Michel Henrion est arrivé l’autre jeudi à RTL House avec un DVD sur lequel il avait recopié une vieille vidéo-cassette retrouvée dans son grenier. Un « Faire le Point » de 1988 avec son patron de l’époque en vedette: Guy Spitaels. Dieu. Le Spit’. Pour l’interroger, la fine fleur (it’s a joke) du journalisme politique de l’époque – vous avez parié que j’en étais et vous avez gagné! Voici:

Oui, je sais: le temps, aux plus belles choses, se plaît à faire un affront, comme disait Pierre Corneille dans sa « Stance à la Marquise »… Mais bon: j’avais 35 ans et encore quelques illusions. Ne vous moquez donc pas, gentes damoiselles et fringants godelureaux: si mon visage a quelques traits un peu vieux, souvenez-vous qu’à mon âge, vous ne vaudrez guère mieux,.. comme dit toujours ce bon Corneille.

C’était en 1988. On sortait de deux austères législatures « rooms-blauw » (chrétiens et libéraux), Jean Gol râlait sur moi parce que, disait-il, j’avais (enfin: Le Soir avait) réussi à faire perdre les élections aux libéraux. Wilfried Martens m’en voulait aussi. Lui, il avait cafté et m’avait dénoncé à mon rédacteur-en-chef comme étant « un ami des Van Rompuy », Herman et Eric – comprenez donc que lui, à ce moment-là, il ne l’était pas. Mais alors là pas du tout: les meilleurs ennemis d’un social-chrétien sont souvent d’autres sociaux-chrétiens. Particulièrement au CVP. Et plus encore quand il y a un premier ministre dans le coup: généralement, la plupart des autres sociaux-chrétiens, surtout s’ils sont Flamands, sont alors ses ennemis…

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Mise à jour 26/5/2010: Je constate avec plaisir que Le Soir semble avoir entendu le point de vue développé ci-dessous. Ce midi en effet, BIS publie un billet d’Olivier Baum en renvoyant vers le blog-source. Comme quoi le dialogue a ses vertus. Et Le Soir des oreilles!

Notre bon vieux Soir a lancé un nouveau blog. Il y avait déjà Saga Belgica, le blog jusqu’ici fort discret de la rédaction politique qui a probablement mieux à faire, avec ses maigres effectifs surbookés, que de baguenauder sur le web. Il y a maintenant Saga Belgica BIS (un lien, on dit merci, monsieur Rossel!). BIS pour « blog des internautes du Soir ». Joli…

On y trouve déjà un francophonissime déjanté, qui dévore un Flamand du VMO à chaque repas – avec ses bottes cloutées et son coup de poing américain – et, plus sérieusement, des gens sympas comme Pamina et Alexandre Plennevaux. Et peut-être moi.

Ils m’ont demandé. J’ai dit « oui », pour autant que ça se fasse de manière équitable. C’est-à-dire avec un lien vers l’URL de l’article reproduit et aucune équivoque sur le fait qu’il s’agit d’un article de mon blog. Et depuis, au moment de publier ce billet en tout cas, je n’ai pas de nouvelles.

Enfin si. J’en ai une. C’est Alexandre qui a bondi en voyant son premier article republié. Voyez ici (un deuxième lien, monsieur Rossel). Vous pouvez deviner qu’il s’agit d’un article de son blog et pas un guest post, vous?

Ce n’est pas une ficelle, c’est un câble en acier.

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Hier, mon billet sur la situation politique a eu l’honneur d’un lien dans un article de Claire Huysegoms, sur le site de La Libre. J’ai vu arriver de là des dizaines de nouveaux lecteurs. J’en suis évidemment ravi et  je le serai encore plus si certains d’entre eux – qui sait? – deviennent des habitués.

C’est bien comme ça que fonctionne le web. Comme un écosystème. Mais c’est encore rare, dans les medias mainstream. Il n’y a qu’un autre exemple dont je me souvienne, en ce qui me concerne: lesoir.be m’avait cité de la même façon lorsque, le premier, et par un scoop de « braconnier », j’avais annoncé que Jean-Claude Defossé serait sur la liste Ecolo aux élections régionales de 2009.

Ça commence donc à bouger mais dans la presse, où de nombreux journalistes continuent à regarder le web comme un dangereux cobra constrictor, on conserve encore largement des réflexes traditionnels. Ce qui veut dire: ne jamais envoyer un lecteur à la « concurrence »… Le garder jalousement pour soi, de peur qu’il ne revienne pas… Ne jouer avec des liens qu’en interne…

C’est complètement erroné.

