Quand j’étais môme, au début des années 60, on avait des soucis mais ils étaient ponctuels. Le Congo, la Loi Unique et la grande grève renardiste, les fermetures de charbonnages, les problèmes linguistiques… Et la crise des missiles à Cuba. J’avais neuf ans et ma sœur ou mon frère allait  venir au monde – c’était en octobre 62. En fin de journée, bon-papa m’envoyait chez le libraire de l’avenue de l’Université pour acheter la dernière édition du Soir qui se vendait comme des petits pains. J’avais peur car mon grand-père qui avait connu deux guerres mondiales voyait venir la troisième. Sur le chemin du retour, je parcourais fiévreusement la manchette du canard -dans lequel j’écrirais plus tard- pour tenter de savoir si ce serait ma première. Et sans doute la dernière.

La crise s’est arrangée le 28 et ma sœur est née le 29.

Le monde était effrayant mais les choses étaient claires: il y avait les « bons », et puis les « méchants ». Les communistes. Quelques années plus tard, en rhéto, le prof avait emmené la classe au Centre Culturel Jacques Franck à Saint Gilles, voir une pièce de Shakespeare mise en scène par un gros barbu qui en proposait une lecture strictement marxiste. Il était là pour débattre avec les grands élèves des écoles de la commune, convoqués pour une représentation organisée à leur intention, en « matinée » comme on dit au théâtre pour parler de l’après-midi.

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Alexandre est occupé à développer sa librairie. Il vient de rentrer 23.000 bouquins dans ses rayons. Avec ceux qui y étaient déjà, ça fait 36.000 titres disponibles. Tu parles d’un choix!

Et ce stock ne lui coûte presque rien. Il est numérique son stock, pas « physique ». Ce ne sont pas des livres comme on les connaît, non plus. Ce sont des e-books. De « bêtes » fichiers informatiques, quoi. Tu en achètes un en ligne, tu le reçois par courriel, tu le transfères sur une tablette et tu peux commencer à lire, tranquille, dans ton fauteuil, le whisky ou la tisane à la main, selon ce qu’en pense ton foie…

Le nirvana du libraire de demain?

Ce n’est pas si simple. Tout le monde tâtonne encore. On chipote. On fait des essais. On cherche à savoir ce que vont faire les autres, les concurrents. Pas tellement les autres libraires classiques, non. Les « gros ». Pas forcément libraires, d’ailleurs. Il y a Google aussi: en août 2009, Google avait déjà un million de livres en stock. Libres de droits. Gratuits, ceux-là.

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Nous ne savons ni le jour, ni l’heure, mais c’est une certitude: la galère dans laquelle nous sommes tous embarqués, la « Belgica », va rencontrer un gigantesque iceberg à plus ou moins brève échéance. Le paquebot « France » et tous les autres aussi, même le Germania. On peut le passer par babord ou par tribord. On peut aussi s’écraser dessus et sombrer corps et biens. C’est la plus déplaisante des hypothèses, celle qui devient plus vraisemblable à mesure que le temps passe et que l’on reste les bras ballants, qu’on laisse le bateau courir sur son erre, sans officier sur la passerelle pour donner le cap.

Voilà en somme le sens de l’avertissement lancé par le rapport du Fonds de Vieillissement opportunément signalé par La Libre ce week-end. Le rapport lui-même est ici, l’avertissement est à la page 7.

Il porte donc sur le financement des pensions. C’est un système de répartition, on le sait: les cotisations perçues auprès des entreprises et des travailleurs servent à payer les retraités en fonction des droits qu’ils ont acquis au cours de leur vie active. Il s’oppose aux systèmes de capitalisation dans lesquels chacun met chaque année un peu de l’argent qu’il gagne de côté pour le jour où il aura cessé de travailler.

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Le capitalisme constitue-t-il un horizon définitivement indépassable? Cette question ne hante certes pas mes nuits, tant me paraît improbable un monde dans lequel la production de biens et de services pourrait se passer de tout « capital » – quels qu’en soient la nature, la consistance et les propriétaires – et, subséquemment, d’une forme ou l’autre d’accumulation de celui-ci.

Mais il n’en reste pas moins qu’au sens que nous lui connaissons, le capitalisme est une invention relativement récente dans l’histoire de l’humanité. On en voit les premiers signes apparaître au XVe siècle et il s’impose en se mondialisant, à partir du XIXe. Or, s’il est né, s’il n’existe pas de toute éternité, n’est-il pas forcément condamné à s’éteindre un jour en tant que mode de production?

Vendredi, je me suis accordé deux heures de flânerie à Waterloo et je suis entré chez Graffiti. Une librairie comme je les aime, assez grande pour offrir des chances à la sérendipité, mais pas trop non plus, pour échapper à la noyade. J’en suis ressorti avec trois bouquins, dont « L’empire du moindre mal« , en édition de poche.

C’est un essai forcément critique sur la « civilisation libérale », de Jean-Claude Michéa. Il m’a toujours paru hygiénique de se confronter régulièrement à des réflexions complètement étrangères à ses réflexes les plus fondamentaux. En l’espèce, je ne suis pas déçu…

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1xxiLe neuvième numéro de XXI est arrivé en librairie. L’éditeur y a joint un dépliant promotionnel  assez bien fichu qui m’inspire quelques réflexions que je vous livre ici, brutes de décoffrage.

Cela fait un billet un peu décousu, me rends-je compte en le relisant et en y ajoutant ce paragraphe. Il y a plusieurs thèmes ébauchés. J’espère que vous me le pardonnerez, mais c’est ça aussi un blog: les idées comme elles viennent, pour servir ultérieurement peut-être.

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Les mille premiers pas (2)

Il y a quelques années, j’ai pris mes vacances en Lot-et-Garonne, avec Gaïd et nos deux garçons. Nous avions réservé un gîte rural depuis Bruxelles, mais pour une semaine seulement. Il nous fallait donc un hébergement pour la deuxième. A l’agence Clévacances de la préfecture du département, Agen, nous l’avons trouvé tout près de Duras, la jolie petite ville à laquelle Marguerite Donnadieu a emprunté son pseudonyme pour signer ses œuvres littéraires et cinématographiques. C’était une ancienne ferme, au milieu d’une petite vallée où poussait du maïs. Elle était tenue par un couple de Hollandais qui y avaient aménagé quatre ou cinq logements fonctionnels autour d’une piscine commune. L’idéal, avec des pré-adolescents.

Je crois qu’ils en ont gardé un bon souvenir, bien qu’ils aient dû s’en extraire pour nous accompagner à l’une ou l’autre reprise chez les vignerons du coin et sur les sites préhistoriques des environs, incroyablement riches en art rupestre.

J’y ai appris quelque chose que j’ignorais jusque là et qui m’a surpris : un grand nombre de ces œuvres ont été exécutées au fond de cavernes sans la moindre lumière. Leurs auteurs ne les ont jamais vues, pas plus que quiconque dans cette nuit des temps.

J’ai demandé aux guides si l’on savait ce qui pouvait pousser ces lointains aïeux à dessiner et à colorier des fresques qu’ils ne pouvaient voir ni montrer à personne. Ils m’ont fourni la seule réponse imaginable, probablement : ce devait être un acte de nature religieuse, une prière que l’on fait pour entrer en relation avec un monde invisible et surnaturel. Comme si l’acte de peindre portait en lui tout le sens de leur démarche artistique et l’épuisait en s’accomplissant.

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Le 19 janvier 2007, « On a des choses à se dire » est apparu sur internet. Il y a presque trois ans.

Un nouveau blog. Un auteur – moi – et pas encore de lecteurs. Sauf quelques proches. Ma femme, mes fils, mes compagnons d’aventure : Yael, Philippe, Stéphane, Yves. C’est tout – Fabrice est arrivé un peu plus tard.

Mais Lao Tseu a dit :

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.

Des pas, il y en a eu mille autres qui se sont enchaînés après le premier. Il y en a peut-être encore mille ou dix mille autres à venir. Pour aller où ? J’ai bien une idée mais elle évolue. A vrai dire, je n’ai aucune certitude. En cherchant les Indes, il arrive qu’on découvre l’Amérique. Et de toute façon, ce n’est pas la destination qui compte. C’est le chemin. Et c’est le Bouddha que là je paraphrase.

Ne pas connaître par anticipation le fin mot de l’histoire ne dispense pourtant pas de la nécessité de tracer sa route et de faire le point. J’y consacrerai maintenant quelques pages, que je publie à mesure que je les écris.

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Ce n’est pas de la nostalgie belgicaine, mais une question que je me pose sur la hiérarchisation de l’information dans nos gazettes. Parce qu’on peut lire ça sur le site de la VRT, au lendemain de la consultation populaire anversoise sur le Lange Wapper.

In Franstalig België leeft het hele debat duidelijk niet. Le Soir en en La Libre Belgique brengen het verhaal kort in een hoekje van de binnenpagina’s. Daar hebben ze het over « le viaduc d’Anvers ». La Dernière Heure doet niet eens de moeite om over het referendum te berichten. Daar is de overwinning van Philippe Gilbert in de ronde van Lombardije het nieuws op de voorpagina.

Il ne faut pas être parfait bilingue pour comprendre que le journaliste flamand s’étonne un peu, avec une certaine ironie flegmatique, qu’on s’intéresse si peu, chez nous, à ce problème aigu que représente la mobilité dans la région d’Anvers. Parce que cette question n’intéresse pas seulement les Anversois, elle concerne aussi directement l’économie de  tout le nord-ouest de l’Europe.

A quoi s’ajoute la question de l’opportunité d’une consultation populaire à la fois très émotionnelle (nimby – not in my backyard) et hyper-technique. Et qui n’a finalement mobilisé qu’un peu plus d’un électeur sur trois.

Comprenez-moi bien: je n’ai pas d’avis sur le Lange Wapper, je ne suis ni pour, ni contre. Je constate seulement, à la lecture des commentaires des uns et des autres, que cette consultation vient compliquer la décision plus qu’elle ne l’éclaire. Et que le demi-ring d’Anvers, à 50 kilomètres de Bruxelles, n’a pas fini de « bouchonner »…

C’était ainsi un beau sujet de reportages à multiples facettes pour les journaux francophones. Aucun ne s’y est lancé. C’est pas assez sexy, quand ça se passe chez les Flamands?

Comment mieux  illustrer l’insondable vacuité du débat politique en Belgique francophone que par cette querelle lexicologique qui semble faire les délices et de la gauche, et de la droite? Ce matin, c’est Marcourt qui en remettait une couche dans les colonnes de La Libre en assurant ses ouailles – mais lisent-elles La Libre? – qu’il n’y aura pas d’austérité, parce que « la demande est celle de la rigueur« .

J’ai de la considération pour ce technocrate que je connais à peine; il me paraît très, très loin d’être un nain comme on en connaît parmi ses chers collègues, même si à la différence d’un Magnette par exemple, il manque probablement toujours de ce brin de charisme qui permet de distinguer les hommes politiques de leurs directeurs de cabinet. Mais à quoi rime cette pénible logomachie qui semble n’avoir pour but que de rassembler les forces ennemies en présence sous leurs étendards respectifs? L’austérité pour la droite, la « rigueur » pour la gauche.

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Interrogé d’une façon « engagée » qui ne fait pas mentir la réputation de « journal gouvernemental » que Le Soir traîne encore parfois dans son sillage – mais tout le monde a bien le droit d’être engagé, dès lors que c’est assumé -, l’homme de Deminor, Pierre Nothomb, est cruel pour notre gouvernement fédéral:

Avec la vente de Fortis, on a un peu plus vidé notre pays de son indépendance et de sa réactivité. Vous avez remarqué comme nos ministres doivent prendre de plus en plus souvent le Thalys? S’il faut parler électricité, c’est direction Paris et l’Elysée. S’il faut parler banque, idem… Nos ministres deviennent les mandataires d’un pouvoir situé hors du pays.

Bardaf, mets ça dans ton armoire…

J’aimerais bien, pour ma part, qu’on s’inquiète de savoir quels sont les agendas, derrière cette démission collective. Et où reste le contrôle démocratique. Parce que s’il le fallait, je n’en mourrais pas, de passer Français. Ma femme et mes fils le sont déjà, ils ont les deux nationalités. Mais pas sans le droit de voter pour élire les vrais patrons, ceux qui habitent à l’Elysée et à Matignon. Leurs préposés, ils n’ont pas besoin de moi pour les embaucher.

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