Si j’avais su, j’aurais attendu quelques jours encore avant de vous livrer mon article sur les blogs de salariés dans la série « Blogs corporate ». Je découvre en effet cet intéressant article dans le New York Times, ce soir.

C’est chez Wal-Mart. Un blog uncensored, tenu par les acheteurs de la chaîne, invités à dire ce qu’ils pensent (vraiment…) des produits en rayon. Il s’appelle « Check-Out« . Et il n’y va pas pas toujours avec le dos de la cuillère, paraît-il.

J’explorerai ça et on en reparle, si ça vaut le coup.

Dans un récent article, le journal économique français Les Echos découvrait une nouvelle tendance hexagonale, dans la gestion des ressources humaines: les salariés qui se font les VRP de leur entreprise, ici pour aider au recrutement de talents. Des portails remplis de témoignages d’employés heureux dans ce cabinet d’audit; là, des « campus-managers » pour draguer le candidat à la sortie des facs; un website spécial chez Air France…

Il n’est pas expressément question de blogs, ici, mais l’esprit collaboratif et interactif est bien là, quand les intentions sont pures. Et c’est ce qui m’intéresse. Comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, le blog n’est ni un « genre », ni un but en soi. C’est un outil de publication puissant, commode, accessible à tout le monde et bon marché. Point.

Quant auxdits blogs justement, certaines entreprises ont bien compris que c’était une nouvelle donne avec laquelle il allait falloir compter: vos clients et vos salariés ont évidemment toujours parlé de vous, dans leurs conversations privées; mais quand ils se mettent à bloguer, quand leurs propos sont amplifiés par un puissant medium, qu’ils peuvent être entendus et reproduits sans difficulté à n’importe quel endroit de la planète, c’est évidemment tout autre chose…

Pas toujours agréable d’ailleurs: voyez par exemple la FNAC, Intel (exemples repérés via Bertrand Duperrin), Disneyland Paris

Et il y a deux façons de réagir:

  • ou bien vous jouez au gendarme (avec vos employés, parce qu’avec vos clients, ce n’est pas forcément conseillé…);
  • ou bien vous appliquez la bonne vieille maxime selon laquelle il n’est pas très intelligent de tenter d’arrêter un train en se couchant sur les voies et vous montez à bord.

Il y a des entreprises qui ont fait ça, se disant en substance : puisque la conversation a lieu de toutes façons, que nous le voulions ou non, il serait sot de rester à l’écart. Et au lieu de tenter d’empêcher leurs employés de bloguer, elles les y ont encouragés. Voire même leur ont offert des plate-formes de blogging corporate.

Il y a des risques, c’est sûr, mais probablement aussi des profits à retirer en proportion. C’est en tout cas ce qu’on semble penser chez Sun:

By speaking directly to the world, without benefit of management approval, we are accepting higher risks in the interest of higher rewards (c’est moi qui souligne). We don’t want to micro-manage, but here is some advice…

Suivent alors les recommandations aux salariés invités à bloguer sur la plate-forme, dont la principale: faites toujours en sorte qu’il soit bien clair pour le lecteur que vous parlez en votre nom, et pas en celui de la firme.

EN PRATIQUE

Bon, d’accord: IBM, Sun… cela fait des milliers d’employés. Et des moyens considérables réservés à la communication d’entreprise. Rien n’empêche cependant une plus petite structure de recruter des blogueurs en son sein ou d’offrir une plate-forme d’expression à ceux que cela intéresse.

Je ne sais pas comment la chose est organisée chez Southwest Airlines, mais voilà par exemple un blog d’entreprise collectif (dont j’ai déjà parlé ici il y a presque un an) qui mélange un peu tous tous les genres: sous-site corporate, mini-enquêtes auprès des utilisateurs, expression des salariés. Rien n’empêche non plus une PME d’ouvrir des blogs pour ses salariés qui le souhaitent. D’une certaine façon, c’est d’ailleurs ce que font déjà certains medias qui encouragent (imposent parfois?) le blogging chez leurs journalistes.

