Il y a un an maintenant que Bel RTL a lancé « Sans langue de bois ». Il paraît que ça marche, bien au-delà de ces amis qui nous disent, aux uns et aux autres, qu’il nous ont entendus entre 19 et 20 heures, le jeudi, et que ça les a bien aidés à patienter, dans l’un ou l’autre bouchon sur la route du retour, ou à siroter tranquillou l’apéro, à la maison, en attendant le dîner…

Je ne devrais peut-être pas le dire, parce que s’ils me lisent, les patrons de RTL vont refuser de nous augmenter, mais je crois que le secret de la réussite, c’est qu’on s’amuse beaucoup, tous les six, à faire cette émission.

Elle trouve maintenant des prolongements sur le Net: il y a désormais aussi un blog et une page Facebook. Vous y êtes évidemment les bienvenus et je vous encourage même vivement à prendre la bonne habitude de compléter utilement la lecture de votre blog favori en allant y faire un tour, quand vous passez par ici. Vous m’y retrouverez en tout cas. Surtout que les semaines à venir seront chaudes, du point de vue de la communication politique. Et il y a plus dans cinq têtes que dans la mienne toute seule.

Vous pouvez également retrouver Mehmet Koksal ici et Michel Henrion là-bas. Il n’y a plus qu’Alain Raviart à convaincre d’entrer dans le XXIe siècle. Mais bon: il a quand même un site professionnel. C’est un début…

Le président d’Ecolo avait prévenu: il est redoutable. Confirmation dans « Répondez à la question« : monseigneur Léonard a mangé tout crus les inquisiteurs qu’on lui avait dépêchés et qui, à l’exception notable de mon onctueux confrère, ex-collègue et néanmoins ami Christian Laporte, s’étaient trop légèrement armés pour poser les bonnes questions au nouvel archevêque de Malines – Bruxelles.

Je ne l’ai vu hésiter qu’une seule fois: quand Guy Gilbert, le « curé des loubards » l’a spontanément tutoyé, comme il fait avec tout le monde, puissant ou misérable, le prélat a un moment fait l’impasse en évitant de s’adresser directement à son interlocuteur et puis, brusquement, s’est lâché en passant sans façons au « Guy, tu… »

Et ça marche. L’archevêque a fait carton plein. Enjôleur mais ferme – ou ferme mais enjôleur -, il n’a pas cédé un pouce de terrain sur les principes tout en rendant ses propos audibles. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance car l’homme a un défaut, en termes de communication: il est trop subtil  pour un système qui marche aux « petites phrases » et aux sourires narquois.

Prenez son parallèle désormais fameux entre l’homosexualité et l’anorexie, qu’il considère l’un et l’autre comme des « troubles » qui, à ses yeux, ne font pas pour autant de ceux qui les connaissent des « anormaux ». Il faut une bonne dose d’empathie pour ne pas voir malice dans ce rapprochement – et non: comparaison… – qui doit passer au-dessus du casque de 99% des téléspectateurs. Et bien, il a remis ça et s’en est expliqué.

Il en a même rajouté en parlant de l’IVG et de la « pilule du lendemain », dont il a soutenu que, techniquement, son usage se traduisait par un avortement très précoce.

Il n’a pas été jusqu’à citer la nouvelle dans laquelle Léon Tolstoï situe la force du christianisme dans sa façon de placer la norme à une hauteur idéale, hors d’atteinte du pécheur lambda. Mais il aurait pu…

C’est une autre Eglise que celle à laquelle on s’est habitué par ici, bien sûr. Plus ferme, plus roide sans doute. Mais est-ce pour autant une mauvaise chose? Pour l’Eglise elle-même, je ne sais pas et c’est son problème. Mais si ça pouvait inciter la société à avoir des débats moins superficiels sur quelques problèmes qui la traversent et qui trop souvent débouchent sur une forme de bien-pensance très convenue, ce serait toujours ça de pris.

Avec lui, il va falloir réapprendre à débattre.

Ce n’est pas de la nostalgie belgicaine, mais une question que je me pose sur la hiérarchisation de l’information dans nos gazettes. Parce qu’on peut lire ça sur le site de la VRT, au lendemain de la consultation populaire anversoise sur le Lange Wapper.

In Franstalig België leeft het hele debat duidelijk niet. Le Soir en en La Libre Belgique brengen het verhaal kort in een hoekje van de binnenpagina’s. Daar hebben ze het over « le viaduc d’Anvers ». La Dernière Heure doet niet eens de moeite om over het referendum te berichten. Daar is de overwinning van Philippe Gilbert in de ronde van Lombardije het nieuws op de voorpagina.

