Une mine pratiquement inépuisable d’informations est désormais à la libre disposition de tout qui veut y piocher. Sur Internet. C’est beaucoup plus qu’une évolution: une révolution. Littéralement: la subversion radicale d’un modèle économique jusque là fondé sur le bon vieux principe selon lequel le producteur – ou plus simplement le propriétaire – d’un bien gagne sa croûte en monnayant celui-ci auprès d’un acquéreur désireux de se l’approprier ou d’obtenir le droit d’en faire usage à son profit.

Ainsi de l’information, dans l’acception la plus générale du terme. Je veux dire, m’inspirant librement de Bertrand Duperrin, (dans ce lien, voir surtout l’inter-titre: « Définissons de quoi nous parlons« ) de la lecture, de l’agencement et de l’interprétation de données pour en faire quelque chose qui influence d’une manière ou d’une autre les décisions de ceux à la connaissance de qui elle est portée, communiquée.

La production d’une information a un coût (le prix payé pour l’acquisition des données, le travail et le temps du producteur pour les transformer). C’est la composante « prix de revient » de la valeur de ce bien, dont la valeur finale est jugée de manière plus ou moins efficace par les mécanismes du marché, de la « loi » de l’offre et de la demande.

Au niveau le plus élémentaire, celui du marché de village, le producteur est en relation directe avec le consommateur: je te vends ce poireau, le produit de ma terre et de mon labeur, pour que tu en fasses ton potage. Dans la « galaxie Gutenberg », le modèle se complexifie par l’intervention du trader équipé de son arsenal technique (l’imprimerie) et commercial (les réseaux d’acquisition et de diffusion, l’accès aux marchés).

  • Remise à plat

Dans l’univers de la Toile, tout est remis à plat: le producteur retrouve son accès direct au consommateur, et le consommateur au producteur. Au trading toutefois, se substitue la médiation: dans un gigantesque réseau d’échanges, chacun est tour à tour consommateur des inputs qu’il reçoit et producteur de ses outputs. Avec cette caractéristique essentielle que les échanges sont gratuits ou cotés largement en deçà du prix qui aurait été le leur dans une relation strictement bipolaire. La valeur se détache du prix effectivement payé.

L’économie, qui ne consiste qu’en la gestion de ce qui est rare, a cependant ses lois: il faut bien que quelqu’un paie pour que le système continue à tourner. Ce seront deux tierces parties. Le médiateur-gestionnaire du réseau et les annonceurs.

C’est là qu’est la crise de la presse, comme celle de l’édition en général. Les journalistes, mes ex-confrères, et les auteurs génériquement rassemblés sous le label de producteurs de savoir et d’information (au sens littéral), ne peuvent plus vendre leurs poireaux aux faiseurs de potages, ils sont désormais tenus de les leur donner.

Cela dérange certains (mais pas les apôtres de l’open access, dont Bernard Rentier, le recteur de l’université de Liège qui m’inspire ce billet, est un éminent représentant dans le domaine du Savoir). Leur production est devenue gratuite, elle a toujours un coût, bien sûr, mais n’a plus de prix directement négociable avec l’utilisateur. Et elle a toujours sa valeur. Ailleurs. Non plus enfermée dans l’information ou dans le savoir concédés, mais transférée dans l’échange en soi, devenu le lieu de ladite valeur. C’est là, je crois, une définition que je peux proposer du web 2.0.

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