Sans l’ombre d’une hésitation, il a dit: « Oui ». Et moi, parfaitement réveillé mais encore sous la couette à cette heure, je me suis dit: « Bien! » Olivier Deleuze, tête de liste Ecolo à BHV, n’a pas tremblé quand Pascal Vrebos lui a demandé si son parti accepterait de négocier avec la N-VA, après les élections.

Ce n’est pas un scoop. Magnette, pour le PS, l’a déjà dit aussi, avec plus de circonlocutions, pour ne pas trop apeurer l’électeur tricolore et unilingue.

Car il est bien possible qu’à compter du 14 juin, refuser de discuter avec la N-VA s’apparenterait à refuser de participer à la constitution du prochain gouvernement belge. Ce qui est encore un choix. Un choix politique qui pourrait s’avérer intenable, ou suicidaire, mais un choix.

Deleuze a ajouté – mais il parlait alors des partis flamands en général – que pour réussir une négociation, il n’était pas nécessaire d’être d’accord au départ – ce qui enlèverait d’ailleurs sa raison d’être à la négociation – mais d’installer un climat de confiance entre les interlocuteurs.

Et donc voilà. Il n’y a plus rien d’autre à faire que d’attendre le verdict de l’électeur. Flamand. Pour savoir avec qui il faudra négocier. En gros, c’est une alternative strictement binaire. Ou bien le côté flamand de la table sera occupé par trois ou quatre des partis traditionnels, ou bien ce sera avec la N-VA et des partis traditionnels.

Les électeurs flamands décideront.

Comme quoi la démocratie belge ne fonctionne plus bien, mais l’électeur a encore son mot à dire. L’électeur flamand, objecterez-vous sans doute avec raison. Mais c’est le prix à payer pour trois années d’obstruction et de catenaccio de la part des partis francophones.

Côté francophone précisément, ce sera vraisemblablement tout le monde. Avec un cdH qui tirera la gueule et qui fera des chichis à n’en plus finir, comme à chaque fois qu’on veut réformer l’Etat, mais dont le seul choix, à la fin, sera de se soumettre ou de se démettre. Comme d’habitude.

Chez les humanistes – on ne dit plus « les sociaux-chrétiens » comme on ne dit plus « les aveugles », mais « les non-voyants » -, on implore donc ces Flamands de ne pas céder à la sirène De Wever, qui prend des risques à faire le grand écart entre ses fundis et ses realos, entre les Bracke et les Bourgeois. M’est avis que dans son propre intérêt, le cdH ferait mieux de la jouer plus discrète. Chacun de ses appels à la raison répercuté en Flandre apporte plus de voix à la N-VA que n’importe quelle interview de Bart De Wever.

Coïncidence ou clin d’œil de la Providence  – c’est la Pentecôte… -, il y a deux gazettes qui valent leur prix, ce samedi: La Libre qui publie une décapante interview de Bart De Wever et De Standaard qui, pour sa part, interroge Olivier Maingain.

De Wever m’épate toujours. Ce type est exceptionnellement doué pour l’analyse. Il met toujours le doigt là où ça fait mal:

On voit bien que chacune de nos deux démocraties est en train de se replier et que le critère de décision est devenu le paramètre francophone [d'un côté] et le paramètre flamand [de l'autre]. Il est devenu impossible de gérer ces deux démocraties [comme s'il n'y en avait qu'une seule] (les passages entre [crochets] sont de ma main, pour la clarté de la phrase).

C’est en effet le point crucial.

Ce n’est plus possible de continuer comme ça. On paye des impôts comme en Scandinavie et nous avons une dette comme le Sud de l’Europe! C’est l’inefficacité totale des structures de ce pays (…) Je vous dis: on est en train de jouer avec la prospérité des gens du sud comme du nord du pays: si on ne débloque pas la situation, en 2014, nous serons dans la même situation que la Grèce et il nous faudra l’aide du FMI et de la Commission européenne!

Mais cela ne semble pas émouvoir Olivier Maingain. Ce qui le préoccupe, lui, c’est le sort des francophones qui habitent en Flandre. Enfin… dans la périphérie bruxelloise.

Ces deux-là ne vivent donc manifestement pas sur la même planète. Et c’est fort ennuyeux.

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Jeudi 22 avril, le Jeudi Fou, on a littéralement vu la situation politique belge échapper un moment à tout contrôle, avec la fatalité implacable d’une réaction en chaîne. L’élément déclencheur avait été la décision de l’Open-VLD de retirer son soutien au gouvernement.

La démission de celui-ci en était la conséquence inéluctable. En soi, c’est banal. Mais c’est alors au Parlement que tout a dérapé, avec la menace subitement très actuelle d’un vote précipité par la Chambre de la proposition de loi flamande sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Députés flamands contre députés francophones. Bloc contre bloc. Majorité ethnique contre minorité ethnique. La guerre, en somme.

