Michel Henrion est arrivé l’autre jeudi à RTL House avec un DVD sur lequel il avait recopié une vieille vidéo-cassette retrouvée dans son grenier. Un « Faire le Point » de 1988 avec son patron de l’époque en vedette: Guy Spitaels. Dieu. Le Spit’. Pour l’interroger, la fine fleur (it’s a joke) du journalisme politique de l’époque – vous avez parié que j’en étais et vous avez gagné! Voici:

Oui, je sais: le temps, aux plus belles choses, se plaît à faire un affront, comme disait Pierre Corneille dans sa « Stance à la Marquise »… Mais bon: j’avais 35 ans et encore quelques illusions. Ne vous moquez donc pas, gentes damoiselles et fringants godelureaux: si mon visage a quelques traits un peu vieux, souvenez-vous qu’à mon âge, vous ne vaudrez guère mieux,.. comme dit toujours ce bon Corneille.
C’était en 1988. On sortait de deux austères législatures « rooms-blauw » (chrétiens et libéraux), Jean Gol râlait sur moi parce que, disait-il, j’avais (enfin: Le Soir avait) réussi à faire perdre les élections aux libéraux. Wilfried Martens m’en voulait aussi. Lui, il avait cafté et m’avait dénoncé à mon rédacteur-en-chef comme étant « un ami des Van Rompuy », Herman et Eric – comprenez donc que lui, à ce moment-là, il ne l’était pas. Mais alors là pas du tout: les meilleurs ennemis d’un social-chrétien sont souvent d’autres sociaux-chrétiens. Particulièrement au CVP. Et plus encore quand il y a un premier ministre dans le coup: généralement, la plupart des autres sociaux-chrétiens, surtout s’ils sont Flamands, sont alors ses ennemis…
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En Arles, sur la place Nina Berberova près du Rhône, vous trouverez le siège social et la librairie d’Actes Sud, la belle maison d’édition fondée il y a plus de trente ans par Hubert Nyssen et Jean-Philippe Gautier. C’est un lieu inspiré comme je les aime. Délaissant les tables centrales où s’affichaient comme partout les candidats de la rentrée littéraire, j’ai vagabondé dans les rayons périphériques à la recherche des perles rares qui y foisonnent.
J’en suis notamment revenu avec les Œuvres complètes d’Albert Londres, parues chez Arléa en 2007. C’est une compilation des reportages que cet immense journaliste a republiés comme des livres, après qu’ils aient paru dans les journaux qu’il a fréquentés, et souvent quittés en claquant la porte. Comme Le Quotidien qui lui reprocha une « ligne » trop peu enthousiaste sur l’occupation de la Ruhr, en 1923, par les troupes françaises et qu’il honora de cette réplique grandiose que tout journaliste bien né devrait connaître par cœur et être capable de faire sienne quand le commandent les circonstances:
« Messieurs, vous apprendrez à vos dépens qu’un reporter ne connaît qu’une seule ligne:celle du chemin de fer!«
J’en ai pour des mois à déguster ça.
Je compte bien m’offrir aussi la biographie que Pierre Assouline a consacré à ce monument, quitte à me sentir tout petit devant la statue d’un vrai grand journaliste.

Janne a découvert, je ne sais pas comment, un éditeur parisien. Allia. Les Editions Allia. Je n’en avais jamais entendu parler. Vous non plus, je parie. Il est installé au numéro 16 de la rue Charlemagne, dans le IVe arrondissement, entre la rue de Rivoli et la Seine, à hauteur de l’île Saint Louis. C’est une vieille baraque qui paraît anodine, sauf qu’elle ressemble un peu à un décor du père Hugo, le romancier des Misérables. Au rez-de-chaussée, il y a un bar-restaurant qui propose une cuisine « bistro », Le Framboisy. Au 14, juste à côté, il y a le Lycée Charlemagne. Celui-là eut pour élèves Gérard de Nerval, Léon Blum, Jules Renard, Théophile Gautier, Honoré de Balzac…
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Gallimard a publié, dans sa collection Quarto, un fort volume de 1.280 pages contenant un choix de quelques romans et de reportages du grand Joseph Kessel. Cela reste une lecture obligatoire, je pense, pour tous les jeunes journalistes qui veulent tâter de l’écrit. Avec le risque évident de les saisir de découragement en même temps que d’admiration: à cette hauteur, le reportage n’est plus tout-à-fait du journalisme, mais déjà de la vraie littérature.
J’ai lu les trois morceaux consacrés à l’Allemagne de 1932 (Les forgerons du malheur, Unterwelt et La marée brune). Quelle vision! Une vision d’artiste en fait, car Kessel ne photographie pas, il peint. Et il le fait à l’instinct, comme il le reconnaîtra lui-même dans une interview à L’Express, en 1969.
Le reporter n’a ainsi pas eu besoin de lire Mein Kampf ou de connaître la suite de l’Histoire pour se laisser inspirer une « répulsion physique » pour le clown névrotique qui subjugua l’Allemagne et lui inculqua sa religion de haine.
Mais, en parallèle, c’est sans doute Unterwelt qui m’a le plus fasciné, un reportage hallucinant dans la pègre berlinoise, une contre-société de voleurs, d’escrocs, de tueurs, finalement plus régulée et presque rassurante, dans le contexte…
Il peut être temps de revenir à Kessel. Au journalisme.
La poussière retombe, les fumées se dissipent, le paysage est en ruine. Le canon n’a épargné que deux tours, une au nord, l’autre au sud, qui dans la lumière froide du petit jour s’échangent des sémaphores… Le champ de bataille, the Day After. Désolé. Hiroshima après la bombe.
