rmn.jpg

Denver, Colorado, lit aujourd’hui l’ultime édition d’un de ses deux journaux quotidiens, Rocky Mountain News (250.000 exemplaires). Il allait exister depuis 150 ans. 4 Pulitzer, depuis 2000. Les derniers instants ont été rapportés en direct sur Twitter. Un des billets raconte que ça fait un effet bizarre, d’assister à son propre enterrement…

Sinon, c’est un jour comme un autre sur la planète. Les faïenceries Boch aussi, sont en faillite. Opel Anvers… La fin de ce journal n’a rien pour faire la « une », de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais c’est quand même un « fait divers » emblématique. Parce que ce n’est pas un accident, ce n’est pas le premier et il y en aura d’autres, du même tonneau. Et parce qu’il y a une souffrance. Parmi beaucoup d’autres, évidemment, souvent bien plus sévères. Mais n’empêche. On n’aime pas voir mourir un journal.

Image de prévisualisation YouTube

Je ne le savais pas en écrivant ma chronique de mardi, dans la solitude de ma tour d’ivoire, mais toute la page forum du Soir était consacrée par le plus grand des hasards au même sujet que celui que j’avais justement choisi de traiter: ce petit passage de son interview dans lequel Joëlle Milquet revendiquait une plus forte implication des intellectuels dans le débat politique, voire carrément la création d’une « cellule de prospective ». Axel Gosseries (UCL), Bertrand Montulet (FUSL) et Alain Eraly (ULB) sont montés au créneau.

Ce dernier, j’ai eu la chance de le fréquenter, un mardi sur deux notamment, au petit déjeûner qu’organisait Hervé Hasquin avec ses proches conseillers et collaborateurs, quand il présidait le conseil d’administration de l’ULB. Il a ensuite dirigé le cabinet de Hasquin à la Région bruxelloise et préside aujourd’hui la Solvay Business School. C’est un exemple convaincant d’intellectuel et universitaire soucieux d’associer le geste à la parole et de s’impliquer dans la société des mortels ordinaires.

Il n’est pas tendre quand il rappelle que les partis eux-même ne sont pas toujours bien à l’aise avec ces intellos toujours tentés de préférer la raison tout court à la raison politique… Il ne l’est pas plus pour les universités quand il constate crûment que « ce vers quoi la commnauté scientifique est en train d’évoluer, c’est vers un émiettement de connaissances très pointues plutôt que vers une réflexion globale« .

Mais j’en reste pour ma part à l’idée que je défends dans mon propre texte et que je traduis plus sèchement ici:  remettez vos cellules de prospectives, vos trucs et vos machins au vestiaire, Joëlle, cela ne sert qu’à améliorer l’ordinaire de ceux qui y participent. Engagez plutôt quelques bons veilleurs dans vos équipes. Cover what you do best, and link to the rest…

PS: Pour trouver les articles ci-dessus sur le site du Soir, il faut avoir envie, je vous jure!

Relire aussi sur ce blog:

C’était un Noël un peu tristounet, pas à la maison mais dans le monde. Le cougnou goûtait la crise qui rugit au dehors. Et puis quand même, sur CNN (via Debbie Weil), cette belle histoire qui se passe à Aberdeen, dans le Maryland, pas en Ecosse. Les Sampson (rien à voir avec Homer) allaient perdre leur maison, dont l’hypothèque pesait trop lourd. Pas un subprime, non, mais un papa qui perd son boulot pour cause de maladie. Mais une amie blogueuse qui démarre un buzz.

Et le miracle de Noël qui se produit: 11.900 USD rassemblés en quelques jours sur un compte Paypal, de bouche à oreille… J’espère que cette histoire est bien vraie. Elle est si jolie…

L’épithète est à la mode mais rend bien compte, finalement, du séisme institutionnel qui secoue la Belgique: la démission du gouvernement Leterme I n’a pas ouvert une crise politique « ordinaire », de celles qu’on résout, péniblement parfois, au bout de longues nuits d’âpres négociations entre factions rivales. C’est le cadre institutionnel lui-même qui se fissure dans une suite implacable d’événements improbables.

Voici donc, pour la préface, la plus grande banque du pays, Fortis, qui vacille au bord d’une impossible faillite. Un gouvernement qui, dans un premier temps, agit vite et bien pour empêcher cet accident qui aurait des conséquences cataclysmiques pour l’économie du pays: une nationalisation partielle, en coordination avec ses partenaires du Benelux. Ouf?

Lire la suite »

Au 2e jour d’une crise politique dont on n’ose même plus écrire qu’elle est totalement inédite, il n’y a finalement que la presse internationale pour faire état de sa préoccupation devant la déliquescence des institutions de notre beau royaume. Les journalistes et observateurs allemands, espagnols, anglo-saxons… ne savent pas à quel point, ici, on ne s’étonne plus de rien.

