Janne a découvert, je ne sais pas comment, un éditeur parisien. Allia. Les Editions Allia. Je n’en avais jamais entendu parler. Vous non plus, je parie. Il est installé au numéro 16 de la rue Charlemagne, dans le IVe arrondissement, entre la rue de Rivoli et la Seine, à hauteur de l’île Saint Louis. C’est une vieille baraque qui paraît anodine, sauf qu’elle ressemble un peu à un décor du père Hugo, le romancier des Misérables. Au rez-de-chaussée, il y a un bar-restaurant qui propose une cuisine « bistro », Le Framboisy. Au 14, juste à côté, il y a le Lycée Charlemagne. Celui-là eut pour élèves Gérard de Nerval, Léon Blum, Jules Renard, Théophile Gautier, Honoré de Balzac…
Gallimard a publié, dans sa collection Quarto, un fort volume de 1.280 pages contenant un choix de quelques romans et de reportages du grand Joseph Kessel. Cela reste une lecture obligatoire, je pense, pour tous les jeunes journalistes qui veulent tâter de l’écrit. Avec le risque évident de les saisir de découragement en même temps que d’admiration: à cette hauteur, le reportage n’est plus tout-à-fait du journalisme, mais déjà de la vraie littérature.
J’ai lu les trois morceaux consacrés à l’Allemagne de 1932 (Les forgerons du malheur, Unterwelt et La marée brune). Quelle vision! Une vision d’artiste en fait, car Kessel ne photographie pas, il peint. Et il le fait à l’instinct, comme il le reconnaîtra lui-même dans une interview à L’Express, en 1969.
Le reporter n’a ainsi pas eu besoin de lire Mein Kampf ou de connaître la suite de l’Histoire pour se laisser inspirer une « répulsion physique » pour le clown névrotique qui subjugua l’Allemagne et lui inculqua sa religion de haine.
Mais, en parallèle, c’est sans doute Unterwelt qui m’a le plus fasciné, un reportage hallucinant dans la pègre berlinoise, une contre-société de voleurs, d’escrocs, de tueurs, finalement plus régulée et presque rassurante, dans le contexte…
Il peut être temps de revenir à Kessel. Au journalisme.
La poussière retombe, les fumées se dissipent, le paysage est en ruine. Le canon n’a épargné que deux tours, une au nord, l’autre au sud, qui dans la lumière froide du petit jour s’échangent des sémaphores… Le champ de bataille, the Day After. Désolé. Hiroshima après la bombe.
Avec quelques amis journalistes, flamands et francophones, on se disait ce midi que le plus étrange était encore la facilité déconcertante avec laquelle leurs journaux se mettaient au goût du jour. Avant la bataille, De Wever était le diable pour les francophones, et Di Rupo Belzébuth aux yeux des Flamands. Voilà-t-y pas maintenant qu’on les marie sans remords, en louant l’exquise courtoisie polyglotte de l’un, en excusant par un airbag importun les hésitations linguistiques de l’autre. Sans insister sur les affaires qui reprennent, ce serait grossier.
Je crois pour ma part que ces revirements se comprennent en politique, qui est une valse à deux temps: au premier, l’approche des élections dresse sur leurs ergots les coqs au moment de combattre; au second, dans l’intervalle entre deux reprises, le plus raisonnable est encore de s’entendre pour se partager équitablement les graines disséminées dans la basse-cour.
Il y a un peu plus d’une heure, un journaliste de l’AFP en poste à Bruxelles évoquait les joies de son métier d’agencier sur Twitter en racontant qu’il devait composer pour demain une dépêche de 600 mots pour expliquer les élections en Belgique. Serviable comme je peux l’être je la lui ai écrite. A ma façon. Il y prendra ce que bon lui semble. Mais j’avertis mes lecteurs que ce qui va suivre n’a rien d’un des billets usuels de ce blog. C’est un papier de 600 mots (611 exactement) conçu comme un rond-up du bureau de l’AFP à Bruxelles. Ça m’a bien amusé, comme un exercice pour garder la main. J’aurais pu fignoler, mais c’est plus cher… Top départ:
Elections en Belgique: deux pays, un casse-tête
Le 13 juin prochain, les Belges voteront pour renouveler les deux chambres du parlement fédéral, dissoutes après la chute du gouvernement d’Yves Leterme. Celui-ci réunissait cinq partis, deux flamands (chrétiens-démocrates et libéraux) et trois francophones (les mêmes, auxquels il faut ajouter les socialistes).
Hier, mon billet sur la situation politique a eu l’honneur d’un lien dans un article de Claire Huysegoms, sur le site de La Libre. J’ai vu arriver de là des dizaines de nouveaux lecteurs. J’en suis évidemment ravi et je le serai encore plus si certains d’entre eux – qui sait? – deviennent des habitués.
