Articles taggés avec ‘littérature’

L’assassinat d’Yvon Toussaint

Dimanche 14 février 2010

Quand j’ai vu la couverture du livre dans une vitrine, j’ai souri. « Sacré Yvon, me suis-je dit. Il a fait fort! » C’est le titre: « L’assassinat d’Yvon Toussaint ». Par Yvon Toussaint. Il fallait oser. J’entre dans la librairie et achète l’ouvrage, qui vient de sortir, parce que c’est Yvon, justement. Et en fait, c’est beaucoup plus compliqué et intéressant qu’une crise aiguë de narcissisme.

Il y a au moins deux Yvon Toussaint. Celui qu’on connaît ici, en Belgique et à Paris, le journaliste aujourd’hui retraité, qui fut mon rédacteur-en-chef; et le sénateur haîtien assassiné en 1999, à Port-au-Prince.

Notre Yvon, qui ne connaissait l’autre ni d’Eve, ni d’Adam, a rencontré par hasard son souvenir, en flânant dans les allées de Google. Il en est sorti un vrai grand roman comme je les aime, le meilleur que j’aie lu depuis longtemps.

C’est subjectif? Sans doute. Suis-je influencé par l’affection que j’ai pour Yvon? Je ne pense pas. Il y a quelques années, j’avais acheté Le Manuscrit de la Giudecca et j’étais resté sur le seuil. Je n’avais pas trouvé l’entrée. Ici, je me suis senti chez moi dès la première ligne.

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La polémique autour de Jan Karski

Mardi 9 février 2010

J’ai une grande considération pour Pol Mathil, que j’ai connu dans mes années au Soir et que je vois encore, de loin en loin. Cela ne m’interdit pas de penser que parfois il se trompe, comme dans cette chronique qu’il vient de publier et dans laquelle il s’en prend à Yannick Haenel, dont j’ai moi-même parlé ici, il y a quelques semaines.

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Rétro: il y a 50 ans, Albert Camus…

Lundi 4 janvier 2010

Dans Le Monde daté du 6 janvier 1960, ce « fait divers »:

C’est vers 14 h 15 que s’est produit sur la route nationale numéro 5, à vingt quatre kilomètres environ de Sens, entre Champigny sur Yonne et Villeneuve la Guyard, l’accident qui a coûté la vie à Albert Camus. La voiture, une Facel Vega, se dirigeait vers Paris. L’écrivain était à l’avant, à côté du conducteur M. Michel Gallimard. D’après les premiers témoignages, la puissante automobile qui roulait à une très vive allure – 130 kilomètres à l’heure selon certains – a brusquement quitté le milieu de la route, toute droite à cet endroit, pour s’écraser contre un arbre à droite de la chaussée. Sous la violence du choc la voiture s’est disloquée. Une partie du moteur a été retrouvée à gauche de la route, à une vingtaine de mètres, avec la calandre et les phares. Des débris du tableau de bord et des portières ont été projetés dans les champs dans un rayon d’une trentaine de mètres. Le châssis s’est tordu contre l’arbre. D’après les premières constatations de la gendarmerie, l’accident aurait été provoqué par l’éclatement d’un pneu gauche, mais cette version n’est pas encore confirmée. Il n’est pas impossible que le conducteur ait eu un malaise.

Putain de Facel Vega…

Dans L’Express: « Les dernières heures d’Albert Camus« 

Neuf nouvelles de ma cave pour Noël

Mercredi 23 décembre 2009

Je poursuis à petits pas mon exploration de l’univers du conte et de la nouvelle. J’en lis une ou deux par jour – ou plutôt par nuit. Voici une petite sélection de ce qui a particulièrement retenu mon attention depuis la fin octobre. Je les ai choisies dans des recueils différents, qui me paraissent tous recommandables, pour le cas où ça vous donnerait des idées. Attention, c’est parfaitement subjectif…

Anton Tchékhov – La Pharmacienne

41K4DC34TAL._SL500_AA240_On commence fort, avec une nouvelle de jeunesse d’un vrai grand maître du genre. Un récit parfaitement classique du point de vue de la narratologie, si ce n’est que la mécanique est ici inversée: on part d’une situation perturbée – une jeune femme se morfond avec son vieux mari pharmacien – pour y revenir après un espoir déçu, né de l’irruption nocturne de deux galants officiers dans l’officine. La nouvelle tchékhovienne est d’une cruauté clinique.

