Emballez, c’est pesé. Pour prix de son adhésion au Mouvement réformateur, Rudy Aernoudt empoche un moelleux siège au parlement européen, soit un CDD de 5 ans assorti d’une plus que confortable rémunération et de quelques avantages extra-légaux. Ce sera certes un peu plus dur pour lui, depuis Strasbourg, de rendre aux Wallons l’espoir et la fierté qu’il leur avait promis, mais faut bien vivre, non?

Vous dites? Vous trouvez cette amorce « populiste »? C’est parce que j’aime me faire comprendre sans détours par celui à qui je m’adresse. Je trouve ça poli, de lui parler dans sa langue.

Notez qu’en fait, tout ça n’est pas mon problème. Moi, j’observe et je commente. Je ne roule pour personne, et surtout pas pour un parti. De plus, pour dire ce qui est au plus profond de mon âme citoyenne, la présence d’un Aernoudt sur une liste du MR m’éloigne a priori moins de ce parti que celle d’un Maingain, pour parler d’un autre grand « populiste », puisque c’est la façon nouvelle de désigner les démagogues.

Non, ce qui me gêne, c’est la manière. Un peu glauque, quand même, cette façon de créer un parti le 5 janvier, de lui faire tenir un congrès le 7 février, et de le mettre en liquidation le 21. Parce qu’enfin, les militants n’étaient peut-être pas légion, quelques dizaines, deux cents à tout casser, mais les remballer comme ça, au bout de six semaines, contre leur avis, je trouve ça pas net. Vous croyez qu’on parlerait encore de la Sainte Eglise, aujourd’hui, si Jésus s’était comporté avec ses 12 malheureux apôtres comme Aernoudt le fait avec ses 200 premiers militants? Avant même que le coq wallon ait chanté trois fois?

Parce qu’évidemment, si c’était une décision collective, il n’y aurait rien à redire, si ce n’est du point de vue de la com’. Mais la décision, elle a, au mieux, été prise à trois, les trois « fondateurs » de Lidé au regard de la loi sur les sur les associations sans but lucratif. D’organe politique collégial, point. Mais une indication sérieuse quand même, en sens contraire: sur son site web, Lidé avait lancé un sondage officieux pour prendre le pouls de ses membres sympathisants (c’est bien, ça!). La question: « Le mouvement doit-il aller seul aux élections? » La réponse (198 participants): 86% de « oui ». Ce sera donc non. Lidé n’existe plus, sinon pour ses trois membres…

Mais, dites-moi: Didier Reynders ne les paie-t-il pas un peu cher, ses emplettes?

On en fait des gorges chaudes, dans les coulisses de Bruxelles, de la participation du pétaradant sénateur MR, Alain Destexhe, à la prochaine présentation des priorités de Lidé pour la région-capitale. Cela se passe samedi matin, à la Fondation universitaire.

Et pourtant, il n’y aurait pas de quoi. Destexhe a poliment demandé l’autorisation de participer à son président, et celui-ci la lui a donnée. Lundi, Didier Reynders a sobrement informé le bureau du MR, de la chose.

Ne rêvez donc pas à une liste bruxelloise de Lidé emmenée par le picador d’Auderghem. Envisagez plutôt un ralliement du patron de Lidé au MR, pour un siège, quoi? Wallon? Bruxellois? Pariez plutôt pour l’Europe. Pas seulement parce que deux fonctionnaires européens s’affichent à la présentation des priorités bruxelloises de Lidé. Mais parce que personne n’imagine sérieusement ajouter Rudy Aernoudt à la fameuse trilogie MR – FDF – MCC.

Pas sûr cependant que tout le monde trouve ça génial, dans la grande maison bleue délicatement soutachée d’amarante. Rudy Aernoudt n’y compte pas que des amis, loin de là. En clair, il y en a qui accusent Aernoudt de n’avoir pas toujours eu des comportements en phase avec les idées qu’il avance, quand il fréquentait les cabinets wallons. Moi, je n’en sais pas plus, et tant qu’il en sera ainsi, je me tairai là-dessus.

Cela étant, point de vue contenu, les idées de Lidé pour Bruxelles ne me paraissent pas forcément stupides. Pour ce qui me concerne – mais vous me connaissez -, j’apprécie même assez que, du point de vue institutionnel, elles tranchent nettement avec l’obstination bornée que met le « front francophone » à défendre des revendications millénaristes et hors de propos de combattants perdus du Pacifique (ces fantassins japonais qu’on retrouvait de temps à autre dans un bout de jungle ou sur un îlot oublié, des années après la fin de la guerre).

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