La « mithridisation » touche même bon nombre des graves politologues convoqués sur les plateaux de télévision et qu’on entend, du haut de leur chaire ou du fonds de leur puits (de science, bien sûr), expliquer que la solution la plus « simple », la plus « économique », serait que le bon roi Albert refuse la démission que son premier ministre a probablement fait pari de lui présenter tous les six mois.

C’est généralement ce qui les fait douter de la praticabilité de la formule, d’ailleurs: une fois ça va, deux aussi, à la rigueur, trois ça commence à bien faire mais quatre, non quand même… Si ma mémoire est bonne, Wilfried Martens avait pourtant flirtouillé pas mal à droite et à gauche (surtout à gauche),  fin des années 70, avant de stabiliser le couple qu’il a fini par former avec Jean Gol.

Tout cela pour dire que si je peux modestement émettre ici mon petit avis, le principal obstacle à la reconduction pure et simple du jovial Leterme et de ses boys (and girls) me paraît quand même résider dans la considération que le bonhomme est lourdement suspecté d’avoir plongé ses doigts graciles dans un pot de confiture qu’il lui était strictement interdit d’ouvrir. Non, Yves, un ministre, même premier, c’est un peu comme l’avant-centre du Standard: ça peut pas trop jouer avec les pieds de l’arbitre.

Lire la suite »

La décision de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles siégeant en référé dans l’affaire Fortis, la voici en version intégrale, sur le site de Fortis qui, pour une fois, a pris à coeur l’information de ses actionnaires et des simples citoyens… Elle commence à la page 106 du document, celles qui précèdent étant consacrées à l’énumération des nombreuses parties à la cause.

Au-delà du jargon juridique,  le cas est finalement assez simple à comprendre: sans prendre position sur le fond (ce n’était pas son rôle) la présidente a considéré que si elle faisait droit à la demande des actionnaires, elle risquait d’infliger à Fortis Banque et à l’économie belge un préjudice bien plus grave que celui qui est subi par lesdits actionnaires et qui, étant de nature pécuniaire, pourra toujours faire l’objet d’une indemnisation ultérieure.

Il n’y a donc lieu, ni de s’indigner de cette décision, ni d’y trouver une quelconque « approbation » de la stratégie du gouvernement belge.

Ce qui n’empêche toutefois pas de constater qu’un peu plus d’un quart de siècle après les dispositions (dites: « Monory – De Clercq ») qui ont rendu aux épargnants un peu de confiance dans la bourse belge, l’actionnaire est redevenu, dans une partie de l’inconscient collectif, le « sale capitaliste » ou le « vil spéculateur » qui ne mérite aucune considération. Et au mieux, dans cette affaire, selon le premier ministre: un connard qui n’a même pas été foutu de s’opposer au calamiteux rachat d’ABN-Amro par Fortis…

Au fond, ce que dit implicitement ce gouvernement à ses administrés, c’est de ne surtout plus investir dans le capital des entreprises belges, il faut laisser ça aux spécialistes, s’il en reste. Dans quelques années d’ici, un de ses successeurs tentera probablement de redresser la barre et de restaurer la confiance, quand il apparaîtra que les entreprises belges ont à nouveau si peu de fonds propres que leur solvabilité s’en trouve menacée…

Je propose pour ma part une petite minute de silence en hommage aux millions d’innocents « actionnaires-inconnus » (et inconscients), acheteurs de fonds d’épargne-pension largement investis en actions belges (voyez par exemple celui-ci)…

Ce week-end, à l’évidence, Yves Leterme a « pété les plombs », comme on dit. Et il a fait ça dans Het Laatste Nieuws. A ma connaissance, il n’y a guère eu que La Libre Belgique pour le relever, ce matin, avec une réplique pétaradante de Robert Wtterwulghe, avocat d’affaires et professeur à l’UCL. Qui n’hésite pas à parler de « déviance totalitaire »…

Ouh là! De quoi s’agit-il?

D’une pression – indirecte peut-être, mais une pression quand même – du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire, appelé à statuer sur l’action en référé de petits actionnaires de Fortis contre le dépeçage du groupe et contre la vente à BNP Paribas de ses meilleurs actifs pour un « prix d’ami » – d’autres diront: pour quelques cacahuètes. Le ministère public a abondé dans leur sens, pour ce qui concerne la forme en tout cas. On attend maintenant la décision de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles. A qui Leterme a fait savoir par la presse que si les décisions de son gouvernement sont remises en cause, il retirera ses billes et on en reviendra au début de la crise, menace de faillite à la clé. Si ce n’est pas une pression sur le juge, ça y ressemble quand même beaucoup…

Or, la question n’est pas de savoir s’il fallait « sauver Fortis ». Cela, personne ne le conteste. Mais de déterminer si, dans cette situation d’urgence, tout a été fait pour que ce sauvetage soit réalisé dans les règles et en ménageant au mieux les différents intérêts légitimes en présence.

