d’internet sont bien perçus, mais qu’une révolution dans les esprits va devoir suivre pour les conjurer: quand le consommateur devient consommaCteur et le médiateur médiaCteur, la formation doit concentrer ses efforts sur le développement d’esprits critiques. Les vérités n’ont jamais été révélées, ni dans les livres sacrés, ni dans les livres tout courts. Sur la Toile, elles sont plus que jamais mélangées aux mensonges, aux intoxications, approximations et autres fictions. Internet est une bonne école lorsqu’il enseigne que rien n’est vrai pour la seule raison que c’est écrit et gobé par le plus grand nombre.

P.S.: J’ai été touché de retrouver là certaines têtes connues, avec une mention spéciale pour Dominique Crassaerts que je n’avais plus vue depuis que nous fréquentions les mêmes auditoires facultaires du Solbosch. Elle est « trademark attorney » et dirige aussi sa société maintenant, Distinctive, spécialisée dans les questions de propriété intellectuelle.