Quand j’étais môme, au début des années 60, on avait des soucis mais ils étaient ponctuels. Le Congo, la Loi Unique et la grande grève renardiste, les fermetures de charbonnages, les problèmes linguistiques… Et la crise des missiles à Cuba. J’avais neuf ans et ma sœur ou mon frère allait venir au monde – c’était en octobre 62. En fin de journée, bon-papa m’envoyait chez le libraire de l’avenue de l’Université pour acheter la dernière édition du Soir qui se vendait comme des petits pains. J’avais peur car mon grand-père qui avait connu deux guerres mondiales voyait venir la troisième. Sur le chemin du retour, je parcourais fiévreusement la manchette du canard -dans lequel j’écrirais plus tard- pour tenter de savoir si ce serait ma première. Et sans doute la dernière.
La crise s’est arrangée le 28 et ma sœur est née le 29.
Le monde était effrayant mais les choses étaient claires: il y avait les « bons », et puis les « méchants ». Les communistes. Quelques années plus tard, en rhéto, le prof avait emmené la classe au Centre Culturel Jacques Franck à Saint Gilles, voir une pièce de Shakespeare mise en scène par un gros barbu qui en proposait une lecture strictement marxiste. Il était là pour débattre avec les grands élèves des écoles de la commune, convoqués pour une représentation organisée à leur intention, en « matinée » comme on dit au théâtre pour parler de l’après-midi.



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