Lire la suite »

D’abord donc, il y a eu la crise du crédit. Allumage aux Etats-Unis (les subprimes) et contagion en Europe et en Belgique (Fortis, Dexia…) Puis il y a eu le krach boursier, avec les fonds spéculatifs (hedge funds) forcés de déboucler leurs positions en catastrophe. Ce fut et c’est encore violent, voyez les bourses qui font du yoyo. Mais bon, c’est fini pour la finance? On se concentre sur l’économie? Il se peut bien que non. Pas encore. L’épicentre du séisme financier risque maintenant de se déplacer vers le monétaire et les marchés émergents, avec cette fois les banques et les monnaies européennes en première ligne, lisez ce qu’en disent Paul Krugman dans le New York Times et Ambrose Evans-Pritchard dans le Daily Telegraph (une traduction en français est disponible chez Contre-Info).

Au fond, c’est toujours la même histoire de créances douteuses et de sous-évaluation des risques. Et de dominos: avec un pétrole revenu à 60 USD par peur de la récession, la Russie dont c’est la principale richesse risque à nouveau de se trouver bien en peine de rembourser ses dettes; et les économies lourdement endettées d’Europe de l’Est, d’Asie et d’Amérique latine subissent en même temps une fuite des capitaux et un gonflement mécanique de leur dette en devises.

Le « hic », pour l’Europe (et par suite pour ses banques et pour l’euro), c’est que c’est chez elle qu’est logé le plus gros paquet de la dette des pays émergents. Et que le choc, s’il a lieu, secouera sans doute la planète tout entière, mais à partir du Vieux Continent, et de ses banques, encore. Evans Pritchard rappelle ainsi que les banques d’Europe occidentale détiennent les trois quarts des 4.700 milliards (!) de prêts bancaires octroyés aux pays émergents lors du dernier boom du crédit. Brrr…

Fouillez donc dans la presse anglo-saxonne et dans les références citées ici pour les détails, vous ne les avez pas encore lus dans nos journaux. Pour ma part j’y vois une illustration intéressante des idées de Nassim Taleb, évoquées dans mon billet précédent.

Lire la suite »

Vendredi, j’étais à Louvain-la-Neuve pour répondre aux questions d’étudiants chargés d’un travail sur les blogs. J’en ai profité pour faire un tour chez Agora où j’ai enfin trouvé le bouquin de Nassim Taleb dont je vous parlais l’autre jour et que m’avait recommandé Guy Duplat, Le Cygne Noir, qui porte en sous-titre: la puissance de l’imprévisible.

C’est absolument fascinant et, si j’ai un conseil à vous donner, c’est de vous procurer ce livre et de lui réserver quelques soirées ou un long week-end. Pas seulement pour le plaisir de l’esprit, mais surtout pour réfléchir à ce que nous sommes en train de vivre, sur les marchés financiers et dans l’économie « réelle », qui est peut-être bien plus lourd de conséquences encore qu’on ne peut l’imaginer. Ou peut-être pas: la première leçon à tirer de Taleb tient dans ce bon mot qui semble être le fait de Niels Bohr: faire des prévisions est difficile; surtout sur l’avenir…

Lire la suite »

C’est dimanche, il est tard, le soir. Que dire et que penser, maintenant, de toutes les réunions qui se sont tenues ce week-end, au chevet du système financier mondial en arrêt respiratoire? Du G7, de l’Eurogroupe, du congrès du PS, du comité de la section MR de Hoût-Si-Ploût?

Ne cherchez pas la réponse dans vos gazettes, demain matin. L’édito, ce sont les marchés de la planète qui l’écriront. Ou bien ils arrêteront leur course folle vers le chaos. Ou bien ils la reprendront. Ils décideront. Eux, et eux seuls, à qui la question de confiance est posée.

En un sens, c’est la plus grande démocratie du monde, le Marché. Mais c’est une démocratie plurale: on n’y applique pas le principe one (wo)man, one vote, on y dispose d’autant de voix qu’on a d’unités monétaires à sa disposition. Et on y a l’instinct grégaire, comme un banc de poissons dans la mer.

Let’s see what will happen. Mais regardons bien: c’est l’Histoire de notre monde qui s’écrit sous nos yeux. Un tout nouveau chapitre, probablement. Rien que ça.

© 2010 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha