D’abord donc, il y a eu la crise du crédit. Allumage aux Etats-Unis (les subprimes) et contagion en Europe et en Belgique (Fortis, Dexia…) Puis il y a eu le krach boursier, avec les fonds spéculatifs (hedge funds) forcés de déboucler leurs positions en catastrophe. Ce fut et c’est encore violent, voyez les bourses qui font du yoyo. Mais bon, c’est fini pour la finance? On se concentre sur l’économie? Il se peut bien que non. Pas encore. L’épicentre du séisme financier risque maintenant de se déplacer vers le monétaire et les marchés émergents, avec cette fois les banques et les monnaies européennes en première ligne, lisez ce qu’en disent Paul Krugman dans le New York Times et Ambrose Evans-Pritchard dans le Daily Telegraph (une traduction en français est disponible chez Contre-Info).

Au fond, c’est toujours la même histoire de créances douteuses et de sous-évaluation des risques. Et de dominos: avec un pétrole revenu à 60 USD par peur de la récession, la Russie dont c’est la principale richesse risque à nouveau de se trouver bien en peine de rembourser ses dettes; et les économies lourdement endettées d’Europe de l’Est, d’Asie et d’Amérique latine subissent en même temps une fuite des capitaux et un gonflement mécanique de leur dette en devises.

Le « hic », pour l’Europe (et par suite pour ses banques et pour l’euro), c’est que c’est chez elle qu’est logé le plus gros paquet de la dette des pays émergents. Et que le choc, s’il a lieu, secouera sans doute la planète tout entière, mais à partir du Vieux Continent, et de ses banques, encore. Evans Pritchard rappelle ainsi que les banques d’Europe occidentale détiennent les trois quarts des 4.700 milliards (!) de prêts bancaires octroyés aux pays émergents lors du dernier boom du crédit. Brrr…

Fouillez donc dans la presse anglo-saxonne et dans les références citées ici pour les détails, vous ne les avez pas encore lus dans nos journaux. Pour ma part j’y vois une illustration intéressante des idées de Nassim Taleb, évoquées dans mon billet précédent.

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Vendredi, j’étais à Louvain-la-Neuve pour répondre aux questions d’étudiants chargés d’un travail sur les blogs. J’en ai profité pour faire un tour chez Agora où j’ai enfin trouvé le bouquin de Nassim Taleb dont je vous parlais l’autre jour et que m’avait recommandé Guy Duplat, Le Cygne Noir, qui porte en sous-titre: la puissance de l’imprévisible.

C’est absolument fascinant et, si j’ai un conseil à vous donner, c’est de vous procurer ce livre et de lui réserver quelques soirées ou un long week-end. Pas seulement pour le plaisir de l’esprit, mais surtout pour réfléchir à ce que nous sommes en train de vivre, sur les marchés financiers et dans l’économie « réelle », qui est peut-être bien plus lourd de conséquences encore qu’on ne peut l’imaginer. Ou peut-être pas: la première leçon à tirer de Taleb tient dans ce bon mot qui semble être le fait de Niels Bohr: faire des prévisions est difficile; surtout sur l’avenir…

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En parcourant les journaux dans mon agrégateur, ce matin, je tombe sur ce titre ahurissant de L’Echo, relayant une info du Standaard: non seulement l’ex-directeur financier de Fortis, – le génial Numéro 3 que j’épinglais il y a quelque temps ici – a reçu une petite indemnité de 4 millions d’euros en quittant son poste mais, en plus, il est toujours là! Vous allez rire: comme conseiller spécial du CEO…

C’est vrai qu’on se passe difficilement d’une telle expertise: contribuer au naufrage d’une boîte comme celle-là n’est pas à la portée du premier crétin venu. Et ne vous étonnez pas non plus du montant de l’indemnité: comprenez quand même qu’au plus vite on détruit de la valeur, au plus les besoins en fonds de roulement sont importants.

Allez, trêve de plaisanterie. Je ne suis pas de ceux qui hurlent avec la meute contre les « parachutes dorés ».  S’ils sont contractuels. Et s’ils ne dissimulent pas une fraude, bien sûr. Mais la contrepartie, c’est un austère devoir qui consiste à savoir quitter la table quand il sied. Et ce n’est pas le remplir, ce devoir, que de continuer à fréquenter la mangeoire en stoemelings, comme on dit à Bruxelles; ça, ce sont des manières de petites gens.

[Màj 15:45] - Via Baudouin, en commentaires, la sanction, assez rapide pour une fois, annoncée ici par La Libre. A la place de Leterme, moi, j’aurais débarqué en personne chez  Fortis et on s’y serait souvenu de ma visite. Parce que si l’attitude de Numéro 3 n’inspire que le mépris, ceux qui ont décidé ou accepté de faire rentrer par un soupirail celui qui avait dû sortir précipitamment par la fenêtre, ce sont de sales cons, tout simplement. Quel que soit le nom qu’ils portent et que je ne connais pas. Jusqu’ici.

La première impression doit être favorable: les marchés boursiers ont enregistré des progressions elles aussi historiques, aujourd’hui: plus de 10% sur les grandes places (New York, Londres, Francfort, Paris…)

Mais il serait imprudent d’en tirer des conclusions trop hâtives: un rebond comme celui-ci peut parfaitement n’être qu’un sucker’s rally. Les commentateurs s’en donnent d’ailleurs à coeur joie sur ce thème.

Pour visualiser la situation, rien de tel qu’un bon graphique: celui-ci vient du New York Times et compare les marchés baissiers de ces dernières décennies.

Mais bon: je ne suis pas là pour vous raconter la bourse au jour le jour. C’était juste pour vous donner le résultat du match que je vous annonçais hier…  Enfin, de la première mi-temps!

Ne haussez cependant pas trop vite les épaules en regardant ailleurs. Le point commun entre la bourse et la politique, c’est que même si vous ne vous occupez pas d’elles, soyez sûrs qu’elles, elles s’occupent de vous.

C’est dimanche, il est tard, le soir. Que dire et que penser, maintenant, de toutes les réunions qui se sont tenues ce week-end, au chevet du système financier mondial en arrêt respiratoire? Du G7, de l’Eurogroupe, du congrès du PS, du comité de la section MR de Hoût-Si-Ploût?

Ne cherchez pas la réponse dans vos gazettes, demain matin. L’édito, ce sont les marchés de la planète qui l’écriront. Ou bien ils arrêteront leur course folle vers le chaos. Ou bien ils la reprendront. Ils décideront. Eux, et eux seuls, à qui la question de confiance est posée.

En un sens, c’est la plus grande démocratie du monde, le Marché. Mais c’est une démocratie plurale: on n’y applique pas le principe one (wo)man, one vote, on y dispose d’autant de voix qu’on a d’unités monétaires à sa disposition. Et on y a l’instinct grégaire, comme un banc de poissons dans la mer.

Let’s see what will happen. Mais regardons bien: c’est l’Histoire de notre monde qui s’écrit sous nos yeux. Un tout nouveau chapitre, probablement. Rien que ça.

Jusqu’à cette folle semaine qui s’achève, il n’était jamais arrivé que la bourse de New York (indice Dow Jones des valeurs industrielles) aligne six séances consécutives de baisse de plus de 1%. C’est fait depuis jeudi soir (-22% jusque là). Vendredi soir, on avait encore enregistré un septième sell-off (- 1,5%). A ce niveau, les 30 principales entreprises américaines avaient perdu, ensemble, près du quart de leur valeur. Au 7e jour de la panique qui a saisi tous les marchés financiers.

Les professionnels de l’information vous en parlent abondamment. Je ne vais pas en rajouter une couche.

Ce n’est pas le krach de 1929 – 1932, qui avait vu la bourse de New-York perdre près de 90% en trois ans, non, mais c’est un vrai mouvement de panique. Le constat est dressé, chiffres à l’appui, par un spécialiste new-yorkais d’ING Investment Management.

C’est bien le problème: on a toujours une explication après. La surprise vous tombe dessus, des existences sont bouleversées en bien ou en mal, la vôtre peut-être, et on vous démontre a posteriori que cela était rationnel, prévisible en somme. L’esprit humain n’aime pas la surprise, il déteste l’incertitude, il conjure le hasard. Et il reste toujours ébahi à l’arrivée d’un cygne noir, qu’il soit bienveillant ou maléfique.

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J’emprunte à Thomas van der Straeten cette bien jolie photo de cygnes…blancs

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Le parachutage en urgence de Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani à la tête de Dexia n’a pas empêché la banque des pouvoirs locaux d’encore prendre une claque à la corbeille, aujourd’hui: – 12,5% à Bruxelles, -13,3 à Paris. Sans doute faut-il compter sur ce qu’ils feront, plutôt que sur leurs seuls noms, pour rassurer les marchés. Car la crise de confiance est profonde.

L’autre soir à la télé, j’entendais Peter Praet (BNB) expliquer en souriant, détendu presque, que la seule chose qui faisait peur, au fond, c’était la peur elle-même. La crise financière est bien une crise de confiance. Au sens propre, un grave ébranlement du crédit sur lequel reposent l’activité et la pérennité d’une institution bancaire. Qu’arrive alors une impuissance à honorer ses obligations (la cessation de paiement), et voilà réunis les deux éléments constitutifs de la faillite, comme le savent tous les juristes.

Si les Etats s’engagent aujourd’hui massivement dans le soutien des banques, c’est donc pour restaurer l’indispensable confiance enfuie. Mais on en vient alors à ce que j’appelerai le dilemme du passager, qui est aussi le défi lancé au commandant de bord: quand le navire est menacé de naufrage, tout mouvement de panique accroît le risque de le voir se produire. Le capitaine exhortera donc la foule à se calmer en se montrant calme et résolu, serein, parfaitement maître de la situation. Ce qui ne peut marcher que si le public n’en vient pas à considérer que ce n’est là qu’une pieuse tromperie, qu’au lieu de rester sagement assis en chantant « Plus près de toi mon Dieu…« , comme sur le Titanic, mieux vaut tenter de sauver sa peau en se ruant vers la sortie, chacun pour soi.

On en est là. Avec ce handicap, si l’on veut éviter la panique mortifère, qu’on nous a déjà tellement bercés de propos lénifiants tragiquement infirmés, que les mâles résolutions de nos princes peinent encore à convaincre qu’elles seront suivies d’effets bénéfiques. La panique menace. Voyez la bourse, qui n’est qu’un baromètre des humeurs mais qui pointe toujours résolument sur « tempête »…

Quel gâchis!

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Gagner des sous avec Fortis, c’est (encore) possible… Mais il faut s’appeler Leterme ou Reynders et diriger un gouvernement pour y arriver. La démonstration est depuis quelques heures sur le site du Tijd: en quelques jours, le gouvernement a engrangé une coquette plus-value latente de 1,6 milliard en revendant pour 8,25 milliards (en actions BNP-Paribas) les trois quarts de la participation acquise, en deux fois, dans Fortis Banque Belgique pour 9,4 mds au total. Ce qui valorise donc celle-ci à 11 mds (8,25/0,75), d’où la plus-value théorique de 1,6 md (11 – 9,4).

Ce type de transaction étant par définition un jeu à somme nulle (ce que gagne l’un, l’autre le perd, et vice-versa), demandez-vous qui est cocu dans l’histoire. BNP-Paribas? Pas forcément, on verra à l’usage si ces 11 milliards étaient le juste prix. Mais plus sûrement le groupe Fortis, et donc ses actionnaires (dont vous?) qui ont cédé il y a huit jours à 9,4 toute une banque un peu bancale, qui a pu être revendue hier à 11… Une plus-value de 17% en quelques jours? Pas si mal…

En attendant, c’est vrai, Fortis conserve les deux tiers de la « Bad Bank » constituée avec ses actifs « toxiques », valorisés à leur valeur de marché du jour, c’est-à-dire au ras des pâquerettes. Ce qui donne donc à une ancienne valeur de « bon père de famille » toujours logée dans bien des portefeuilles paisibles et véhicules d’épargne-pension, une petite coloration de fonds hautement spéculatif pour rogue traders expérimentés, voire de billet de loto. Ce à quoi Leterme faisait sans doute allusion quand il évoquait la perspective de dividendes pour les actionnaires du groupe…

On voit de drôles de choses, quand même, au jour d’aujourd’hui…

Mise à jour 2/10/08 – Si j’en crois le remarquable papier de Béatrice Delvaux, ce matin dans Le Soir, (que je ne retrouve curieusement pas dans l’édition online, il faudra attendre les archives…), le billet qui suit est un peu (?) naïf: MM. Richard et Miller n’ont paru sacrifier que contraints et forcés à l’ austère devoir que je croyais pouvoir leur assigner: en réalité, ils se seraient fait virer comme des malpropres, sous la pression du gouvernement français. Pour des raisons bien plus politiques que noblement éthiques. Tant pis. Je ne corrige pourtant pas ce post et le retire encore moins. Cela ne se fait pas: chez les blogueurs, on ne cache pas ses erreurs, on les avoue et on les assume.   

J’étais à la tribune de la presse, à la Chambre, dans les années 80, lorsqu’un de mes anciens professeurs qui était aussi député, exprima l’idée qu’il était de l’austère devoir du titulaire d’une haute fonction d’autorité de s’effacer lorsqu’une faute grave avait été commise dans son domaine de compétences. La formulation, aussi élégante que ferme, mais que je n’ai pas retrouvée dans sa version originale, était de Robert Henrion, ministre d’Etat libéral, et humaniste.

Il est devenu rare, aujourd’hui, que cette prescription pourtant élémentaire soit prise en considération et appliquée.

Il me plaît donc de saluer ici avec respect les décisions de Pierre Richard et Axel Miller, respectivement président et administrateur-délégué de Dexia, de démissionner de leurs fonctions, au nom sans doute d’une conception de la responsabilité (à distinguer soigneusement de la notion de culpabilité) qui, pour être conforme à ce qu’elle doit être, ne manque cependant pas de classe.

Nous avons tous vu les yeux humides de M. Miller, sous l’ovation de son personnel. Ils me suffisent pour considérer que le geste, s’il était sans doute nécessaire, n’est ni anodin, ni purement « communicationnel ». Quelle utile leçon, pour tous les petits messieurs qui s’accrochent à leurs prébendes en s’abritant petitement sous leurs petits, tout petits parapluies de toutes petites gens.

Dans le contexte, la nouvelle est passée presque inaperçue. Sur les marchés financiers, dans l’actualité et dans nos vies quotidiennes, il se passe de choses bien plus importantes. Voilà: une action du Marché Libre d’Euronext Bruxelles passe à la trappe. Val Saint Lambert International, dont la cotation est actuellement suspendue et dont l’assemblée générale extraordinaire du 6 octobre se verra proposer la mise en liquidation de la société.

Fin 2005, les actionnaires majoritaires avaient levé près de 2,5 millions d’euro en ouvrant le capital au public. Si ma mémoire est bonne, l’IPO avait été sursouscrite par un tas de braves gens qui ont dû se dire que le Val, quand même, c’était une belle marque. Et c’en est une. Mais ça ne suffit pas.

Moins de trois ans plus tard, la  cristallerie a fait faillite. Pas la société cotée, non, celle-ci n’était qu’une holding, propriétaire, en sus, de la marque et de quelques autres babioles. Les curateurs ont finalement trouvé un repreneur pour la cristallerie. La holding va lui céder ses autres actifs, un peu contrainte sans doute, pour un prix lui permettant tout juste de payer ses dettes. Il ne restera rien pour les actionnaires.

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