L’imposer, justement, n’est certainement pas une bonne formule. Mais si vous avez chez vous des gens qui sont particulièrement calés dans leur domaine et qui ont envie de s’exprimer, pourquoi ne le feraient-ils pas sur un blog installé sur votre site d’entreprise, au lieu d’aller voir ailleurs?

Vous ne pouvez les contrôler? Et alors? Il y a quelques risques, c’est vrai, mais c’est une question de confiance, un contrat moral à conclure. Si de grosses boîtes prennent le risque de laisser bloguer sur leur site des centaines d’employés, pourquoi ne le feriez-vous pas avec le ou les volontaires qui auraient envie de le faire chez vous? A bien y réfléchir, un blog d’employé n’est pas si différent que cela d’un blog de CEO: dans un cas comme dans l’autre, ce sont des êtres humains qui s’expriment, comme ils le font déjà dans tous les jours dans leur entourage. Avec un bon supplément d’impact…

A titre documentaire et pour poursuivre la réfléxion, voyez ici:

Précédemment paru dans cette série:
  1. Utiliser les blogs dans l’entreprise
  2. Des outils de veille
  3. L’art du ricochet
  4. Celui du boss

blogs-corporate.png Wally et June Blume dirigent, en couple, une entreprise de fabrication de crèmes glacées à Wayland, dans le Michigan. Elle s’appelle Denali Flavors et sa marque la plus connue aux States est Moose Tracks. C’est une PME. John Nardini y est en charge du marketing. Il compense l’étroitesse de ses budgets par son imagination. Et il utilise donc des blogs.

Il le fait tellement bien qu’il y a quelques jours, ça lui a valu les honneurs du New York Times, figurez-vous. C’est comme ça que j’ai entendu parler de lui car, à mon grand regret, je n’ai aucune accointance dans le Michigan.

Pourquoi je vous parle de ça? A cause d’un de ses blogs ou, plus exactement de l’idée qui est derrière. Souvenez-vous donc que l’entreprise vend des crèmes glacées et voyez un des blogs qu’elle publie dans le cadre de sa politique de communication:

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Un blog de conseil sur la gestion des finances personnelles. Comme il y en a déjà tant. Sans aucun rapport a priori avec les cornets de glace. Nardini a toutefois expliqué au NYT qu’il avait choisi ce thème parce qu’il cherchait à mettre en place un blog qui aurait une circulation telle qu’il serait à lui seul un media pouvant servir de support pour les pubs Moose Tracks (en haut à droite, dans la sidebar de chaque page, avec évidemment un lien vers le site).

Le budget familial, ça intéresse en principe tout le monde et c’est d’ailleurs une des catégories les plus recherchées sur le web. Et, c’est capital, Nardini se sentait de taille à publier plusieurs billets par jour sur le sujet.

Le résultat, c’est un blog qui fait dans les 4.500 visites par jour, qui a une grosse « autorité » chez Technorati (750) et des liens à la pelle dans Google (plus de 8.000). Et qui fait de la pub pour Moose Tracks pour un coût annuel d’environ 400 US dollars. Plus le temps de Nardini, qui est employé par la firme et qui s’amuse paraît-il beaucoup à tenir ce blog sur lequel il publie plusieurs billets par jour.

Un autre exemple, dont je vous ai déjà parlé ici, de ce que j’appelle le « blogging indirect » ou « par ricochet », nous vient de la banque américaine Wells Fargo, avec son site Guided by History.

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C’est plus directement une promotion de la marque, en s’appuyant sur ses caractéristiques, mais par autre chose que ses produits et offres de services. En l’occurrence par son histoire, liée dans les esprits du plus grand nombre à un imaginaire heureux, fût-il mythique et enjolivé par la légende des diligences, dans les westerns de notre enfance.

En pratique

L’utilisation de la méthode repose essentiellement sur une technique de triangulation permettant d’atteindre une cible donnée (allant du grand public à un tout petit segment de celui-ci) en traitant un sujet qui l’intéresse ou qui doit l’intéresser, mais qui n’a pas de rapport direct avec la motivation professionnelle principale de l’éditeur du blog: vendre ses produits.

Une telle démarche est en principe ouverte à n’importe quelle entreprise, association ou profession libérale s’adressant à une « clientèle » plus ou moins homogène. Elle exige toutefois la réunion de trois préalables au moins:

  1. la sincérité: interdiction absolue de tricher. Si le site financier de Denali Flavors fonctionne, c’est parce qu’il s’agit d’un blog vraiment consacré aux finances personnelles, pas à la promotion déguisée d’une marque de crèmes glacées qui n’apparaît avec son logo que comme sponsor, dans la sidebar, pas dans les billets;
  2. la compétence: le succès d’un blog est fonction de l’intérêt de son contenu. Ce ne sont pas de simples « toutes-boîtes » dans lesquels le contenu rédactionnel n’est là que pour encadrer les insertions publicitaires. Ne (sou)riez pas: l’offre (entièrement gratuite) est tellement abondante dans la blogosphère qu’un site rempli à la hâte de contenus-prétextes n’a aucune chance de retenir l’attention du public;
  3. la disponibilité ou l’opportunité: du deuxième point, on peut déduire que l’aventure ne peut être tentée que si et seulement si on a sous la main un blogueur ou une équipe de blogueurs motivés, compétents et disponibles. Cela peut se trouver en interne, parmi les membres du personnel ou à la direction, de même qu’à l’extérieur de l’entreprise, par « recrutement » d’un blogueur qu’elle déciderait de sponsoriser.

Mais il est vrai qu’aucun de ces prérequis n’est propre au blogging indirect.

Comme toujours aussi, la mise en oeuvre d’une telle démarche exige qu’avant de se lancer, on réfléchisse soigneusement au contenu du projet et à la façon de le réaliser. Un blog est un peu à un site traditionnel comme comme une voiture de sport l’est à une berline familiale: ça roule bien plus vite, mais c’est aussi beaucoup plus facile à planter dans le décor.

Ne vous jetez donc pas là-dedans tête baissée, sans réfléchir. Lancer un blog, c’est facile. Le réussir, ça demande préparation et persévérance. Cela impose des contraintes qui peuvent ne pas vous convenir, à vous ou à votre entreprise. Mieux vaut le savoir, et c’est un convaincu qui vous le dit!

Précédemment parus dans cette série:
  1. Utiliser les blogs dans l’entreprise
  2. Des outils de veille

blogs-corporate.png Dans nos contrées, rares sont encore les entreprises qui, à l’image de grosses boîtes américaines notamment, font usage de cet outil simple et puissant que sont les blogs. Probablement parce que souvent, on n’y voit encore qu’un gadget pour ados en quête de socialisation. Dans cette série d’articles, que je vous ai promise il y a quelques jours, je vous propose d’établir l’inventaire des usages possibles des blogs en entreprise.

Mais avant de commencer, souvenons-nous de ce qu’est un blog. Enfin, quand je dis « souvenons-nous », c’est bien sûr une façon de parler: les définitions pullullent et tout blogueur a la sienne. Je propose pour ma part d’aller à l’essentiel:

Un blog, c’est un site web organisé autour d’un système de gestion de contenu (CMS) et composé principalement d’articles proposés dans l’ordre chronologique inverse (le dernier publié en premier).

C’est tout? Oui, c’est tout. A partir de là, on peut préciser, affiner, catégoriser.

