La campagne est finie.

On passe à autre chose. La recherche d’une majorité, simple pour gouverner, spéciale pour redessiner l’Etat belge.

Je reviens de RTL House, il est tard et j’ai envie de dormir. L’analyse détaillée de la situation politique viendra plus tard. Elle tournera probablement autour de la constatation que nous avons vécu aujourd’hui un événement historique: les premières élections de la Belgique confédérale.

Cela est apparu avec une clarté aveuglante dans les déclarations quasi-simultanées des deux seuls vainqueurs de ce scrutin: Bart De Wever pour la N-VA, en Flandre, et Elio Di Rupo pour le PS, en Wallonie.

L’un et l’autre sont politiquement « incontournables », chacun dans leur région. Ils vont maintenant, chacun chez soi, devoir prendre l’initiative en vue de composer leurs délégations respectives pour la conférence d’armistice.

Celle-ci ne sera pas commode mais les deux capitaines paraissent au moins habités par la volonté de négocier et animés par la volonté de conclure. En respectant (une dernière fois?) les formes de la Belgique post-unitaire. Ils vont essayer de constituer un gouvernement belge à partir de deux majorités, dont une sera flamande et l’autre francophone.

C’est inédit. Mais le moyen de faire autrement?

Alea iacta est. Nous entrons dans une éqpoque nouvelle de notre histoire politique.


Y’a pas photo. Maintenant qu’ils ont comparu tous les quatre, face aux Belges, sur le plateau de RTL-TVI, on peut juger de leur prestation du point de vue de la communication politique. Et le résultat, à mon avis, est évident. Mon podium:

  1. Didier Reynders – 7,5/10
  2. Joëlle Milquet – 6,5/10
  3. Jean-Michel Javaux – 6/10
  4. Elio Di Rupo – 5,5/10

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Hier, sur le blog de « Sans langue de bois », j’ai jugé cette campagne frileuse. Ce n’est pas le mot. Il devrait être plus fort. Je le cherche encore. Michel Henrion m’indique une piste: c’est une campagne retouchée, façon Photoshop, à en devenir irréelle.

S’agissant de Joëlle Milquet, qui faisait face aux Belges sur le plateau de télé, il a eu ce bon mot, Michel: « On promet une lotion capillaire à tous les chauves« . C’est flagrant. Quand il n’est pas question de communautaire, on aligne les promesses intenables pour tous ceux qu’on juge avides de les entendre: on va augmenter les petites pensions, créer des emplois, soutenir les familles, aider les jeunes, renforcer la justice. Promis.

Ce serait chouette en effet. Mais les sous? On les prendra où? Pas dans nos poches, bien sûr. Rassurez-vous. On luttera contre la fraude, fiscale et même sociale, s’il le faut. Ce qui ne mange pas de pain. La fraude, c’est le petit pécule de tous les gouvernements depuis des lustres. Inépuisable. Et si commode: ce n’est qu’un chiffre à ajouter à la colonne des recettes. Arbitraire. Jamais atteint.

J’entendais ce matin que nos voisins hollandais – qui votent aussi cette semaine – se préparent à rehausser l’âge de la retraite. Pas chez nous. C’est tabou. Comme une frontière. Même s’il y a structurellement de moins en moins d’actifs pour nourrir chichement ceux qui ne le sont pas, pas encore, ou plus. Mais la conjoncture va s’améliorer dès 2011 et ça ira mieux. C’est madame Milquet qui l’a annoncé hier. On le lui a dit.

Ce soir, Elio Di Rupo embrayera. Pas question d’une cure d’austérité. De la rigueur, ça oui, mais de l’austérité sûrement pas. Rassurés?

Pas moi. Ces gens-là ne voient pas les choses en face. Ou peut-être que si, ils ne sont pas idiots. Mais c’est invendable. Alors ils font des prospectus en quadrichromie pour des vacances rêvées. Gouverner c’est faire croire, tout le monde sait ça depuis Machiavel.

Et quand on en vient, comme à regret, à la nouvelle Belgique qu’on va dessiner dans les salons feutrés de Val-Duchesse ou de quelque autre joli château, on applique la même bonne vieille méthode. On résistera fermement, en tout cas, à cette Flandre qui déraisonne.

Voilà.

Tout près de chez moi, hier, la chaussée s’est effondrée. Il y a un trou de deux mètres, sur une surface de vingt mètres carrés. Ce n’est pas grave. Nous ne craignons qu’une chose, depuis Astérix, c’est que le ciel nous tombe sur la tête. Vous voyez? Le ciel n’est pas près de nous tomber sur la tête. Ce n’est que le plancher qui s’effrite.

PS: Mon ami Alexandre me signale que depuis qu’il est arrivé en Belgique, il y a quatre ans, c’est quand même déjà la sixième fois qu’un bout de chaussée s’effondre, dans le quartier. Si vous passez par ici, pensez à regarder où vous mettez les pieds.

Ce soir, dans Face aux Belges, et dans Sans langue de bois avant et après, sur Bel RTL (19 heures), c’est le tour à Joëlle Milquet. Pourvu qu’elle soit de bonne humeur…

Elle a un peu le look et probablement quelques-uns des rêves de Blanche-Neige mais, avec ça hélas, quelques traits du sale caractère de la Reine, sa belle-mère. Ajoutez-y quelques caractéristiques comportementales du huitième nain, Brouillon, celui qu’on a oublié dans le casting, et voilà l’image que je me fais pour l’heure de la présidente-fondatrice à vie du cdH…

Je sais, c’est approximatif. Mais à la différence de l’ami Alain Raviart, je ne connais d’elle que ce qu’elle en montre à la télé et dans ses communiqués. Et sa courtoisie quand on se croise.

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Si j’étais Bart De Wever, je me donnerais le temps d’une respiration, cette semaine qui vient. Je me concentrerais sur ce que je dirai le 13 au soir. Si ce qu’annoncent les sondages se vérifie, ce seront les paroles les plus importantes qu’il pourra jamais prononcer dans toute sa vie. Il doit les mûrir. Surtout celles qu’à la surprise générale, de propos délibéré, il prononcera en français.

Je ne suis pas Bart De Wever.

J’ai bien du mal à m’imaginer à sa place. Pas tellement parce qu’il est Flamand, et moi francophone. Ni parce que je ne le connais pas, ne l’ayant même jamais rencontré, à la différence de beaucoup de ses devanciers. Mais parce que sa pensée, son parcours, son être profond, me sont étrangers. Nous n’avons pas les mêmes pensées.

Si, comme lui, j’étais en politique, nous serions immanquablement ainsi adversaires. Et nous aurions le choix de nous regarder en chiens de faïence, jusqu’à ce que le néant nous emporte l’un et l’autre et nos mandants avec nous, ou de faire de la politique, comme les circonstances nous l’imposent.

Dans le cas de figure que je suggère sous la dictée des pronostics, la N-VA étant devenue le premier parti de Flandre et de Belgique, c’est monsieur De Wever qui aurait la main. A sa place je la tendrais, bien ouverte, au-dessus du mur de chicons.Car ce n’est rien de gagner une bataille. On peut facilement la reperdre en laissant passer l’opportunité de conclure la paix. Voyez, parmi tant d’autres, le cas désolant d’Yves Leterme.

Gagner la paix, ce n’est pas dicter les termes du traité de Versailles, l’historien doit l’avoir mesuré à l’aune de ce qui s’en est suivi. Gagner la paix, en démocratie, c’est inventer les termes d’une cohabitation pacifiée, acceptée et assumée entre belligérants d’hier.

Ce qui n’est pas donné. Ni d’avance acquis. C’est une autre bataille, contre les fantômes du passé cette fois. Parfois contre soi-même.

En tant qu’observateur, il m’intéresse diablement de savoir si un Bart De Wever vainqueur serait de cette race-là. Jusqu’ici, son rôle était facile. Il ne demandait qu’un peu d’habileté tactique et des circonstances favorables.

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Il ne se passe rien de bien intéressant dans cette campagne, il faut donc se contenter des tirs d’escopette enregistrés çà et là.  Tenez: dans La Libre, la présidente du cdH ne tarit pas d’éloges sur sa collègue du CD&V, l’élégante Marianne Thyssen:

C’est une femme qui a le sens de l’intérêt général, qui a beaucoup de correction et de sérieux. Elle a une vision institutionnelle que je ne partage pas, mais elle a encore une vision pour le pays. Et elle est en capacité de conclure des négociations.

Mais la réciproque n’est pas vraie. Ce matin aussi, madame Thyssen était l’invitée de la VRT. Malheureusement pour Joëlle Milquet, elle avait déjà lu la suite de son interview.

Quand je lis ça, je me dis que ce n’est pas un bon signal. Elle en revient aux points de vue les plus radicaux qui aient jamais été exprimés. Je considère cela comme du babillage électoral, et j’espère qu’après les élections, on pourra s’asseoir à table comme des grandes personnes, pour résoudre les problèmes de ce pays.

Comme des grandes personnes… Mets ça dans ton armoire, Joëlle! Marianne Thyssen n’en avait évidemment pas sur les gentillesses de Milquet à son égard, mais sur sa revendication réitérée d’un élargissement territorial de Bruxelles, en vue d’établir un lien physique entre la Wallonie et la capitale.

