Ici, quelques kilomètres au sud de Carpentras, le quotidien local c’est Vaucluse Matin, une édition régionale du Dauphiné Libéré, de Grenoble. Un titre historique, issu de la Résistance. Je ne sais pas où ils en sont mais d’une manière générale, la PQR (presse quotidienne régionale) résiste nettement mieux que les quotidiens nationaux à la crise des journaux en papier.

Ce matin, j’y ai trouvé deux pages bien faites sur les vendanges en côtes du Rhône et en Ventoux, et sur un millésime 2009 qui s’annoncerait prometteur dans un contexte économique globalement morose, sinon franchement sinistre.

Je m’y intéresse parce que je suis sur place, mais cela n’a plus rien d’indispensable. A 1.000 kilomètres de Bruxelles, je reste complètement informé de ce qui s’y passe, sans avoir ni Le Soir, ni La Libre, ni la RTBF, ni RTL à ma disposition. Une connexion à Internet me suffit. Ne me dites donc pas qu’on peut continuer à faire du journalisme comme moi-même j’en ai fait, avant

Je viens de passer deux bonnes heures sur mon lecteur de flux RSS, Google Reader. Je n’avais pas eu le temps de l’ouvrir depuis ce matin et, bien sûr, les articles s’y étaient accumulés. Plus de 1.000. Quand j’ai eu fini de les passer en revue, j’ai appuyé sur la touche « tout marquer comme lu ». Pour constater que 88 nouveaux titres étaient venus s’ajouter à la liste pendant que je la traitais…

On appelle ça l’infobésité, jolie trouvaille langagière des Québécois pour traduire le concept anglo-saxon d’information overload.

Au téléphone ce matin, Eric – qui dirige une grosse agence de pub, outre qu’il est le mari de ma soeur -me parlait du temps, celui qu’on n’a pas, celui qu’on n’a plus pour digérer, métaboliser toutes ces infos qui s’offrent à nous, qui font la file dans la rubrique « à lire ». Pas parce qu’on est plus occupé, mais parce qu’on est de plus en plus alimenté, abreuvé en informations. Que faute de mieux on range avec les autres dans une liste de partage, dans del.icio.us, dans un classeur ou sur une table de salon, quelque part.

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Je vous sers la chose en même temps que je la télécharge sur le site de La Croix: le Livre Vert issu des Etats Généraux de la presse écrite qui se tiennent en France à l’invitation de l’Elysée. Il faudra lire ça à l’aise. En se demandant peut-être si c’est bien à l’Etat d’entreprendre ce type de démarche. La tradition jacobine, peut-être?

En complément, ou en guise d’introduction, voyez par exemple:

Dès demain, les 85 journaux du groupe Gannett (avec USA Today pour navire-amiral), auront un méga-site internet commun: ContentOne. Gannett profite de la cérémonie d’investiture de Barack Obama, le 18 janvier, pour entreprendre une démarche orientée vers la constitution d’un média numérique dotée d’une audience potentielle de 50 millions de visiteurs uniques.

Il s’agit en somme d’une mise en réseau de tous les sites d’information du groupe, une partie commune mise en ligne sous la bannière d’USA Today venant s’ajouter au site propre à chaque journal et faisant le lien entre eux.

On verra ça à l’usage mais a priori, ça me paraît bien intéressant comme tentative de concilier la spécialisation thématique ou géographique que je vois comme une des principales conditions de succès d’un site d’information, avec une audience globale très importante, qui reste une motivation première des annonceurs.

A une autre échelle, évidemment, il me semble ainsi que nos éditeurs gagneraient à fédérer les ressources en contenus de leurs différentes publications dans des « marques numériques » spécifiques mais communes, au lieu de considérer leurs marques actuelles comme des compartiments étanches disposant chacune de leur propre site qui n’est, au mieux, qu’une déclinaison sur internet du media papier. Faites l’expérience, n’importe quel jour de la semaine, sur un événement quelconque: sur tous les grands sites d’info du royaume, vous trouverez les mêmes articles, souvent dans la formulation inchangée des dépêches d’agence.

