A bien des égards, les journaux qui auront survécu, dans dix ans, seront bien différents de ceux qu’on connaît aujourd’hui. Il est important de s’exercer à en faire le portrait prospectif. Voyez par exemple ici la plus récente livraison de la toujours remarquable Monday Note, de Frédéric Filloux, sur la question des imprimeries. Mais l’évolution vers les nouveaux business models sera forcément une marche graduelle. Il est donc non moins important de proposer des démarches concrètes, à mettre en oeuvre hic et nunc.

Les blogs, par exemple. Les blogs de journalistes. Ici, en Belgique, je n’en connais pas de vraiment performants, depuis que Fabrice Grosfilley a refermé son laptop. Michel Konen? Se contente de reproduire ses éditos en ouvrant un espace pour les commentaires, qu’on peut tout aussi bien poster directement sur le site de La Libre. Sans intérêt spécifique, au-delà de ce qu’on trouve déjà dans le canard en papier. Dommage. Colette Braeckman? Les textes sont intéressants, comme toujours chez Colette, mais ce sont, aussi, des articles de journal, pratiquement sans interaction avec la phalange de lecteurs et avec la blogsphère, ce qui fait pourtant tout l’intérêt d’un blog: presque pas de commentaires, deux malheureux liens, dont un en interne.

Lire la suite »

Qui a dit que Michel D. n’avait rien fait de sérieux aux Jeux de Pékin? Que c’était du gaspillage? Que ça ne servait à rien? Faux! La preuve:

Image de prévisualisation YouTube

Via Eric.

Comme on pouvait s’y attendre, la blogosphère salue par une belle salve d’ironie les derniers exploits de notre bancassureur binational(isé). Via François, ici en anglais et en néerlandais (encore plus drôle) aussi sur son blog et chez Zoltan sur Twitter:

Image de prévisualisation YouTube

Voir ici ce qu’en dit, plus sérieusement, le respectable et respecté Financial Times.

Via le Marketing Blog du Standaard, j’apprends que cette pub diffusée en Israël risque de provoquer un boycott de la marque Nissan dans les pays du Golfe. C’est un cheik qui se fâche sur une bagnole qui consomme trop peu d’essence. On n’est pas trop « second degré » par là-bas, semble-t-il.

Les Japonais feront-ils la génuflexion et présenteront-ils les excuses qu’on exige d’eux? A suivre…

Image de prévisualisation YouTube

Le bancassureur Fortis est très fier de sa nouvelle campagne de pub, abondamment commentée sur son site. Visuellement, ça donne ceci:

fortis2.jpg

Décodage du message des créatifs:

Notre nouvelle campagne publicitaire repose sur une vérité fondamentale. Cette vérité, c’est que la vie est une courbe, et que où que vous soyez sur cette courbe, vous n’y êtes pas arrivé par hasard. (…)

Cette campagne est universellement comprise par les gens qui, dans un monde où l’incertitude financière va croissant, sont conscients du besoin de prendre davantage le contrôle de leur destinée financière. En tant que marque, nous encourageons nos clients à rêver, mais nous ne les traitons pas en doux rêveurs. Nous les aidons à atteindre leurs objectifs.

Bien pensé, non? Oui, mais risqué. Il y a quelques années, les chemins de fer français eurent ainsi l’idée malencontreuse de lancer une campagne sur le thème: « Tout est possible avec la SNCF »… quelques jours avant le déclenchement d’une grève-monstre qui paralysa le réseau pendant plusieurs jours.

Voici donc un nouveau cas d’école: comment résister à cette recréation de l’annonce, à partir de l’évolution du cours de bourse 2006-2008 de l’entreprise qui veut vous aider par ses judicieux conseils à prendre les bonnes décisions au bon moment?

fortis.JPG

:-)

Voir aussi cet article du Soir.

 

Au premier coup d’oeil, j’ai cru à une pub locale pour Ryan Air qui, en ce domaine, ne fait pas toujours dans la dentelle: souvenez-vous de cette invitation au mariage de Nicolas et de Carla, qui a débouché sur un procès bien pipeûle. Finalement non: c’est Le Soir lui-même qui, en collaboration avec VivaCité, utilise l’image écornée d’un Carolo connu pour lancer une enquête sur la capitale du Pays Noir.