Dans le recueil: La dame au petit chien et autres nouvelles, Folio n°3266.

Steve Hockensmith – Boniment, bonimenteur

51-xN1C7IBL._SL500_AA240_Fascinante  histoire parfaitement circulaire d’un écrivain relatant un meurtre dont l’issue nous ramène au début du récit. Au-delà de l’anecdote policière, incite à une réflexion sur le jeu trouble qu’il faut jouer pour convaincre le lecteur de poursuivre sa lecture et lui donner le sentiment d’avoir lu un bon, sinon un grand récit. Le tout, c’est d’y croire en l’écrivant.

Dans le très recommandable recueil: Le jour où la mort nous sépare, anthologie des « Mystery Writers of America » composée par Harlan Coben, Livre de poche n°31581.

Qim Monzó – L’éloge

41+FrQ5D2EL._SL500_AA240_L’auteur est catalan et il est déjà, paraît-il, un grand d’Espagne. C’est une parution très récente en traductions française. Toujours grinçant et parfois très déroutant. Cette nouvelle-ci est plus classique: un instantané de la relation qui s’inverse et finit mal entre un écrivain confirmé et un débutant qui se lance grâce à lui.  Une cruauté à la Maupassant dans un style complètement XXIe siècle.

Dans le recueil: Mille crétins, Editions Jacqueline Chambon.

André Baillon – Drame

41rxwaRMfRL._SS500_Une petite chose, pleine d’ironie. Un long billet, peut-être plus qu’une vraie nouvelle. Mais c’est Baillon (Histoire d’une Marie, Zonzon Pépette, Par fil spécial), un auteur belge de l’entre-deux guerres qu’on redécouvre enfin. Et puis aussi, un journaliste, il fut soiriste à La Dernière Heure. L’auteur est chez lui. Il écrit. Sa femme et sa fille font du bruit, trop de bruit et ça le dérange mais il se tait, jusqu’à ce que… La vie de famille n’est pas facile pour tout le monde, surtout quand on s’adonne au home working. Voyez aussi le site de Présence d’André Baillon.

Dans le recueil: Nouvelles belges à l’usagede tous, chez Luc Pire, collection Espace Nord.

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La puissance de la nouvelle

Dimanche 6 décembre 2009

Mis au défi de raconter toute une histoire en six mots, le grand Hemingway a proposé:

For sale: Baby shoes. Never used.

J’ai  trouvé cette anecdote dans des conseils d’écriture formulés sur Copyblogger. Je l’ai racontée à Gaïd. Elle a fait la grimace: « C’est affreux », a-t-elle commenté.

Six mots anodins portent en eux tout un roman. Mais c’est ici au lecteur qu’il revient de l’écrire. Ma femme en a fait une histoire triste, tout comme moi quand je l’ai découverte. Les six mots évoquent une annonce, dans un journal. Que les chaussures de bébé n’aient jamais été portées suggère une triste fatalité périnatale. Mais quand on y réfléchit, d’autres hypothèses sont parfaitement vraisemblables, au choix du lecteur.

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Un libre vendredi de décembre

Samedi 5 décembre 2009

1LLB2C’était hier le rendez-vous annuel des « vétérans » de La Libre. Aucun, quand même, n’a participé à la confection de la « une » illustrée ici, mais La Libre est un long fleuve majestueux, si pas toujours tranquille. Un menu typically Taverne du Passage pour moi: croquettes aux crevettes et filet américain. Un ballon de rouge. Et l’amitié en plat principal.