  • La plupart des logiciels de blog, par exemple, prévoient la possibilité pour les lecteurs de laisser des commentaires en dessous de chaque article. Mais cette option peut être désactivée par le blogueur. Il y a donc des blogs sans commentaires… et ce n’en sont pas moins des blogs.
  • La présentation des articles, je l’ai dit, se fait dans l’ordre (anté-)chronologique et sans substitutions. On en a conclu que les blogs étaient normalement des « journaux », des « carnets de bord », comme le suggère le mot: web-log. Mais rien n’empêche un blogueur de proposer sous cette forme les chapitres du roman ou de l’essai qu’il est occupé à écrire, sans aucun rapport avec les dates de parution des billets qui peuvent parfaitement être rédigés longtemps à l’avance en vue d’une publication ultérieure. Et cela reste un blog.
  • La facilité d’utilisation et la modicité des coûts ont mis les blogs à la portée du premier venu. On en a inféré qu’il s’agissait d’un site personnel. Mais il y a des blogs collectifs qui sont encore des blogs.
  • Beaucoup de blogueurs ont pour habitude de s’échanger des « liens », permettant ainsi une diffusion « virale » des articles. Mais même sans liens vers d’autres sites, un blog reste un blog.
  • La plupart des conseilleurs, bien au fait des habitudes de lecture – ou plutôt de « scanning » – des internautes, recommandent de faire bref pour être efficace. Mais on ne parcourt pas un blog d’une manière fondamentalement différente de celle qu’on applique à un autre site web. Et d’ailleurs, rien n’interdit de faire long…

Je pourrais poursuivre encore longtemps ainsi. Ce serait inutile. Je suis aujourd’hui convaincu que l’on ne peut donner une définition compréhensive de l’objet « blog » par ses contenus ou par ses utilisateurs: ils sont trop diversifiés. Le seul noyau dur vraiment incontestable est de nature technique. Un blog, c’est un CMS simplifié permettant d’effectuer des publications les unes à la suite des autres.

C’est donc un outil.

A quoi peut-il servir en entreprise?

Méthode de travail

Nous allons construire cette série pas à pas. Les prochains billets seront consacrés, chacun, à un type d’utilisation bien précise. Je compte en publier environ un par semaine, jusqu’à épuisement (sûrement provisoire!) du sujet.

Combien y en aura-t-il? De 5 à 10, sans doute. Je ne sais pas. Parce que c’est une matière en pleine évolution que nous abordons ici: les blogs d’entreprise ont déjà fait couler beaucoup d’encre (et d’octets…) mais il n’y a pas de « corps de doctrine » bien établi. S’enfermer dans un plan préformaté reviendrait à se priver de possibles découvertes hors des sentiers battus.

Cela veut dire aussi que la démarche sera inductive, basée sur des études de cas, et non sur un « savoir » illustré par des exemples.

J’apprécierais enfin que nous travaillions ensemble. Je vous invite donc à commenter, à critiquer à enrichir ses billets. A la fin de la revue, si cette série a de l’allure, je me propose d’y intégrer les plus intéressants de vos commentaires, puis de la publier en format .pdf et de la diffuser auprès de tous ceux qui se montreront intéressés. Tous ceux d’entre vous qui auront contribué seront naturellement cités (à moins bien sûr qu’ils me fassent savoir qu’ils ne le souhaitent pas) et recevront une version imprimée du document.

Voilà. On se retrouve dans quelques jours?

D’ici une petite semaine, j’entamerai la revue par un usage qui surprendra peut-être certains d’entre vous, chefs d’entreprise ou directeurs de la communication: les blogs sont un outil de veille et de knowledge management...

Ho!? Que m’arrive-t-il? D’où vient cette question apparemment absurde? Crise existentielle de blogueur fatigué? Petit coup de déprime?

Non, c’est un constat, tout simplement: sous la rubrique « blogs », on comptabilise aujourd’hui aussi bien des pommes que des poires ou que des scoubidous (oui, je sais, c’est le genre de référence qui ne me rajeunit pas mais j’assume, surtout un de ces 23 janvier qui me valent chaque année une unité de plus au compteur…)

Il y a déjà longtemps que l’idée d’écrire un billet sur ce thème me titille. La parution récente sur Daily Blog Tips (un blog!) des résultats d’un mini-sondage auprès de ses lecteurs sur la question de savoir si les blogs vont continuer à publier des billets complets sur leurs pages d’accueil ou passer à des extraits répartis en rubriques thématiques me donne, figurez-vous, l’occasion de soigner cette petite démangeaison.

