Rendez-vous au centre-ville, dans ce joli village que j’ai habité, jadis. La rue de Laeken, les vieux quais, le KVS… Le 71 est le bus le plus inconfortable que je connaisse jusqu’ici – la suspension était en option sur ce modèle et la STIB a choisi de faire des économies – mais je ne dois pas lui trouver une place de parking pendant que je bosse, il poursuit sa ronde entre De Brouckère et Delta, faisant valser les petits vieux qui s’agrippent aux mains courantes. A 10 heures, en été, la plupart d’entre eux sont assis, ça restera marée basse aux urgences.
A l’aller, c’est édenique.
Devant moi il y a deux mamans avec des poussettes et les bambins qui vont avec. Un mignon jaune homme et un joli Mohammed que cornaque une dame voilée sans ostentation, élégante dans sa mise colorée mais stricte. Arrive un troisième carrosse de compète, adroitement piloté par une mama africaine. Le mioche, qui doit avoir dans les trois ans au compteur, rêve à l’évidence d’un petit casse-dalle. Il plonge sa petite main potelée dans le décolleté de sa mère et en sort sans façons le biberon bio bien caréné, toujours prêt sous la blouse, qu’il entreprend illico de téter au goulot, comme un vrai petit mec.
Et Margot, qui est simple et très sage, imagine que c’est son môme qui adoucit les regards qui convergent. Elle rassied le petit dans sa poussette, puis remet à couvert le joli robert avitailleur. Elle échange quelques mots enjoués avec la dame du Maghreb, pas bégueule, qui la complimente pour le bel appétit du petit homme.
Mon rendez-vous s’est bien passé.
Sur le trajet du retour, c’est un mash-up de Germinal et de L’Assomoir.



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