C’est bien comme ça que fonctionne le web. Comme un écosystème. Mais c’est encore rare, dans les medias mainstream. Il n’y a qu’un autre exemple dont je me souvienne, en ce qui me concerne: lesoir.be m’avait cité de la même façon lorsque, le premier, et par un scoop de « braconnier », j’avais annoncé que Jean-Claude Defossé serait sur la liste Ecolo aux élections régionales de 2009.
Ça commence donc à bouger mais dans la presse, où de nombreux journalistes continuent à regarder le web comme un dangereux cobra constrictor, on conserve encore largement des réflexes traditionnels. Ce qui veut dire: ne jamais envoyer un lecteur à la « concurrence »… Le garder jalousement pour soi, de peur qu’il ne revienne pas… Ne jouer avec des liens qu’en interne…
C’est complètement erroné.
Roger Gicquel est mort. Un infarctus, à l’âge où, précisément, on perdrait le droit, d’après le slogan, de lire le journal de Tintin reporter, « le journal des jeunes de 7 à 77 ans ». C’était, c’est et ça restera le journalisme comme je l’aime. Un journalisme d’auteur, à mille lieues du journalisme aseptisé, émasculé qu’on veut nous imposer comme le modèle d’une illusoire objectivité et qui n’a plus aucun sens à l’âge où la nouvelle est connue de tous avant de paraître dans la presse.
Illustration:
Ceci, que vous avez sûrement déjà revu ailleurs, était l’ouverture du journal de TF1, le 18 février 1976.
Ceux qui se demandent si Le Soir est devenu un nouvel avatar de Pif Gadget n’ont qu’à se dire que oui et la question sera réglée: mercredi, le quotidien vespéral du matin offrait à ses lecteurs, pas pour 5 euros, ni pour 4, ni pour 3, ni même pour 2 euros, mais pour un tout petit euro à peine, messieurs-dames, un magnifique bloc de résine transparente comprenant… comprenant… devinez quoi? Oui! Un authentique scorpion doré de Mandchourie, ouiii, m’sieurs-dames!
Et on remet ça la semaine prochaine, avec une superbe araignée diable et son fascicule, chers clients, suivie dans quinze jours par un scarabée rhinocéros. Une ma-gni-fi-que collection de non pas 10, non pas vingt, ni trente, mais qua-ran-te ‘insectes et arthropodes que vous rangerez précieusement dans les petites boîtes spécialement conçues à cet effet et que vous proposera votre libraire pour un prix modique! Non, messieurs-dames, vous ne rêvez pas! Le Soir fera de vous des entomologistes!
Le Mensuel est une nouvelle publication du journal Le Monde. Mensuelle, forcément. C’est un digest des meilleurs articles publiés dans le quotidien le mois précédent. Meilleurs ou supposés tels.
En soi, ce n’est au fond pas très différent de la « sélection hebdomadaire » de jadis, celle qui était destinée aux pauvres hères qui ne vivent pas dans l’Hexagone. Sauf que c’est plus chic. Un joli format carré, entre livre de poche et newsmagazine. De la couleur et des illustrations, photos ou infographies. Beaucoup.
Rien d’inédit donc. Un remix. Une compilation de 120 pages, plus quatre de couverture. C’est vendu € 5,90.
L’information la plus intéressante n’était pas dans l’article de La Libre qui, hier, prétendait dévoiler le « plan » de Jean-Luc Dehaene pour BHV: sa source… Les journalistes aiment à en préserver le secret, prenant alors sur eux seuls toute la responsabilité de ce qu’ils révèlent, info ou intox. C’est bien compréhensible mais, en l’occurrence, c’est bien dommage…
Aujourd’hui, Francis Van de Woestyne croit pourvoir confirmer: Jean-Luc Dehaene envisage bien, affirme-t-il, une « solution » provisoire (le retour aux anciens arrondissements pour les législatives de 2011), et donc un report de la scission de BHV.
Le « hic », c’est que d’après De Standaard cette fois, Jean-Luc Dehaene aurait répondu au porte-parole du CD&V qui venait aux nouvelles que le scoop de La Libre relevait de la plus « pure fantasie« … Quén’affaire, dis donc! Qui croire dans ce souk?
Bon, d’accord, pour dire le vrai: tout le monde s’en fout. Sauf les « grands » stratèges de partis, les politiciens locaux, leurs supporters respectifs et les journalistes politiques. Vous connaissez mon opinion sur BHV; elle n’a pas changé.
Le neuvième numéro de XXI est arrivé en librairie. L’éditeur y a joint un dépliant promotionnel assez bien fichu qui m’inspire quelques réflexions que je vous livre ici, brutes de décoffrage.
Cela fait un billet un peu décousu, me rends-je compte en le relisant et en y ajoutant ce paragraphe. Il y a plusieurs thèmes ébauchés. J’espère que vous me le pardonnerez, mais c’est ça aussi un blog: les idées comme elles viennent, pour servir ultérieurement peut-être.


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