Hier, sur le blog de « Sans langue de bois », j’ai jugé cette campagne frileuse. Ce n’est pas le mot. Il devrait être plus fort. Je le cherche encore. Michel Henrion m’indique une piste: c’est une campagne retouchée, façon Photoshop, à en devenir irréelle.

S’agissant de Joëlle Milquet, qui faisait face aux Belges sur le plateau de télé, il a eu ce bon mot, Michel: « On promet une lotion capillaire à tous les chauves« . C’est flagrant. Quand il n’est pas question de communautaire, on aligne les promesses intenables pour tous ceux qu’on juge avides de les entendre: on va augmenter les petites pensions, créer des emplois, soutenir les familles, aider les jeunes, renforcer la justice. Promis.

Ce serait chouette en effet. Mais les sous? On les prendra où? Pas dans nos poches, bien sûr. Rassurez-vous. On luttera contre la fraude, fiscale et même sociale, s’il le faut. Ce qui ne mange pas de pain. La fraude, c’est le petit pécule de tous les gouvernements depuis des lustres. Inépuisable. Et si commode: ce n’est qu’un chiffre à ajouter à la colonne des recettes. Arbitraire. Jamais atteint.

J’entendais ce matin que nos voisins hollandais – qui votent aussi cette semaine – se préparent à rehausser l’âge de la retraite. Pas chez nous. C’est tabou. Comme une frontière. Même s’il y a structurellement de moins en moins d’actifs pour nourrir chichement ceux qui ne le sont pas, pas encore, ou plus. Mais la conjoncture va s’améliorer dès 2011 et ça ira mieux. C’est madame Milquet qui l’a annoncé hier. On le lui a dit.

Ce soir, Elio Di Rupo embrayera. Pas question d’une cure d’austérité. De la rigueur, ça oui, mais de l’austérité sûrement pas. Rassurés?

Pas moi. Ces gens-là ne voient pas les choses en face. Ou peut-être que si, ils ne sont pas idiots. Mais c’est invendable. Alors ils font des prospectus en quadrichromie pour des vacances rêvées. Gouverner c’est faire croire, tout le monde sait ça depuis Machiavel.

Et quand on en vient, comme à regret, à la nouvelle Belgique qu’on va dessiner dans les salons feutrés de Val-Duchesse ou de quelque autre joli château, on applique la même bonne vieille méthode. On résistera fermement, en tout cas, à cette Flandre qui déraisonne.

Voilà.

Tout près de chez moi, hier, la chaussée s’est effondrée. Il y a un trou de deux mètres, sur une surface de vingt mètres carrés. Ce n’est pas grave. Nous ne craignons qu’une chose, depuis Astérix, c’est que le ciel nous tombe sur la tête. Vous voyez? Le ciel n’est pas près de nous tomber sur la tête. Ce n’est que le plancher qui s’effrite.

PS: Mon ami Alexandre me signale que depuis qu’il est arrivé en Belgique, il y a quatre ans, c’est quand même déjà la sixième fois qu’un bout de chaussée s’effondre, dans le quartier. Si vous passez par ici, pensez à regarder où vous mettez les pieds.

Ce soir, dans Face aux Belges, et dans Sans langue de bois avant et après, sur Bel RTL (19 heures), c’est le tour à Joëlle Milquet. Pourvu qu’elle soit de bonne humeur…

Elle a un peu le look et probablement quelques-uns des rêves de Blanche-Neige mais, avec ça hélas, quelques traits du sale caractère de la Reine, sa belle-mère. Ajoutez-y quelques caractéristiques comportementales du huitième nain, Brouillon, celui qu’on a oublié dans le casting, et voilà l’image que je me fais pour l’heure de la présidente-fondatrice à vie du cdH…

Je sais, c’est approximatif. Mais à la différence de l’ami Alain Raviart, je ne connais d’elle que ce qu’elle en montre à la télé et dans ses communiqués. Et sa courtoisie quand on se croise.

