Je revendique dans ce blog consacré à la communication le droit d’emprunter à l’occasion des chemins de traverse et de parler d’autre chose qui m’a intéressé, touché ou ému. C’est ce que je pourrais avoir l’air de faire ici en vous parlant de mes promenades littéraires du week-end. Pourtant…
J’ai récemment revu Michel Rosten, que j’ai côtoyé à La Libre Belgique où il a longtemps couvert les pays de l’Est européen, et me suis souvenu que je n’avais pas encore lu le roman qu’il a publié en 2005 et dont j’avais fait l’emplette en musardant dans une de mes librairies favorites. Je m’y suis mis il y a quelques jours et viens de l’achever. C’est un vrai moment de littérature.
Un roman polyphonique, à la manière russe, où se croisent et s’entrecroisent de multiples destinées, sur la scène où s’effondre l’empire soviétique. La matière que Rosten a traitée comme journaliste et qu’il revisite ici de l’intérieur, au quotidien, au travers de personnages de chair et de sang. En évitant parfaitement l’écueil de l’essai déguisé en roman, comme l’a souligné justement le jury du prix que lui a attribué l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
L’Immortelle (éditions L’Age d’Homme) se réfère à une célébrissime partie d’échecs jouée en 1851 et à l’issue de laquelle Anderssen vainquit Kieseritsky en vingt-trois coups de légende, inaugurés par un tempêtueux gambit du Roi. Original: chacun des mouvements des blancs, puis des noirs, fournit son titre à un nouveau chapitre. Coquetterie gratuite pour ouvroir de littérature expérimentale? Non pas. Un commentateur a dit de cette partie au terme de laquelle Anderssen mata son adversaire après avoir sacrifié sa dame, ses tours, un fou et deux pions, qu’elle représentait le triomphe de l’Esprit sur la Matière.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans cette vaste fresque dont l’issue a été déterminée par le courage obstiné, par l’audace et par l’abnégation des « blancs », aussi bien que par l’orgueil et l’aveuglement des « noirs ». Et où tout commence par une rumeur, un texte polycopié et diffusé de proche en proche: un samizdat pour ceux qui se souviennent. Du marketing idéologique viral avant Internet, en quelque sorte…
Que Michel ne m’en veuille pas: son livre tout imprégné de la mémoire des faits et des gens, pétri d’une vaste culture vécue, sans ostentation inutile, inspire beaucoup de sentiments et d’émotions au lecteur; mais il me fait aussi me demander si le Mur aurait pu tomber plus vite si Sakharov et les dissidents, essayistes et pamphlétaires citoyens, avaient eu à leur disposition des blogs, au lieu d’antiques machines à écrire mécaniques et de poussives stencileuses à manivelle…
Un clic sur la reproduction de la couverture du livre vous renverra chez Amazon. Mais rien ne vous empêche évidemment de commander le livre chez votre libraire, s’il ne l’a plus en rayon!
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