Il n’y a rien de surprenant, pas le moindre petit scoop, mais elle mérite d’être lue avec attention, l’intervention de Bart De Wever à Namur, au Cercle de Wallonie. En voici le texte intégral, publié sur le blog de Sans langue de bois.

Son analyse de la situation me paraît impeccable. En gros, c’est aussi la mienne comme vous pourrez vous en rendre compte, si vous ne le savez pas encore, en lisant mon livre dont le manuscrit est chez son éditeur, à Paris. Là où nous divergeons, c’est sur la façon d’en sortir.

La question du jour est de savoir si on va pouvoir former un gouvernement. Mon souci, c’est que l’accord communautaire qu’il faudra conclure en préalable sera en tout état de cause un mauvais accord provisoire, une nouvelle rustine collée sur une chambre à air qui a plus que fait son temps. Quarante ans après le constat fait par Gaston Eyskens que l’Etat unitaire était dépassé par les faits, la société politique n’est pas encore arrivée à déterminer par quoi il convient de le remplacer pour que ses fonctions soient assurées.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. J’y reviendrai forcément.

Au  début de l’hiver de 60, j’allais sur mes huit ans. J’étais en 3e année primaire, le CE2 pour les Français. Quand nous avions bien travaillé, Monsieur Magnus consacrait les dix dernières minutes de la journée à nous raconter, par épisodes, l’histoire d’Ali-Baba et des 40 voleurs. C’est lui aussi qui conduisait le rang dans la chaussée de Boondael, jusqu’au coin du boulevard Général Jacques où il se disloquait. Maman m’y attendait. Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé entre le 15 décembre et le jour de mon huitième anniversaire, le 23 janvier. La grève reste enfouie dans un trou noir de ma mémoire, avec le mariage de Baudouin et Fabiola, l’assassinat de Lumumba, la prestation de serment du 35e président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy.

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La Libre braconne et c’est amusant. Dans sa rubrique d’échos, le journal rapporte une anecdote qui s’est produite lors de l’enregistrement d’une interview-radio de Joëlle Milquet sur Bel-RTL. A un moment, la présidente du cdH s’arrête dans son élan en jugeant qu’elle est mal partie et demande de reprendre la question. Mais tandis que la bande tourne encore, elle ajoute avec la délicatesse qu’on lui connaît parfois que « de toutes façons, elle n’a « rien à foutre » de la réunion des partis francophones (avec le MR, donc) et que le MR d’ailleurs, elle « s’en fout ».

C’est le genre de chose qu’on sait mais que les « codes » prescrivent à celles et ceux qui les pensent de ne pas dire en interview.

Il paraît qu’un petit débat est né au sein de la rédaction de Bel-RTL: fallait-il ou non passer ce morceau « pittoresque » de l’interview? La réponse est: non. Formellement, il n’est pas « off » car il est sur la bande, mais il est clair que ce n’est qu’une gaffe (de dimension) pour le prochain bêtisier.

C’est par contre une petite information qui a bien fait de percoler.

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La sixième réforme de l’Etat qui vient – si elle vient! – risque fort d’être une fois de plus bancale si elle est conçue selon les schémas actuellement en discussion. Et elle ne sera pas la dernière. Si elle arrive seulement à se concrétiser.

Je suis abrupt et je prends des risques, j’avoue: de ce qui se discute dans le groupe des Sept, on ne sait finalement pas grand-chose, sinon des bribes et morceaux qui suggèrent que ce pauvre Copernic n’est pas à la table de la négociation.

Tout indique en effet que dans ses propositions, Elio Di Rupo reste strictement dans la continuité de ce qui se fait depuis 1970. Il a fait un gros effort, c’est vrai, pour briser quelques-uns des tabous francophones qui ont fait de la législature 2007-2010 un cauchemar absolu. Il a réussi à faire admettre par ses alliés francophones le principe de transferts imposants de compétences et de masses budgétaires, jusque dans des secteurs sensibles comme la politique de l’emploi, les allocations familiales et même les soins de santé.

Mais on reste là dans l’ordre du politique, je veux dire du symbolique. Et le plus grave est que tout ça risque de se révéler impraticable ou sans grande portée pratique. Parce qu’on va buter, on bute déjà sur le nerf de la guerre: le fric.

C’est un mécanisme qui reste obscur aux yeux du plus grand nombre mais qui se comprend aisément quand on limite l’explication à son principe.

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Cinquante-cinq pages. Le non-paper d’Elio Di Rupo définissant le périmètre de négociation de la sixième réforme de l’Etat ferait cinquante-cinq pages. Je ne les ai pas lues. Vous non plus. Seuls les « prénégociateurs » l’ont vue. Et encore, seulement les francophones paraît-il, les Flamands n’auraient eu droit qu’à un exposé verbal.

Et ça caquette déjà dans le poulailler.

Dans la presse francophone surtout, où des négociateurs masqués se répandent en commentaires outrés sur ces foutus Flamands qui n’en ont jamais assez. Parce que leur verdict serait: « Niet genoeg« . La presse flamande est plus sobre, plus factuelle, plus objective: on y relève seulement que le CD&V et la N-VA surtout, considèrent que Di Rupo « ne va pas assez loin », sinon qu’il se comporte « plus en francophone qu’en futur premier ministre ».

On dramatise, quoi. Classique. Lassant.

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Monsieur le préformateur,
Cher Elio,

J’espère que vous êtes conscient de la nature et de la portée véritables de la mission qui vous est confiée.

On ne vous demande pas de trouver un accord sur BHV qui satisfasse Flamands et francophones. Dans la configuration actuelle, vous n’y arriveriez pas.

On ne vous demande pas de déterminer quelques compétences fédérales à transférer aux régions ou aux communautés. Ce n’est pas la question.

On ne vous demande pas de faire nommer des bourgmestres dans la périphérie bruxelloise. Cela ne ressortit pas aux compétences fédérales.

On ne vous demande pas d’agrandir le territoire de la région de Bruxelles-Capitale, c’est politiquement exclu.

On ne vous demande pas tout ça.

On vous demande bien plus.

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Ce sont des amis français. Ils sont à Bruxelles pour inscrire Alice, leur fille aînée, à l’ULB. J’ai fait la connaissance de Valérie quand je dirigeais BioVallée, à Charleroi. Elle travaille au développement des biotechnologies dans l’agglomération de Grenoble. Marc, lui, est kiné.

Inévitablement, ils se sont enquis de ce que devenait la Belgique après les élections du 13 juin. L’écho de nos querelles leur parvient assourdi, là-bas, dans le Dauphiné. Nos identités les laissent perplexes, leurs filles plus encore. Les Flamands, les Wallons, et au milieu, les hybrides qui compliquent tout et dont ils connaissent quelques spécimens: Gaïd, nos fils et moi. Des Bruxellois. Qui suis-je, dans ce patchwork?

La question m’intéresse. Il n’y a rien de tel que des amis un peu lointains pour vous tendre le miroir dans lequel vous chercherez votre image.  La langue et ma grand-mère maternelle me relient aux Wallons, qui se sont francisés, avec le temps. Mais je ne suis pas Wallon, précisé-je. Je suis né à Bruxelles, comme mes parents et mes deux grands-pères. Je ne suis pas Flamand non plus. Ou seulement un peu. Pas  vraiment comme mon autre grand-mère, Gantoise mais fransquillonne. Sur la fin de sa vie, elle votait même FDF, en fredonnant le Chant des Partisans dans l’isoloir. Je lui en voulais un peu pour ça. Voter FDF vous rend hémiplégique dans vos racines de pur zinneke, ai-je toujours pensé. Vous ampute de votre part flamande, que moi j’assume, même si je n’ai appris la langue que sur le tard, comme on apprend une langue étrangère. Et pourtant intime.