Ceux de l’année passée étaient presque tous là. Avec en plus Jacques Zeegers, qui était directeur de la rédaction de mon temps, Théo Louis, critique cinématographique, et les jeunots Marie-France Cros, Francis Van de Woestyne et Jean-Paul Duchateau. J’espère que cela fera plaisir à ceux là, qui sont à peu près de la même génération que moi, d’être ici rangés dans les « gamins », on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

J’en ai rencontré trois sur le chemin de la Taverne: André, Marcel et Philippe prenaient un peu d’avance et un apéro moussu à la Mort Subite qui fait toujours face au fantôme de notre vieux journal, sur la Montagne-aux-Herbes Potagères depuis longtemps désertée par Poeltje et Marguerite, généreuses cantinières qui nous désaltéraient tour à tour entre deux éditions. La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur d’un mortel, disait Baudelaire.

Mais celle-ci continue à me plaire. Au moment du départ, après une dernière vraie gueuze à La Rose Blanche, sur la Grand-Place, j’ai poussé la porte de Tropismes. Une aimable libraire m’a mis dans les bras, avec ses commentaires enthousiastes, une pile de recueils de nouvelles. Il n’y manquait – le stock avait achevé de fondre – que celui de l’ami Berenboom, qui flânait par là. On a causé bouquins, et journal. Je reviendrai vagabonder au cœur de ma ville. Promis. Juré.

Jan Karski, une révolte contre la bassesse

Dimanche 22 novembre 2009

1KarskiIl me chaut fort peu qu’un prix littéraire ait été attribué à Yannick Haenel pour son Jan Karski. Ce n’est pas pour ça que j’ai acheté et lu ce livre admirable, mais pour ce que m’en disait Krzysztof Pomian, la semaine passée entre deux dim sum: « Je le fais très rarement, parce que je trouve ça un peu vain, mais là, j’ai envoyé un petit mot à l’auteur pour lui dire l’admiration que j’avais pour son travail« .

C’est un roman, annonce la couverture. En fait, c’est probablement plus compliqué, à moins de ne voir dans le roman que  la plus résiduelle des catégories résiduelles, le réceptacle de tout ce qui n’est pas autre chose.Mais quoi qu’il en soit, c’est de la grande littérature.

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Lire des nouvelles

Dimanche 8 novembre 2009

En anglais, « une nouvelle » se dit, un peu platement, « a short story », tandis que « novel » désigne un « roman ». Il doit donc y avoir plus de relief dans le titre en V.O. de cette chronique de William Boyd que je lis dans sa traduction française: « Une brève histoire de la nouvelle ». Je suppose qu’en anglais, ce doit être un jeu de mots comme: « A Short History of the Short Story ». Soit. Ce n’est apparemment pas la différence la plus marquée entre les deux univers linguistiques. Les yeux fixés sur le sien, Boyd croit pouvoir trouver dans la nature humaine ce qu’il appelle « l’étrange pouvoir de la nouvelle » et, plus prosaïquement, son attrait pour les auteurs de bonne naissance et son succès chez les lecteurs suffisamment talentueux. Ce qui devrait nous surprendre, nous francophones qui la considérons généralement comme un genre mineur. Pour Frédéric Dard, rapporte René Godenne, « une nouvelle, ça se lit aux chiottes ».

Drôle d’idée.

Je viens encore de lire une nouvelle dans un bon bain bien chaud. Hier au soir, j’étais allongé sur mon futon. Tout-à-l’heure, j’élirai peut-être mon cher fauteuil Voltaire. Mais sûrement pas la lunette des cabinets.

Je partage entièrement l’avis de Vincent Engel, selon qui « la lecture d’un recueil de nouvelles est un exercice ardu, réservé (…) aux plus chevronnés des lecteurs ». L’effort est bref, mais d’autant plus intense. La lecture d’un roman est comme une promenade en forêt, au rythme de la marche, éventuellement interrompue par plusieurs arrêts. La nouvelle se lit d’une traite et sa facilité, s’il en est, n’est qu’apparente; c’est un concentré d’émotions qui ne connaît pas la digression et punit la moindre distraction.

