Entre un débat avec François Heinderyckx et des photos à prendre de Paul Van Himst ou de Ludovic Delory qui dédicaçaient leurs livres, j’ai passé une bonne demi-douzaine d’heures à la Foire du Livre aujourd’hui.

J’aime toujours bien ce rendez-vous annuel avec les bouquins qu’on ne trouve pas toujours aux étals des grandes librairies classiques. Et j’ai une sincère admiration pour ces gens courageux, auteurs et éditeurs, qui s’obstinent à augmenter de leurs contributions l’océan de tout ce qui se publie. Dans la tête, j’ai le chiffre de 30.000 nouveaux bouquins en français chaque année. Comment ne pas rater quelque chose d’important?

L’important est d’ailleurs relatif. C’est personnel. Et c’est ce qui donne son sens à une « foire », comme occasion de faire de nouvelles rencontres.

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Depuis que j’ai quitté le monde de la presse, puis l’administration de l’ULB, on ne se voit plus que de loin en loin et je le regrette. Guy Haarscher, c’était déjà celui qui « traduisait » pour nous le cours de philosophie, en première candi droit, dans les années 70. Aujourd’hui, bien sûr, il est prof. La philo comme je l’aime: aussi peu jargonnante que possible, accessible à l’honnête homme raisonnablement cultivé, limpide…

Nous nous sommes retrouvés par hasard, samedi dernier, derrière nos caddies respectifs, chez Delhaize. Et en faisant la file, aux caisses, on a papoté. Du voile islamique et des blogs. Il avait envie d’en ouvrir un. Je lui ai proposé un coup de main. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé ce matin en sa compagnie, au Centre de philosophie du droit de l’ULB.

Quel intérêt pour vous, me direz-vous? J’y viens. Car ce qui m’a un peu épaté, c’est qu’avec Guy, je n’ai pas eu besoin de plaider la cause du blogging, ni d’expliquer que ce n’était pas seulement un jouet d’ados. Il a tout de suite vu ce qui échappe parfois à des gens sérieux, ou qui croient trop l’être: le formidable outil de communication qu’il y a là. Et quand son ami Benoît Frydman (qui donne aujourd’hui le cours d’intro au droit) s’est brièvement joint à nous, nous avons tout naturellement évoqué l’interêt qu’il pourrait y avoir, pour les philosophes du droit, à communiquer entre eux avec des blogs.

C’est pas merveilleux? En deux coups de cuillère à pot, sans connaissances particulières, ni théoriques, ni pratiques du phénomène, ils avaient réinventé deux des principales applications potentielles du blogging: la communication externe, « conversationnelle », avec le public, et la gestion interactive d’équipes et de projets.

Il faudrait d’urgence inscrire des cours de philo dans les programmes de formation des chefs d’entreprise… ;-)

J’avoue avoir un faible pour le philosophe Michel Onfray. Parce que là où la plupart de ses confrères se contentent, pour reprendre un mot célèbre dans la corporation, de paraphraser Platon, il ose, lui, se lancer sur des chemins de traverse et penser à neuf.

Le problème, car il y en a un, n’est pas que ses succès de librairie ont fait de lui un personnage public, mais que ce statut lui vaut d’être sollicité pour donner son avis sur des questions qui ne sont pas tout-à-fait de son ressort. Le Nouvel Observateur lui a ainsi demandé, comme à d’autres, de commenter sur un blog le déroulement de la campagne présidentielle en France.

Cruelle désillusion. Ce type est imbuvable. Pas pour ce qu’il pense – chacun a le droit imprescriptible de voter comme il l’entend – mais pour le mépris dans lequel il tient ses lecteurs. Allez donc voir son dernier post dans lequel il affiche clairement sa morgue et son total désintérêt pour la discussion de ses idées par ceux auxquels ils les assène.

Si j’en parle en ce lieu qui n’a pas vocation à être un « café philosophique », c’est parce que nous sommes ici en présence d’un modèle quasi-archétypal de la communication du passé, celle qui consiste à se contenter d’imposer un message, son message, sans reconnaître en aucune manière à ses lecteurs la qualité d’interlocuteurs.

Le blog de Michel Onfray n’est pas un blog. C’est un anti-blog. Et Michel Onfray est un homme du passé, égaré dans un monde qui n’est plus le sien.

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