Hier, mon billet sur la situation politique a eu l’honneur d’un lien dans un article de Claire Huysegoms, sur le site de La Libre. J’ai vu arriver de là des dizaines de nouveaux lecteurs. J’en suis évidemment ravi et  je le serai encore plus si certains d’entre eux – qui sait? – deviennent des habitués.

C’est bien comme ça que fonctionne le web. Comme un écosystème. Mais c’est encore rare, dans les medias mainstream. Il n’y a qu’un autre exemple dont je me souvienne, en ce qui me concerne: lesoir.be m’avait cité de la même façon lorsque, le premier, et par un scoop de « braconnier », j’avais annoncé que Jean-Claude Defossé serait sur la liste Ecolo aux élections régionales de 2009.

Ça commence donc à bouger mais dans la presse, où de nombreux journalistes continuent à regarder le web comme un dangereux cobra constrictor, on conserve encore largement des réflexes traditionnels. Ce qui veut dire: ne jamais envoyer un lecteur à la « concurrence »… Le garder jalousement pour soi, de peur qu’il ne revienne pas… Ne jouer avec des liens qu’en interne…

C’est complètement erroné.

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Entre un débat avec François Heinderyckx et des photos à prendre de Paul Van Himst ou de Ludovic Delory qui dédicaçaient leurs livres, j’ai passé une bonne demi-douzaine d’heures à la Foire du Livre aujourd’hui.

J’aime toujours bien ce rendez-vous annuel avec les bouquins qu’on ne trouve pas toujours aux étals des grandes librairies classiques. Et j’ai une sincère admiration pour ces gens courageux, auteurs et éditeurs, qui s’obstinent à augmenter de leurs contributions l’océan de tout ce qui se publie. Dans la tête, j’ai le chiffre de 30.000 nouveaux bouquins en français chaque année. Comment ne pas rater quelque chose d’important?

L’important est d’ailleurs relatif. C’est personnel. Et c’est ce qui donne son sens à une « foire », comme occasion de faire de nouvelles rencontres.

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Quelle déception! La Libre m’avait fait rêver, hier, avec l’annonce d’une nouvelle rubrique online sur « le meilleur du web ». Je trouvais bien un peu bizarre qu’on me promette un rendez-vous quotidien, à heure fixe, la première caractéristique du media étant d’être un flux continu, mais soit. Si l’on veut extraire « le meilleur », il faut une intervention humaine et, compte tenu de la modestie des moyens mis en oeuvre, je pouvais deviner que ce ne serait pas un full-time job.

Ce n’en sera pas un, en effet. Le meilleur du web, dans La Libre, c’est la plus banale et la plus ringarde des revues de presse à l’ancienne, avec juste un lien vers la home page des sites internet de la presse. Ce qui veut dire que ledit lien ne vous conduit même pas à l’article cité, cherchez le vous même si vous avez le temps.

C’est… comment dire? Consternant. 

Chacsam est tellement écoeuré qu’il n’arrive même pas à commenter.

Je n’aime pas critiquer les confrères. Je me donne alors des airs de pion qui ne me vont pas du tout. Mais grands dieux, les amis, quand allez-vous cesser de vous complaire dans votre passé révolu? Il y a des centaines, des milliers de blogs et de sites d’amateurs, dans le monde, qui font tellement mieux que ça.

Demandez par exemple à un journaliste de chacun des services de La Libre et de la DH d’envoyer tous les jours à la rédaction online les liens vers ce qui a retenu son attention sur le web. Et balancez ça sur votre site. Cela vous prendra moins de temps et, croyez-moi, ce sera mille fois plus intéressant que cette nouvelle « rubrique » totalement inutile que vous venez de lancer et que vous abandonnerez dans quelques jours ou dans quelques semaines, parce que personne ne la lit et que ça ne vous rapporte qu’un nombre dérisoire de clics.

Le 19 janvier 2007, « On a des choses à se dire » est apparu sur internet. Il y a presque trois ans.

Un nouveau blog. Un auteur – moi – et pas encore de lecteurs. Sauf quelques proches. Ma femme, mes fils, mes compagnons d’aventure : Yael, Philippe, Stéphane, Yves. C’est tout – Fabrice est arrivé un peu plus tard.

Mais Lao Tseu a dit :

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.

Des pas, il y en a eu mille autres qui se sont enchaînés après le premier. Il y en a peut-être encore mille ou dix mille autres à venir. Pour aller où ? J’ai bien une idée mais elle évolue. A vrai dire, je n’ai aucune certitude. En cherchant les Indes, il arrive qu’on découvre l’Amérique. Et de toute façon, ce n’est pas la destination qui compte. C’est le chemin. Et c’est le Bouddha que là je paraphrase.

Ne pas connaître par anticipation le fin mot de l’histoire ne dispense pourtant pas de la nécessité de tracer sa route et de faire le point. J’y consacrerai maintenant quelques pages, que je publie à mesure que je les écris.