On dit de la guerre qu’elle est la continuation de la politique par d’autres moyens, le militaire se substituant au parlementaire. Je n’en suis pas sûr. Le 22 avril en tout cas, on a plutôt vu, un instant, les émotions prendre le pas sur la Raison. Et si l’on a évité la sortie de route, il a fallu pour ça engager l’institution monarchique.

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Il y avait foule dans les couloirs de RTL House, ce soir. D’habitude, on y papote tranquillement à trois ou à quatre avant de rejoindre le studio, mais quand je suis arrivé vers six heures et demie, mon vieil ami Armand De Decker squattait mon fauteuil habituel et devisait avec Muriel Gerkens (Ecolo), le papa d’Alexander, Philippe Delusine, Jean-Jacques De Leeuw. Et ça défilait: Melchior Wathelet le Septième, Olivier Maingain, toute une brochette de tenorinos que je n’ai pas tous reconnus, venus pousser la chansonnette chez Fred ou chez Hakima

D’une certaine façon, on a de la chance: c’est toujours le jeudi, jour de l’émission, qu’il se passe quelque chose. Il n’y a pas longtemps, on a ainsi couvert en direct la désignation d’Herman Van Rompuy en tant que président du Conseil européen, et on a même été les premiers à l’annoncer sur les ondes, grâce à Twitter que je surveille toujours du coin de l’œil, comme Mehmet. Ce soir, il y avait du « chaud » aussi.

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Retour au point de départ. Au 11 juin 2007. La seule différence, qui n’est notable qu’en théorie, c’est qu’il y a un gouvernement en place. Mais pour combien de temps encore?

Dans les situations de « pat » comme celle-ci – le joueur qui a le trait ne peut déplacer une pièce sans se mettre en échec, ce qui est interdit – la logique démocratique voudrait qu’on déclare la partie nulle et qu’on en commence une autre. En clair, qu’on aille aux élections.

Mais ce serait le chaos. Dans la configuration actuelle, des élections seraient inconstitutionnelles. Oracle de la Cour, gardienne de la Constitution que ministres et parlementaires ont juré d’observer. Le char à voile de l’Etat est encalminé, ensablé, embourbé, enlisé. Paralysé.

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Ce soir ou demain matin, on sera fixé. On saura ce qu’a concocté le plombier fédéral pour sortir du guêpier BHV. On a tous nos petites idées, mais il est vain de faire des pronostics.

La seule chose qui est sûre, c’est que l’envie d’un accord a progressé de part et d’autre. Condition nécessaire, mais pas suffisante en soi, pour y arriver.

Pour preuve: l’intervention du bourgmestre non nommé de Wezembeek-Oppem, ce matin à la radio: il ne lie plus la scission de BHV à la nomination des trois bourgmestres MR de la périphérie. Il habille ça sous un langage de fermeté - »c’est un droit, ça ne se négocie pas »- mais ce n’est que logique: le fédéral n’a aucun pouvoir de contraindre le gouvernement flamand à agir dans un sens ou dans un autre.

De son côté, Eric Van Rompuy (CD&V) admet qu’il devra y avoir des concessions flamandes, il demande seulement qu’elles soient « défendables » pour la Flandre.

Bref, on joue les coquettes. Et pour un peu, on croirait presque que c’est Dehaene qui a déclenché l’éruption volcanique et son nuage toxique en Islande: Maingain s’en trouve bloqué à Marrakech et ne pourra assister à la sauterie de ce soir (et de la nuit?)…

Ne croyez cependant pas qu’un éventuel accord entre présidents de partis de la majorité suffira pour aboutir: après, il faudra faire voter le Parlement et, peut-être, affronter la rue. Ou à tout le moins les cris.

Jean-Luc Outer et Kristien HemmerechtsElle était intéressante, mais pas comme je l’attendais, cette rencontre avec Kristien Hemmerechts et Jean-Luc Outers, dimanche matin à la librairie Passa Porta. Ces deux écrivains – une « N » et un « F », comme il se doit dans notre Belgique officiellement bicommunautaire – ont publié la correspondance qu’ils ont entretenue entre le 4 mars 2008 et le 2 juillet 2009. Et ça donne des « Lettres du plat pays« , aux Editions de la Différence.

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Cela ressemble au vieux sketch fameux de Fernand Raynaud. Une dame appelle le plombier pour réparer une fuite. Il lui répond qu’il ne peut venir avant le lendemain. Résignée, la dame sort faire ses courses. Mais le plombier se ravise: comme il est justement dans le quartier, il se dit qu’une petite fuite comme ça, ça ne lui prendra pas beaucoup de temps et il se rend chez la dame.

Il arrive sur le palier et frappe à la porte. C’est Coco, le perroquet, qui demande alors, en prenant la voix de sa maîtresse: « Qui c’est? » Ne sachant pas qu’il n’a affaire qu’à un volatile, l’homme répond: « C’est l’plombier ». Ce qui amuse beaucoup Coco. « Qui c’est? » interroge-t-il à nouveau. Pensant que la dame est un peu dure de la feuille, l’homme de l’art se répète, un ton plus haut. Mais le perroquet, forcément continue.

Avec un art consommé, Raynaud brode alors longuement sur ce thème. Il fait passer le plombier par tous les stades de l’exaspération et du découragement, jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes. C’est alors que la dame revient avec son cabas. En trouvant le gros homme en salopette étendu sur son palier, sans connaissance, elle s’écrie: « Oh, mais… Qui c’est? » Et de l’intérieur de l’appartement, Coco répond: « C’est l’plombier! »

Jean-Luc Dehaene, c’est une façon de parler, est sur le palier de madame Belgique. Lui, il a affaire à deux perroquets. Le premier ne cesse de lui répéter, en néerlandais: « Splitsing BHV! » L’autre, en français, lui débite toute une litanie: « Elargissement de Bruxelles… Nomination des trois bourgmestres de la périphérie… Droit d’inscription… Refinancement de Bruxelles…Retour aux anciennes circonscriptions électorales… »

Et le robinet continue à fuir.

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Il semble que Jean-Luc Dehaene vieillisse vite et mal. Il perd la main. Et la mission de plombier breveté de la Cour qui lui a été confiée en vue de sortir de l’imbroglio BHV est rapidement en train de virer au fiasco. Ce n’est pas une bonne nouvelle, sinon pour ceux qui rêvent d’en découdre.

Jusqu’ici, le profil ultra-bas qu’il avait adopté dans la conduite de sa mission était sans aucun doute habile. Pour autant qu’il ait effectivement travaillé dans l’ombre avec les partenaires désireux d’aboutir à une « solution » honorable, si baroque soit-elle.

Mais là, et à moins d’une surprise du chef qu’il sortirait miraculeusement comme un lapin d’un chapeau buse, son assourdissant silence tombe comme un glacial indice que le pompier n’a peut-être plus la moindre goutte d’eau dans sa citerne.

La décision de Geert Bourgeois de ne pas nommer – de ne jamais nommer les trois bourgmestres FDF de la périphérie bruxelloise – était évidemment malvenue mais, venant d’un parti de l’opposition fédérale, pouvait être considérée comme un impondérable politique. Du même niveau que les propos stupidement provocateurs d’un Maingain.

Le scandale du screening linguistique informel des clients potentiels des promoteurs immobiliers du Brabant flamand est d’un autre tonneau. Evitons, s’il vous plaît, les grands mots usuels et puérils.

Il ne s’agit pas de racisme, de fascisme, ni d’épuration ethnique. Ce qui est excessif est insignifiant. Il s’agit, plus simplement et plus sérieusement de pratiques typiquement mafieuses, punissables de peines d’emprisonnement.

Car c’est bien comme ça que la maffia gouverne. Lâchement. En dehors des règles de droit et sans contrats. D’un côté, vous avez des promoteurs qui font de la… promotion. Pour bosser, ils ont besoin de décisions administratives. On leur fait comprendre, en sous-main mais sans aucune équivoque, que s’ils veulent continuer à travailler avec la commune, il leur faudra respecter certaines « conditions ». Impossibles à traduire en règles de droit, serait-ce en simples circulaires.

Michel Doomst, le bourgmestre CD&V de Gooik l’avoue ingénûment dans De Standaard. Ce n’est pas un aigle. « On ne peut rien imposer, mais celui ne respecte pas les accords aura peu de chances la fois suivante« .

Cela porte un nom. La « coalition de fonctionnaires ». Voire « l’abus d’autorité », qui est un crime politique. Infraction passible de la cour d’assises et punissable de cinq à dix années de détention.

Marino Keulen (Open-VLD) et Eric Van Rompuy (CD&V) l’ont bien compris et se sont publiquement démarqués de ces pratiques.Ils ont bien fait.

Un échevin de Vilvoorde, le socialiste Hans Bonte, affirme maintenant que lesdites pratiques étaient déjà en vigueur sous le maïorat de Jean-Luc Dehaene.

On attend d’urgence un démenti convaincant de l’intéressé. Et la réaction du parquet fédéral.

C’est tout, et ça suffit.

Je fais un pari. Si je le gagne, vous serez éblouis par mon flair politique. Si je le perds, on dira que c’était un poisson d’avril… :-)

D’ici le 30 juin, nous aurons un gouvernement Leterme III.

Ce sera un Olivier transgénique, avec les sociaux-chrétiens, les socialistes,  les écologistes et les libéraux flamands (le transgène).

On aura donc remplacé les 23 députés MR par 14 sp.a., 8 Ecolo et 4 Groen. Ce qui fait 3 de plus. Et, surtout, une majorité dans chaque groupe linguistique: 61 59 des 88 députés flamands et 38 des 62 élus francophones. Soit en tout 99 97 sur 150, à deux doigts de la majorité des deux tiers. [Màj des chiffres: voir le commentaire de Fred, ci-dessous]

Le programme? La crise, bien sûr. Et BHV.

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