A ce compte, le lecteur pourrait tout aussi bien se contenter d’un seul site sous une marque commune. S’il était augmenté d’une revue de presse intelligente et de liens choisis, on y gagnerait même plutôt…

Dans le prolongement de mon billet précédent:

The great thing about blogs, in my view, is that they share the voice of e-mail. It’s a genuinely new literary form, which, at its best, combines the immediacy of talking with the reflectiveness of writing. But many readers may be reaching the point with blogs and websites that I reached long ago with the Sunday New York Times Magazine–actively hoping there isn’t anything interesting in there because then I’ll have to take the time to read it.

C’est tiré d’un article de Michael Kinsley, publié la semaine passée par Time Magazine. J’avoue que moi aussi, quand je parcours mon agrégateur de flux RSS, je fais parfois le voeu de n’y rien trouver d’intéressant… Et vous?

Dans le même ordre d’idées, voir aussi Cavazza : De l’inefficacité des medias sociaux à couvrir l’actualité chaude.

Si j’en juge par le nombre de tweets qui se sont échangés entre initiés, la RTBF a dû faire recette chez les blogueurs belges, ce soir, avec ses Questions à la Une posées autour et alentour du 11 septembre (l’attentat contre les Twin Towers) et de la prétendue « guerre de l’info » qui serait engagée sur un large front entre blogueurs et journalistes.

En attendant le retour de Dr House, j’ai pu regarder.

Je ne connais rien à la polémique sur Nine Eleven et je n’en dirai donc rien, sinon qu’à la fin de la séquence, je n’en sais pas plus. Mais sans doute devais-je seulement retenir d’un reportage venu d’ailleurs que ceux qui disent que Bush et les neo-cons qui l’entourent ont trempé dans le coup sont des fachos antisémites (ici, un mauvais point pour ceux qui me reprocheront d’avoir traité les membres de l’entourage présidentiel de connards; ce sont bien sûr des intellectuels néo-conservateurs).

Mais ça, c’était seulement un zakouski. Venons-en à la guerre de l’info. Je ne me suis pas ennuyé, non, c’était très pro dans la forme, il y avait du rythme, mais en fait de questions, j’ai plutôt eu l’impression d’entendre un sermon de l’abbé Istasse, sous l’oeil bienveillant de l’onctueux chanoine Defossé… Et une nouvelle pitrerie de Mgr de Brigode pour faire cerise sur le gâteau.

L’impression que j’en retire, c’est que d’après Istasse, il n’y a de bonne information que celle qui est servie par un journaliste en carte, par un professionnel de la chose. Et que tout ce qu’on peut lire sur internet, c’est de la m…

Je trouve ça un peu court, jeune homme.

Personnellement, je n’ai jamais cru au concept « demain, tous journalistes ». C’est une blague, une illusion, c’est du pipeau. Je crois par contre que tout le monde a quelque chose à dire. Pas sur tout. Mais dans son domaine d’expertise, quel qu’il soit. Et je crois aussi que tout le monde a un cerveau qui peut lui servir à réfléchir et à se faire une opinion citoyenne (tout le monde ne s’en sert pas très habilement, mais c’est une autre histoire).

A tous ceux là, Internet apporte deux choses inestimables:

  • un moyen de parler librement et sans contrainte à qui veut l’entendre et l’écouter;
  • un moyen d’écouter tout ce qui se dit quelque part, où que ce soit, sur un sujet qui l’intéresse.

Parler, écouter. En même temps. On appelle ça la conversation. Et c’est ça, la révolution numérique. Ce n’est que ça, mais c’est un formidable changement de paradigme qui nous fait passer de l’ère du discours à celle de la conversation. L’émission n’en a retenu qu’une conséquence anecdotique: la perte de crédibilité du discours institutionnel, critiqué, contesté de toutes parts, parfois à tort et à travers. Dommage qu’elle en soit ainsi restée à l’écume des choses. A la surface. Comme un blog revendicatif et superficiel. Mal informé. Bourré de préjugés. Gentiment insignifiant. Mais qui aura peut-être fait recette. Si c’est le cas, le patron sera content. C’est souvent myope, un patron.

