Je m’efforce toujours de rester à l’écart des polémiques qui concernent des gens ou des institutions avec qui je suis ou ai été en relations d’affaires ou assimilées. C’est une question de crédibilité, me semble-t-il. Et c’est en tout cas un domaine dans lequel il s’impose de faire preuve de la plus grande transparence.

Pour ceux qui l’ignoreraient, je mentionne donc explicitement ici que j’ai écrit un livre sur l’affaire Fortis avec l’avocat Mischaël Modrikamen, que j’entretiens avec lui des relations cordiales et que j’ai de la sympathie pour le combat des actionnaires qu’il défend, même si je n’en suis pas.

Cela étant posé, j’ai été réveillé un peu brutalement, ce matin, par un journal parlé qui faisait état d’un « nouveau scénario du Fortisgate« , cette sombre affaire qui a coûté son gouvernement et son poste de premier ministre à Yves Leterme. C’était dans La Libre, sous la plume de Martin Buxant.

J’ai lu cet article avec attention. Evidemment. Je n’y ai rien trouvé d’autre que l’énoncé d’une thèse, d’une interprétation de quelques faits connus depuis des semaines – ils avaient été énoncés il y a près d’un mois par De Standaard notamment -, comme l’existence de plusieurs communications téléphoniques entre un magistrat de la Cour d’appel de Bruxelles et le député socialiste flamand Dirk Van der Maelen.

Le seul élément potentiellement neuf, à ma connaissance et comme je peux le comprendre d’ici, serait un courriel adressé au cabinet Modrikamen, avec copie chez Deminor, par un intervenant qui allait être ensuite proposé comme administrateur de Fortis Holding par Deminor. Mais Martin n’en fournit ni le contenu, ni la date. Or, ceux-ci sont évidemment essentiels et cela peut être facilement vérifié, je suppose: ce mail ne serait éventuellement problématique que s’il donnait des informations sur le contenu de l’arrêt avant qu’il soit rendu. Sans cela – sans informations sur le contenu de l’arrêt avant son prononcé – , cela reste parfaitement anodin.

A ce stade, il ne reste donc pas grand-chose, sinon rien, de la « contre-enquête » annoncée par La Libre à grand fracas. Sinon une interprétation qui conviendra bien au ministre des Finances et à Yves Leterme de faits connus depuis un certain temps. Chez Modrikamen, on hausse les épaules, en parlant d’ « un contre-feu allumé par l’Etat ».

Ce n’est donc jusqu’ici qu’une énième péripétie dans une affaire qui n’a pas fini de faire consommer de l’encre et des octets, mais elle illustre bien me semble-t-il, la nécessité pour les lecteurs de lire avec un œil critique ce qu’écrivent les journaux. A trop courir derrière le scoop, on finit par en voir où il n’y en a pas, ou pas encore. On s’attire des ennuis avec tous ceux qu’on met en cause sans pouvoir apporter la preuve de ce qu’on avance. Et on finit par mettre en péril sa crédibilité.

Petite piqûre de rappel avant la conférence de presse de présentation du bouquin, lundi prochain: Fortis jusqu’au bout, le livre de Mischaël Modrikamen à la rédaction duquel j’ai participé, s’installe dans les vitrines des libraires. Patrick Van Campenhout y a consacré deux pages dans La Libre Belgique d’aujourd’hui (19 mai) et j’ai créé un micro-site et un groupe Facebook pour y rassembler des documents complémentaires et nourrir le débat avec nos lecteurs. Vous y êtes bien sûr les bienvenu(e)s!

Voici, en primeur mondiale :-) la couverture du livre que nous venons de terminer, Mischaël Modrikamen et moi.

fortis modrikamen

On l’imprime au début de la semaine prochaine et il sera dans toutes les bonnes librairies dans une dizaine de jours, vers le 20 donc.

Dans une interview publiée par Le Vif-L’Express qui vient de paraître (p. 56), Mischaël annonce déjà la couleur. Entre autres « bonnes phrases »: « Dans quel pays voit-on le Premier ministre se réjouir quand la principale entreprise vient de passer sous contrôle étranger?« 

divers2008-05-05-028b.jpgSur la photo ci-contre, vous pourrez vous faire une petite idée de ce que pourrait être la couverture du livre que je prépare avec Mischaël Modrikamen sur l’affaire Fortis. Décision finale dans les heures qui viennent car le bouquin part cette semaine à l’impression, pour arriver en librairie autour du 20 de ce mois.

Ce qui veut évidemment dire que du point de vue de l’écriture, il est terminé. Nous en sommes à la relecture des épreuves. Ce fut une belle expérience, à tous points de vue. Un peu beaucoup bousculée, les délais étant très courts.

Making of

Nous avons travaillé sur le mode de la conversation, Mischaël Modrikamen et moi. On se voyait le dimanche en fin d’après-midi, dans le petit salon très british du rez-de-chaussée, en compagnie d’une fillette de porto et de quelques olives, et on partait pour deux heures d’entretien. C’est lui qui racontait, bien sûr, et mon enregistreur qui prenait les notes. J’avais la semaine pour mettre tout ça en forme, en faire un bout de récit que je lui envoyais le week-end suivant, avant notre entrevue. Une fois seulement, la météo nous a autorisés à mener l’opération au jardin.

C’est devenu vraiment « chaud » sur la fin, avec le report de la dernière assemblée générale au 28 avril. Le résultat? Vous en jugerez bientôt. Mais dimanche, j’ai eu le plaisir d’entendre Mischaël me dire qu’il se reconnaissait très bien dans ces pages. C’était le défi. J’avais en effet pris le parti de travailler comme un ghost writer, d’écrire à la première personne, la sienne. Expérience toute nouvelle pour moi, je n’avais jamais fait ça, mais donc, ça m »intéressait. Et puis surtout, je crois que pour le lecteur, c’est plus agréable. Sans tromperie sur la marchandise, car c’est complètement assumé et transparent.

J’ai été relire les épreuves chez Luc Pire au quai aux Pierres de Taille, dans le centre-ville bruxellois. J’ai habité par là, derrière le Théâtre flamand,  au début des années 80. Un quartier que j’ai vraiment bien aimé, un « village » en fait, plutôt branché maintenant, à portée d’arquebuse de la rue Antoine Dansaert.  A vrai dire, ça m’intéressait plutôt de voir une maison d’édition comme celle-là de l’intérieur.

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Deminor et le cabinet Modrikamen innovent, avant l’assemblée générale de Fortis ce mardi 28: voici la vidéo qu’ils viennent de produire pour convaincre les actionnaires de dire »non » à BNP-Paribas, seul enjeu véritable de la réunion et condition nécessaire en vue de l’application du « plan B ».

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Condition nécessaire mais pas forcément suffisante: le Premier ministre Herman Van Rompuy a déclaré à la Chambre que « le plan B » dont parle la presse n’est pas une option et que si le « non » devait l’emporter, Fortis Banque resterait à 100% entre les mains du gouvernement dans les années à venir.

Là, je trouve que mon ami Herman en fait un peu beaucoup.

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Si je me fais plus rare sur ce blog, ces jours-ci, c’est qu’entre autres activités professionnelles, j’assiste actuellement l’avocat Mischaël Modrikamen dans l’écriture en urgence d’un livre d’actualité qui doit paraître très prochainement chez Luc Pire. Sur Fortis évidemment. C’est un boulot tout-à-fait passionnant. Je devais vous le dire parce que, forcément, il influe mon jugement sur ce dossier essentiel que j’explore dans ses détails, mais en le voyant par les yeux d’un de ses acteurs.

N’empêche. Je crois viscéralement qu’en toute objectivité, on peut trouver profondément réjouissant que dans ce qu’on appelle la société civile, il se trouve des esprits suffisamment indépendants et courageux pour se dresser, au nom du droit et de la justice, contre le pouvoir qui abuse. Seul l’avenir est en mesure de dire s’ils ont raison, du point de vue de l’intérêt général. Mais il en va toujours ainsi. L’avenir n’est écrit nulle part.

Ce qui me paraît par contre insupportable, c’est la prétention de quelques-uns à s’en voir reconnaître les dépositaires consacrés, de cet intérêt général. Alors que dans les faits, ils ne défendent que leurs intérêts très particuliers. Ce qui ne serait que légitime, s’ils ne trichaient pas en tentant d’utiliser à leur profit les parcelles de puissance publique dont ils sont les dépositaires.Vous en jugerez en lisant le bouquin.

La justice est là, heureusement. Certes imparfaite. Mais au total, jusqu’ici globalement impartiale. Suivez bien cette affaire. Elle n’engage pas que le sort de Fortis et de ses actionnaires. Elle est aussi essentielle pour l’état de droit, et donc pour la démocratie.J’en reparlerai, soyez-en sûrs. En attendant, vos avis sont bienvenus, si vous nous épargnez les pénibles pétitions de principe qu’on trouve à foison, dans un sens comme dans l’autre, dans les forums de la « grande » presse…

Revue de presse:

Les dés sont jetés. Les actionnaires de Fortis ont dit non. En français, en néerlandais et en chinois.

Tous les journaux vous en parleront surabondamment, et le font déjà sur leurs sites internet, à chaud. Pas la peine d’y ajouter une couche…

Juste un mot: il est quand même dommage qu’un type aussi intelligent que Didier Reynders se montre aussi insupportablement arrogant. Et ne s’en rende même pas compte. Ou ne le veuille pas. Cela pourrait bien le perdre, finalement. Comme on disait de Giscard: son problème, c’est le peuple.

L’hystérie générale autour du dossier Fortis m’épate. C’est l’Histoire de Belgique qui s’écrit là, c’est sûr, mais cela ne me paraît pas une raison pour traiter le sujet comme une finale de Coupe entre l’Union et le Daring… Au contraire, dirais-je, mais c’est ce qui se passe, pourtant.

Chez les braillards qui polluent les forums des grands journaux, c’est déjà classique et ça n’a d’autre intérêt qu’anthropologique. Au niveau politique, c’est plus étonnant… et inquiétant. Ce n’est pas que le gouvernement se batte pour faire triompher son projet qui me heurte. C’est qu’il soit apparemment prêt à tout pour y arriver, en ce compris à provoquer les événements qu’il prétend nous épargner à tout prix. La panique, le bank run, je veux dire.

La démocratie, même si elle n’est qu’actionnariale, a ses règles et ses procédures sans lesquelles il n’est point d’Etat de droit. Ses verdicts sont des faits devant lesquels on s’incline et avec lesquels on compose pour tenter de faire prévaloir la conception que l’on a de l’intérêt général. Les egos les plus surdimensionnés dussent-ils en souffrir. Comprenne qui pourra.

La décision de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles siégeant en référé dans l’affaire Fortis, la voici en version intégrale, sur le site de Fortis qui, pour une fois, a pris à coeur l’information de ses actionnaires et des simples citoyens… Elle commence à la page 106 du document, celles qui précèdent étant consacrées à l’énumération des nombreuses parties à la cause.

Au-delà du jargon juridique,  le cas est finalement assez simple à comprendre: sans prendre position sur le fond (ce n’était pas son rôle) la présidente a considéré que si elle faisait droit à la demande des actionnaires, elle risquait d’infliger à Fortis Banque et à l’économie belge un préjudice bien plus grave que celui qui est subi par lesdits actionnaires et qui, étant de nature pécuniaire, pourra toujours faire l’objet d’une indemnisation ultérieure.

Il n’y a donc lieu, ni de s’indigner de cette décision, ni d’y trouver une quelconque « approbation » de la stratégie du gouvernement belge.

Ce qui n’empêche toutefois pas de constater qu’un peu plus d’un quart de siècle après les dispositions (dites: « Monory – De Clercq ») qui ont rendu aux épargnants un peu de confiance dans la bourse belge, l’actionnaire est redevenu, dans une partie de l’inconscient collectif, le « sale capitaliste » ou le « vil spéculateur » qui ne mérite aucune considération. Et au mieux, dans cette affaire, selon le premier ministre: un connard qui n’a même pas été foutu de s’opposer au calamiteux rachat d’ABN-Amro par Fortis…

Au fond, ce que dit implicitement ce gouvernement à ses administrés, c’est de ne surtout plus investir dans le capital des entreprises belges, il faut laisser ça aux spécialistes, s’il en reste. Dans quelques années d’ici, un de ses successeurs tentera probablement de redresser la barre et de restaurer la confiance, quand il apparaîtra que les entreprises belges ont à nouveau si peu de fonds propres que leur solvabilité s’en trouve menacée…

Je propose pour ma part une petite minute de silence en hommage aux millions d’innocents « actionnaires-inconnus » (et inconscients), acheteurs de fonds d’épargne-pension largement investis en actions belges (voyez par exemple celui-ci)…

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