La décision de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles siégeant en référé dans l’affaire Fortis, la voici en version intégrale, sur le site de Fortis qui, pour une fois, a pris à coeur l’information de ses actionnaires et des simples citoyens… Elle commence à la page 106 du document, celles qui précèdent étant consacrées à l’énumération des nombreuses parties à la cause.

Au-delà du jargon juridique,  le cas est finalement assez simple à comprendre: sans prendre position sur le fond (ce n’était pas son rôle) la présidente a considéré que si elle faisait droit à la demande des actionnaires, elle risquait d’infliger à Fortis Banque et à l’économie belge un préjudice bien plus grave que celui qui est subi par lesdits actionnaires et qui, étant de nature pécuniaire, pourra toujours faire l’objet d’une indemnisation ultérieure.

Il n’y a donc lieu, ni de s’indigner de cette décision, ni d’y trouver une quelconque « approbation » de la stratégie du gouvernement belge.

Ce qui n’empêche toutefois pas de constater qu’un peu plus d’un quart de siècle après les dispositions (dites: « Monory – De Clercq ») qui ont rendu aux épargnants un peu de confiance dans la bourse belge, l’actionnaire est redevenu, dans une partie de l’inconscient collectif, le « sale capitaliste » ou le « vil spéculateur » qui ne mérite aucune considération. Et au mieux, dans cette affaire, selon le premier ministre: un connard qui n’a même pas été foutu de s’opposer au calamiteux rachat d’ABN-Amro par Fortis…

Au fond, ce que dit implicitement ce gouvernement à ses administrés, c’est de ne surtout plus investir dans le capital des entreprises belges, il faut laisser ça aux spécialistes, s’il en reste. Dans quelques années d’ici, un de ses successeurs tentera probablement de redresser la barre et de restaurer la confiance, quand il apparaîtra que les entreprises belges ont à nouveau si peu de fonds propres que leur solvabilité s’en trouve menacée…

Je propose pour ma part une petite minute de silence en hommage aux millions d’innocents « actionnaires-inconnus » (et inconscients), acheteurs de fonds d’épargne-pension largement investis en actions belges (voyez par exemple celui-ci)…

En parcourant les journaux dans mon agrégateur, ce matin, je tombe sur ce titre ahurissant de L’Echo, relayant une info du Standaard: non seulement l’ex-directeur financier de Fortis, – le génial Numéro 3 que j’épinglais il y a quelque temps ici – a reçu une petite indemnité de 4 millions d’euros en quittant son poste mais, en plus, il est toujours là! Vous allez rire: comme conseiller spécial du CEO…

C’est vrai qu’on se passe difficilement d’une telle expertise: contribuer au naufrage d’une boîte comme celle-là n’est pas à la portée du premier crétin venu. Et ne vous étonnez pas non plus du montant de l’indemnité: comprenez quand même qu’au plus vite on détruit de la valeur, au plus les besoins en fonds de roulement sont importants.

Allez, trêve de plaisanterie. Je ne suis pas de ceux qui hurlent avec la meute contre les « parachutes dorés ».  S’ils sont contractuels. Et s’ils ne dissimulent pas une fraude, bien sûr. Mais la contrepartie, c’est un austère devoir qui consiste à savoir quitter la table quand il sied. Et ce n’est pas le remplir, ce devoir, que de continuer à fréquenter la mangeoire en stoemelings, comme on dit à Bruxelles; ça, ce sont des manières de petites gens.

[Màj 15:45] - Via Baudouin, en commentaires, la sanction, assez rapide pour une fois, annoncée ici par La Libre. A la place de Leterme, moi, j’aurais débarqué en personne chez  Fortis et on s’y serait souvenu de ma visite. Parce que si l’attitude de Numéro 3 n’inspire que le mépris, ceux qui ont décidé ou accepté de faire rentrer par un soupirail celui qui avait dû sortir précipitamment par la fenêtre, ce sont de sales cons, tout simplement. Quel que soit le nom qu’ils portent et que je ne connais pas. Jusqu’ici.

La première impression doit être favorable: les marchés boursiers ont enregistré des progressions elles aussi historiques, aujourd’hui: plus de 10% sur les grandes places (New York, Londres, Francfort, Paris…)

Mais il serait imprudent d’en tirer des conclusions trop hâtives: un rebond comme celui-ci peut parfaitement n’être qu’un sucker’s rally. Les commentateurs s’en donnent d’ailleurs à coeur joie sur ce thème.

Pour visualiser la situation, rien de tel qu’un bon graphique: celui-ci vient du New York Times et compare les marchés baissiers de ces dernières décennies.