Il ne faut pas être parfait bilingue pour comprendre que le journaliste flamand s’étonne un peu, avec une certaine ironie flegmatique, qu’on s’intéresse si peu, chez nous, à ce problème aigu que représente la mobilité dans la région d’Anvers. Parce que cette question n’intéresse pas seulement les Anversois, elle concerne aussi directement l’économie de  tout le nord-ouest de l’Europe.

A quoi s’ajoute la question de l’opportunité d’une consultation populaire à la fois très émotionnelle (nimby – not in my backyard) et hyper-technique. Et qui n’a finalement mobilisé qu’un peu plus d’un électeur sur trois.

Comprenez-moi bien: je n’ai pas d’avis sur le Lange Wapper, je ne suis ni pour, ni contre. Je constate seulement, à la lecture des commentaires des uns et des autres, que cette consultation vient compliquer la décision plus qu’elle ne l’éclaire. Et que le demi-ring d’Anvers, à 50 kilomètres de Bruxelles, n’a pas fini de « bouchonner »…

C’était ainsi un beau sujet de reportages à multiples facettes pour les journaux francophones. Aucun ne s’y est lancé. C’est pas assez sexy, quand ça se passe chez les Flamands?

Un facteur, à Dilbeek, avait jeté à plusieurs reprises du courrier dans une haie. La Poste l’a révoqué. Le facteur est allé se plaindre au Conseil d’Etat. La IXe Chambre a annulé la décision.

Quand vous lisez ça en profane, normalement vous êtes perplexe. Peut-être même vous indignez-vous. Comment donc? Un facteur peut se débarrasser du courrier qu’il est chargé de distribuer sans se faire virer sur-le-champ et sans indemnité? Mais où va-t-on?

C’est un peu ce que raconte le porte-parole de La Poste à la DH. Le journal explique alors que pour la juridiction, La Poste aurait dû être plus indulgente avec le facteur, parce que celui-ci avait eu un grave accident qui l’avait rendu « plus lent ».

Chahut dans les commentaires sous l’article. Vous y participeriez? Attendez un instant. Cette histoire me chipote. De mes études de droit, j’ai évidemment retenu que lorsqu’une décision lui est soumise pour annulation, le Conseil d’Etat ne substitue pas son appréciation à celle de l’administration. Il n’est pas un juge d’appel. C’est la régularité de la décision elle-même – est-elle motivée? a-t-on respecté les droits de la défense? etc. – qui est évaluée. Pas son opportunité. Pour y voir clair, je me rends donc sur le site du Conseil d’Etat, à la recherche de cet apparemment curieux arrêt n°193923, qui soulève quelques passions.

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Je ne suis pas fan des classements de blogs. Je suis quand même plutôt fier de figurer, depuis hier, dans le Top 30 des meilleurs blogs (en) français établi par Eric Mainville (Crise dans les Medias), non par amitié ou copinage mais selon les directives d’un algorithme « humanisé » et basé sur des critères plus qualitatifs que bêtement quantitatifs.

Eric, que je n’ai pas encore eu le plaisir de rencontrer en personne, est dans ma blogoliste et dans mon lecteur de flux depuis longtemps. Et ce n’est pas pour lui renvoyer l’ascenseur que je rappelle ici que son site vaut bien le déplacement!

Plan d’économies bien linéaire chez IPM (La Libre et la DH); enclenchement d’une procédure de licenciement collectif à l’imprimerie de Rossel, s’ajoutant à une restructuration de la rédaction du Soir: il ne semble guère faire de doute que le tsunami qui ravage la presse écrite aux Etats-Unis commence à faire sentir ses effets chez nous. On en mesure mal l’ampleur exacte: s’agit-il de simples ajustements temporaires ou des prémices d’un vrai séisme journalistique et social, débouchant sur des fermetures?

De l’endroit où je me trouve et des informations dont je dispose, il ne m’est pas possible de répondre à cette question essentielle. La seule certitude est que la crise est à la fois structurelle et conjoncturelle. Et qu’une éventuelle reprise économique ne suffira pas à en effacer tous les effets: le modèle économique sur lequel repose le « journal » est fondamentalement remis en cause. La conjoncture n’est qu’un accélérateur de la tendance de fond.

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La Libre a une drôle de tête ce matin. Elle n’a plus du tout de manchette, mais une cover-story. Sur les élections du 7 juin prochain. On s’interroge: « Qui sera le maillon faible?« . Je me demande: pourquoi cette question le 5 mai? Il y a vingt ans, on aurait attendu le 5 ou le 6 juin pour la poser en « une ». Quand elle serait devenue vraiment actuelle. Là, c’est un sujet « magazine ». La Libre serait-elle devenue un magazine quotidien?

