Qu’on soit « à des années-lumière » d’un accord (dixit Bart De Verduidelijker) ou « à quelques centimètres seulement » (d’après l’union des gauches wallobruxiennes), la question reste la même: s’en sera-t-on rapproché, ne serait-ce que d’un micron, lorsque Bart le Susdit fera rapport au Sire sur sa mission?

Je n’en sais fichtre rien. Vous non plus. Et eux, pas plus.

On verra bien.

Mais le choc provoqué par le « débranchement de la prise », en soi, doit inévitablement déboucher sur quelque chose d’autre que l’enlisement auquel était promise la phase de préformation foirée par le président du PS et clôturée par celui de la N-VA. C’était fini. La table était desservie. La confiance était rompue. Des deux côtés. Voici pourquoi, en essayant de comprendre ce qui s’est passé à la N-VA. Je ne l’ai pas encore trouvé à lire dans la presse francophone.

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Le mot d’ordre est le même dans cinq au moins des sept partis actuellement engagés dans les discussions pour la formation d’un gouvernement fédéral: « Isolez la N-VA! » On ne parle plus ici de stratégie politique, mais de tactique politicienne. La clé, c’est le sixième parti, le CD&V, qui la détient. Il hésite encore là-dessus, le CD&V…

L’autre clé, c’est Anvers. Antwerpen. L’autre grande ambition de Bart De Wever, c’est en effet le maïorat d’Anvers en 2012. Le cauchemar du SP.A., qui détient avec Patrick Janssens le poste de bourgmestre, à la tête d’une coalition anti-Vlaams Belang (19 élus sur 55). D’où l’impasse dans laquelle se trouve actuellement le gouvernement flamand, contraint de décider enfin comment « fermer » le ring apoplectique de la Métropole (Oosterweelverbinding): un pont high tech (solution De Wever, la moins onéreuse) ou un tunnel (solution Janssens, actuel bourgmestre socialiste d’Anvers)? Ne riez pas: les chances – ou le risque – ne sont pas nulles de voir exploser la majorité régionale flamande sur ce dossier.

Auquel cas – si le CD&V suit De Wever -, on pourrait voir l’Open-VLD se substituer aux socialistes dans le gouvernement flamand. C’est sans doute dans cette perspective là aussi qu’il faut voir le fameux déjeûner qui a réuni chez Bruneau les « tops » de la N-VA et du MR. Parce que si les libéraux flamands reviennent, il faudra sans doute aussi rappeler les bleus francophones. Qui exigent alors de revenir aussi dans les majorités régionales et communautaires…

Oui, je sais: c’est florentin. Très IVe République. Tout est dans tout, et c’est réciproque. Mais c’est ça la vie au royaume de Belgique…

Il faudrait donc que De Wever se décide. La question n’est pas tellement de savoir s’il est capable de conclure ou non des compromis. Mais il doit choisir sa priorité: réformer l’Etat belge ou devenir bourgmestre d’Anvers? Il veut sans doute les deux. D’où ses ouvertures en direction des libéraux, qui ralentissent la manœuvre et irritent tant le PS…

Et le fond? Business as usual. On amuse la galerie en attendant. Si vous comprenez le néerlandais à l’écoute, regardez quand même cet extrait du Zevende Dag de la VRT. Paul Magnette y critique les tergiversations de la N-VA, fermement mais sans du tout rompre les ponts, si j’ose écrire.

Tous ceux qui ont quelque chose entre les oreilles savent bien qu’il n’y a aucun « plan B » qui tienne, qu’il faudra tôt ou tard mettre sur pied un gouvernement articulé autour de l’axe PS – N-VA pour aller vers une réforme plus ou moins copernicienne de l’Etat. Il y a seulement qu’on ne sait pas encore tout-à-fait avec qui. Ça dépend pour une bonne part de la façon dont le gouvernement flamand franchira – ou pas – l’écueil de l’Oosterweelverbinding. Le 27 septembre au plus tard.

Pour bâtir son succès historique, le 13 juin, la N-VA a recruté partout: au centre, dans l’électorat du CD&V et de l’Open-VLD, et à droite, dans celui du Vlaams Belang et de la liste De Decker. Ce qui la met évidemment au défi de consolider ce succès, de transformer l’essai sans y perdre trop de ses nouveaux électeurs. C’est l’éternelle bagarre des fundis et des realos.

Chez les nationalistes flamands, apprend-t-on dans De Standaard on traduit ça sur la rose des vents: il y a « le front nord », ce sont les (relativement) modérés qui ont rejoint le camp de base par dépit devant l’impuissance des « traditionnels » à faire fonctionner l’Etat. Et il y a « le front sud », celui des radicaux qui détestent cordialement ce même Etat.

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En préconisant la suppression de la région bruxelloise, Bart De Wever a commis le premier vrai faux pas de sa campagne, la première gaffe, le premier contresens qui ne lui coûtera sans doute pas de voix flamandes et lui vaudra peut-être même une certaine sympathie dans la Flandre à front bas, mais lui vaudra probablement de grosses difficultés dans la suite.