Mais bon: je ne suis pas là pour vous raconter la bourse au jour le jour. C’était juste pour vous donner le résultat du match que je vous annonçais hier…  Enfin, de la première mi-temps!

Ne haussez cependant pas trop vite les épaules en regardant ailleurs. Le point commun entre la bourse et la politique, c’est que même si vous ne vous occupez pas d’elles, soyez sûrs qu’elles, elles s’occupent de vous.

Gagner des sous avec Fortis, c’est (encore) possible… Mais il faut s’appeler Leterme ou Reynders et diriger un gouvernement pour y arriver. La démonstration est depuis quelques heures sur le site du Tijd: en quelques jours, le gouvernement a engrangé une coquette plus-value latente de 1,6 milliard en revendant pour 8,25 milliards (en actions BNP-Paribas) les trois quarts de la participation acquise, en deux fois, dans Fortis Banque Belgique pour 9,4 mds au total. Ce qui valorise donc celle-ci à 11 mds (8,25/0,75), d’où la plus-value théorique de 1,6 md (11 – 9,4).

Ce type de transaction étant par définition un jeu à somme nulle (ce que gagne l’un, l’autre le perd, et vice-versa), demandez-vous qui est cocu dans l’histoire. BNP-Paribas? Pas forcément, on verra à l’usage si ces 11 milliards étaient le juste prix. Mais plus sûrement le groupe Fortis, et donc ses actionnaires (dont vous?) qui ont cédé il y a huit jours à 9,4 toute une banque un peu bancale, qui a pu être revendue hier à 11… Une plus-value de 17% en quelques jours? Pas si mal…

En attendant, c’est vrai, Fortis conserve les deux tiers de la « Bad Bank » constituée avec ses actifs « toxiques », valorisés à leur valeur de marché du jour, c’est-à-dire au ras des pâquerettes. Ce qui donne donc à une ancienne valeur de « bon père de famille » toujours logée dans bien des portefeuilles paisibles et véhicules d’épargne-pension, une petite coloration de fonds hautement spéculatif pour rogue traders expérimentés, voire de billet de loto. Ce à quoi Leterme faisait sans doute allusion quand il évoquait la perspective de dividendes pour les actionnaires du groupe…

On voit de drôles de choses, quand même, au jour d’aujourd’hui…

Dans le contexte, la nouvelle est passée presque inaperçue. Sur les marchés financiers, dans l’actualité et dans nos vies quotidiennes, il se passe de choses bien plus importantes. Voilà: une action du Marché Libre d’Euronext Bruxelles passe à la trappe. Val Saint Lambert International, dont la cotation est actuellement suspendue et dont l’assemblée générale extraordinaire du 6 octobre se verra proposer la mise en liquidation de la société.

Fin 2005, les actionnaires majoritaires avaient levé près de 2,5 millions d’euro en ouvrant le capital au public. Si ma mémoire est bonne, l’IPO avait été sursouscrite par un tas de braves gens qui ont dû se dire que le Val, quand même, c’était une belle marque. Et c’en est une. Mais ça ne suffit pas.

Moins de trois ans plus tard, la  cristallerie a fait faillite. Pas la société cotée, non, celle-ci n’était qu’une holding, propriétaire, en sus, de la marque et de quelques autres babioles. Les curateurs ont finalement trouvé un repreneur pour la cristallerie. La holding va lui céder ses autres actifs, un peu contrainte sans doute, pour un prix lui permettant tout juste de payer ses dettes. Il ne restera rien pour les actionnaires.

Lire la suite »

Comme on pouvait s’y attendre, la blogosphère salue par une belle salve d’ironie les derniers exploits de notre bancassureur binational(isé). Via François, ici en anglais et en néerlandais (encore plus drôle) aussi sur son blog et chez Zoltan sur Twitter:

Image de prévisualisation YouTube

Voir ici ce qu’en dit, plus sérieusement, le respectable et respecté Financial Times.

Aujourd’hui, Google Analytics m’annonce un net regain d’intérêt, parmi les lecteurs de ce blog, pour un article déjà ancien. Il date du 23 mars dernier. Il était titré: « Pourquoi je vends mes actions Fortis« . C’est la deuxième page la plus visitée sur ce blog, aujourd’hui. Les requêtes viennent essentiellement des moteurs de recherche, « Fortis » ayant été très demandé par les internautes, pour des raisons évidentes.