C’est bien possible après tout.

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Fadila Laanan, ministre de la Culture, va donc créer un fonds pour le journalisme de qualité. Plus exactement, « une enveloppe budgétaire qui sera consacrée à la mise en place d’un instrument d’aide indépendant destiné à soutenir le journalisme d’investigation » (re-sic).Deux cent cinquante mille boules pour commencer, qui seront saucissonnées en subventions aux éditeurs nécessiteux, en vue de leur permettre de financer des projets que, sans cela, ils n’auraient pas les moyens de mettre en oeuvre.

J’ai appris ça ce matin en lisant Le Soir. Je n’ai pas retrouvé la nouvelle dans l’édition en ligne, mais je tiens à votre disposition le communiqué officiel que deux d’entre vous m’ont aimablement fait parvenir.

Je trouve ça très contestable en son principe.

Cela veut simplement dire qu’un jury logé à l’AJP jugera les projets et décidera d’agréer les uns et de recaler les autres. Sur quelles bases, s’il vous plaît?

Personnellement, je ne suis pas spécialement porté sur la paranoïa, mais j’ai toujours du mal à me représenter comment on peut concilier les concepts de liberté de la presse et de subvention discrétionnaire. L’attribution d’un prix quelconque à une grande enquête publiée, d’accord, mais une subvention pour en réaliser une, moi j’appelle ça du publi-reportage. Cela peut être très bien foutu, mais ce n’est plus vraiment du « journalisme »… Vous imaginez l’administration Nixon payant les frais de Woodward et Bernstein pour enquêter sur le Watergate, vous? Moi pas.

En même temps, faut-il croire qu’il y ait à ce point urgence pour l’un ou l’autre
quotidien francophone? Toujours est-il que le Conseil de la Communauté
française va être invité à voter en catastrophe un décret organisant le
paiement accéléré de l’aide à la presse pour 2009. Ainsi, les
quotidiens qui le souhaitent (sic) pourront-ils obtenir 85% de leur
chèque dès le mois de mai, au lieu de devoir l’attendre jusqu’à la fin
de l’année.

En cette fin de législature, le gouvernement
dégouline à ce point de bonne volonté que ledit décret passera sous
forme de proposition déposée par des députés, et non de projet
gouvernemental, ce qui lui évitera d’avoir à passer par la section de
législation du Conseil d’Etat.

 

Je suis, une fois de plus, très mal à l’aise quand je vois le traitement journalistique réservé à ce tragique fait divers qui a vu un jeune homme poignarder son père, cet avocat liégeois qui a connu son heure de gloire médiatique au moment de la marche blanche et de la terrible affaire qui l’a motivée.

C’est à dessein que je ne cite pas ici les noms que tout le monde connaît, en Belgique: personnellement, je ne cherche pas à « monter » dans les moteurs de recherche sur le malheur des autres. Ce sont les principes qui m’intéressent.

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Une fois encore, j’étais hier à Lille, la belle Flamande, pour une formation que je devais donner, à l’ESJ, à une demi-douzaine de jeunes journalistes. Le thème général relevait du passage du print au web, non en son principe mais dans la pratique. Comment faire, quoi.

Il y avait un ciel superbe. A midi, je me suis installé à une terrasse, place Richebé, où j’avais rendez-vous avec une andouillette et son pichet de côte-du-rhône. Au tabac, en face, j’ai acheté Vendredi. Vous savez: cet hebdo qui n’est pratiquement constitué que de billets de blogs compilés et republiés sur papier.

C’était un bon sujet à traiter en contrepoint pour entamer l’après-midi en douceur, me semblait-il: il y a aussi moyen de passer du web au print.

La première réaction, instinctive, de mes auditeurs, a été de se demander quelle était cette absurdité. C’est pas dans ce sens-là qu’elle va, la flèche du Temps… Et puis, en feuilletant, on se rend compte que ce qui retient l’oeil et l’esprit, ce n’est pas le G20, ni le boubou de Ségolène, ce sont surtout de petits joyaux qu’on n’avait pas repérés. Les Histoires de Robinson en « une », par exemple, avec cette réflexion vraiment philosophique des correcteurs du « Monde », qui donne à penser et devrait inciter à se relire encore et encore, et ce très beau cri d’humour, qui n’est pas moins profond.

L’écrit devient ainsi le nouveau refuge de la sérendipité. Un parfait complément pour le web. Les vrais journaux devraient y réfléchir. N’aurait-on pas plus envie de les acheter, si on pouvait espérer y avoir des surprises, y trouver des lectures, y faire des découvertes? Mais il faudrait pour ça qu’ils assument leur nouveau statut. Celui de complément du web.

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