Finalement, ce ne sont pas les glauques tribulations d’un quidam dans les bordels de Patpong qui m’interpellent. Ce n’est pas non plus que cet homme assouvisse son fantasme d’en étaler la chronique dans un bouquin au statut ambigu – roman autobiographique? Autobiographie romancée? On se console comme on peut du mal-être qu’on endure, tant qu’on n’enfreint aucune règle de droit. Et la morale, c’est personnel.

Mais il y a la dignité de la fonction qu’on assume. Et les qualités requises pour la remplir.

On attendait donc Frédéric Mitterrand  à l’oral, face à Laurence Ferrari, sur TF1. Du bout des lèvres, il a reconnu des « erreurs ». De tout son être, il a montré sa fragilité. Pour un écrivain, ç’eût été acceptable. Pour un ministre de la République, c’était pitoyable. Je n’accuse pas l’homme, désespérément seul en face de ses faiblesses. Mais j’ai vu un ministre, manifestement hors d’état d’assumer la charge qui lui est confiée.

Une heure avant, nous en causions sur Bel RTL, « sans langue de bois ». Avec Frédéric Cauderlier, Alain Raviart, Michel Henrion et Mehmet Koksal. Sans doute aurions-nous été meilleurs et plus pertinents, une heure plus tard. Je crois pour ma part que pour conserver son honneur d’écrivain, il devait s’effacer. Et que pour le bien de la République et pour la dignité de son gouvernement, il fallait ne pas le nommer.

Vu d’ici, le reste – tout le reste -, n’est que gesticulation de nains politiques.

La cour d’appel de Douai a réformé cette décision du tribunal de grande instance de Marcq-en-Baroeul (Lille) dont je vous avais entretenu et qui avait fait grand bruit: la jurisprudence des cours et tribunaux français réaffirme haut et fort que « le mensonge qui ne porte pas sur une qualité essentielle n’est pas un fondement valide pour l’annulation d’un mariage »; et la virginité de l’épouse ne peut être considérée comme « une qualité essentielle » dans son chef… Bienvenue au XXIe siècle, les Ch’tis.

Reste que voilà donc cette pauvre fille « remariée ». En attendant l’issue d’une classique procédure en divorce, je suppose. C’est évidemment regrettable, mais quoi? Se conçoit-il qu’un tribunal civilisé annule un mariage au motif que l’épouse avait menti sur sa virginité?

Le 3 octobre dernier, une jolie dame blonde passe  un ordre de vente pour des actions à son agence bancaire de Berlare. L’ordre a dû être exécuté quelque part entre € 5,25 et 5,70. Ce jour-là, on a traité en bourse de Bruxelles plus de 28 millions de titres, soit environ 5 fois plus que la moyenne habituelle.

Quelques heures plus tard, l’action était suspendue pour une dizaine de jours et quand la cotation a repris, le 14, elle ouvrit à 1,93 seulement. Pour l’instant, elle tourne autour de… 1 euro.

C’est Fortis. C’est la femme du ministre des affaires étrangères, Karel De Gucht. C’était le jour du démantèlement du groupe. Délit d’initié?

L’enquête suit son cours. Jusqu’à présent, on n’en sait pas beaucoup plus sur le montant de la transaction et de quelques autres réalisées par d’autres personnes ce jour-là. Il y a quelques jours, Humo parlait de € 500.000, La Libre d’aujourd’hui de 2.000 titres seulement (€ 100.000). On est sur une autre échelle que celle sur laquelle était juché le CEO d’Enron, condamné aux USA à 24 ans de prison pour avoir encouragé ses salariés à acheter des actions au moment où lui, il vendait les siennes…

Rien à voir non plus avec Le Président, film inoubliable d’Henri Verneuil (dialogues d’Audiard) dans lequel le vieux Beaufort (Gabin) tient Chalamond, son potentiel successeur (Blier) par l’aveu écrit qu’il lui fit faire de son indiscrétion sur une dévaluation à venir. Au profit de la banque dont sa belle-famille était actionnaire…

Je trouve donc cette « affaire » un peu médiocre à tous points de vue. C’est petit de la déclencher (il y a probablement du Vlaams Belang là derrière) et ce serait petit, pour un ministre – si c’est bien ça qu’il a fait -, d’envoyer sa femme pour se débarrasser en stoemmelings de quelques titres dont il aurait appris, par sa fonction, qu’ils ne vaudraient bientôt plus grand-chose.

De Gucht a toutefois précisé au  Soir Magazine que les actions vendues étaient celles de sa belle-mère, souffrant de déficience mentale, et qu’il a, lui, conservé les siennes.

Petit pays, petit esprit, petits délits…

C’est en France. Dans le Nord. Mais ce pourrait être n’importe où. Si vous regardez les JT ou écoutez la radio, vous avez probablement entendu parler de cette histoire. Le soir de ses noces, un homme découvre – sous la couette? – que la femme qu’il vient d’épouser n’est plus vierge. Horreur! Il s’en sépare sur le champ – il la répudie? – et demande à la justice de prononcer la nullité du mariage. Accordé. Article 180 du Code civil français qui traite de l’erreur sur la personne.

Choquant, non? Pas pour tout le monde. Les intéressés d’abord: la femme elle-même n’a pas plaidé la validité des épousailles. On ne sait pas trop pourquoi mais, de mon point de vue, je peux comprendre: peut-être avait-elle découvert à cette occasion que son fiancé n’était qu’un sale con. Le juge, évidemment. Le parquet, qui s’en est remis à la sagesse de celui-ci. Et une noria de commentateurs plus ou moins inspirés, dont le fameux Maître Eolas, grand donneur de leçons toujours heureux d’étaler sa science du droit qu’il assène à la plèbe épatée, tel Moïse descendant de sa montagne.

Mais interpellant pour beaucoup de citoyens quand même, dont les habituels abonnés du communiqué de presse, en commençant par Ni putes, ni soumises, pour aller jusqu’à Elisabeth Badinter en passant par le PS et même par le secrétaire-général de l’UMP sarkozyste (pour un florilège de condamnations de ce jugement, voir par exemple LCI.fr).

Je n’interviens ici, dans ce débat qui touche aux fondements de ce que j’appelle la civilisation, que pour attirer votre attention sur ce qui m’apparaît comme la plasticité et la fluidité de la règle de droit, généralement apte à justifier la chose et son contraire, selon la lecture qu’on en propose. Car il y avait parfaitement moyen, en droit, de refuser la demande.

J’ai expérimenté le trouble dans lequel cette caractéristique peut plonger les étudiants: dans les séances de travaux pratiques de droit public que j’ai eu le bonheur de diriger jadis, à l’ULB, ils étaient souvent perturbés, au début du séminaire, quand on les chargeait de soutenir une cause dans un cas pratique, comme un avocat aurait à le faire pour son client, sans leur en laisser le choix.

En deuxième année d’études seulement, c’était sans doute trop tôt. Mais la vertu pédagogique du procédé – je précise humblement que ce n’est pas moi qui l’avais inventé – me paraît aujourd’hui évidente: il montre que le droit étaye un jugement, lui donne une justification rationnelle; qu’il n’en dicte pas, ou rarement, le dispositif. Et que dans des matières comme celles-là, des raisonnements pareillement irréprochables dans leur logique interne pouvaient être avancés pour justifier des décisions diamétralement opposées.

Je parierais bien que, dans le cas d’espèce, le juge du tribunal de grande instance de Marcq-en-Baroeul a statué en juge de paix, au sens premier. Il a dû constater qu’au fond, les plaideurs étaient d’accord entre eux, que ce mariage avait été une erreur, qu’il devait donc être dissous et que, puisque le demandeur avait choisi d’emprunter cette voie et que la défenderesse l’y suivait sans regimber, sa mission pouvait se résumer à donner à ce « divorce » les couleurs d’une annulation, selon le voeu des parties. La cause était entendue. Il ne restait qu’à l’habiller d’un manteau juridique.

Mais ce faisant, le juge a aussi perdu de vue que sa décision, si juridiquement habile qu’elle fût en apparence dans ses attendus, acquerrait une tout autre portée dans le contexte social de l’heure: dans la France laïque du début du XXIe siècle, un homme peut donc faire annuler son mariage s’il constate au lit nuptial que son épouse a déjà offert, à un autre au moins, son petit trésor…

C’est choquant, je vous dis. Pas parce que les ex-époux sont musulmans. Parce qu’il s’agit d’un homme et d’une femme. Aujourd’hui.

Non, je ne participe pas à l’éruption qui secoue pour le moment la blogosphère francophone suite à la décision prise en référé par le tribunal de grande instance de Paris à l’encontre d’Eric Dupin, blogueur émérite et éditeur imprudent. Je compatis sincèrement à la douleur d’Eric (1.000 euro d’indemnités et 1.500 de frais judiciaires à payer) mais je ne pense pas qu’il soit très sérieux de parler d’un jour noir pour le web français, et encore moins de suggérer qu’une répression à la chinoise est en train de s’abattre sur l’Hexagone. Tout ce qui est excessif est insignifiant (Talleyrand).

De quoi s’agit-il? D’un article provenant d’un blog lambda, reproduit sur un agrégateur (Fuzz) publié par Dupin qui l’a fermé au premier papier timbré. On y parlait de la vie sentimentale d’un acteur français. Celui-ci s’est adressé au tribunal pour obtenir réparation et l’a donc obtenue. Pour plus de détails sur les circonstances exactes, voyez donc ce qu’en disent sobrement Le Monde et Le Figaro.

Techniquement, en droit français, la question se limite à déterminer si, en publiant un tel site, on est un simple hébergeur (soumis à des règles particulières) ou un véritable éditeur. Le tribunal a retenu la seconde hypothèse en relevant notamment que le contenu du site relevait d’un choix éditorial.

A partir de là, je pense que l’on peut raisonnablelement considérer que le juge a plutôt fait preuve d’une sage mesure en condamnant Dupin à ne payer à l’acteur qu’une indemnité trente fois inférieure à celle qu’il revendiquait. Et si tant de blogueurs s’enflamment, c’est:

  1. qu’ils font en l’occurrence preuve d’une louable empathie en se disant qu’une telle mésaventure pourrait tout aussi bien leur arriver à eux (comme à moi);
  2. qu’ils revendiquent par contre à tort une espèce d’irresponsabilité juridique, une immunité qui leur permettrait d’échapper au droit commun.

Derrière tout ça aussi, il y a sans doute aussi des intérêts économiques. Un des plus enflammés propagandistes de la cause de Dupin est Kelblog, lié à Wikio, le plus gros agrégateur français qui publie en continu des liens vers des milliers de blogs (dont celui-ci, merci Wikio). Quant à Dupin, qui refuse en grand seigneur la proposition de certains de ses lecteurs de se cotiser pour l’aider à payer les indemnités, il se demande quand même s’il ne va pas mettre en vente des tee-shirts au sceau de Fuzz et de Presse-citron, son blog.

Pour financer le formidable buzz qui lui tombe dessus. Comment? Vous dites? Je vois le mal partout? Mais non: quand ai-je dit que c’était mal? Juste un peu opportuniste…

L’association belge du marketing direct (ABMD) a condamné la campagne Rent a Wife, dont je vous ai entretenu à deux reprises, ici, et .

Le CRIOC s’en réjouit dans un communiqué mais émet des réserves, regrettant que l’association se soit contentée d’invoquer l’argument selon lequel les campagnes de ses membres ne peuvent être « de nature à détériorer la crédibilité du secteur », sans se prononcer sur une éventuelle « discrimination fondée sur le sexe », en attendant que la Justice, également saisie, prenne position.

Il n’y a pas de juriste qui relit les communiqués avant publication, au CRIOC? C’est dommage, car tout diplômé en droit doit ou devrait savoir qu’il est pour le moins imprudent, pour une instance disciplinaire, quand cela ne lui est pas expressément interdit, de statuer sur une question qui, par ailleurs, est pendante devant les cours et tribunaux…

Un ami avocat s’inquiétait récemment de ce qu’il appelle mon addiction à la blogosphère. Lui, il n’a pas le temps, bien sûr. Trop de travail. Et puis, tout ça n’est pas assez structuré. Je lui ai demandé de me laisser accéder à son PC pour une petite démonstration.

Deux mots tapés dans Google et, quelques instants plus tard, je lui procurais ces quelques répertoires de blogs juridiques ou d’avocats:

Une fois entrevu ce que les blogs disaient du droit, j’ai emmené mon ami à la recherche de ce que le droit dit des blogs. Et sans aucune prétention à l’exhaustivité, j’ai aligné ces quelques références disponibles sur la Toile, tirées de son PC :

C’est sans doute léger pour une revue de doctrine et de jurisprudence, mais pour une première approche d’une question inédite, il y a matière à réflexion, non? D’autant qu’avec toutes les réserves scrupuleusement émises par Maître Eolas dans son profil, il n’y a aucune raison, pour cette profession respectable, de ne pas aussi utiliser les blogs comme outil de communication. Voyez par exemple à ce sujet: Le blog peut-il être un moyen de communication pour les avocats? et, sans point d’interrogation cette fois, cet article tout récent de « Law in France« , qui se présente comme « le portail du droit des affaires ».

Nous avons terminé la revue (le délai qui m’avait été accordé avait expiré) par quelques « gourmandises », des blogs d’auteurs que sont souvent ces incorrigibles bavards, ceux de Maître Eolas, de Philippe Bilger ou du Namurois Jean Proesmans, revu récemment.. Un Belge, quand même, dans la liste… Si vous en êtes ou en connaissez d’autres, faites-moi donc signe, je me ferai un plaisir de saluer ces hardis pionniers!

Les spam (courriers électroniques non sollicités) sont un vrai fléau, c’est entendu. Il est toutefois intéressant de constater qu’en dépit des législations qui sont désormais en vigueur un peu partout (pour la Belgique, voir les textes sur le site de la Commission de la Protection de la vie privée), les cours et tribunaux sont loin d’être surchargés de plaintes. En fait, la jurisprudence est plutôt rare, souligne le Journal du Net qui estime que « les entreprises préfèrent lutter contre ces envois par la mise en place d’outils technologiques que d’engager des procédures généralement longues et dont les résultats ne permettront pas, selon elles, d’arrêter ce phénomène ».

Dans la pratique, j’observe quant à moi que le « spammé » n’est pas la seule victime du phénomène. La prolifération des filtres et contre-mesures de toutes sortes a aussi pour effet de compliquer la réception de courriers qui, pour être non-sollicités, n’en sont parfois pas moins fort bienvenus! Dans la rubrique « courrier indésirable » de ma boîte électronique, j’ai ainsi retrouvé ce matin, tout-à-fait par hasard, au moment où j’allais la vider, un courrier des Gîtes ruraux de France, qui m’a donné d’agréables idées de vacances…

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