Car on peut le suivre jusqu’à un certain point dans sa critique: dans son organisation (ou plutôt: sa désorganisation) actuelle, Bruxelles est un « modèle » de gaspillage, d’incohérence et d’inefficacité. Mais on n’assainira pas la situation en supprimant le seul niveau politique pertinent, celui qui est commun à tous les Bruxellois.

Fusionner les dix-neuf commune en une seule, comme dans la plupart des autres grandes capitales? Je n’y vois aucun inconvénient. J’adhère, même, à la différence des satrapes locaux mais comme bon nombre de Bruxellois. Mais un condominium franco-flamand sur la ville transformée en avatar de principauté andorrane, c’est non. Radicalement.

Cette position n’est compréhensible, dans le chef de la N-VA, que par référence à un archéo-nationalisme flamand, celui qui ne se fonde pas sur une assise territoriale dans des frontières « sûres et reconnues », mais sur des considérations purement ethniques. Dans cette conception, Bruxelles n’est plus un territoire autonome, comme les autres, mais un vague « comptoir colonial » commun aux deux nations dominantes.

Celles-ci, monsieur De Wever ne me contredira pas, n’ont pas jusqu’ici fait preuve de leur capacité à s’entendre. Alors, à supposer même que cela puisse ressembler à de saines conceptions démocratiques – ce qui n’est assurément pas le cas -, faire dépendre de leur entente la gestion d’une population de plus d’un million d’individus? Nee, bedankt.

Qu’en tant que capitale et en tant que ville-région, Bruxelles ait des caractéristiques qui la distinguent fondamentalement de la Flandre et de la Wallonie, on peut l’entendre. On peut même discuter sur les conséquences à en tirer quant à l’organisation de ce territoire et quant à l’aménagement de l’exercice de ces compétences. Mais l’en déposséder pour y installer un système qui ressemble plus encore à l’apartheid que celui qui prévaut aujourd’hui, c’est non. Radicalement non.

Et ce n’est pas un non linguistique. Les Bruxellois flamands n’en veulent pas plus que les francophones. Cette gaffe, c’est l’élucubration d’un Sinjoor, d’un Anversois qui, à 48 kilomètres d’ici, raisonne en chambre, d’une manière incohérente avec les principes démocratiques qu’il dit avoir intégrés dans son option nationaliste. C’est un signe qu’il reste à la N-VA du chemin à faire pour devenir un parti de gouvernement. Même à 25% des voix flamandes…

Si j’étais Bart De Wever, je me donnerais le temps d’une respiration, cette semaine qui vient. Je me concentrerais sur ce que je dirai le 13 au soir. Si ce qu’annoncent les sondages se vérifie, ce seront les paroles les plus importantes qu’il pourra jamais prononcer dans toute sa vie. Il doit les mûrir. Surtout celles qu’à la surprise générale, de propos délibéré, il prononcera en français.

Je ne suis pas Bart De Wever.

J’ai bien du mal à m’imaginer à sa place. Pas tellement parce qu’il est Flamand, et moi francophone. Ni parce que je ne le connais pas, ne l’ayant même jamais rencontré, à la différence de beaucoup de ses devanciers. Mais parce que sa pensée, son parcours, son être profond, me sont étrangers. Nous n’avons pas les mêmes pensées.

Si, comme lui, j’étais en politique, nous serions immanquablement ainsi adversaires. Et nous aurions le choix de nous regarder en chiens de faïence, jusqu’à ce que le néant nous emporte l’un et l’autre et nos mandants avec nous, ou de faire de la politique, comme les circonstances nous l’imposent.

Dans le cas de figure que je suggère sous la dictée des pronostics, la N-VA étant devenue le premier parti de Flandre et de Belgique, c’est monsieur De Wever qui aurait la main. A sa place je la tendrais, bien ouverte, au-dessus du mur de chicons.Car ce n’est rien de gagner une bataille. On peut facilement la reperdre en laissant passer l’opportunité de conclure la paix. Voyez, parmi tant d’autres, le cas désolant d’Yves Leterme.

Gagner la paix, ce n’est pas dicter les termes du traité de Versailles, l’historien doit l’avoir mesuré à l’aune de ce qui s’en est suivi. Gagner la paix, en démocratie, c’est inventer les termes d’une cohabitation pacifiée, acceptée et assumée entre belligérants d’hier.

Ce qui n’est pas donné. Ni d’avance acquis. C’est une autre bataille, contre les fantômes du passé cette fois. Parfois contre soi-même.

En tant qu’observateur, il m’intéresse diablement de savoir si un Bart De Wever vainqueur serait de cette race-là. Jusqu’ici, son rôle était facile. Il ne demandait qu’un peu d’habileté tactique et des circonstances favorables.

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Au saut du lit, ce matin, j’ai pensé à Verlaine.

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville.

D’habitude, je lui préfère plutôt Rimbaud, ses poches trouées et son paletot qui devient idéal. C’est plus corsé. Mais il y avait les gouttes qui frappaient au carreau.  Et le journal, à la radio.

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