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Sur mon profil Facebook, j’ai relayé la merveilleuse interprétation de Stand by me par les musiciens de rue du monde entier réunis par Playing for Change. Si vous n’êtes pas sur Facebook, vous pouvez aussi la trouver sur YouTube. Je ne m’en lasse pas; merci donc à la fée Clochette qui m’a branché là-dessus. Mais voici un autre morceau qui me paraît digne d’intérêt:

Image de prévisualisation YouTube

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit donc d’une démarche originale qui consiste à enregistrer plusieurs interprétations d’un même morceau par des musiciens des rues aux quatre coins du monde avec un studio mobile et de les mixer ensuite pour produire un clip comme celui-ci. Avec pour philosophie la paix dans le monde, par la musique.

Ce qui m’intéresse surtout, au-delà de l’émotion pure procurée par la musique, c’est l’efficacité du « système de distribution » viral d’internet. Ce formidable Grandpa Elliott (dans Stand by Me), qui joue de l’harmonica depuis 50 ans au coin de Royal Park, à New Orleans, Louisiana, n’était jusqu’ici connu que comme une curiosité locale par les touristes de passage. Il joue et chante maintenant en concert, au début d’un match des Dodgers et dans le Tonight Show de Conan O’Brien, sur NBC…

Vous me direz qu’un bon scout d’un des majors aurait pu le faire. Oui, mais aucun ne l’a fait, depuis un demi-siècle. Ils ne sont peut-être pas tous bons, les scouts… En tout cas, les mailles du filet se resserrent, il laisse échapper moins de talents. Et c’est tout profit pour nous, les amateurs de bonne musique (et de bonne littérature, de bon journalisme, de…), et pour eux, les artistes…

Back to the basics. Retour aux fondamentaux. Dans un billet marquant, Seth Godin énonce utilement sur son blog les quatre parties constitutives d’un modèle d’affaires (business model). Je tente ici de les appliquer à la presse en espérant  dégager peut-être les fils conducteurs d’une stratégie anti-déclin. A tout le moins de lancer une chaude discussion…

  • What compelling reason exists for people to give you money?

Application: Qu’est-ce qui « oblige » les gens à acheter votre journal?

Réponse: dans la plupart des cas, plus grand-chose. En théorie, on achète un produit ou un service pour les avantages qu’il procure en termes d’exclusivité, de qualité ou de coût. Le journal apporte des informations et, subsidiairement, du plaisir. Or, les news sont librement accessibles partout, notamment sur la Toile, gratuitement ou presque.

  • How do you acquire what you’re selling for less than it costs to sell it?

Application: comment votre journal dégage-t-il des marges?

Réponse: le plus souvent, il les a perdues. La diminution du nombre de lecteurs fait que le journal traditionnel est désormais plus cher à produire que ce qu’il rapporte: moins de ventes et moins de recettes publicitaires l’ont amené à faire des économies sur le produit, ce qui a encore affaibli les raisons de l’acheter. Spirale du déclin.

  • What structural insulation do you have from relentless commoditization and a price war?

Application: comment votre journal conserve-t-il ses avantages concurrentiels?

Réponse: pour l’essentiel, il n’en a plus, voir la réponse à la première question. Mais il y a surtout qu’avec la révolution numérique, les barrières à l’entrée ont été considérablement abaissées. Jadis, le journal était un produit unique, le seul pourvoyeur possible d’information dans la zone de chalandise qu’il desservait. Votre seul avantage tangible est le confort de lecture: pour les textes longs, l’écran d’ordinateur est moins confortable. Pour le reste, les journaux se ressemblent tous, désormais. Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là?

  • How will strangers find out about the business and decide to become customers?

Application:  comment vos lecteurs potentiels découvrent-ils votre journal et décident-ils de l’acheter?

Réponse: ils vous connaissent déjà et savent ce que vous faites. Votre problème n’est pas de les décider à acheter votre journal, mais à les convaincre de ne pas décider de ne plus l’acheter. Sauf pour les jeunes qui entrent dans la vie active mais qui ont déjà appris à s’informer autrement, à des sources diversifiées, facilement et librement accessibles.

Alors, on ferme et on s’en va?

Pas forcément. On peut aussi repenser le produit. Pour y arriver, il faut refaire le chemin, mais à l’envers cette fois.

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Une fois encore, j’étais hier à Lille, la belle Flamande, pour une formation que je devais donner, à l’ESJ, à une demi-douzaine de jeunes journalistes. Le thème général relevait du passage du print au web, non en son principe mais dans la pratique. Comment faire, quoi.

Il y avait un ciel superbe. A midi, je me suis installé à une terrasse, place Richebé, où j’avais rendez-vous avec une andouillette et son pichet de côte-du-rhône. Au tabac, en face, j’ai acheté Vendredi. Vous savez: cet hebdo qui n’est pratiquement constitué que de billets de blogs compilés et republiés sur papier.

C’était un bon sujet à traiter en contrepoint pour entamer l’après-midi en douceur, me semblait-il: il y a aussi moyen de passer du web au print.