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Ceux qui se demandent si Le Soir est devenu un nouvel avatar de Pif Gadget n’ont qu’à se dire que oui et la question sera réglée: mercredi, le quotidien vespéral du matin offrait à ses lecteurs, pas pour 5 euros, ni pour 4, ni pour 3, ni même pour 2 euros, mais pour un tout petit euro à peine, messieurs-dames, un magnifique bloc de résine transparente comprenant… comprenant… devinez quoi? Oui! Un authentique scorpion doré de Mandchourie, ouiii, m’sieurs-dames!

Et on remet ça la semaine prochaine, avec une superbe araignée diable et son fascicule, chers clients, suivie dans quinze jours par un scarabée rhinocéros. Une ma-gni-fi-que collection de non pas 10, non pas vingt, ni trente, mais qua-ran-te ‘insectes et arthropodes que vous rangerez précieusement dans les petites boîtes spécialement conçues à cet effet et que vous proposera votre libraire pour un prix modique! Non, messieurs-dames, vous ne rêvez pas! Le Soir fera de vous des entomologistes!

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Le Mensuel est une nouvelle publication du journal Le Monde. Mensuelle, forcément. C’est un digest des meilleurs articles publiés dans le quotidien le mois précédent. Meilleurs ou supposés tels.

En soi, ce n’est au fond pas très différent de la « sélection hebdomadaire » de jadis, celle qui était destinée aux pauvres hères qui ne vivent pas dans l’Hexagone. Sauf que c’est plus chic. Un joli format carré, entre livre de poche et newsmagazine. De la couleur et des illustrations, photos ou infographies. Beaucoup.

Rien d’inédit donc. Un remix. Une compilation de 120 pages, plus quatre de couverture. C’est vendu € 5,90.

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La presse écrite ne va pas bien. Ses diffuseurs non plus. Ce que j’entends chez mes amis de Prodipresse, c’est rien moins que l’annonce d’un véritable « bain de sang social », pour parler comme don Elio Di Rupo. Fermeture de points de vente, faillites…

Ce n’est pas seulement la baisse des ventes de journaux en kiosque qui est en cause – il y a aussi la Loterie Nationale qui fait des infidélités à son réseau, et le tabac qui a mauvaise… presse – mais dans ce cœur de métier, la vie n’est pas rose pour les marchands de journaux qui sont également confrontés à un mammouth fort peu amène avec eux: les Agences et Messageries de la Presse (AMP).

Voilà en effet un fournisseur en position de monopole qui se comporte avec ses clients comme un seigneur féodal avec ses serfs.

Un nouveau système de gestion des invendus a été mise en place.

Il faut savoir que chaque jour ouvrable, les AMP déposent chez les diffuseurs un stock de publications qu’elles leur facturent, à charge pour eux de faire établir, plus tard, une note de crédit pour les exemplaires qu’ils leur restituent comme « invendus ». Situation fort confortable pour le fournisseur qui améliore ainsi son fonds de roulement sur le dos de ses clients.

Ces invendus sont placés dans des bacs que les libraires inventorient à leur départ (autant de « Soir » retournés, de « Libre », de « DH »,  de « Big Boobs », etc.) A l’arrivée, les AMP scannent les retours. Et les comptes ne tombent évidemment pas juste. Dans la grande majorité des cas, si j’ai bien compris, les AMP affirment ne pas trouver dans les bacs tout ce que les libraires prétendent   y avoir mis. Et les réclamations pleuvent.

La situation s’envenime au point qu’on en est maintenant aux constats d’huissier et que, vraisemblablement, les citations devant les juges vont suivre. Du côté des libraires, nombreux sont maintenant ceux qui se filment en vidéo pour qu’il reste une trace de ce qu’ils ont placé dans les fameux bacs. Ces thrillers palpitants sont disponibles sur Daily Motion, voyez ici.

Les AMP balaient tout ça d’un revers de la main. « Vous pourriez parfaitement filmer le placement de vos invendus dans les bacs et les en retirer auprès », objectent-elles. On accuse les libraires de tricher, quoi. Ambiance. Le problème est évidemment que de leur côté, les libraires pourraient tout aussi bien accuser les AMP d’envoyer au pilon des exemplaires retournés sans les scanner…

Je suis curieux de voir ce que la justice dira de tout ça. Mais de mon point de vue, il me paraît bien étrange, ce système qui autorise une des parties dans un contrat à fixer souverainement, sans contrôle possible de l’autre partie, ce que celle-ci lui doit…

DHLe SoirLa Libre Belgique

Ce matin, je suis entré dans la boutique d’Alexandre, comme d’habitude. Et ça m’a pris devant l’étal des quotidiens. Comme une nausée, un haut-le-coeur, à les voir tous là, sagement alignés dans leurs vêtements de deuil. Le Soir et La Libre annonçaient huit pages spéciales, la DH douze, Libé 20. Même Le Monde y consacrait ses pages 17 à 19. Et je me suis révolté. Comme un môme irascible et capricieux, j’ai décrété qu’aujourd’hui, je n’achèterais pas de quotidien, na! Marre de Jackson. Qu’il repose, le pépère, et me foute la paix.

Mais vous vous fichez pas mal de mes humeurs et vous avez raison. Aussi bien, ce n’est pas pour vous les faire partager que je vous les rapporte. C’est pour vous montrer quelle genre de raison on peut avoir, par un beau jour d’été, de NE PAS acheter le journal…

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Je ne suis pas fan des classements de blogs. Je suis quand même plutôt fier de figurer, depuis hier, dans le Top 30 des meilleurs blogs (en) français établi par Eric Mainville (Crise dans les Medias), non par amitié ou copinage mais selon les directives d’un algorithme « humanisé » et basé sur des critères plus qualitatifs que bêtement quantitatifs.

Eric, que je n’ai pas encore eu le plaisir de rencontrer en personne, est dans ma blogoliste et dans mon lecteur de flux depuis longtemps. Et ce n’est pas pour lui renvoyer l’ascenseur que je rappelle ici que son site vaut bien le déplacement!

L'Echo change de peau

Tiens! Un journal qui ressemble encore un peu à un journal comme on en a connu. Voilà qui est original, au moins. C’est L’Echo légèrement relifté, et qui s’est fait teindre les pages. En saumon bien sûr, comme le F.T.et d’autres titres européens cherchant les mêmes lectorats.

Cela n’infirme aucunement mes diagnostics et pronostics, au contraire: il s’agit déjà d’un journal de niche, spécialisé dans l’économie et la finance, avec des échappées vers les rubriques qui intéressent également ses publics.

Au fait: j’y participe aussi, désormais. Je suis dans le copieux supplément « A contre-courant » (68 pages), avec un article intitulé: « Le métier d’entreprendre tient à un fil relationnel » (p. 46). Le titre n’est pas de moi, mais il reflète et annonce bien ce que j’écris. Il est fondé sur l’idée qu’une entreprise ne vend pas seulement des produits, mais qu’elle institue et sert aussi, et dans certains cas surtout, des relations.

Back to the basics. Retour aux fondamentaux. Dans un billet marquant, Seth Godin énonce utilement sur son blog les quatre parties constitutives d’un modèle d’affaires (business model). Je tente ici de les appliquer à la presse en espérant  dégager peut-être les fils conducteurs d’une stratégie anti-déclin. A tout le moins de lancer une chaude discussion…

  • What compelling reason exists for people to give you money?

Application: Qu’est-ce qui « oblige » les gens à acheter votre journal?

Réponse: dans la plupart des cas, plus grand-chose. En théorie, on achète un produit ou un service pour les avantages qu’il procure en termes d’exclusivité, de qualité ou de coût. Le journal apporte des informations et, subsidiairement, du plaisir. Or, les news sont librement accessibles partout, notamment sur la Toile, gratuitement ou presque.

  • How do you acquire what you’re selling for less than it costs to sell it?

Application: comment votre journal dégage-t-il des marges?

Réponse: le plus souvent, il les a perdues. La diminution du nombre de lecteurs fait que le journal traditionnel est désormais plus cher à produire que ce qu’il rapporte: moins de ventes et moins de recettes publicitaires l’ont amené à faire des économies sur le produit, ce qui a encore affaibli les raisons de l’acheter. Spirale du déclin.

  • What structural insulation do you have from relentless commoditization and a price war?

Application: comment votre journal conserve-t-il ses avantages concurrentiels?

Réponse: pour l’essentiel, il n’en a plus, voir la réponse à la première question. Mais il y a surtout qu’avec la révolution numérique, les barrières à l’entrée ont été considérablement abaissées. Jadis, le journal était un produit unique, le seul pourvoyeur possible d’information dans la zone de chalandise qu’il desservait. Votre seul avantage tangible est le confort de lecture: pour les textes longs, l’écran d’ordinateur est moins confortable. Pour le reste, les journaux se ressemblent tous, désormais. Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là?

  • How will strangers find out about the business and decide to become customers?

Application:  comment vos lecteurs potentiels découvrent-ils votre journal et décident-ils de l’acheter?

Réponse: ils vous connaissent déjà et savent ce que vous faites. Votre problème n’est pas de les décider à acheter votre journal, mais à les convaincre de ne pas décider de ne plus l’acheter. Sauf pour les jeunes qui entrent dans la vie active mais qui ont déjà appris à s’informer autrement, à des sources diversifiées, facilement et librement accessibles.

Alors, on ferme et on s’en va?

Pas forcément. On peut aussi repenser le produit. Pour y arriver, il faut refaire le chemin, mais à l’envers cette fois.

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