Le président d’Ecolo avait prévenu: il est redoutable. Confirmation dans « Répondez à la question« : monseigneur Léonard a mangé tout crus les inquisiteurs qu’on lui avait dépêchés et qui, à l’exception notable de mon onctueux confrère, ex-collègue et néanmoins ami Christian Laporte, s’étaient trop légèrement armés pour poser les bonnes questions au nouvel archevêque de Malines – Bruxelles.

Je ne l’ai vu hésiter qu’une seule fois: quand Guy Gilbert, le « curé des loubards » l’a spontanément tutoyé, comme il fait avec tout le monde, puissant ou misérable, le prélat a un moment fait l’impasse en évitant de s’adresser directement à son interlocuteur et puis, brusquement, s’est lâché en passant sans façons au « Guy, tu… »

Et ça marche. L’archevêque a fait carton plein. Enjôleur mais ferme – ou ferme mais enjôleur -, il n’a pas cédé un pouce de terrain sur les principes tout en rendant ses propos audibles. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance car l’homme a un défaut, en termes de communication: il est trop subtil  pour un système qui marche aux « petites phrases » et aux sourires narquois.

Prenez son parallèle désormais fameux entre l’homosexualité et l’anorexie, qu’il considère l’un et l’autre comme des « troubles » qui, à ses yeux, ne font pas pour autant de ceux qui les connaissent des « anormaux ». Il faut une bonne dose d’empathie pour ne pas voir malice dans ce rapprochement – et non: comparaison… – qui doit passer au-dessus du casque de 99% des téléspectateurs. Et bien, il a remis ça et s’en est expliqué.

Il en a même rajouté en parlant de l’IVG et de la « pilule du lendemain », dont il a soutenu que, techniquement, son usage se traduisait par un avortement très précoce.

Il n’a pas été jusqu’à citer la nouvelle dans laquelle Léon Tolstoï situe la force du christianisme dans sa façon de placer la norme à une hauteur idéale, hors d’atteinte du pécheur lambda. Mais il aurait pu…

C’est une autre Eglise que celle à laquelle on s’est habitué par ici, bien sûr. Plus ferme, plus roide sans doute. Mais est-ce pour autant une mauvaise chose? Pour l’Eglise elle-même, je ne sais pas et c’est son problème. Mais si ça pouvait inciter la société à avoir des débats moins superficiels sur quelques problèmes qui la traversent et qui trop souvent débouchent sur une forme de bien-pensance très convenue, ce serait toujours ça de pris.

Avec lui, il va falloir réapprendre à débattre.

Mes amis du journal Le Soir, que manifestement ça chatouille encore, sont partis à la recherche des « catholiques les plus influents« . Et pour arriver à les choisir, ils ont réuni un panel qualitatif de 20 « spécialistes » à qui ils ont demandé d’établir, chacun, une liste des influenceurs cathos du Royaume. Ou supposés tels.

Dans le quatuor de tête, on retrouve évidemment l’ancien (N°1) et le nouvel archevêque (seulement 4e toutefois), ainsi que l’inévitable Gabriel Ringlet. Un homme politique s’intercale ici, aussi peu évitable: Herman Van Rompuy, c’est bien le moins.

Les choses se gâtent un peu dans la suite du classement. Si l’on y retrouve, par exemple, l’évêque de Liège Aloys Jousten à la 13e (!) place qu’il partage avec… Jean-Michel Javaux (!!), son collègue tournaisien, Guy Harpigny, n’arrive dans la liste que 34e ex-aequo, apparemment mieux coté à Rome et chez les musulmans qu’il ne l’est dans sa « paroisse »…

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