Avec quelques amis journalistes, flamands et francophones, on se disait ce midi que le plus étrange était encore la facilité déconcertante avec laquelle leurs journaux se mettaient au goût du jour. Avant la bataille, De Wever était le diable pour les francophones, et Di Rupo Belzébuth aux yeux des Flamands. Voilà-t-y pas maintenant qu’on les marie sans remords, en louant l’exquise courtoisie polyglotte de l’un, en excusant par un airbag importun les hésitations linguistiques de l’autre. Sans insister sur les affaires qui reprennent, ce serait grossier.
Je crois pour ma part que ces revirements se comprennent en politique, qui est une valse à deux temps: au premier, l’approche des élections dresse sur leurs ergots les coqs au moment de combattre; au second, dans l’intervalle entre deux reprises, le plus raisonnable est encore de s’entendre pour se partager équitablement les graines disséminées dans la basse-cour.
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Il y a un peu plus d’une heure, un journaliste de l’AFP en poste à Bruxelles évoquait les joies de son métier d’agencier sur Twitter en racontant qu’il devait composer pour demain une dépêche de 600 mots pour expliquer les élections en Belgique. Serviable comme je peux l’être je la lui ai écrite. A ma façon. Il y prendra ce que bon lui semble. Mais j’avertis mes lecteurs que ce qui va suivre n’a rien d’un des billets usuels de ce blog. C’est un papier de 600 mots (611 exactement) conçu comme un rond-up du bureau de l’AFP à Bruxelles. Ça m’a bien amusé, comme un exercice pour garder la main. J’aurais pu fignoler, mais c’est plus cher… Top départ:
Elections en Belgique: deux pays, un casse-tête
Le 13 juin prochain, les Belges voteront pour renouveler les deux chambres du parlement fédéral, dissoutes après la chute du gouvernement d’Yves Leterme. Celui-ci réunissait cinq partis, deux flamands (chrétiens-démocrates et libéraux) et trois francophones (les mêmes, auxquels il faut ajouter les socialistes).
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Hier, mon billet sur la situation politique a eu l’honneur d’un lien dans un article de Claire Huysegoms, sur le site de La Libre. J’ai vu arriver de là des dizaines de nouveaux lecteurs. J’en suis évidemment ravi et je le serai encore plus si certains d’entre eux – qui sait? – deviennent des habitués.
C’est bien comme ça que fonctionne le web. Comme un écosystème. Mais c’est encore rare, dans les medias mainstream. Il n’y a qu’un autre exemple dont je me souvienne, en ce qui me concerne: lesoir.be m’avait cité de la même façon lorsque, le premier, et par un scoop de « braconnier », j’avais annoncé que Jean-Claude Defossé serait sur la liste Ecolo aux élections régionales de 2009.
Ça commence donc à bouger mais dans la presse, où de nombreux journalistes continuent à regarder le web comme un dangereux cobra constrictor, on conserve encore largement des réflexes traditionnels. Ce qui veut dire: ne jamais envoyer un lecteur à la « concurrence »… Le garder jalousement pour soi, de peur qu’il ne revienne pas… Ne jouer avec des liens qu’en interne…
C’est complètement erroné.
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Roger Gicquel est mort. Un infarctus, à l’âge où, précisément, on perdrait le droit, d’après le slogan, de lire le journal de Tintin reporter, « le journal des jeunes de 7 à 77 ans ». C’était, c’est et ça restera le journalisme comme je l’aime. Un journalisme d’auteur, à mille lieues du journalisme aseptisé, émasculé qu’on veut nous imposer comme le modèle d’une illusoire objectivité et qui n’a plus aucun sens à l’âge où la nouvelle est connue de tous avant de paraître dans la presse.
Illustration:
Ceci, que vous avez sûrement déjà revu ailleurs, était l’ouverture du journal de TF1, le 18 février 1976.
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Ceux qui se demandent si Le Soir est devenu un nouvel avatar de Pif Gadget n’ont qu’à se dire que oui et la question sera réglée: mercredi, le quotidien vespéral du matin offrait à ses lecteurs, pas pour 5 euros, ni pour 4, ni pour 3, ni même pour 2 euros, mais pour un tout petit euro à peine, messieurs-dames, un magnifique bloc de résine transparente comprenant… comprenant… devinez quoi? Oui! Un authentique scorpion doré de Mandchourie, ouiii, m’sieurs-dames!
Et on remet ça la semaine prochaine, avec une superbe araignée diable et son fascicule, chers clients, suivie dans quinze jours par un scarabée rhinocéros. Une ma-gni-fi-que collection de non pas 10, non pas vingt, ni trente, mais qua-ran-te ‘insectes et arthropodes que vous rangerez précieusement dans les petites boîtes spécialement conçues à cet effet et que vous proposera votre libraire pour un prix modique! Non, messieurs-dames, vous ne rêvez pas! Le Soir fera de vous des entomologistes!
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Le Mensuel est une nouvelle publication du journal Le Monde. Mensuelle, forcément. C’est un digest des meilleurs articles publiés dans le quotidien le mois précédent. Meilleurs ou supposés tels.
En soi, ce n’est au fond pas très différent de la « sélection hebdomadaire » de jadis, celle qui était destinée aux pauvres hères qui ne vivent pas dans l’Hexagone. Sauf que c’est plus chic. Un joli format carré, entre livre de poche et newsmagazine. De la couleur et des illustrations, photos ou infographies. Beaucoup.
Rien d’inédit donc. Un remix. Une compilation de 120 pages, plus quatre de couverture. C’est vendu € 5,90.
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