La question posée dans le sondage peut paraître anodine. Elle l’est moins quand on lit le commentateur de l’enquête avancer l’hypothèse que les blogs qui comptent et publient régulièrement de nouveaux posts vont non seulement passer à des extraits en page d’accueil, a lieu de billets entiers, alignés à la queue-leu-leu, mais aussi évoluer vers des formes de magazines ou de « portails », pour donner à leurs lecteurs le choix entre différents articles abordant des thématiques diverses.

Je suis assez d’accord. Et ça change un peu la donne, car on irait alors vers des « blogs » plus « construits », de moins en moins en moins différents d’un « vrai » site. Mais plus fondamentalement, il y a que le « blog » n’est pas un « genre » littéraire ou journalistique en soi, à moins qu’on le réduise à un journal intime, ce qu’il n’est pas forcément. Heureusement d’ailleurs…

Le label « blog » désigne en fait seulement un type spécifique de site web; plus particulièrement, il est un CMS simplifié. Un outil. Comme un bon vieux carnet à spirale l’est au sein de la galaxie Gutenberg. On peut faire beaucoup de choses avec un carnet. Y consigner ses pensées du jour, en faire un agenda, y enregistrer ses dépenses et recettes journalières, entamer un roman ou un essai… Pareil pour un blog. En prime, on peut aussi le réserver à un public sélectionné (dans une entreprise, c’est alors un blog interne, pour la gestion des ressources humaines ou d’un projet, par exemple). Il peut y avoir presque autant de types de blogs (et de définitions de la bête) qu’il y a de blogueurs…

Je suis souvent amusé – et parfois irrité, quand je suis de mauvais poil -, de la réaction très courante d’interlocuteurs qui me rétorquent, quand je leur parle de mes activités, qu’ils n’ont « pas le temps d’aller sur les blogs ». Comme s’il y avait, sur la Toile, une zone franchement ludique où s’amusent des clampins qui en ont trop, eux, du temps…

C’est évidemment stupide, parce si vous surfez sur le web à la recherche d’une info ou d’une doc, il y a de fortes chances que dans l’ample moisson que vous apportera votre moteur de recherche, il y aura autant sinon plus de blogs, dans l’acception technique du terme, que de « vrais » sites web.

Avec l’évolution des CMS et des logiciels de blogging, il y a d’ailleurs de plus en plus de sites qui sont construits à partir de blogs (c’est souple et bon marché), et de blogs qui évoluent vers des formes de sites corporate, comme suggéré dans les commentaires du sondage évoqué ci-avant.

Bref, arrêtons de parler des blogs comme d’un jouet pour adolescents en révolte ou pour quinquagénaires en pleine MAC (middle age crisis). Ils peuvent être cela: des vecteurs d’expression accessibles à tous. Et c’est parfaitement respectable. Mais on peut aussi les utiliser en tant qu’outils de communication très professionnels et très spécifiques. Et très modernes. Grâce à leurs qualités intrinsèques, parmi lesquelles leur facilité d’emploi et leur aptitude à générer échanges et conversations.

Bref, les blogs ça existe bien. Mais seulement comme outil technique, en tant que support et moyen de communication.

Voici quelque chose de diablement intéressant pour mon propos et qui, je l’avoue, m’avait échappé jusqu’ici: DellShares, le premier blog créé par une entreprise américaine – et pas n’importe laquelle -, pour dialoguer en direct avec ses actionnaires:

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Dell explique sa démarche dans le premier billet, posté le 1er novembre dernier: il s’agit pour elle d’entrer dans les IR (Investor Relations) du 21e siècle. Oui, mais encore? Le blog ne se substitue évidemment pas à l’information institutionnelle et « officielle » diffusée par le site corporate de l’entreprise, sous la rubrique ad hoc. Mais il affiche la double intention d’aller au-delà de ces traditionnels communiqués et, surtout, d’écouter ce que raconte la « communauté », la fameuse interactivité.

