Quelle déception! La Libre m’avait fait rêver, hier, avec l’annonce d’une nouvelle rubrique online sur « le meilleur du web ». Je trouvais bien un peu bizarre qu’on me promette un rendez-vous quotidien, à heure fixe, la première caractéristique du media étant d’être un flux continu, mais soit. Si l’on veut extraire « le meilleur », il faut une intervention humaine et, compte tenu de la modestie des moyens mis en oeuvre, je pouvais deviner que ce ne serait pas un full-time job.

Ce n’en sera pas un, en effet. Le meilleur du web, dans La Libre, c’est la plus banale et la plus ringarde des revues de presse à l’ancienne, avec juste un lien vers la home page des sites internet de la presse. Ce qui veut dire que ledit lien ne vous conduit même pas à l’article cité, cherchez le vous même si vous avez le temps.

C’est… comment dire? Consternant. 

Chacsam est tellement écoeuré qu’il n’arrive même pas à commenter.

Je n’aime pas critiquer les confrères. Je me donne alors des airs de pion qui ne me vont pas du tout. Mais grands dieux, les amis, quand allez-vous cesser de vous complaire dans votre passé révolu? Il y a des centaines, des milliers de blogs et de sites d’amateurs, dans le monde, qui font tellement mieux que ça.

Demandez par exemple à un journaliste de chacun des services de La Libre et de la DH d’envoyer tous les jours à la rédaction online les liens vers ce qui a retenu son attention sur le web. Et balancez ça sur votre site. Cela vous prendra moins de temps et, croyez-moi, ce sera mille fois plus intéressant que cette nouvelle « rubrique » totalement inutile que vous venez de lancer et que vous abandonnerez dans quelques jours ou dans quelques semaines, parce que personne ne la lit et que ça ne vous rapporte qu’un nombre dérisoire de clics.

C’est une bien triste histoire que rapporte La Libre, ce matin. Celle d’un quidam qui veut rester anonyme, un médecin apparemment. Le malheureux avait hérité d’un joli paquet d’actions Fortis. Un très joli paquet. Et il a tout perdu, c’est ça? C’est bien pire…

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Grece 016bLa presse flamande? Pratiquement stable. Pour des temps troublés comme ceux-ci, ce n’est pas mal. De 2008 à 2009, la diffusion payante a diminué de 824 exemplaires par jour (-0,9%). La presse francophone? Moins 4%. Les mines s’allongent encore chez les éditeurs qui n’ont déjà pas la réputation de rigoler tous les jours.

Mais ces chiffres globaux ne disent pas tout. Si on regarde les titres, on observe qu’en Flandre, ce sont les journaux généralistes de qualité qui se tiennent le mieux: De Standaard progresse de 1,7% et De Morgen de 3,1. De Tijd fait exception (- 5,5%). Chez les francophones, l’image semble s’inverser: le groupe Vers l’Avenir (régional) est le seul à progresser un peu, Le Soir (- 6,54%) et La Libre (-4,55) prennent de vraies claques. Le pire est pour la DH (- 18%) mais ce qui joue ici, c’est probablement l’échec du changement de format, au début de cette année.

On peut évidemment  y voir une confirmation de l’évolution divergente des « sociétés » flamande et francophone, mais il y a probablement aussi que la qualité des journaux flamands est en hausse, celle de leurs confrères francophones plutôt en baisse. C’est sans doute une impression subjective, mais il me semble qu’elle est largement partagée par les lecteurs et par les journalistes eux-même, quand ceux-ci ne sont pas tenus à pratiquer la langue de bois.

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Ce n’est pas de la nostalgie belgicaine, mais une question que je me pose sur la hiérarchisation de l’information dans nos gazettes. Parce qu’on peut lire ça sur le site de la VRT, au lendemain de la consultation populaire anversoise sur le Lange Wapper.

In Franstalig België leeft het hele debat duidelijk niet. Le Soir en en La Libre Belgique brengen het verhaal kort in een hoekje van de binnenpagina’s. Daar hebben ze het over « le viaduc d’Anvers ». La Dernière Heure doet niet eens de moeite om over het referendum te berichten. Daar is de overwinning van Philippe Gilbert in de ronde van Lombardije het nieuws op de voorpagina.

Il ne faut pas être parfait bilingue pour comprendre que le journaliste flamand s’étonne un peu, avec une certaine ironie flegmatique, qu’on s’intéresse si peu, chez nous, à ce problème aigu que représente la mobilité dans la région d’Anvers. Parce que cette question n’intéresse pas seulement les Anversois, elle concerne aussi directement l’économie de  tout le nord-ouest de l’Europe.

A quoi s’ajoute la question de l’opportunité d’une consultation populaire à la fois très émotionnelle (nimby – not in my backyard) et hyper-technique. Et qui n’a finalement mobilisé qu’un peu plus d’un électeur sur trois.

Comprenez-moi bien: je n’ai pas d’avis sur le Lange Wapper, je ne suis ni pour, ni contre. Je constate seulement, à la lecture des commentaires des uns et des autres, que cette consultation vient compliquer la décision plus qu’elle ne l’éclaire. Et que le demi-ring d’Anvers, à 50 kilomètres de Bruxelles, n’a pas fini de « bouchonner »…

C’était ainsi un beau sujet de reportages à multiples facettes pour les journaux francophones. Aucun ne s’y est lancé. C’est pas assez sexy, quand ça se passe chez les Flamands?

