De nombreux professionnels du web se sont étranglés en apprenant qu’un des leurs a été choisi comme « entreprise de l’année 2009″ par Ernst & Young. Jalousie? Un peu sans doute mais il faut bien dire que Proximedia, malgré son succès commercial incontestable et son statut de star du Marché Libre qui n’en compte pas trop, est un peu au Net ce que les vendeurs d’aspirateurs à domicile sont à l’électroménager. S’appuyant sur de redoutables escouades de Séraphin Lampion, la boîte, qui fait figure de cash-cow potentielle pour ses actionnaires, s’est spécialisée dans la vente de sites internet à tous, même ceux qui n’en ont pas besoin, du boucher du coin au teinturier du quartier.

C’est un business model un peu fragile, qui n’aura qu’un temps. Proximedia le sait et s’est donc diversifiée, par croissance externe notamment: il y a quelque temps, la firme a racheté Globule Bleu, une web agency liégeoise qui vise plutôt les grands comptes. Et la politique.  C’est en effet de là que vient un des spin doctors de Didier Reynders, le MR étant par ailleurs un des gros clients de la société, avec son site web, ceux de ses candidats lors des joutes électorales et la MR TV.

Il est donc bien normal que le ministre des Finances ait été retenu pour remettre son prix à Fabrice Wuyts, le CEO de Proximedia. C’est comme ça qu’on fonctionne, en Wallonie. Amon nos’ôtes.

Il y a quelques jours, on apprenait par le journal L’Echo que dans une petite société cotée sur le Marché Libre bruxellois, Option Trading Company, deux membres du personnel avaient remis leur démission. En soi, quelle importance? Trois jours plus tard pourtant (le cours avait dû être réservé pendant deux séances pour cause d’écart hors limites), le titre perdait en une fois plus du quart de sa valeur. Et l’entreprise, que le marché évaluait encore mardi à 44,7 millions, n’en valait plus à ses yeux que 32,6 le vendredi suivant. 12 millions d’euro, un demi-milliard d’anciens francs belges partis en fumée pour deux collaborateurs (sur huit il est vrai, mais quand même…) qui démissionnent. Qui dit mieux?

Il est possible, sinon très probable, que la réaction du marché a été excessive: à l’analyse, il a considéré que l’amputation d’un quart de l’effectif de l’entreprise réduisait sa valeur d’autant, ce qui revient en somme à compter pour rien ses actifs et, notamment, son savoir-faire. Mais peu importe: ce n’est pas l’anecdote pour elle-même qui m’intéresse, mais ce qu’elle illustre quant à la valeur d’une information (en l’occurrence, 12 millions d’euro!) et de la manière de la présenter.

Sous ce dernier aspect, il était peut-être un peu ingénu, de la part du CEO, de répondre à Fabian Lacasse, le journaliste qui l’interrogeait, qu’il n’avait « aucune idée » de l’impact de cette péripétie sur les résultats futurs de son entreprise. Il n’y a rien de tel que l’incertitude et le manque de visibilité pour effrayer la bourse. Mais d’un autre côté, un tel aveu peut aussi être considéré comme un indice de la franchise et de l’honnêteté intellectuelle de celui qui le fait: on en connaît, des « communicateurs » routinés qui auraient spontanément répondu que cet impact serait bien sûr nul, avant même d’avoir réfléchi aux arguments permettant d’étayer vaguement cette affirmation risquée…

Alexandre Franco, pour sa part, a choisi d’établir un contre-feu d’une autre manière: en anticipant la divulgation des résultats annuels provisoires de son entreprise, par ailleurs excellents (doublement du bénéfice net en 2007). Cela n’a sans doute pas suffi à enrayer la chute mais à plus long terme, ça peut payer. Si l’entreprise trouve le ton juste pour communiquer sur ce risque qui revêt à l’évidence une importance particulière chez elle: le facteur humain. Et si elle trouve le moyen d’éviter la répétition de ce genre d’incident.

L’assemblée générale annuelle de NewTree allait se terminer, dans le cadre cossu du château Saint Anne, lorsqu’un des administrateurs, José Zurstrassen, interpella le CEO pour lui suggérer de dire quelques mots de la « Charte sociale et environnementale » qui était jointe aux pièces mises à la disposition des actionnaires. Pas banal en effet, ce bref document commence par ces mots:

« En tant qu’entreprise proche de la nature, et consciente de l’impact que toute activité exerce sur son environnement immédiat et plus éloigné, NewTree désire appliquer un certain nombre de principes visant à minimiser cet impact« .

Suivent alors diverses mesures regroupées en trois chapitres: (i) engagement du management; (ii) entreprise socio-responsable et (iii) entreprise éco-dynamique. Sous ces libellés, Newtree prend divers engagements, dont ceux de devenir « CO2 neutre » à l’horizon 2009, de renouveler sa flotte automobile avec des voitures hybrides, d’acheter des « crédits C02″ à concurrence des émissions correspondant aux voyages d’affaires de ses collaborateurs, ou encore de mettre à la disposition de ses employés une « flotte » de bicyclettes pour ses développement urbains (oui, Benoît a un « vélo de société », M. Reynders… :-) et d’exiger de ses fournisseurs des engagements transparents dans la lutte contre le travail des enfants.

A l’écouter en parler avec beaucoup de pudeur, on ne peut que croire à la sincérité de Benoît De Bruyn quand il évoque ses convictions en ce domaine. Et plus encore lorsqu’on constate ses réticences à en parler publiquement: NewTree, dit-il, hésite encore un peu à « communiquer » à ce propos, à telle enseigne que le site internet de la société est muet là-dessus.

Je pense quant à moi que, dans la communication d’aujourd’hui, il n’y a aucune exhibitionnisme malsain à se montrer comme on est et à faire état des convictions fondatrices de sa personnalité, quand elles sont vraies, et non dictées par le département marketing. C’est même toute la différence entre la « réclame » et la communication institutionnelle interactive: l’affirmation de soi n’est, à mon avis, pas une vile manoeuvre de « séduction »!

palettes.JPGComme je le signalais ici même la semaine dernière, c’est vendredi que s’est ouverte l’offre portant sur 210.000 actions Eryplast, l’entreprise liégeoise (Herstal) qui produit des palettes de manutention en plastique avec des matières recyclées. Dont des « bouchons d’amour » collectés par des organisations humanitaires.

Voyez l’effet quand elles sont empilées, les palettes, sur la photo ci-dessus…

Vendredi midi, l’offre prioritaire portant sur 80% des titres avait déjà trouvé preneurs… A telle enseigne que Raphaël Abou, le patron de NextCap qui cornaque l’entrée en bourse, va probablement pouvoir ajouter une clôture anticipée comme nouvelle plume à son chapeau!

C’est mon scoop du jour, les amis. Enfin… Pas tout-à-fait. En réalité, je l’ai réservée, cette primeur à un blog que je viens de lancer et sur lequel j’ai publié l’info il y a quelques heures: c’est micro-caps.be, un tout nouveau site d’information sur les plus petites sociétés cotées à la Bourse de Bruxelles. Je vous en parle ce soir ou demain, promis. Parce qu’il ne faut pas mélanger les genres, qu’un sujet par article, ça suffit amplement et que le but de celui-ci est d’opérer le suivi de l’info.

Et puis, ça fait quand même plaisir à voir, une entreprise qui marche… D’autant plus quand c’est une entreprise citoyenne.

 

La patronne française du Val Saint Lambert, Sylvie Henquin, ne manque pas d’aplomb (appelons-ça comme ça…). Interrogée par Pierre-Yves Warnotte, du magazine Trends-Tendances, sur la très médiocre et rarissime information dispensée aux actionnaires de sa société, cotée sur le Marché Libre d’Euronext Bruxelles depuis le 15 décembre 2005, elle répond: « A mon sens, j’ai toujours bien communiqué avec la Bourse. Cela étant, j’ai préféré annoncer les nouvelles négatives en association avec le résultat de fin d’année. J’ai pensé que cela ne valait pas la peine de prévenir le marché« .

Oufti, comme on dit à Liège…

Les faits:

  1. Le 13 décembre 2006, Sylvie Henquin déclare à Fabian Lacasse, de « L’Echo« , qui l’interroge sur la chute du cours de bourse de l’action du Val: « Il n’est pas encore possible de confirmer formellement les pronostics précédents car décembre est le mois le plus chaud de l’année, mais ça se présente bien (…) L’évolution du cours de bourse n’a rien à voir avec le développement de l’activité industrielle« .
  2. Le 18 avril 2007, le même Lacasse (peu suspect d’être mal disposé à l’égard du Marché Libre et de ses pensionnaires…) écrit à la une de L’Echo: « Les résultats réalisés l’an dernier par Val Saint Lambert International (VSLI)sont loin de correspondre aux promesses formulées dans le prospectus de son ouverture au public. Pourtant, le cristallier n’a jamais publié de « profit warning ». Et d’expliquer dans les pages intérieures que les revenus 2006 s’arrêtent à € 3,03 Mos au lieu des 6,5 Mos prévus dans le prospectus et que les 400 K€ de résultat net sont remplacés par… une perte de 80K€!

Heureusement qu’il est là, Fabian Lacasse. parce qu’à parcourir le site web de VSLI, on serait bien en peine de deviner que la société est cotée en bourse: pas la moindre petite information pour les actionnaires. Sur le site d’Euronext, les derniers chiffres de la fiche « profil de la société » sont ceux de… 2004! Et dans les « actualités » (?), deux communiqués à contenu financier seulement: le 28 avril 2006, pour les résultats 2005 et le 10 juillet 2006, pour le chiffre d’affaires du premier semestre. Depuis lors: le black-out intégral!