Jean-Claude Van CauwenbergheVoyez l’illu: un contrepoint entre un Jean-Claude Van Cauwenberghe qui s’écrase (sur sa gauche) et un Airbus de Ryan Air qui décolle glorieusement vers tribord, pour une destination non précisée. En bonne logique, il faudrait maintenant que Van Cau se fâche et menace l’annonceur d’un procès pour utilisation abusive de son image. Ce qui, en faisant parler de la campagne, lui permet d’atteindre son but pour un prix modeste: une indemnité de procédure, quelques frais d’avocat et un chouïa de dommages-intérêts.

Mais les pubs, c’est comme les blagues: les plus courtes sont les meilleures. Et là, on commence un peu à fatiguer. Ce qui renouvelerait le genre, finalement, serait que personne n’en parle. Mais c’est raté: je n’ai pas résisté…

Je vous livre ces liens à titre documentaire. Moi, ils me dépriment un peu. Dans le premier, on vous explique comment la bataille pour les présidentielles US pourrait avoir autant à faire avec des logos et des polices de caractère qu’avec des plans pour les soins de santé ou des prises de positions sur la guerre en Irak. Dans le second, que le succès actuel d’Obama s’explique sans doute par la considération qu’il est le premier candidat à être « marketé » comme un produit de grande consommation.

Vraiment? Oui, croit pouvoir affirmer ce spécialiste:

Obama’s marketing is much more cohesive and comprehensive than anything we’ve seen before, involving fonts, logos and web design in a way that transcends the mere appropriation of commercial tactics to achieve the sort of seamless brand identity that the most up-to-date companies strive for.

Serait-il encore chaud, le cadavre de la pub 1.0? (via Writing for the Web)

Je n’ai rien contre la pub. Au contraire. Et les pisse-froids qui voudraient la bannir de nos écrans, de nos murs et de nos gazettes ont fâcheusement tendance à m’assombrir l’humeur. Mais bon: c’est un goût qu’on peut parfaitement ne pas partager.

Il y a surtout que la publicité n’est pas vraiment faite, au départ, pour réjouir les sens des esthètes. Elle est faite pour vendre. Et elle est toujours bâtie sur un modèle de communication dépassé, celui du « message » à sens unique. Le modèle « vertical », qui est aussi celui de l’école, du journal, de l’administration: je parle, vous devez écouter.

C’est fini, ça. Cela marchait jusqu’ici, parce que pour parler, il fallait en avoir les moyens. Avoir accès aux moyens de diffusion des messages, aux medias. Avec Internet, nous sommes tous devenus des medias en puissance. Il n’y a plus de barrières à l’entrée, sinon celles du talent et de la détermination.

Business Week explique ça très bien dans un récent article (18 janvier) dont je vous recommande la lecture.

Et dont la lecture s’impose à tous les chefs d’entreprise qui n’ont pas encore pris la mesure du changement de paradigme auquel ils sont confrontés: il est révolu, le temps où ils pouvaient se fier à leurs équipes de marketing et à leurs agences de pub pour imposer leurs produits au troupeau.

La « révolution internet » ne modifie pas pour autant les règles fondamentales de l’économie d’entreprise. Pour réussir, il faut toujours vendre. C’est-à-dire convaincre des consommateurs, des clients, de passer à l’acte. Et grandir, c’est-à-dire trouver des relais de croissance, accroître ses parts de marché et/ou conquérir de nouveaux marchés. Ce qui passe inévitablement par une forme d’argumentation. En gros: la pub. Contradiction? Pas du tout. Voyez la conclusion de l’article que je vous ai recommandé:

Before you entirely discard the notion of advertising, however, it is worth noting that it can and will change. Companies will recognize that there is a conversation going on in the marketplace that they should join, not dominate. Consumers, experts, and competitors are all talking about your company, its products, and the competition’s products. Joining that conversation means providing information, answering questions, and responding to concerns instead of just broadcasting one-way messages.

C’est là que je voulais en venir, il y a quelques jours, avec ce billet dans lequel je rappelais deux thèses du « manifeste des évidences ». Les marchés sont (re)devenus des « conversations ». Et si ça nous a rendus « immune to advertising« , c’est une façon de communiquer qui est ainsi condamnée. Pas la communication.

© 2013 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha