Ce 23 juillet qui vient, il y aura quarante jours que nous avons voté. Un carême d’abstinence. La stupeur passée, le petit monde absurde de la rue de la Loi se prépare doucement à retourner aux petits jeux politiciens qui amusent tant les insiders. La question du jour que l’on pèse et soupèse au trébuchet des savants calculs partisans: Ecolo en sera-t-il? Ou pas? Oui, ou merde? Au risque d’avoir à se souvenir qu’un trébuchet, ce n’est pas seulement une balance de précision servant à peser d’infinitésimales quantités. C’est aussi une pièce d’artillerie lourde dans l’arsenal du Moyen-Age. Une arme de destruction massive…

Il fallait assurément laisser du temps au temps. Le temps de virer de bord, de prendre un nouveau cap sans chavirer. Mais à mesure que passe tout ce temps sans que rien ne se passe – quarante jours déjà -, se pose la question, s’impose le soupçon: et s’ils n’avaient toujours rien compris?

L’hypothèse fait son chemin, gagne du terrain. C’est maintenant qu’il faut l’invalider, ou se résigner au chaos dans lequel, parfois, les démocraties finissent, à bout de forces.

Deux chantiers sont ouverts. D’une part celui du gouvernement fédéral qu’il faut constituer pour gérer la boutique. De l’autre celui des institutions qu’il faut remettre sur pied. Ils sont distincts mais doivent être menés de front: il est impossible de gouverner sans s’appuyer sur des institutions qui fonctionnent.

La conclusion s’impose à l’évidence: il faut un gouvernement provisoire ou transitoire, qui fera ce qu’il peut comme il peut pour les urgences, pendant que la constituante organisera et agencera la nouvelle maison, comme elle l’a fait en 1830, au moment de la séparation d’avec les Pays-Bas.

Aujourd’hui, point n’est besoin d’une révolution: les institutions peuvent être réformées en profondeur et adaptées aux faits, sans qu’il soit besoin de déroger aux règles qu’elles fixent à cet effet: il faut et il suffit qu’on ait la volonté de mettre en œuvre l’article 35 de la Constitution, celui qui consacre la « révolution copernicienne » selon laquelle l’Etat fédéral exerce les compétences que lui délèguent les Etats fédérés, et non l’inverse, qui n’est plus qu’une fiction, comme chacun qui a des yeux peut le voir.

C’est un travail pour le parlement. Il peut prendre quelques mois – comme en 1830 et 31. Il ne nécessite aucunement que le gouvernement se soit préalablement entendu en son sein sur les points et les virgules. Il suffit qu’il lance la procédure et vaque, pour le reste, aux affaires urgentes ou courantes. Il reprendra la main dans les questions institutionnelles lorsque les élus auront tranché.

La question de savoir qui doit participer à ces discussions est ainsi vaine, tant la réponse est évidente: chaque parlementaire, de la majorité comme de l’opposition, doit avoir voix à ce chapitre. La définition des règles de vie commune ne peut dépendre d’un accord de majorité, elle doit résulter d’une délibération approfondie de l’assemblée constituante, et sanctionnée par un vote à la majorité requise.

Mais il faut une impulsion, un kick-off. C’est le boulot de Di Rupo et de son compère De Wever.

A propos desquels, il faut bien le dire, je n’ai toujours pas la réponse à la question que je me posais ici même il y a peu: ont-ils, ensemble et séparément, la carrure nécessaire pour ce job?

Le temps passe. Les petits monsieurs et les petites madames retrouvent de la jactance. Le doute s’installe.

Aujourd’hui retraité, Louis Tobback n’a aucune raison de s’embarrasser d’une langue de bois qu’il n’a d’ailleurs jamais beaucoup pratiquée. Il est plutôt « nature », Louis. Brutal même. Avoir à l’affronter dans un hémicycle ou sur un plateau de télé, que ce soit comme adversaire ou comme journaliste, n’a jamais été un cadeau. Pour ce qui est de la télé, j’en conserve moi-même quelques souvenirs…

Il a donc dit la vérité comme il la voit, dimanche à Mise au Point. Et je vois la même.

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Le roi a reçu Bart De Wever. Rien que de très normal puisqu’il est le grand vainqueur des élections. Mais c’est quand même un événement. Le président de la N-VA est républicain, mais c’est aussi un légaliste. Il jouera le jeu jusqu’au bout, respectant la discrétion qui est de mise dans le cadre du « colloque singulier ».

Surtout, il la joue fine pour l’instant, Bart De Wever. Le temps fort d’hier, c’est la main qu’il a tendue aux francophones dans le bref discours qu’il a prononcé pour célébrer sa victoire. Je ne suis pas encore assez fat pour suggérer qu’il a ainsi suivi le conseil que je lui donnais ici même il y a peu mais, pour symbolique qu’elle soit, cette démarche n’en était pas moins essentielle. La politique est affaire de symboles.

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La campagne est finie.

On passe à autre chose. La recherche d’une majorité, simple pour gouverner, spéciale pour redessiner l’Etat belge.

Je reviens de RTL House, il est tard et j’ai envie de dormir. L’analyse détaillée de la situation politique viendra plus tard. Elle tournera probablement autour de la constatation que nous avons vécu aujourd’hui un événement historique: les premières élections de la Belgique confédérale.

Cela est apparu avec une clarté aveuglante dans les déclarations quasi-simultanées des deux seuls vainqueurs de ce scrutin: Bart De Wever pour la N-VA, en Flandre, et Elio Di Rupo pour le PS, en Wallonie.

L’un et l’autre sont politiquement « incontournables », chacun dans leur région. Ils vont maintenant, chacun chez soi, devoir prendre l’initiative en vue de composer leurs délégations respectives pour la conférence d’armistice.

Celle-ci ne sera pas commode mais les deux capitaines paraissent au moins habités par la volonté de négocier et animés par la volonté de conclure. En respectant (une dernière fois?) les formes de la Belgique post-unitaire. Ils vont essayer de constituer un gouvernement belge à partir de deux majorités, dont une sera flamande et l’autre francophone.

C’est inédit. Mais le moyen de faire autrement?

Alea iacta est. Nous entrons dans une éqpoque nouvelle de notre histoire politique.

Un éminent professeur retraité a un jour trouvé un bon mot. Il en use et en abuse depuis comme un cuisinier paresseux de ses fonds de sauce surgelés. « Le confédéralisme, c’est le fédéralisme des cons« . Un président de parti a enchaîné dans le même registre: « Le confédéralisme? Un piège à cons« . Par un heureux hasard qu’on n’explique pas, personne n’a encore répliqué, à ce niveau élevé atteint par la pensée politique, que « C’est celui qui le dit qui l’est lui-même… »

Ce débat terminologique est un peu stupide et tout-à-fait vain. Au sens strict, une confédération est une union d’Etats souverains; une fédération est un Etat composée d’entités fédérées qui lui abandonnent une part de leur souveraineté. Historiquement, les Unions d’Etats qui ont réussi sont devenues des Etats fédéraux. Comme les Etats-Unis ou la Suisse (la Confédération Helvétique). D’autres se sont dissoutes, au moins provisoirement (la Confédération du Rhin, par exemple).

Mais dans la confédération comme dans le fédéralisme, l’intention est la même: il y est question d’unir des entités distinctes. L’essentiel n’est pas dans le préfixe (issu du latin cum, avec) mais dans la racine, qui dérive de fœdus, pacte.

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Nous passions de belles vacances dans le sud de l’Italie, dans la province montagneuse d’Avellino, qui surplombe la baie de Naples et accueillit, jadis, les troupes d’Hannibal se remettant des délices de Capoue. J’essayais d’extraire mon Opel de location d’un champ où je l’avais laissée pour rejoindre une antique église troglodyte, où l’on célébrait la Ste Anne. Comme je voulais une automatique, il avait fallu la faire venir de Rome, dont elle portait l’immatriculation. Un cambio automatico! Ma perchè no una bicicletta, allora? avait commenté le garagiste en levant les bras au ciel…

Comme nous progressions lentement au milieu d’une foule de villageois qui rentraient à pied du sanctuaire, j’entendis un juron justifié par ma plaque minéralogique:

- Aaah! Questi Romani…

Aucun pays n’aime sa capitale. Parisien, tête de chien, parigot, tête de veau, maugrée-t-on volontiers en France profonde. Flamands et Wallons en ont autant pour les Bruxellois, kiekefretters pour les uns, bruçelaires pour les autres.

C’est plus amusant que vraiment méchant. Aussi bien, ce n’est pas toujours immérité, doit honnêtement reconnaître le ketje que je suis… En l’assumant, pour le meilleur et pour le pire. Car il y a un « meilleur » aussi. Pour autant que la capitale fasse honnêtement son boulot de capitale.

Et capitale, si modeste qu’elle soit dans ses dimensions à côté de ses consoeurs plus clinquantes, Bruxelles l’est au moins à la puissance trois: capitale de la Belgique par naissance, capitale de l’Europe et double capitale des communautés flamande et française par conventions.

C’est la triple raison pour laquelle Bruxelles serait sans aucun doute celle qui aurait le plus à perdre dans la disparition de la Belgique.

Mais ce n’est pas évidemment suffisant pour enrayer ce trou noir vers lequel nous attirent des politiques centrifuges. Pourquoi Flamands et Wallons renonceraient-ils à n’importe lequel de leurs intérêts légitimes si le bénéfice de cette abnégation devait être réservé aux seuls Bruxellois?

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Jeudi 22 avril, le Jeudi Fou, on a littéralement vu la situation politique belge échapper un moment à tout contrôle, avec la fatalité implacable d’une réaction en chaîne. L’élément déclencheur avait été la décision de l’Open-VLD de retirer son soutien au gouvernement.

La démission de celui-ci en était la conséquence inéluctable. En soi, c’est banal. Mais c’est alors au Parlement que tout a dérapé, avec la menace subitement très actuelle d’un vote précipité par la Chambre de la proposition de loi flamande sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Députés flamands contre députés francophones. Bloc contre bloc. Majorité ethnique contre minorité ethnique. La guerre, en somme.

On dit de la guerre qu’elle est la continuation de la politique par d’autres moyens, le militaire se substituant au parlementaire. Je n’en suis pas sûr. Le 22 avril en tout cas, on a plutôt vu, un instant, les émotions prendre le pas sur la Raison. Et si l’on a évité la sortie de route, il a fallu pour ça engager l’institution monarchique.

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Il y avait foule dans les couloirs de RTL House, ce soir. D’habitude, on y papote tranquillement à trois ou à quatre avant de rejoindre le studio, mais quand je suis arrivé vers six heures et demie, mon vieil ami Armand De Decker squattait mon fauteuil habituel et devisait avec Muriel Gerkens (Ecolo), le papa d’Alexander, Philippe Delusine, Jean-Jacques De Leeuw. Et ça défilait: Melchior Wathelet le Septième, Olivier Maingain, toute une brochette de tenorinos que je n’ai pas tous reconnus, venus pousser la chansonnette chez Fred ou chez Hakima

D’une certaine façon, on a de la chance: c’est toujours le jeudi, jour de l’émission, qu’il se passe quelque chose. Il n’y a pas longtemps, on a ainsi couvert en direct la désignation d’Herman Van Rompuy en tant que président du Conseil européen, et on a même été les premiers à l’annoncer sur les ondes, grâce à Twitter que je surveille toujours du coin de l’œil, comme Mehmet. Ce soir, il y avait du « chaud » aussi.

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Divine surprise, ce matin en « une » de La Libre: Charles Michel proclame:

Les ministres-présidents doivent être élus directement.

J’applaudis de bon cœur: c’est la proposition que j’ai moi-même formulée le 16 juin 2009, dans une de mes chroniques du Soir (j’en avais également fait une vidéo en juillet, avec ma webcam, et dans la foulée, j’avais aussi lancé un groupe Facebook).

Charles Michel assortit sa proposition d’un passage au scrutin majoritaire à deux tours, ce qui est sans doute indispensable si le gouvernement (les ministres, pas le président) doit disposer d’une majorité à l’assemblée mais ne l’est pas forcément dans un système à l’américaine.

Pourvu que cette proposition audacieuse ne disparaisse pas tout de suite dans l’aquoibonisme jemenfoutiste du sérail politique… et journalistique. Aux questions qu’il pose au fils Michel, on sent que Francis Van de Woestyne y a déjà succombé.

L’éditorialiste-en-chef de la vieille dame a en effet l’air de douter du succès de cette idée au sein du MR. Pourtant, Didier Reynders lui-même s’est fait membre, à l’époque, de mon groupe Facebook et l’est d’ailleurs toujours à l’heure où j’écris ces lignes. En compagnie de citoyens de toutes origines, de gauche à droite.

Allez Francis, tes idées n’aiment-elles pas faire des rencontres? :-)

Sans être un spécialiste des questions européennes, je suis de ceux qui pensent que si le Traité de Lisbonne est loin d’être parfait, il y avait plus d’inconvénients à la rejeter qu’à l’approuver, serait-ce du bout des lèvres. Le résultat du referendum irlandais me paraît donc une bonne chose pour tout le monde. Mais quelle comédie que ces deux votations successives! Ce n’est d’ailleurs pas la première fois: on avait déjà connu ça en 2001, pour le Traité de Nice

Et la critique est donc facile: on demande au peuple de se prononcer, mais s’il ne vote pas « bien », on le reconvoque… Et ça marche: repoussé par une majorité de 53% des voix en juin 2008, le même traité est approuvé par 67% des électeurs 15 mois plus tard!

Comment dès lors ne pas comprendre l’ironie de ceux qui considèrent que la technique référendaire consiste seulement à donner au peuple le pouvoir d’acquiescer à la décision qu’on veut lui imposer? Les Irlandais n’ont rien décidé dans cette liturgie, au mieux, ils n’ont rien fait de plus que légitimer une décision qui avait été prise.

Beaucoup de referendums, sinon tous, ont ainsi une dimension plébiscitaire. Ils fournissent une justification au pouvoir, ils ne décident véritablement de rien.

Le corps électoral, en plus, a souvent une fâcheuse tendance à répondre à des questions qui ne lui sont pas posées. Le premier « non », celui de 2008, a ainsi probablement plus été une sanction de la politique gouvernementale que du traité faisant l’objet de la consultation. Comme avec de Gaulle en 1969: les Français ont alors signifié au général qu’il était temps pour lui de prendre sa retraite – ce qu’il a admis, non sans grandeur -, alors qu’on leur demandait simplement de juger d’un projet audacieux de réorganisation de l’Etat.

Troisième argument contre le referendum législatif, enfin: sa logique binaire. On ne peut y répondre que par oui ou par non. Et le « non » ne propose généralement aucune alternative, la majorité qui le soutient constitue souvent une coalition hétéroclite d’oppositions incompatibles entre elles.

A mon humble avis, on n’a donc encore rien inventé de mieux que la démocratie représentative. Un mauvais système assurément, disait Churchill, mais à l’exception de tous les autres…

Vos avis sont évidemment les bienvenus.

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