Et sur le site de Small Caps Finance, qui publie religieusement tous les extraits de presse relatifs aux sociétés qu’elle a introduites sur le Marché Libre, même topo…

Le plus comique – si on a l’humour un peu grinçant -, c’est que Sylvie Henquin se demande aussi, dans son interview à Trends-Tendances, s’il ne va pas bientôt lui falloir « du financement supplémentaire« . Lucide (?), elle avoue ignorer si elle fera encore appel à la bourse… Dans les circonstances actuelles, on hésite un peu à le lui conseiller…:-(

A noter que dans la même livraison de l’hebdo économique et financier de Roularta, Sébastien Buron interroge Jean-Paul Servais, le nouveau patron de la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) sur ces ratés dans la communication financière de certaines sociétés cotées sur les marchés non réglementés. Extrait de la réponse: « La législation ne prévoit pas de contrôle de l’information continue par la suite [ndlr: après l'approbation du prospectus d'émission]. La CBFA veut bien intervenir mais pour autant qu’elle ait les compétences nécessaires à cet effet. Ce qui n’est pas prévu pour l’instant« .

Dommage?

N.B.: Peu après l’introduction en bourse des actions VSLI, le marché a laissé entrevoir quelques symptômes d’une « exubérance irrationnelle » et le cours a brièvement flambé à €14,95 (le 16 janvier 2006, sur près de 16.000 titre échangés). Il a coté à 7,25 vendredi, 50 centimes au-dessus de sa première cotation, le 15 décembre 2005.

Je vous avais annoncé le séminaire organisé par les étudiants de l’EHSAL sur les sociétés du Marché Libre. Il s’est tenu hier soir. Le titre le plus « liquide » (volumes enregistrés en proportion du nombre d’actions cotées) est celui du chocolatier NewTree, dont le CEO, Benoît De Bruyn, nous expliquait ici même, il y a peu qu’on raconte beaucoup de bêtises sur le Marché Libre. EMD Music et Newton 21 seraient par contre les « cancres » de la petite classe. Une question de communication, semble-t-il. Je vous l’avais bien dit…

Les étudiants en deuxième licence (sciences commerciales – finance et gestion du risque) de l’EHSAL organisent le 26 mars prochain, à la Bourse de Bruxelles, un séminaire sur le Marché Libre: « Hoe vrij is de Vrije Markt? ».

Au programme, quelques exercices de valorisation de ces petites et moyennes entreprises récemment entrées en bourse. Idée d’autant plus alléchante que le porte-parole des étudiants, Pieter De Ryck, critique cette semaine dans Cash le manque de transparence et de volonté de communiquer de certaines. M’est avis qu’il y a des oreilles qui vont tinter…

A noter que selon toute vraisemblance, les exposés et débats se feront essentiellement en néerlandais.

Post-scriptum ajouté le 16 mars à 11.00: Un mauvais point pour moi: j’ai oublié de publier le lien pour les inscriptions. Le voici donc!

L’information publiée par Boursier.com est passée totalement inaperçue, vendredi et, à vrai dire, elle n’a probablement pas de quoi émouvoir les foules: Euronext Paris a suspendu la cotation, sur le Marché Libre, de la petite société Luxyachting de droit luxembourgeois, mais dont le capital est à 95% belge, et ce « dans l’attente d’informations ». Une autre feuille rapporte qu’elle aurait été déclarée en faillite.

Ce sont des choses qui arrivent, bien sûr, mais nous sommes ici devant un cas d’école, en matière d’information justement. Si l’on se réfère aux tablettes d’Euronext, en effet, on constate que les derniers chiffres publiés par la société sont ceux de l’an… 2000, alors même que l’IPO a eu lieu en septembre 2001! Luxyachting a d’aileurs fait, à ce propos, l’objet d’une sanction prise par l’AMF à l’endroit de neuf sociétés, toutes introduites sur le marché par Europe Finance et Industrie (EFI), elle aussi sanctionnée.

N’empêche: près de 80.000 actions ont été proposées au prix minimal de € 7,75 et ne valent probablement aujourd’hui plus rien (le dernier cours auquel ont eu lieu des transactions a été affiché mardi à € 0,80). Et sur les deux dernières années, le titre n’a pu être coté qu’à… neuf reprises! Autant dire que, le temps de s’apercevoir de leur erreur, certains ont dû se retrouver dans l’incapacité de se débarrasser de titres qui leur brûlaient les doigts.

Il y a plus de 260 sociétés cotées sur le Marché Libre parisien et, pour douloureuses qu’elles soient, de pareilles mésaventures sont sans doute inévitables. Bien plus modeste encore, son homologue bruxellois en a déjà connu une. C’est l’occasion sans doute de rappeler qu’une société cotée qui ne communique pas, ou trop peu, sur ses résultats et la marche de ses affaires, est une société qui ne mérite pas la confiance des investisseurs.

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