Je poursuis à petits pas mon exploration de l’univers du conte et de la nouvelle. J’en lis une ou deux par jour – ou plutôt par nuit. Voici une petite sélection de ce qui a particulièrement retenu mon attention depuis la fin octobre. Je les ai choisies dans des recueils différents, qui me paraissent tous recommandables, pour le cas où ça vous donnerait des idées. Attention, c’est parfaitement subjectif…
Anton Tchékhov – La Pharmacienne
On commence fort, avec une nouvelle de jeunesse d’un vrai grand maître du genre. Un récit parfaitement classique du point de vue de la narratologie, si ce n’est que la mécanique est ici inversée: on part d’une situation perturbée – une jeune femme se morfond avec son vieux mari pharmacien – pour y revenir après un espoir déçu, né de l’irruption nocturne de deux galants officiers dans l’officine. La nouvelle tchékhovienne est d’une cruauté clinique.
Dans le recueil: La dame au petit chien et autres nouvelles, Folio n°3266.
Steve Hockensmith – Boniment, bonimenteur
Fascinante histoire parfaitement circulaire d’un écrivain relatant un meurtre dont l’issue nous ramène au début du récit. Au-delà de l’anecdote policière, incite à une réflexion sur le jeu trouble qu’il faut jouer pour convaincre le lecteur de poursuivre sa lecture et lui donner le sentiment d’avoir lu un bon, sinon un grand récit. Le tout, c’est d’y croire en l’écrivant.
Dans le très recommandable recueil: Le jour où la mort nous sépare, anthologie des « Mystery Writers of America » composée par Harlan Coben, Livre de poche n°31581.
Qim Monzó – L’éloge
L’auteur est catalan et il est déjà, paraît-il, un grand d’Espagne. C’est une parution très récente en traductions française. Toujours grinçant et parfois très déroutant. Cette nouvelle-ci est plus classique: un instantané de la relation qui s’inverse et finit mal entre un écrivain confirmé et un débutant qui se lance grâce à lui. Une cruauté à la Maupassant dans un style complètement XXIe siècle.
Dans le recueil: Mille crétins, Editions Jacqueline Chambon.
André Baillon – Drame
Une petite chose, pleine d’ironie. Un long billet, peut-être plus qu’une vraie nouvelle. Mais c’est Baillon (Histoire d’une Marie, Zonzon Pépette, Par fil spécial…), un auteur belge de l’entre-deux guerres qu’on redécouvre enfin. Et puis aussi, un journaliste, il fut soiriste à La Dernière Heure. L’auteur est chez lui. Il écrit. Sa femme et sa fille font du bruit, trop de bruit et ça le dérange mais il se tait, jusqu’à ce que… La vie de famille n’est pas facile pour tout le monde, surtout quand on s’adonne au home working. Voyez aussi le site de Présence d’André Baillon.
Dans le recueil: Nouvelles belges à l’usagede tous, chez Luc Pire, collection Espace Nord.
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