Connaissez-vous l’ambush marketing? Moi, je  viens de découvrir l‘expression qui recouvre les pratiques consistant à faire sa pub à l’occasion d’un événement quelconque, sans rien payer aux organisateurs. Cela se pratique depuis la nuit des temps. Et c’est efficace.

Evidemment, quand ledit événement est sponsorisé par un concurrent direct du resquilleur, les problèmes surgissent. En 1984, Fuji Film sponsorisait ainsi les Jeux Olympiques de Los Angeles. Les Japonais n’ont pas apprécié que Kodak soutienne les émissions de la télé américaine. Et ils se sont vengés en 88, à Séoul, quand Kodak fut à son tour le sponsor officiel…

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J’étais hier à Euratechnologies, à Lille, où j’avais été invité par Pierre Lelong à participer à un panel sur la campagne 2.0 d’Obama. J’avais justement consacré ma chronique hedomadaire, dans Le Soir, aux bouleversements apportés par Internet dans le marketing politique.

Vous trouverez ici la présentation de Pierre. Elle s’étoffe au fil des représentations.

On est évidemment encore loin du compte dans notre petite Belgique. Où la plupart des cabdidats ne voient encore Internet que comme un nouveau moyen de communication…

Non, je ne participe pas à l’éruption qui secoue pour le moment la blogosphère francophone suite à la décision prise en référé par le tribunal de grande instance de Paris à l’encontre d’Eric Dupin, blogueur émérite et éditeur imprudent. Je compatis sincèrement à la douleur d’Eric (1.000 euro d’indemnités et 1.500 de frais judiciaires à payer) mais je ne pense pas qu’il soit très sérieux de parler d’un jour noir pour le web français, et encore moins de suggérer qu’une répression à la chinoise est en train de s’abattre sur l’Hexagone. Tout ce qui est excessif est insignifiant (Talleyrand).

De quoi s’agit-il? D’un article provenant d’un blog lambda, reproduit sur un agrégateur (Fuzz) publié par Dupin qui l’a fermé au premier papier timbré. On y parlait de la vie sentimentale d’un acteur français. Celui-ci s’est adressé au tribunal pour obtenir réparation et l’a donc obtenue. Pour plus de détails sur les circonstances exactes, voyez donc ce qu’en disent sobrement Le Monde et Le Figaro.

Techniquement, en droit français, la question se limite à déterminer si, en publiant un tel site, on est un simple hébergeur (soumis à des règles particulières) ou un véritable éditeur. Le tribunal a retenu la seconde hypothèse en relevant notamment que le contenu du site relevait d’un choix éditorial.

A partir de là, je pense que l’on peut raisonnablelement considérer que le juge a plutôt fait preuve d’une sage mesure en condamnant Dupin à ne payer à l’acteur qu’une indemnité trente fois inférieure à celle qu’il revendiquait. Et si tant de blogueurs s’enflamment, c’est:

  1. qu’ils font en l’occurrence preuve d’une louable empathie en se disant qu’une telle mésaventure pourrait tout aussi bien leur arriver à eux (comme à moi);
  2. qu’ils revendiquent par contre à tort une espèce d’irresponsabilité juridique, une immunité qui leur permettrait d’échapper au droit commun.

Derrière tout ça aussi, il y a sans doute aussi des intérêts économiques. Un des plus enflammés propagandistes de la cause de Dupin est Kelblog, lié à Wikio, le plus gros agrégateur français qui publie en continu des liens vers des milliers de blogs (dont celui-ci, merci Wikio). Quant à Dupin, qui refuse en grand seigneur la proposition de certains de ses lecteurs de se cotiser pour l’aider à payer les indemnités, il se demande quand même s’il ne va pas mettre en vente des tee-shirts au sceau de Fuzz et de Presse-citron, son blog.

Pour financer le formidable buzz qui lui tombe dessus. Comment? Vous dites? Je vois le mal partout? Mais non: quand ai-je dit que c’était mal? Juste un peu opportuniste…

Je n’ai rien contre la pub. Au contraire. Et les pisse-froids qui voudraient la bannir de nos écrans, de nos murs et de nos gazettes ont fâcheusement tendance à m’assombrir l’humeur. Mais bon: c’est un goût qu’on peut parfaitement ne pas partager.

Il y a surtout que la publicité n’est pas vraiment faite, au départ, pour réjouir les sens des esthètes. Elle est faite pour vendre. Et elle est toujours bâtie sur un modèle de communication dépassé, celui du « message » à sens unique. Le modèle « vertical », qui est aussi celui de l’école, du journal, de l’administration: je parle, vous devez écouter.

C’est fini, ça. Cela marchait jusqu’ici, parce que pour parler, il fallait en avoir les moyens. Avoir accès aux moyens de diffusion des messages, aux medias. Avec Internet, nous sommes tous devenus des medias en puissance. Il n’y a plus de barrières à l’entrée, sinon celles du talent et de la détermination.

Business Week explique ça très bien dans un récent article (18 janvier) dont je vous recommande la lecture.

Et dont la lecture s’impose à tous les chefs d’entreprise qui n’ont pas encore pris la mesure du changement de paradigme auquel ils sont confrontés: il est révolu, le temps où ils pouvaient se fier à leurs équipes de marketing et à leurs agences de pub pour imposer leurs produits au troupeau.

La « révolution internet » ne modifie pas pour autant les règles fondamentales de l’économie d’entreprise. Pour réussir, il faut toujours vendre. C’est-à-dire convaincre des consommateurs, des clients, de passer à l’acte. Et grandir, c’est-à-dire trouver des relais de croissance, accroître ses parts de marché et/ou conquérir de nouveaux marchés. Ce qui passe inévitablement par une forme d’argumentation. En gros: la pub. Contradiction? Pas du tout. Voyez la conclusion de l’article que je vous ai recommandé:

Before you entirely discard the notion of advertising, however, it is worth noting that it can and will change. Companies will recognize that there is a conversation going on in the marketplace that they should join, not dominate. Consumers, experts, and competitors are all talking about your company, its products, and the competition’s products. Joining that conversation means providing information, answering questions, and responding to concerns instead of just broadcasting one-way messages.

C’est là que je voulais en venir, il y a quelques jours, avec ce billet dans lequel je rappelais deux thèses du « manifeste des évidences ». Les marchés sont (re)devenus des « conversations ». Et si ça nous a rendus « immune to advertising« , c’est une façon de communiquer qui est ainsi condamnée. Pas la communication.

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