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En préconisant la suppression de la région bruxelloise, Bart De Wever a commis le premier vrai faux pas de sa campagne, la première gaffe, le premier contresens qui ne lui coûtera sans doute pas de voix flamandes et lui vaudra peut-être même une certaine sympathie dans la Flandre à front bas, mais lui vaudra probablement de grosses difficultés dans la suite.

Car on peut le suivre jusqu’à un certain point dans sa critique: dans son organisation (ou plutôt: sa désorganisation) actuelle, Bruxelles est un « modèle » de gaspillage, d’incohérence et d’inefficacité. Mais on n’assainira pas la situation en supprimant le seul niveau politique pertinent, celui qui est commun à tous les Bruxellois.

Fusionner les dix-neuf commune en une seule, comme dans la plupart des autres grandes capitales? Je n’y vois aucun inconvénient. J’adhère, même, à la différence des satrapes locaux mais comme bon nombre de Bruxellois. Mais un condominium franco-flamand sur la ville transformée en avatar de principauté andorrane, c’est non. Radicalement.

Cette position n’est compréhensible, dans le chef de la N-VA, que par référence à un archéo-nationalisme flamand, celui qui ne se fonde pas sur une assise territoriale dans des frontières « sûres et reconnues », mais sur des considérations purement ethniques. Dans cette conception, Bruxelles n’est plus un territoire autonome, comme les autres, mais un vague « comptoir colonial » commun aux deux nations dominantes.

Celles-ci, monsieur De Wever ne me contredira pas, n’ont pas jusqu’ici fait preuve de leur capacité à s’entendre. Alors, à supposer même que cela puisse ressembler à de saines conceptions démocratiques – ce qui n’est assurément pas le cas -, faire dépendre de leur entente la gestion d’une population de plus d’un million d’individus? Nee, bedankt.

Qu’en tant que capitale et en tant que ville-région, Bruxelles ait des caractéristiques qui la distinguent fondamentalement de la Flandre et de la Wallonie, on peut l’entendre. On peut même discuter sur les conséquences à en tirer quant à l’organisation de ce territoire et quant à l’aménagement de l’exercice de ces compétences. Mais l’en déposséder pour y installer un système qui ressemble plus encore à l’apartheid que celui qui prévaut aujourd’hui, c’est non. Radicalement non.

Et ce n’est pas un non linguistique. Les Bruxellois flamands n’en veulent pas plus que les francophones. Cette gaffe, c’est l’élucubration d’un Sinjoor, d’un Anversois qui, à 48 kilomètres d’ici, raisonne en chambre, d’une manière incohérente avec les principes démocratiques qu’il dit avoir intégrés dans son option nationaliste. C’est un signe qu’il reste à la N-VA du chemin à faire pour devenir un parti de gouvernement. Même à 25% des voix flamandes…

Si j’étais Bart De Wever, je me donnerais le temps d’une respiration, cette semaine qui vient. Je me concentrerais sur ce que je dirai le 13 au soir. Si ce qu’annoncent les sondages se vérifie, ce seront les paroles les plus importantes qu’il pourra jamais prononcer dans toute sa vie. Il doit les mûrir. Surtout celles qu’à la surprise générale, de propos délibéré, il prononcera en français.

Je ne suis pas Bart De Wever.

J’ai bien du mal à m’imaginer à sa place. Pas tellement parce qu’il est Flamand, et moi francophone. Ni parce que je ne le connais pas, ne l’ayant même jamais rencontré, à la différence de beaucoup de ses devanciers. Mais parce que sa pensée, son parcours, son être profond, me sont étrangers. Nous n’avons pas les mêmes pensées.

Si, comme lui, j’étais en politique, nous serions immanquablement ainsi adversaires. Et nous aurions le choix de nous regarder en chiens de faïence, jusqu’à ce que le néant nous emporte l’un et l’autre et nos mandants avec nous, ou de faire de la politique, comme les circonstances nous l’imposent.

Dans le cas de figure que je suggère sous la dictée des pronostics, la N-VA étant devenue le premier parti de Flandre et de Belgique, c’est monsieur De Wever qui aurait la main. A sa place je la tendrais, bien ouverte, au-dessus du mur de chicons.Car ce n’est rien de gagner une bataille. On peut facilement la reperdre en laissant passer l’opportunité de conclure la paix. Voyez, parmi tant d’autres, le cas désolant d’Yves Leterme.

Gagner la paix, ce n’est pas dicter les termes du traité de Versailles, l’historien doit l’avoir mesuré à l’aune de ce qui s’en est suivi. Gagner la paix, en démocratie, c’est inventer les termes d’une cohabitation pacifiée, acceptée et assumée entre belligérants d’hier.

Ce qui n’est pas donné. Ni d’avance acquis. C’est une autre bataille, contre les fantômes du passé cette fois. Parfois contre soi-même.

En tant qu’observateur, il m’intéresse diablement de savoir si un Bart De Wever vainqueur serait de cette race-là. Jusqu’ici, son rôle était facile. Il ne demandait qu’un peu d’habileté tactique et des circonstances favorables.

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Un éminent professeur retraité a un jour trouvé un bon mot. Il en use et en abuse depuis comme un cuisinier paresseux de ses fonds de sauce surgelés. « Le confédéralisme, c’est le fédéralisme des cons« . Un président de parti a enchaîné dans le même registre: « Le confédéralisme? Un piège à cons« . Par un heureux hasard qu’on n’explique pas, personne n’a encore répliqué, à ce niveau élevé atteint par la pensée politique, que « C’est celui qui le dit qui l’est lui-même… »

Ce débat terminologique est un peu stupide et tout-à-fait vain. Au sens strict, une confédération est une union d’Etats souverains; une fédération est un Etat composée d’entités fédérées qui lui abandonnent une part de leur souveraineté. Historiquement, les Unions d’Etats qui ont réussi sont devenues des Etats fédéraux. Comme les Etats-Unis ou la Suisse (la Confédération Helvétique). D’autres se sont dissoutes, au moins provisoirement (la Confédération du Rhin, par exemple).

Mais dans la confédération comme dans le fédéralisme, l’intention est la même: il y est question d’unir des entités distinctes. L’essentiel n’est pas dans le préfixe (issu du latin cum, avec) mais dans la racine, qui dérive de fœdus, pacte.

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Il ne se passe rien de bien intéressant dans cette campagne, il faut donc se contenter des tirs d’escopette enregistrés çà et là.  Tenez: dans La Libre, la présidente du cdH ne tarit pas d’éloges sur sa collègue du CD&V, l’élégante Marianne Thyssen:

C’est une femme qui a le sens de l’intérêt général, qui a beaucoup de correction et de sérieux. Elle a une vision institutionnelle que je ne partage pas, mais elle a encore une vision pour le pays. Et elle est en capacité de conclure des négociations.

Mais la réciproque n’est pas vraie. Ce matin aussi, madame Thyssen était l’invitée de la VRT. Malheureusement pour Joëlle Milquet, elle avait déjà lu la suite de son interview.

Quand je lis ça, je me dis que ce n’est pas un bon signal. Elle en revient aux points de vue les plus radicaux qui aient jamais été exprimés. Je considère cela comme du babillage électoral, et j’espère qu’après les élections, on pourra s’asseoir à table comme des grandes personnes, pour résoudre les problèmes de ce pays.

Comme des grandes personnes… Mets ça dans ton armoire, Joëlle! Marianne Thyssen n’en avait évidemment pas sur les gentillesses de Milquet à son égard, mais sur sa revendication réitérée d’un élargissement territorial de Bruxelles, en vue d’établir un lien physique entre la Wallonie et la capitale.

Nous passions de belles vacances dans le sud de l’Italie, dans la province montagneuse d’Avellino, qui surplombe la baie de Naples et accueillit, jadis, les troupes d’Hannibal se remettant des délices de Capoue. J’essayais d’extraire mon Opel de location d’un champ où je l’avais laissée pour rejoindre une antique église troglodyte, où l’on célébrait la Ste Anne. Comme je voulais une automatique, il avait fallu la faire venir de Rome, dont elle portait l’immatriculation. Un cambio automatico! Ma perchè no una bicicletta, allora? avait commenté le garagiste en levant les bras au ciel…

Comme nous progressions lentement au milieu d’une foule de villageois qui rentraient à pied du sanctuaire, j’entendis un juron justifié par ma plaque minéralogique:

- Aaah! Questi Romani…

Aucun pays n’aime sa capitale. Parisien, tête de chien, parigot, tête de veau, maugrée-t-on volontiers en France profonde. Flamands et Wallons en ont autant pour les Bruxellois, kiekefretters pour les uns, bruçelaires pour les autres.

C’est plus amusant que vraiment méchant. Aussi bien, ce n’est pas toujours immérité, doit honnêtement reconnaître le ketje que je suis… En l’assumant, pour le meilleur et pour le pire. Car il y a un « meilleur » aussi. Pour autant que la capitale fasse honnêtement son boulot de capitale.

Et capitale, si modeste qu’elle soit dans ses dimensions à côté de ses consoeurs plus clinquantes, Bruxelles l’est au moins à la puissance trois: capitale de la Belgique par naissance, capitale de l’Europe et double capitale des communautés flamande et française par conventions.

C’est la triple raison pour laquelle Bruxelles serait sans aucun doute celle qui aurait le plus à perdre dans la disparition de la Belgique.

Mais ce n’est pas évidemment suffisant pour enrayer ce trou noir vers lequel nous attirent des politiques centrifuges. Pourquoi Flamands et Wallons renonceraient-ils à n’importe lequel de leurs intérêts légitimes si le bénéfice de cette abnégation devait être réservé aux seuls Bruxellois?

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Le mot de la fin au politologue anversois Dave Sinardet: « C’était donc la première fois en plus de dix ans que les Flamands ont pu entendre le ministre des Finances défendre sa politique devant eux, dans un débat préélectoral« .

Inderdaad…

Qu’ils ne boudent donc pas ce bonheur. Peut-être un jour sera-t-il symétriquement offert aux électeurs francophones.

Et rien que pour ça déjà, le Zevende Dag de la VRT valait bien la grosse heure de mon dimanche que je lui ai consacrée. Car je vis dans un pays où il faut s’émerveiller qu’un ministre défende son action, avant les élections, sur un plateau de télé de l’autre communauté. Et qu’il le fasse dans la langue de celle-ci. Très correctement dans l’ensemble.

Mais il y eut plus. Un face à face inédit entre Didier Reynders et Bart de Wever surtout. Ce qui vaut bien qu’on s’y arrête un peu.

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Forcément, ça m’a fait plaisir que Le Soir et De Standaard me demandent mon avis sur la Belgique. Ça m’a touché qu’on me reprenne parmi les 50 Belges qu’il valait la peine d’interroger sur le sujet. Fatuité? Peut-être. Mais j’assume. Voici mes réponses. In beide voornaamste landstalen want er komen hier 20 tot 25 procent Vlaamse lezers.

  • Que voulez-vous en tant que francophone? Qu’est-ce que ça représente pour vous, la Belgique? / Voelt u zich Franstalige en wat wilt u als Franstalige?

Je souhaite ce que peut souhaiter n’importe quel habitant du pays, francophone ou autre : des institutions qui fonctionnent enfin de manière satisfaisante. Je crois que cela impose de considérer qu’il est temps de reconstruire quelque chose d’audacieusement neuf, en décidant cette fois de ce qu’on veut vraiment faire ensemble, dans un espace public peut-être réduit, mais vraiment commun.

Ik wil wat elke inwoner van dit land wilt, Franstalig of niet: instellingen die eindelijk behoorlijk werken. Waarschijnlijk veronderstel dat een gedurfde, totaal nieuwe constructie. We moeten deze keer beslissen wat we werkelijk samen willen doen. In een openbare ruimte die misschien kleiner, maar wel echt gemeenschappelijk is.

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Au saut du lit, ce matin, j’ai pensé à Verlaine.

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville.

D’habitude, je lui préfère plutôt Rimbaud, ses poches trouées et son paletot qui devient idéal. C’est plus corsé. Mais il y avait les gouttes qui frappaient au carreau.  Et le journal, à la radio.

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