Michael Dell: « There are conversations going on about us all the time and we want to be part of those conversations – to listen, to learn and to contribute« .

Au bout de ses trois premiers mois d’existence, le blog semble adopter un rythme de publication atypique dans l’univers des blogs: huit billets seulement jusqu’ici, soit moins de trois par mois. Mais probablement pas par « manque de temps » ou… d’intérêt. L’objectif n’est pas ici de « bloguer » en soi, de tenir un « journal de bord » personnel, mais d’utiliser la technique pour ce qu’elle est, un outil puissant et efficace permettant d’établir une véritable communication avec son public-cible, ici la communauté des investisseurs: « Dell Shares is about investor relations at Dell expanding beyond traditional approaches to IR with a view to being involved in direct relationships with our shareholders and potential shareholders« .

Mais bon, est-ce bien prudent? Chacun sait que pour « planter » un blog, le décrédibiliser, il suffit d’en faire un instrument de pur marketing, de messages vantant ses produits ou ses services. Ce qui ne se conçoit pas quand il s’agit d’actions cotées en bourse. Et donc, avant d’entrer pour la première fois sur le site, vous serez invité à signer des « Terms & Conditions » par lesquels vous accepterez notamment de ne pas prendre de décisions d’investissement basées sur le contenu du blog et de reconnaître que les opinions qui y sont exprimées le sont de façon personnelle, et non en qualité de représentants de Dell.

C’est très formaliste et, pour tout dire, un peu « nunuche » sans doute, mais cela suffit apparemment à satisfaire le gendarme local des marchés, la SEC, qui se montre par ailleurs très favorable aux medias électroniques pour la communication financière des entreprises cotées.

Quelle sera la première entreprise cotée à Bruxelles qui suivra ce (bon) exemple?

Je n’ai connu Alain Gerlache que dans sa fonction de journaliste. Avant cela, il avait été prof et, ensuite, il a eu d’autres vies, comme moi (mais pas les mêmes!): porte-parole de Verhofstadt sous l’arc-en-ciel, directeur de la télé et, aujourdhui, secrétaire-général de la communauté des télévisions francophones. Il anime avec Jean-Pierre Hautier une émission « Medias Première », ainsi qu’un blog sur le même thème:

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C’est léger, souvent drôle, sérieux quand il faut. Et ça draine des commentaires nombreux pour un blog qui n’a apparemment même pas trois mois d’existence (voyez la rubrique archives qui débute le 3 septembre dernier). Je n’ai en fait que trois (petites) réserves à émettre (mais cela n’engage évidemment que moi):

  1. on n’y trouve pas grand-chose, sinon rien, sur l’auteur, bien connu d’accord, mais qui ne perdrait rien à consacrer une page à se présenter: quand on blogue, on est lu dans le monde entier et les stars du petit écran belge ne sont pas connues partout…;
  2. depuis quelque temps, une séquence audio assez confuse s’impose à vous quand vous ouvrez la page d’accueil; c’est peut-être « moderne », mais je trouve ça surtout dérangeant pour le lecteur et son environnement;
  3. sur le fond, les derniers billets que j’ai lus me paraissent fort prudents ou, si vous préférez, peu engagés; c’est bien d’ouvrir le débat (surtout quand on est suivi!), mais on lit d’abord un blog pour connaître l’opinion de son auteur.

C’est un blog RTBF aussi et, comme tel, cela illustre bien mon propos: la radio-télé publique me paraît poursuivre une politique assez intelligente de multi-présence sur la toile avec différents blogs centrés sur une émission (voyez par exemple « Questions à la Une »), sur un thème d’intérêt général ou sur un animateur connu (vous en trouverez la liste dans un menu déroulant en haut de la page d’accueil de chaque blog).

Un blog d’entreprise, en effet, ce ne doit pas être de la pub ou de la promotion en gros sabots. C’est une façon de communiquer par les marges, de se montrer comme on est pour apporter, dans des « niches » choisies en fonction de son expertise, une information attendue par des segments particuliers de son audience. Cela répond aux objectifs cognitifs (se faire connaître) et affectifs (se faire apprécier) d’une politique de communications, mais cela suppose surtout une grande confiance en soi et en ses collaborateurs. Parce qu’un blog n’est jamais contrôlable juque dans ses détails par le CEO ou le directeur de la communication.