C’était à Pâques, je pense. Au soir du Jeudi Saint, le titre avait clôturé à 15,09. Le mardi suivant, il avait ouvert à 15,65. Notez donc, Messieurs de la CBFA, que ce billet-là n’était pas une tentative de manipulation de cours ou une méchante rumeur spéculative: à l’époque, il n’y a pas eu grand monde pour faire comme moi et se débarrasser de ses Fortis aux alentours de € 15. ;-) Mais moi, j’ai eu le nez creux: vendredi, l’action cotait encore royalement 5,20, comme on ne peut manquer de le savoir si on a ouvert au moins une gazette ce week-end…

Je ne vous dis pas ça pour faire le malin ni pour vous donner des regrets, dans le cas où vous auriez encore des Fortis en portefeuille. Je souhaite seulement vous soumettre quatre petites leçons que je crois pouvoir tirer de cette expérience:

Lire la suite »

Si vous vous intéressez tant soit peu à l’économie, à l’entreprise, à la Wallonie et même au patrimoine industriel de nos régions, vous êtes certainement au fait des déboires du Val Saint Lambert. La cristallerie a fait aveu de faillite et ses curateurs cherchent des repreneurs, mais la holding, propriétaire de la marque et cotée en bourse, sur le Marché Libre bruxellois, affichait toujours un bilan plus ou moins présentable… tant qu’il n’était pas consolidé.

Maintenant que c’est enfin fait, la réalité apparaît crûment, sans surprise: perte de plus de la moitié du capital, comme l’annonce L’Echo. Avec pour conséquence immédiate l’obligation pour le conseil d’administration de convoquer une assemblée générale extraordinaire en vue de statuer sur la poursuite des activités ou sur la dissolution de la société.

Le point positif de la chose, car il y en a un, c’est que les majoritaires vont enfin devoir se justifier devant les autres actionnaires, si ceux-ci se mobilisent. Si c’est le cas, l’assemblée du 6 octobre risque d’être « chaude ». Dans le cas contraire, ce sera tant pis pour eux. Les actions émises à € 5,98 en 2005 cotent en effet théoriquement aujourd’hui à 1. Théoriquement car il reste évidemment à prouver qu’il y a encore un marché à ce cours… ou à un autre.

Cette triste affaire illustre parfaitement le risque hors-norme que représente, pour l’épargnant, un investissement dans une entreprise qui ne prend et ne tient pas des engagements précis sur une information correcte de ses actionnaires. Une obligation morale dont VSLI s’est toujours souciée comme un poisson d’une pomme. Elle porte aussi un coup sévère à la crédibilité du Marché Libre bruxellois.

Précédents articles sur le Val:

Pour célébrer dignement ce 1er Mai 2008 et le 40e anniversaire du XXIe siècle – les siècles ne commencent et ne finissent jamais à la date prévue, c’est bien connu – voici l’affichette imaginée par CNBC pour annoncer la tenue du « Woodstock capitaliste », l’assemblée générale de la société dirigée par la plus grosse fortune du monde, le génial Warren Buffett (77 printemps).

N’y voyez, de ma part, aucune ironie déplacée: ce millardaire est un authentique humaniste, il professe des idées et pose des actes d’homme de gauche. D’une gauche moderne, d’une gauche du XXIe siècle. Je lui ai également consacré un petit billet de mon Coin de l’Actionnaire, où vous trouverez quelques autres références.

Je considère cependant qu’il a sa place ici,  parce qu’il n’est pas qu’un investisseur de légende: c’est aussi un communicateur hors pair…

La Libre a demandé à Georges Jacobs, ex-CEO et futur ex-président du conseil d’administration d’UCB, petite pharma bien de chez nous, quel avantage il trouvait aux entreprises pourvues d’un actionnariat familial. Il a répondu que son grand principe était d’avoir un actionnaire qui dort tranquille, ajoutant avec une grande élégance dans le verbe, je cite: « A ce moment-là, il me fout la paix ».

UCB a clôturé vendredi soir à 21,30, nouveau plancher pluriannuel. Ce qui porte à quatre milliards six cent onze millions six cent trente et un mille cinquante-sept le nombre nombre d’euro de capitalisation boursière partis en fumée depuis le 15 juin 2007. Plus quatre-vingt centimes, ne les oublions pas, c’est en soignant les petites choses et en évitant les gaspillages qu’on devient riche.

A ce taux horaire là, on peut comprendre que Georges Jacobs apprécie que ses actionnaires lui « foutent la paix ». Ce sont aussi ces petits détails qui rendent certains grands patrons, comment dirais-je? Humains? Sympathiques? Tout ça, quoi…

© 2013 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha