Nicolas Copernic (auteur inconnu, ca 1580 - Musée Régional de Torun - Pologne)

Les vacances du préformateur sont déjà finies. Celles de Bart De Wever aussi. Et il paraît même qu’on a vu Di Rupo et Louis Michel ensemble, à Tour & Taxis. Serait-il bienvenu d’entretenir ses pneus de rechange, quand on est équipé avec des Milquet SP Sport? Pas de fantasmes, svp. Pas encore. Tout ça est déjà assez rock’n roll en l’état et, comme le précise Baudouin en commentaire, ci-dessous, ce n’est jusqu’ici qu’un fantasme de twittos un peu farceurs…

Je ne bénéficie des confidences de personne pour l’instant, mais je sens monter la tension comme si j’y étais. Encore que dans le cas de Di Rupo, il serait sans doute mieux venu de parler d’extension. Sinon d’écartèlement: fragile trait d’union désigné entre les deux camps, il doit établir la liaison avec les Flamands tout en gardant le contact avec ses propres alliés, ou supposés tels. Qui renâclent, comme il fallait s’y attendre. Les archi-conservateurs du CDH en tout cas.

Au PS, on a probablement compris que cette fois, on n’en sortira pas sans la révolution copernicienne qui fera de l’Etat belge une émanation des entités fédérées, pour remplacer la fiction qui fait des régions et communautés actuelles des sous-produits de l’Etat belge. Les vétérans de la Belgique de tonton – celle de papa est morte depuis belle lurette, en 70 si je me souviens bien – s’accrochent toujours au bon vieux temps, soit qu’ils veuillent encore y croire – ils sont alors aveugles et sourds -, soit que par électoralisme, ‘ils refusent de s’associer aux évolutions nécessaires – ce sont alors des fous furieux qui porteront la responsabilité d’une rupture qu’ils prétendent vouloir éviter.

C’est terrible, mais on en est apparemment toujours là dans le camp francophone. Dans les illusions passéistes. Au risque de passer à côté des véritables enjeux.

Pour les identifier, il faut lire le Standaard de ce jeudi. La longue analyse de Peter De Lobel et Guy Tegenbos. Dans les groupes de travail des Sept – les sept partis pressentis à ce stade pour s’engager dans la réforme de l’Etat, version 2010 et suivantes – la N-VA fait le forcing sur sa vision de la fédéralisation de pans de la sécurité sociale. Une vision « communautaire » qui bute inévitablement sur l’obstacle bruxellois. Car si on peut théoriquement imaginer un régime de soins de santé flamand en Flandre et wallon en Wallonie, par exemple, comment fait-on dans la capitale? Avant les élections, Franck Vandenbroucke (sp.a) avait « allumé » là-dessus Danny Pieters, le spécialiste N-VA de la sécu.

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La plupart des éditorialistes, commentateurs et chroniqueurs politiques francophones semblent désormais prendre leurs congés payés en même temps, du 21 juillet au 15 août, avec le secteur du bâtiment. Ils sont tous, tous, tous… à Torremolinos. Ou à Bodrum, bien plus tendance que Blankenberge, par les temps qui courent. Il n’y a donc provisoirement plus que des Flamands pour s’intéresser à Elio Di Rupo et à sa mission de « préformation »: même dans Le Soir, où Véronique Lamquin monte encore la garde avec Dirk Van Overbeke, les éclairages vraiment intéressants  sont fournis par Paul Huybrechts, le biographe flamand de Hugo Schiltz, et par Carl Devos, le politologue gantois.

C’est un peu dommage, me semble-t-il, parce que ce n’est quand même pas rien, ce qu’il a dit hier, don Elio. Guy Tegenbos l’a d’ailleurs remarqué, dans De Standaard, et titre son édito en français, sans la moindre ironie, avec un sincère coup de chapeau: « Il faut le faire! »

L’air de rien, ce que le préformateur a fait vendredi, en réalité, c’est rien moins que prendre et serrer la main tendue au soir du 13 juin par Bart De Wever, au nom de la plupart des partis flamands. OK, on va essayer d’y arriver; on va travailler à une grande réforme de l’Etat, à l’issue de laquelle le centre de gravité du système se sera déplacé vers les entités fédérées. C’est la « révolution copernicienne » revendiquée par Kris Peeters et le CD&V. Ce ne sont encore que des mots, mais les mots ont du poids, en politique.

Et ça, c’est du courage comme on en attend d’un leader responsable.

Car Di Rupo, sur ce coup, est maintenant debout sur le parapet de la tranchée. Exposé. Aussi exposé, sinon plus, à une balle dans le dos, venant de son propre camp, qu’à celles des lignes d’en face. Respect, monsieur le préformateur.

Le geste était nécessaire. Pour être suffisant, il doit maintenant être complété par un projet. Jusqu’ici, le « préformateur » n’a au fond guère plus été qu’un informateur classique. Di Rupo l’a reconnu implicitement dans sa conférence de presse: il a écouté et tenté de déceler les convergences imaginables dans les positions a priori inconciliables des uns et des autres… Il doit maintenant faire la synthèse – sa synthèse – et proposer quelque chose.

Il a quinze jours pour y arriver. On peut penser qu’il demande maintenant à ses futurs partenaires, notamment à la N-VA, de « se mouiller » un peu à leur tour, comme il vient de le faire.

Mais pour l’essentiel, je persiste à croire que la solution est dans la procédure. Si l’on cherche à faire la liste des compétences à transférer aux régions et communautés, avec ou sans le financement qui va avec, on va presque inévitablement au crash. La réforme de l’Etat comme on la mène depuis quarante ans aboutit à une impasse – notamment budgétaire – c’est avéré.

Il faut inverser le raisonnement, je me répète mais on ne le répétera jamais assez: il faut définir de manière exhaustive les compétences de la (con)fédération – de l’Etat belge – et lui attribuer les moyens de les financer. Et puis mettre en place un mécanisme de solidarité interrégionale transparent et réversible, sans lequel il n’y aurait aucun sens à maintenir un Etat belge.

C’est ça, ou le chaos. Zo simpel is dat.

La poussière retombe, les fumées se dissipent, le paysage est en ruine. Le canon n’a épargné que deux tours, une au nord, l’autre au sud, qui dans la lumière froide du petit jour s’échangent des sémaphores… Le champ de bataille, the Day After. Désolé. Hiroshima après la bombe.

Avec quelques amis journalistes, flamands et francophones, on se disait ce midi que le plus étrange était encore la facilité déconcertante avec laquelle leurs journaux se mettaient au goût du jour. Avant la bataille, De Wever était le diable pour les francophones, et Di Rupo Belzébuth aux yeux des Flamands. Voilà-t-y pas maintenant qu’on les marie sans remords, en louant l’exquise courtoisie polyglotte de l’un, en excusant par un airbag importun les hésitations linguistiques de l’autre. Sans insister sur les affaires qui reprennent, ce serait grossier.

Je crois pour ma part que ces revirements se comprennent en politique, qui est une valse à deux temps: au premier, l’approche des élections dresse sur leurs ergots les coqs au moment de combattre; au second, dans l’intervalle entre deux reprises, le plus raisonnable est encore de s’entendre pour se partager équitablement les graines disséminées dans la basse-cour.

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