P.S.: Un journaliste-blogueur massacré par le reportage, Diederick Legrain (La Meuse Namur), a réagi avec humour à l’émission, dans son journal et sur son blog. Il semble pourtant qu’il ait une carte de presse… ;-)

2e P.S.: Vendredi matin, Alain Gerlache m’invite à débattre du sujet dans son émission Intermédias.  C’est sur La Première à 9h15.

Vous avez déjà fait le compte de tout ce qu’on peut acquérir gratuitement sur le web? Non sans doute. La liste est trop longue. Nous entrons dans une économie au sein de laquelle tout ce qui est transformable en données numériques est potentiellement gratuit pour l’utilisateur. Il suffit que le producteur décide de le mettre à sa disposition. Un ensemble de logiciels bureautiques (traitement de texte, tableur, base de données…)? Vous pouvez bien sûr acheter une licence Office chez Microsoft. Mais Open Office et les web applications (Google Docs ou Zoho, par exemple) sont gratuits. Un journal quotidien? Vous pouvez vous abonner à la gazette locale ou l’acheter chez votre libraire, mais il est aussi possible de lire le New York Times ou La Libre Belgique sur écran, sans bourse délier. Ecouter de la musique? Je ne dois pas vous expliquer. Une belle entrecôte? Là, non, bien sûr. La viande de boeuf n’est malheureusement pas numérisable. La voiture de mes rêves non plus, d’ailleurs…

L’explication économique à cela est toute simple: le coût marginal de l’unité supplémentaire de mégaoctets tend vers zéro. Livrer un journal électronique, un e-book, une émission de télévision ou un morceau de musique à 10 ou à 100.000 consommateurs, c’est désormais pratiquement la même chose, en termes de coûts de production.

Dans une remarquable contribution qu’il a livré à l’hebdomadaire anglais « The Economist« , Chris Anderson explique: « Because it is so cheap to offer digital services online, it doesn’t matter if 99% of your customers are using the free version of your services so long as 1% are paying for the “premium version”. After all, 1% of a big number can also be a big number« . Anderson, c’est donc l’auteur de « La longue traîne » et d’un autre bouquin à paraître (en anglais) mi-2008: « Free« .

Les conséquences pour tout ce qui relève de la société de l’information ou de la connaissance sont évidemment énormes: il y a du Schumpeter (de la « destruction créatrice« ) dans l’air. Avec tout ce que cela signifie en termes de restructurations, souvent douloureuses pour les retardataires et les durs de la feuille.

Mais la perspective d’une économie de la gratuité n’a rien d’effrayant, au contraire me semble-t-il. C’est une économie éminemment démocratique et socialement équitable, parce que « redistributrice », au fond: les ressources de base, en termes d’information, sont librement accessibles à tout le monde, indistinctement, et le financement de leur production est assuré par les services à haute valeur ajoutée dont le secteur marchand a besoin pour les exploiter.

Suivez bien ces (r)évolutions en cours: votre avenir et celui de vos enfants en dépendent…

Pour cet ami qui se plaignait d’être submergé par les informations, voici un article intéressant, sur le bloc-notes de Bertrand Duperrin. Sa thèse, en deux mots, c’est que nous ne sommes pas, comme on dit, submergés par trop d’information, mais par trop de données. « La différence entre une donnée et une information, écrit-il très justement, est que l’information est la réponse à une question que je me pose. La donnée n’est qu’un élément de la réponse qui, pris seul, n’a pas de sens pour moi ».

L’information, en somme, c’est un ensemble de données organisées, contextualisées en vue de les rendre utiles à ceux qui en ont besoin. C’est à ça que devrait notamment servir la presse. Et les blogs. Parce que de l’information, on n’en reçoit jamais assez…

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