Ils comprennent ça, Valérie et Marc. Elle est née à Nice, dans une famille juive sépharade. Ses racines à lui sont polonaises, et ashkénazes. La sœur d’Alice porte un des prénoms de son aïeule, qui venait d’Espagne. Un prénom juif, un peu rare. Perla. Ce sont aussi des zinnekes. Nous sommes tous des zinnekes. Certains plus, d’autres moins. Moi, beaucoup.

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Qu’arrivera-t-il si le parti socialiste et la N-VA n’arrivent pas à s’entendre sur la constitution d’un nouveau gouvernement? On passera par une phase absolument chaotique, soit. Mais après?

C’est un cauchemar. Un vrai. Mais cela reste une hypothèse envisageable. Une situation dans laquelle plus rien ne serait raisonnablement prévisible. C’est à Henri Simonet qu’un jour, vers la fin des années 80, je demandai son avis sur ce qui se passerait si le gouvernement tombait. Le grand homme haussa les épaules comme il savait si bien le faire et me répondit: « Hé bien, on constituera un autre gouvernement! Quoi d’autre? »

Justement: quoi d’autre? Une vingtaine d’années plus tard, nous approchons de la configuration dans laquelle François Perin imaginait jadis la fin de la Belgique: l’impossibilité de constituer un autre gouvernement fédéral. Il n’y aura que des perdants dans une telle situation. Elle serait désastreuse pour les Flamands aussi bien que pour les francophones. Ce qui fait de la rue de la Loi une piste de chicken game dans l’acception la plus pure du concept.

L’échec de la mission De Wever – Di Rupo, ou Di Rupo – De Wever, comme on voudra, n’est donc pas une option. Ce qui n’est pas pour autant, loin de là, une garantie de succès. La guerre non plus n’était pas une option raisonnable, en août 14, on l’a compris à tout ce qui a suivi, jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Mais il y eut la guerre où l’on partit, la fleur au fusil, avec la foi inébranlable, des deux côtés, d’en revenir bientôt, sain et sauf, triomphant. Les peuples ne savent pas toujours ce qu’ils font, quand ils s’embrasent et s’enthousiasment.

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La poussière retombe, les fumées se dissipent, le paysage est en ruine. Le canon n’a épargné que deux tours, une au nord, l’autre au sud, qui dans la lumière froide du petit jour s’échangent des sémaphores… Le champ de bataille, the Day After. Désolé. Hiroshima après la bombe.

Avec quelques amis journalistes, flamands et francophones, on se disait ce midi que le plus étrange était encore la facilité déconcertante avec laquelle leurs journaux se mettaient au goût du jour. Avant la bataille, De Wever était le diable pour les francophones, et Di Rupo Belzébuth aux yeux des Flamands. Voilà-t-y pas maintenant qu’on les marie sans remords, en louant l’exquise courtoisie polyglotte de l’un, en excusant par un airbag importun les hésitations linguistiques de l’autre. Sans insister sur les affaires qui reprennent, ce serait grossier.

Je crois pour ma part que ces revirements se comprennent en politique, qui est une valse à deux temps: au premier, l’approche des élections dresse sur leurs ergots les coqs au moment de combattre; au second, dans l’intervalle entre deux reprises, le plus raisonnable est encore de s’entendre pour se partager équitablement les graines disséminées dans la basse-cour.

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Pour bâtir son succès historique, le 13 juin, la N-VA a recruté partout: au centre, dans l’électorat du CD&V et de l’Open-VLD, et à droite, dans celui du Vlaams Belang et de la liste De Decker. Ce qui la met évidemment au défi de consolider ce succès, de transformer l’essai sans y perdre trop de ses nouveaux électeurs. C’est l’éternelle bagarre des fundis et des realos.

Chez les nationalistes flamands, apprend-t-on dans De Standaard on traduit ça sur la rose des vents: il y a « le front nord », ce sont les (relativement) modérés qui ont rejoint le camp de base par dépit devant l’impuissance des « traditionnels » à faire fonctionner l’Etat. Et il y a « le front sud », celui des radicaux qui détestent cordialement ce même Etat.

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