Ils auront fait campagne sans moi, ce week-end. Je n’avais pourtant rien prémédité, c’est la faute à Yanne et à Alexandre: dans la pile de livres arrivés chez eux cette semaine, il y avait un Pieter Aspe en français et en édition de poche: Chaos sur Bruges (« De Midas moorden », en V.O.).

De cet auteur, j’avais déjà lu De zevende kamer en néerlandais mais je ne vais pas faire le malin: je ne le connaissais pas avant qu’une de ses traductrices – qui fréquente de temps en temps ce blog – n’attire mon attention sur lui.

Le Figaro l’a qualifié en 2008 de « Simenon flamand« . Je me méfie toujours des comparaisons de ce genre et, vérification faite, le commissaire Pieter Van In n’a décidément pas grand-chose de commun avec Jules Maigret. Heureusement. Il n’y a qu’un seul Simenon – et un seul Maigret – et c’est très bien ainsi.

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Ce n’est pas de la nostalgie belgicaine, mais une question que je me pose sur la hiérarchisation de l’information dans nos gazettes. Parce qu’on peut lire ça sur le site de la VRT, au lendemain de la consultation populaire anversoise sur le Lange Wapper.

In Franstalig België leeft het hele debat duidelijk niet. Le Soir en en La Libre Belgique brengen het verhaal kort in een hoekje van de binnenpagina’s. Daar hebben ze het over « le viaduc d’Anvers ». La Dernière Heure doet niet eens de moeite om over het referendum te berichten. Daar is de overwinning van Philippe Gilbert in de ronde van Lombardije het nieuws op de voorpagina.

Il ne faut pas être parfait bilingue pour comprendre que le journaliste flamand s’étonne un peu, avec une certaine ironie flegmatique, qu’on s’intéresse si peu, chez nous, à ce problème aigu que représente la mobilité dans la région d’Anvers. Parce que cette question n’intéresse pas seulement les Anversois, elle concerne aussi directement l’économie de  tout le nord-ouest de l’Europe.

A quoi s’ajoute la question de l’opportunité d’une consultation populaire à la fois très émotionnelle (nimby – not in my backyard) et hyper-technique. Et qui n’a finalement mobilisé qu’un peu plus d’un électeur sur trois.

Comprenez-moi bien: je n’ai pas d’avis sur le Lange Wapper, je ne suis ni pour, ni contre. Je constate seulement, à la lecture des commentaires des uns et des autres, que cette consultation vient compliquer la décision plus qu’elle ne l’éclaire. Et que le demi-ring d’Anvers, à 50 kilomètres de Bruxelles, n’a pas fini de « bouchonner »…

C’était ainsi un beau sujet de reportages à multiples facettes pour les journaux francophones. Aucun ne s’y est lancé. C’est pas assez sexy, quand ça se passe chez les Flamands?

12009-07-01-vrind2009Tenez: voilà qui est amusant et mériterait, je pense, de faire l’objet d’une ou deux séances de travaux pratiques en école de journalisme, histoire de faire réfléchir au concept illusoire d’objectivité de l’information.

Au départ, il y a une très grosse publication du service d’études du gouvernement flamand. Vrind 2009 (Vlaamse regionale indicatoren). Immédiatement après, il y en a le traitement par Le Soir et par La Libre, respectivement. Voici ce que ça donne:

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Un site flamand que je ne connaissais pas jusqu’ici (clint. be, 20.000 visiteurs uniques/jour, d’après Metriweb) s’offre une méga-pub, en Flandre, avec un mini-scandale. Pour lancer son blog sur les élections régionales et européennes de juin, il a confié à Think Media la conception d’une affiche qui subit les foudres du JEP, ordre de la retirer à l’appui.

Voici l’objet du (joli?) délit, via le site (en français) de la VRT:

clint.jpg

Oui, bof, c’est toujours le même procédé, au fond. Comme une dame l’observe en commentaires, sur le site: « Bien joué: avant cette affaire, je ne savais même pas que clint.be existait ». Maintenant on sait. On sait aussi, par exemple, que Marie-Rose Morel (Vlaams Belang) misera sans scrupules sur son cancer pour renflouer les urnes de son parti (enfin) déclinant.

A ceux qui douteraient encore que la Flandre, même la plus radicalement autonomiste, est en train d’évoluer, je recommande la lecture de l’interview du président du Vlaamse Volksbeweging (VVB) dans le numéro de Knack de cette semaine. L’homme est peu ou pas connu par ici. Il s’appelle Eric Defoort, il est historien, il a été vice-président de la Volksunie au moment du naufrage. Marc Moulin a paraît-il dit de lui qu’il était « autant nationaliste flamand qu’amoureux de la francophonie ». Et ça lui fait plaisir.
L’interview tout entière mérite une lecture attentive. Knack la réserve toutefois à ses lecteurs payants et j’en suis donc réduit à extraire quelques moments choisis (ma traduction):

« Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Kraainem font évidemment partie de la Flandre. Mais cela signifie aussi que les habitants de ces communes à facilités sont nos concitoyens francophones. Et donc, je voudrais demander avec insistance à Voorpost de laisser mes concitoyens en paix. J’attends certes des francophones, en Flandre, qu’ils acceptent l’autorité de tutelle et qu’ils observent certaines obligations administratives. Mais j’ai donc sur cette question une approche différente de celle des flamingants traditionnels (…)

 » Nous avons évidemment encore un certain nombre de cinglés (dwazen) dans le nationalisme flamand; ils font tout pour alimenter les caricatures (…) Mais les medias doivent comprendre que ce sont des marginaux et que les choses sont occupées à changer (…)

 » Ce serait quand même joli, si Kris Peeters et son homologue wallon, Rudy Demotte, avec les Bruxellois, pouvaient démêler l’écheveau belge. Une préfiguration de la manière dont une confédération pourrait fonctionner à merveille ».

Evidemment, tous les membres du VVB ne sont pas ravis. Théo Francken, par exemple, le président de la NV-A brabançonne, en tombe de sa chaise (vous trouverez chez lui, outre ses commentaires, une transcription intégrale de l’interview, en néerlandais bien sûr). Mais Peter Dedecker, un jeune militant gantois de la même formation applaudit des deux mains et y trouve un motif de rester membre du VVB…

Personne ne nous demande de partager les analyses et les conclusions de ces Flamands-là. Il me semble cependant qu’on peut au moins voir en eux des interlocuteurs respectables.

Flanders Today et l'image de la FlandreIl y a de l’eau dans le gaz entre la rédaction de Flanders Today et son « actionnaire », le gouvernement flamand. En cause: une erreur de détail mais lourde de sens dans le traitement de l’info sur les 3 bourgmestres francophones non nommés de la périphérie bruxelloise. FT a écrit que ce que le gouvernement leur reprochait était d’avoir envoyé à leurs administrés de la propagande électorale en français…

Curieuse bestiole que ce magazine auquel je viens de m’abonner (c’est gratuit pour un an au moins). A la base, c’est une initiative du gouvernement flamand et financée par lui: un petit magazine en anglais destiné à faire connaître la Flandre aux étrangers vivant sur le sol belge ou intéressés par la Flandre. Mais c’est un journal « indépendant », les ministres commanditaires ne s’immiscant en principe pas dans le travail de sa rédaction anglophone, dirigée par un Ecossais au sang chaud, Derek Blyth.

Dans De Standaard, samedi, Blyth a tout l’air de préparer sa sortie en clamant haut et fort qu’il n’a aucune intention d’être le scribe de service d’une Pravda flandrienne. Le ministre Geert Bourgeois (NV-A) réplique en substance qu’il ne le paie pas, lui et son équipe, pour raconter des conneries…

Et le journal, en pratique? Cela ne fait pas longtemps que je suis son site internet (lien ici et dans la sidebar), qui reprend les principaux articles du magazine « papier », en y ajoutant une mini-revue de presse outsourcée à Mediargus ainsi que les principaux titres de la version anglaise du site de la VRT, deredactie.be. Pour ce que j’en ai vu, ça ne casse pas trois pattes à un canard: ça ressemble assez, en déclinaison flamande, aux actualités Belgavox de mon enfance cinéphile. Les cinéastes flamands à Cannes, le plus beau village de Flandre (Oud-Rekem, en 2008) et une interview de l’expat’ de service, qui se plaît beaucoup chez nous eux.

Bref, le genre de publication qu’on reçoit à la pelle quand on est sur les mailing-lists et auxquelles on accorde à peine plus d’attention qu’aux e-mails vous promettant un bigoudi aux mesures de Rocco Siffredi.

L’idée est bonne en son principe, pourtant. Ce n’est pas faire injure à la Flandre que lui dire qu’elle part avec un handicap dans la course à l’image: l’allochtone allophone qui cherche à s’informer ira probablement plus volontiers vers la presse et les publications francophones. Sauf éventuellement les Néerlandais, les Afrikaners ou les Indonésiens, qui ne font cependant pas la majorité de l’espèce. Mal représentés au niveau international, les points de vue flamands sont ainsi mal connus et arrivent souvent déformés à leurs destinataires. La Flandre est peu « lisible », vue d’ailleurs.

Alors, à quand un vrai portail multilingue sur la Flandre? Un vrai reflet des débats d’une société civile toute proche et qui nous concerne un peu, quand même…

Sur la polémique Flanders Today, voici aussi ce que j’ai trouvé à ce propos sur les blogs. [Update 1/6/08:] L’excellent article de LVB.net sur le même sujet.

Il y a déjà quelques jours – c’était samedi – que Bart DeWever a publié cet article dans De Morgen. J’y suis revenu parce qu’aujourd’hui, la présidente des socialistes flamands, Caroline Gennez, y répond dans le même journal. Sa réplique me paraît un peu faiblement argumentée et c’est dommage. Car ce que dit le président de la NV-A mérite qu’on s’y arrête et s’y attarde, qu’on le réfute. Ses propos, qui n’ont rien à voir avec le débat institutionnel en cours – quoique… – établissent clairement à quel point nous avons ici affaire à un conservateur, au sens propre du terme. Pas un « monstre », pas un « salaud », probablement pas même un « méchant homme ». Du tout. Mais un anti-libéral. Un esprit d’avant les Lumières. Un adversaire à combattre, démocratiquement, avec respect et considération, ni dans la rue ni au tribunal, mais sur la place publique, au Forum, sur l’Agora, dans les assemblées, partout où il est possible de débattre en citoyen libre de ses actes et maître de ses pensées. Et vice-versa.

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La Flandre et ses pouvoirs râlent ferme, ces jours-ci. Question d’image. Si encore il n’y avait eu que les trois touristes du Conseil de l’Europe, venus tâter le pouls du plat pays comme Anne-Marie Lizin aurait été prendre celui des Tchétchènes… Mais ils doivent bien se rendre à l’évidence: leur message ne passe pas beaucoup mieux sur la scène internationale que dans l’opinion francophone.

Prenez le New York Times. Ce n’est pas rien, quand même, le Times. Une demi-page, partiellement reprise dans l’International Herald Tribune pour en élargir l’audience, bien au-delà de Manhattan. Et qui pique où ça fait mal:

That combination of national pride, rightist politics, language purity and racially tinged opposition to immigration is a classic formula these days in modern Europe, what critics call a kind of nonviolent fascism.

Bon, d’accord, c’est un peu basé sur du micro-trottoir: le NYT a été faire un tour à Liedekerke, où l’on tente de chasser les enfants francophones des après-midi récréatives et plaines de jour. Ils ne sont quand même pas tous comme ça, en Flandre. Et son gouvernement a condamné. Mais Liedekerke persiste, l’affaire n’est sans doute pas close, et quelques acteurs locaux en rajoutent par couches entières, lisez l’article…

Dans De Morgen d’ailleurs, sous le titre: Imago, le rédacteur-en-chef du service politique, Yves Desmet, confirme:

Perception is reality, zo weet iedere communicatiedeskundige. Keer op keer krijgt het imago van Vlaanderen in het buitenland een knauw vanjewelste. Dat los je niet alleen op met een reclamecampagne hier en daar. Misschien moeten we ons ook eens afvragen waarom we stilaan overal de indruk van een verkrampte en gesloten samenleving uitdragen.

Plus fort encore: cette analyse de Marc Reynebeau, du Standaard, qui mérite une lecture attentive de la première à la dernière ligne et se conclut ainsi [update 1/05/08]:

Vlaanderen is er niet bij gebaat om zich alleen vol argwaan, laat staan rugwaarts naar de toekomst te laten dwingen. De uitdaging voor de overheid is niet het ophouden van de taalhomogeniteit, waaraan anderen zich maar moeten ‘aanpassen’. Die homogeniteit is toch al lang een fictie. In de Brusselse rand zal het, net als elders in het Vlaanderen van de eenentwintigste eeuw, erop aankomen om te zoeken naar nieuwe vormen van sociale cohesie. Een wetsovertreder kan daar nog altijd geen burgemeesterssjerp mee opeisen, integendeel. Maar dat laatste valt dan wel makkelijker uit te leggen.

Ces propos sortis d’au-dessus de la mêlée sont plus significatifs sans doute, pour en revenir au Conseil de l’Europe, que les manifestations de dépit des uns (voyez par exemple Guy Tegenbos, dans De Standaard) ou que la feinte compassion des autres (dont ce cher Jean Quatremer, de Libération):

Si j’étais Flamand, je commencerais à m’inquiéter que le monde entier soit imperméable à ma logique

Et même aux Pays-Bas, on regarde tout ça d’un oeil froid, très pro: voyez cet article du quotidien Trouw qui, ailleurs, ne se prive pas d’ironiser sur ses zuiderburen qu’un député de là-bas (Geert Wilders) voudrait annexer à la Grande Néerlande de ses rêves:

In het land dat bijna evenveel regeringen telt als liefhebbers van tripelbier is natuurlijk alles vrij ingewikkeld (…) Wie zich over deze korf vol krabben wil buigen moet wel knettergek zijn. En dat is Geert Wilders toch wel een beetje.

Je considère pour ma part que dans la communication du XXIe siècle, une image ne peut se (re)construire que si l’on en revient à la substance du débat, qui porte ici sur la façon d’organiser les institutions et les processus de décision de manière à résoudre les problèmes de manière efficiente. Pas à marquer des goals symboliques au milieu des cris de kops en délire. Ce qui est malheureusement le péché mignon de l’homo politicus briguant une (s)élection…

Geert Wilders, député néerlandais d’extrême-droite, invite son Premier ministre à entamer des discussions avec Kris Peeters, le ministre-président flamand, en vue du rattachement de la Flandre aux Pays-Bas. Furieux débat sur les sites internet des quality papers flamands, comme De Morgen ou De Standaard. Il y en a qui sont pour, il y en a qui sont contre. Mini-sondage sans aucune valeur scientifique du Standaard online: 46,68% d’avis favorables et 53,32% de « nee, bedankt » sur 3.708 votants à 0 heure 10, ce mardi 13 mai. Mais ça peut changer à tout moment, dans un sens comme dans l’autre…

L’avis de Zaza, le caricaturiste du Standaard:

wilders.jpg

Je compte m’essayer à vous parler plus souvent de la Flandre et des Flamands. Pour tenter de mieux comprendre ce qui s’y passe et ce qui s’y pense. Nourrir intelligemment le débat, au-delà des clichés habituels…

C’est un peu casse-gueule, je sais. Quand on veut rester au-dessus de la mêlée, on finit souvent par encaisser les balles perdues en provenance de chacun des deux camps. Mais tant pis, j’assume. Parce que cela me paraît intéressant et (peut-être) utile. Ce sera à vous de me le dire

Pour ce qui est de ma façon de faire, ce sera comme d’hab’: je m’efforce de prouver le mouvement en marchant. L’approche sera donc empirique. Pour commencer, quelques liens que j’ai repérés sur la Toile, ces jours-ci. Principalement de la politique, mais pas seulement. Et pas que du communautaire en tout cas:

  • La mort d’un journal. – Het Volk, c’était une institution, quand même, et pas seulement à Gand. Mais c’est fini. Gentblogt prononce l’oraison funèbre.
  • Bloguer sur commande. – Bruno Peeters (B.V.L.G.) relève une nouveauté bloguesque aux Pays-Bas: la location des services d’un blogueur patenté pour couvrir un événement, par exemple organisé par une entreprise.
  • Libéralisme et anarchie. – Recension d’un débat organisé dans Blauwdruk, le magazine du Liberaal Vlaams Studenten Verbond. Sur In Flanders Fields, « the Flemish freedom-loving political metablog« .
  • In memoriam Flander’s Technology. – C’est le temps des commémorations: l’Expo 58, Mai 68… Et Flander’s Technology, la manifestation lancée il y a un quart de siècle pas Gaston Geens. Peter Dedecker, qui affiche sa sympathie pour la NV-A sur son Peter’s Blog regrette un peu d’avoir raté ça.
  • Bonne fête! – Le même affichait clairement le 9 mai son engagement européen. Et son attachement au principe de subsidiarité. Mais entre l’Europe et les Régions, il ne voit guère d’utilité aux Etats-nations.
  • Les contradictions de l’extrême-droite nationaliste. – Rebondissant sur un article d’un magazine amstellodamois, Om ter saaist a trouvé beaucoup de nationalistes flamands très à droite sur Facebook. Pas toujours très cohérents dans leurs sympathies à l’extérieur semble-t-il.
  • 20 ans de socialisme. – Retour aux anniversaires. LVB.net nous rappelle que les socialistes siègent au sein du gouvernement belge depuis déjà 20 ans, sans discontinuer. Cela ne fait pas trop plaisir à Luc Van Braekel.
  • Van Rompuy. – A lire absolument: cette interview du toujours bouillant Eric, le frère d’Herman, dans Pan. Déjà ancien (avril), mais permet de comprendre ce certaines choses, des froideurs notamment…
  • Et BHV? – La critique de Brigand sur le blog d’un correspondant de presse français bien connu. Mais ne manquez surtout pas Brusselblogt, qui vous rapporte innocemment comment la DH sélectionne les « échantillons » de certains de ses sondages d’opinion qui font du bruit

Voilà donc pour une première fournée. Il y en aura d’autres et il n’y aura surtout pas que ça. Mais tout doit partir d’une bonne veille, non? Rien ne vous interdit d’ailleurs de me « tuyauter ». Merci d’avance.

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