Ici, quelques kilomètres au sud de Carpentras, le quotidien local c’est Vaucluse Matin, une édition régionale du Dauphiné Libéré, de Grenoble. Un titre historique, issu de la Résistance. Je ne sais pas où ils en sont mais d’une manière générale, la PQR (presse quotidienne régionale) résiste nettement mieux que les quotidiens nationaux à la crise des journaux en papier.

Ce matin, j’y ai trouvé deux pages bien faites sur les vendanges en côtes du Rhône et en Ventoux, et sur un millésime 2009 qui s’annoncerait prometteur dans un contexte économique globalement morose, sinon franchement sinistre.

Je m’y intéresse parce que je suis sur place, mais cela n’a plus rien d’indispensable. A 1.000 kilomètres de Bruxelles, je reste complètement informé de ce qui s’y passe, sans avoir ni Le Soir, ni La Libre, ni la RTBF, ni RTL à ma disposition. Une connexion à Internet me suffit. Ne me dites donc pas qu’on peut continuer à faire du journalisme comme moi-même j’en ai fait, avant

1pavesoirIl y en a peut-être parmi vous qui vont sourire avec un brin de condescendance mais voilà, je n’ai pas honte: j’ai découvert ce matin, sur la page d’accueil d’Alexa, l’existence du site du Tour de France. Ça n’a pas changé ma vie. Mais ça m’a donné à penser sur le sujet qui nous occupe.

Quelques jours plus tôt, sans savoir, ma curiosité m’avait poussé à ouvrir les pages du soir.be sur le Tour. Un peu lentes à charger, mais très jolies. J’y ai ajouté celles de L’Equipe, le grand quotidien sportif français, pour faire bonne mesure.

Et là-dessus, je me suis demandé si l’effort du Soir en valait bien la chandelle. Je ne sais pas ce que le développement et la tenue de cette rubrique coûtent à Rossel ni ce qu’elles rapportent en pub et/ou en « clics », mais je crois que la question mérite au moins d’être posée en interne.

C’est d’ailleurs moins une question de rentabilité directe que de vision à moyen/long terme: je ne suis pas sûr qu’il y ait de l’avenir dans ce type de démarche. Ou alors qu’il n’y en a que sous des conditions et selon des modalités qui ne sont probablement pas rencontrées ici.

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Plan d’économies bien linéaire chez IPM (La Libre et la DH); enclenchement d’une procédure de licenciement collectif à l’imprimerie de Rossel, s’ajoutant à une restructuration de la rédaction du Soir: il ne semble guère faire de doute que le tsunami qui ravage la presse écrite aux Etats-Unis commence à faire sentir ses effets chez nous. On en mesure mal l’ampleur exacte: s’agit-il de simples ajustements temporaires ou des prémices d’un vrai séisme journalistique et social, débouchant sur des fermetures?

De l’endroit où je me trouve et des informations dont je dispose, il ne m’est pas possible de répondre à cette question essentielle. La seule certitude est que la crise est à la fois structurelle et conjoncturelle. Et qu’une éventuelle reprise économique ne suffira pas à en effacer tous les effets: le modèle économique sur lequel repose le « journal » est fondamentalement remis en cause. La conjoncture n’est qu’un accélérateur de la tendance de fond.

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C’est décevant, quand même. Un très intéressant dossier du Soir sur les sentiments réciproques des Wallons et des Bruxellois n’a pratiquement aucun prolongement sur le site web du journal le jour suivant. Ou s’il y en a un, il est très bien caché dans les archives, ce qui revient au même. Vous savez comment j’ai fait pour le retrouver et vous donner le lien ci-dessus? Je suis passé par le site de la VRT…

C’est parfaitement idiot parce que les résultats de cette enquête font un peu l’événement, politiquement parlant, avec les réactions qu’ils ont suscitées au nord. Quelle belle occasion il y avait là d’activer durablement les synergies naturelles entre la Toile et le papier. Mais c’est raté…

Mardi, le quotidien publiait ainsi de très intéressantes infographies originales à partir des données de l’INS. L’une d’entre elles, par exemple, montrait comment Bruxelles fait vivre son hinterland, sa grande périphérie, et pas seulement les villas de Rhode et Linkebeek. Pourquoi ne les retrouve-t-on pas sur le site, quitte à devoir les y attendre jusqu’à mercredi pour ne courir aucun risque de « cannibalisation » de l’édition du jour? Ce n’est qu’un petit exemple, parmi bien d’autres, de l’incapacité actuelle de nos quotidiens si malades à faire entrer en résonance leurs différents vecteurs de diffusion de l’information… et de fidélisation de leurs publics.

Le papier et le web ont chacun leurs atouts spécifiques. Il faut apprendre à les combiner, au lieu de les considérer chacun dans leur bulle. Aller voir ce que font déjà, par exemple, le Guardian ou le New York Times. Ils connaissent la crise eux aussi, le Times surtout, alourdi par sa dette pharaonique. Mais au moins cherchent-ils intelligemment la sortie.

Je vous sers la chose en même temps que je la télécharge sur le site de La Croix: le Livre Vert issu des Etats Généraux de la presse écrite qui se tiennent en France à l’invitation de l’Elysée. Il faudra lire ça à l’aise. En se demandant peut-être si c’est bien à l’Etat d’entreprendre ce type de démarche. La tradition jacobine, peut-être?

En complément, ou en guise d’introduction, voyez par exemple:

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