La première réaction, instinctive, de mes auditeurs, a été de se demander quelle était cette absurdité. C’est pas dans ce sens-là qu’elle va, la flèche du Temps… Et puis, en feuilletant, on se rend compte que ce qui retient l’oeil et l’esprit, ce n’est pas le G20, ni le boubou de Ségolène, ce sont surtout de petits joyaux qu’on n’avait pas repérés. Les Histoires de Robinson en « une », par exemple, avec cette réflexion vraiment philosophique des correcteurs du « Monde », qui donne à penser et devrait inciter à se relire encore et encore, et ce très beau cri d’humour, qui n’est pas moins profond.

L’écrit devient ainsi le nouveau refuge de la sérendipité. Un parfait complément pour le web. Les vrais journaux devraient y réfléchir. N’aurait-on pas plus envie de les acheter, si on pouvait espérer y avoir des surprises, y trouver des lectures, y faire des découvertes? Mais il faudrait pour ça qu’ils assument leur nouveau statut. Celui de complément du web.

J’étais hier à Euratechnologies, à Lille, où j’avais été invité par Pierre Lelong à participer à un panel sur la campagne 2.0 d’Obama. J’avais justement consacré ma chronique hedomadaire, dans Le Soir, aux bouleversements apportés par Internet dans le marketing politique.

Vous trouverez ici la présentation de Pierre. Elle s’étoffe au fil des représentations.

On est évidemment encore loin du compte dans notre petite Belgique. Où la plupart des cabdidats ne voient encore Internet que comme un nouveau moyen de communication…

Pour acheter un livre, c’est encore une librairie classique que personnellement, je préfère. Seulement voilà: je voulais le dernier bouquin de Jeff Jarvis, What Would Google Do? C’est en anglais, parce que le français est la seule langue dans laquelle il ne sera pas traduit. Les éditeurs français n’aiment pas Google. Les cons…

Mais soit, ce n’est pas le sujet. J’ai donc été chez Waterstone, à la FNAC, et aussi chez Graffiti, à Waterloo. Accueils en tous points charmants mais aucun n’avait le bouquin, ce que je peux comprendre. On peut le commander? Oui-da. 15 jours au moins de délai de livraison. A la FNAC, on semblait croire que le tirage était épuisé. Et, pire encore, chez les autres, pas moyen de l’obtenir à moins de 30 ou 35 euros, le distributeur semblant vouloir égaliser les prix des versions hardback et paperback.

Alors donc, dimanche, je me suis résolu à aller sur Amazon. On m’a livré le bouquin ce matin, par TaxiPost, venant de chez Amazonuk, avec un facture émise par la France, en français. En trois jours donc. J’ai payé € 20,59, tout compris, par carte de crédit. Allez vous étonner après ça si les bonnes vieilles librairies ont du mal à survivre…

Ah oui, le livre. Je vous en parlerai, promis.

Je viens de regarder sur la RTBF ce numéro d’InterMedias sur la crise de la presse écrite auquel j’ai eu la chance de participer, en deuxième partie. Quelques twiterronautes se sont un peu lâchés sur le contenu, bien sûr, mais je trouve pour ma part qu’Alain Gerlache tient bien la barre, avec de tels panels d’amateurs en télé – dont moi, bien sûr. D’où se détache, cette fois et malgré le petit handicap d’avoir à s’exprimer dans une autre langue que la sienne, Steve Samyn, du Standaard.

Il est un peu cruel, au fond, ce garçon, quand il explique à des francophones moroses que crise ou pas crise, son journal ne s’est jamais aussi bien vendu, probablement parce qu’il s’intéresse désormais plus à ses lecteurs qu’à lui-même et aux happy few. Sans compromis sur la qualité.

Et en gros, je crois que c’est la clé du problème, involontairement illustrée par l’étudiant de RNIS 2.0, Lionel, qui avoue rêver encore de lecteurs s’intéressant à ce qu’il fait, au lieu de rêver de faire ce qui intéresse ses lecteurs. Il y a trente ans, après le bouclage, accrochés au flipper chez Raimundo, nous fantasmions nous aussi sur le journal parfait, idéal, qui n’aurait pas besoin de lecteurs. Sans voir que c’est une contradiction dans les termes. Un journal est fait pour ses lecteurs, pas pour ceux qui l’écrivent.

A l’époque ça passait, quand il fallait se contenter d’un échantillon restreint de journaux  à l’étal du libraire. Avec Internet, ça ne passe plus. Le lecteur qui ne trouve pas chez vous ce qu’il cherche, il va le chercher ailleurs. Tout est accessible, et c’est gratuit. Le meilleur comme le pire. Superficiel ou hyperpointu.

Les éditeurs, comme Daniel Van Wylick (Le Soir), se rassurent en constatant qu’en Belgique, les sites de la presse écrite sont encore les premiers des sites de presse, entendez par là: devant ceux de la RTBF ou de RTL-TVi. Ils devraient voir aussi que globalement, ils ne sont plus les premiers sites d’info, celui du Soir tourne autour de la 50e place du classement général belge établi par Alexa, avec ses 100.000 visiteurs uniques. Les journaux n’ont plus le monopole de l’information, c’est ça qui change. Même Nokia commence à les concurrencer…

Il y a encore du grain à moudre pour plusieurs émissions d’InterMedias.

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