Mais quand c’est réussi, ça laisse des traces.

Sources d’inspiration de ce billet et lectures recommandées:

NB: Les quatre nouvelles citées ci-dessus ne constituent absolument pas une sélection raisonnée. Il s’agit simplement de celles que j’ai préférées – pour leur originalité ou leur « longueur en bouche » – parmi la quinzaine de nouvelles que j’ai lues ces jours-ci, au hasard de mes pérégrinations. Les textes de Boyd, Engel et Godenne constituent par contre à mes yeux de bonnes portes d’entrée dans cet univers méconnu. C’est par là que j’y entre, en tout cas.

Courez au Parc, Fracasse y est encore!

Samedi 10 octobre 2009

Il ne vous reste – hélas – que quelques jours pour vous précipiter au théâtre du Parc, mais allez-y, vous ne le regretterez pas. Jusqu’à vendredi prochain, on y joue Le Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier. C’est un pur bonheur, je l’ai connu hier soir.

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L’extrait ci-dessus vous donne le ton de la pièce: il y a du spectacle, dans l’esprit des comédiens ambulants du XVIIe siècle et des grands romans de cape et d’épée (Dumas, Féval…) du XIXe. Thierry Debroux, qui signe l’adaptation et la mise en scène, explique dans le programme qu’il a vu à dix ans, à Boitsfort, le film de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais et quelques débutants de la classe 61: Louis de Funès, Philippe Noiret, Jean Rochefort, excusez la modestie de cette distribution.

Je sortis émerveillé de cette projection et, tout au long du chemin qui me ramenait à la maison, je fus Sigognac se battant pour l’amour de sa belle (…) J’étais tous les personnages, je bondissais sur le trottoir, armé d’une épée imaginaire et je me battais contre des ennemis invisibles. J’ai toujours su qu’un jour, je ferais quelque chose des agitations naïves de cet enfant qui se prenait pour un héros de cape et d’épée.

capitaine fracasseJ’ai vu ce même film au même âge. Dix ans plus tôt sans doute. Je devais être moins expansif que Debroux, mais moi aussi j’ai vraiment vécu en rêve des exploits de redoutable bretteur.

Il y a cependant bien plus que de l’agitation dans la belle pièce que j’ai vue hier soir dans une salle pratiquement bourrée jusqu’au rebord de ses baignoires. Car ce n’est pas seulement une histoire qu’on y montre, il y aussi l’histoire de l’histoire et, à côté des moments de bravoure et des coups d’éclat (ah! les beaux combats ordonnancés par Jacques Cappelle…), se glisse ainsi la méditation de Gautier sur l’art et sur les relations de l’artiste avec le public et avec ses personnages.

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La tombe d’Albert Camus

Jeudi 24 septembre 2009

Aujourd’hui, avec Gaïd, on a fait un grand tour en voiture, et un peu à pied, sur les chemins des ocriers. Pour le conclure, on a été rendre visite à Albert Camus et à sa Francine, dans leur joli cimetière de Lourmarin. C’était tranquille, il n’y avait que nous. Et trois petites vieilles qui papotaient un peu plus loin, en bichonnant une tombe plus récente. Celles des Camus, l’une à côté de l’autre à dix années d’intervalle, je les adore. Un peu bordéliques, comme vous pouvez le voir ci-dessous, mais surtout surmontées de gros plants de lavandes encore odorantes en cette fin septembre. J’y ai discrètement passé la main, pour qu’elle s’imprègne. Depuis tout ce temps, en pleine terre, il y a bel et bien du Camus dans cette plante, comme il y a du Milosz dans l’arbre planté sur l’endroit où on a déposé ses restes.

Provence09 545b Lire le reste de cet article »