Update 20/11/07: Voyez le billet d’Alain, le 19 novembre, sur les réseaux sociaux, et son commentaire (amusé ou sérieux?) sur la « radio 2.0″: je trouve intéressante cette façon de préparer son émission en demandant l’avis de ses lecteurs et auditeurs. Surtout quand, comme ici, ça marche!

Update 20/11/07 (2): Ce qui est dommage aussi avec le blog d’Alain (voir mes autres petites réserves ci-dessus), c’est le non-affichage (sur Firefox en tout cas) des URL des articles. Impossible donc de faire un lien profond vers ce qui vous a intéressé pour le recommander à vos lecteurs. C’est voulu (ce serait bizarre) ou c’est un bug?

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Voici un blog corporate tout frais. Il a été lancé le 1er juin par une Big Pharma, Glaxo Smith Kline (GSK) en l’occurrence, pour promouvoir un nouveau produit amaigrissant, Alli (prononcez: « ellaïe »), le premier OTC du genre, paraît-il à avoir été approuvé par la FDA américaine. Les pilules ne sont en vente aux States que depuis hier…

Si je vous en parle ici, ce n’est pas tant parce que selon certain(e)s, j’aurais quelques (?) kilos à perdre que parce que je me demande quel sort va réserver la blogosphère à cette initiative coachée en coulisses par Debbie Weil, comme elle l’explique dans le billet inaugural. Les blogs corporate, je suis pour, vous l’avez compris si vous me lisez parfois. Mais celui-ci va-t-il échapper à la confusion avec un simple écran publicitaire?

Oh, bien sûr, un des blogueurs enrôlés par GSK, Steven Burton, vice-président consumer healthcare, explique bien dans un billet que ce sera une « two-way conversation » et qu’il attend des commentaires. Mais quand même: pour faire un bon blog, il faut avoir une histoire à raconter. Et trente livres perdues par-ci, douze kilos par là, ça risque à vrai dire de lasser rapidement.

Et en écrivant ça, je m’interroge. Et alors quoi? Pourquoi ce scepticisme alors que je me déclare en faveur des blogs corporate? Réflexion faite, je crois que c’est parce que nous avons ici un « blog-produit », pas un blog corporate: une fois que le produit est formaté, pesé et emballé, qu’y a-t-il encore à discuter? To buy or not to buy, that’s the only question, isnt’it? Mais bon, laissons à Alliconnect le bénéfice du doute. Et suivons ça de près.

[Mise à jour 20/6/07] – Je découvre qu’une autre big pharma, Johnson & Johnson, vient aussi de lancer un blog corporate. Avec un look moins sexy, sans doute, mais peut-être plus de fond, potentiellement. A ce point de vue, je me permets de ne pas partager d’office le pronostic de Better Business Bogging. La bête, qui parle de la boîte elle-même, pas seulement de ses pilules, est chevauchée par Marc Monseau, un ex-journaliste passé à la com’. On suivra ça aussi.

Voilà une banque dont le seul nom suffit à faire resurgir des images d’enfance, celles du Far-West, des cow-boys et des indiens, du temps des diligences… Et justement: Wells Fargo est une des grosses boîtes américaines qui bloguent. Son site corporate renvoie en fait à quatre webblogs dont un a particulièrement retenu mon attention pour son originalité et pour son caractère illustratif d’une façon indirecte d’attirer l’attention du public: « Guided by History« , dont voici un écran « capturé » pour vous (faisons-nous plaisir et appréciez au passage l’illustration du header !):

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Une vingtaine de contributeurs – le président et COO de la banque en tête! – alimentent plusieurs fois par semaine ce blog en articles et anecdotes historiques mettant précisément en valeur ce dont je vous parlais en commençant: la relation entre l’image de la compagnie et le « rêve américain ».

Ce que j’appelle du « blogging indirect« : c’est pour la marque, bien sûr, mais sans pour autant faire du « rentre-dedans » sur les produits actuellement proposés à la clientèle. Dans son article du 16 mai, par exemple, Charles (quel joli prénom, isnt’it?) parlait de la communauté chinoise de Californie et racontait une anecdote sur la construction du Parrott Building, à San Francisco, dont les ouvriers chinois voulurent faire exorciser le site, en 1852, ce qu’ils n’obtinrent qu’en 55, après la panique financière causée par la spéculation et à laquelle survécut finalement Wells Fargo.

Les billets sont courts, comme il sied, mais renvoient à de nombreux liens, internes (le wiki de la compagnie notamment) comme externes.

Cet exemple est assez démonstratif, je pense, de ce qu’un blog corporate n’est en aucune manière un doublon d’un website institutionnel: il doit avoir un thème, un centre d’intérêt lié d’une manière ou d’une autre aux activités de la société et à son être profond, mais peut parfaitement (doit!) s’écarter des chemins battus et rebattus du marketing trop direct.

Merci de me faire part de vos propres expériences et découvertes dans le domaine du blog d’entreprise!

Ce week-end de Pentecôte touche à sa fin. Je vous livre ici quelques liens tirés de mes lectures du week-end sur le blogging et le web 2.0, ses pompes, ses oeuvres et son avenir.

  • Philippe Martin et les blogrolls. – Ma blogoliste, sur ce site, est à peine embryonnaire. Si j’en crois ce billet, j’ai tort. C’est très possible. Mais pour l’instant, je suis régulièrement quelque 120 blogs par flux RSS et j’hésite encore à faire une sélection. Pourquoi celui-ci, et pas celui-là? Il y a aussi que personnellement, contre la majorité des blogueurs apparemment, j’utilise assez peu cet outil, sauf pour repérer les bonnes sources sur de nouvelles thématiques, le plus souvent en marge de mes centres d’intérêt principaux. Et vous?
  • Arnaud Meunier et le blogging professionnel. – Ce billet se demande si le blogging est occupé à devenir un métier. Il repère quelques indices qui incitent à répondre par l’affirmative. Cela me paraît évident, à ceci près que, pour ce qui me concerne, j’étendrais la question à l’ensemble du web collaboratif au sein duquel les blogs ne sont qu’un outil parmi d’autres.
  • Francis Pisani et l’essoufflement de la blogalaxie. – Les mutations en cours chez Technorati, qu’il a commentées dans un autre billet, amènent l’auteur à se demander si le web 2.0 n’est pas occupé à passer de mode. Si vous m’avez lu ce week-end, vous aurez compris que cela m’étonnerait fort, franchement. Je n’y crois pas. Les outils évoluent, mais la tendance de fond est intacte. Quand le pouvoir commence à changer de mains, celles qui s’en emparent ne le lâchent pas aussi facilement.
  • Darren Rowse et le premier baiser. – Sur le mode léger, le méta-blogueur australien conseille une approche graduelle avant de chercher à exploiter le potentiel de rentabilité d’un blog.
  • Vincent Battaglia invite les blogueurs belges. -C’est le 2 juin prochain, à 16 heures et à Bruxelles. Les détails dans ce billet.
  • Olivier Bruel n’aime pas la musique. – Pour finir sur une considération générale. C’est la muzak, plutôt, que n’aime pas Bruel, mais le titre était trop tentant… La muzak, c’est-à-dire la musique de fond que certains sites se croient encore obligés de vous imposer pour faire joli. Pour un site musical par vocation, soit encore, mais quand il s’agit d’informer, ça pollue! Notez qu’il en est de même de ces pages d’accueil sans contenu que nombre de sites d’entreprises vous imposent encore avant d’en venir au fait.

Tout cela fait beaucoup de grain à moudre, il me semble. Je reviendrai très certainement sur ces thèmes. En attendant, vous me dites ce que vous en pensez?

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