Il y a un peu plus d’une heure, un journaliste de l’AFP en poste à Bruxelles évoquait les joies de son métier d’agencier sur Twitter en racontant qu’il devait composer pour demain une dépêche de 600 mots pour expliquer les élections en Belgique. Serviable comme je peux l’être je la lui ai écrite. A ma façon. Il y prendra ce que bon lui semble. Mais j’avertis mes lecteurs que ce qui va suivre n’a rien d’un des billets usuels de ce blog. C’est un papier de 600 mots (611 exactement) conçu comme un rond-up du bureau de l’AFP à Bruxelles. Ça m’a bien amusé, comme un exercice pour garder la main. J’aurais pu fignoler, mais c’est plus cher… Top départ:

Elections en Belgique: deux pays, un casse-tête

Le 13 juin prochain, les Belges voteront pour renouveler les deux chambres du parlement fédéral, dissoutes après la chute du gouvernement d’Yves Leterme. Celui-ci réunissait cinq partis, deux flamands (chrétiens-démocrates et libéraux) et trois francophones (les mêmes, auxquels il faut ajouter les socialistes).

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Le mot de la fin au politologue anversois Dave Sinardet: « C’était donc la première fois en plus de dix ans que les Flamands ont pu entendre le ministre des Finances défendre sa politique devant eux, dans un débat préélectoral« .

Inderdaad…

Qu’ils ne boudent donc pas ce bonheur. Peut-être un jour sera-t-il symétriquement offert aux électeurs francophones.

Et rien que pour ça déjà, le Zevende Dag de la VRT valait bien la grosse heure de mon dimanche que je lui ai consacrée. Car je vis dans un pays où il faut s’émerveiller qu’un ministre défende son action, avant les élections, sur un plateau de télé de l’autre communauté. Et qu’il le fasse dans la langue de celle-ci. Très correctement dans l’ensemble.

Mais il y eut plus. Un face à face inédit entre Didier Reynders et Bart de Wever surtout. Ce qui vaut bien qu’on s’y arrête un peu.

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Au saut du lit, ce matin, j’ai pensé à Verlaine.

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville.

D’habitude, je lui préfère plutôt Rimbaud, ses poches trouées et son paletot qui devient idéal. C’est plus corsé. Mais il y avait les gouttes qui frappaient au carreau.  Et le journal, à la radio.

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Sans l’ombre d’une hésitation, il a dit: « Oui ». Et moi, parfaitement réveillé mais encore sous la couette à cette heure, je me suis dit: « Bien! » Olivier Deleuze, tête de liste Ecolo à BHV, n’a pas tremblé quand Pascal Vrebos lui a demandé si son parti accepterait de négocier avec la N-VA, après les élections.

Ce n’est pas un scoop. Magnette, pour le PS, l’a déjà dit aussi, avec plus de circonlocutions, pour ne pas trop apeurer l’électeur tricolore et unilingue.

Car il est bien possible qu’à compter du 14 juin, refuser de discuter avec la N-VA s’apparenterait à refuser de participer à la constitution du prochain gouvernement belge. Ce qui est encore un choix. Un choix politique qui pourrait s’avérer intenable, ou suicidaire, mais un choix.

Deleuze a ajouté – mais il parlait alors des partis flamands en général – que pour réussir une négociation, il n’était pas nécessaire d’être d’accord au départ – ce qui enlèverait d’ailleurs sa raison d’être à la négociation – mais d’installer un climat de confiance entre les interlocuteurs.

Et donc voilà. Il n’y a plus rien d’autre à faire que d’attendre le verdict de l’électeur. Flamand. Pour savoir avec qui il faudra négocier. En gros, c’est une alternative strictement binaire. Ou bien le côté flamand de la table sera occupé par trois ou quatre des partis traditionnels, ou bien ce sera avec la N-VA et des partis traditionnels.

Les électeurs flamands décideront.

Comme quoi la démocratie belge ne fonctionne plus bien, mais l’électeur a encore son mot à dire. L’électeur flamand, objecterez-vous sans doute avec raison. Mais c’est le prix à payer pour trois années d’obstruction et de catenaccio de la part des partis francophones.

Côté francophone précisément, ce sera vraisemblablement tout le monde. Avec un cdH qui tirera la gueule et qui fera des chichis à n’en plus finir, comme à chaque fois qu’on veut réformer l’Etat, mais dont le seul choix, à la fin, sera de se soumettre ou de se démettre. Comme d’habitude.

Chez les humanistes – on ne dit plus « les sociaux-chrétiens » comme on ne dit plus « les aveugles », mais « les non-voyants » -, on implore donc ces Flamands de ne pas céder à la sirène De Wever, qui prend des risques à faire le grand écart entre ses fundis et ses realos, entre les Bracke et les Bourgeois. M’est avis que dans son propre intérêt, le cdH ferait mieux de la jouer plus discrète. Chacun de ses appels à la raison répercuté en Flandre apporte plus de voix à la N-VA que n’importe quelle interview de Bart De Wever.

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