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Quels dessous pour un scoop?

Mercredi 27 janvier 2010

L’information la plus intéressante n’était pas dans l’article de La Libre qui, hier, prétendait dévoiler le « plan » de Jean-Luc Dehaene pour BHV: sa source… Les journalistes aiment à en préserver le secret, prenant alors sur eux seuls toute la responsabilité de ce qu’ils révèlent, info ou intox. C’est bien compréhensible mais, en l’occurrence, c’est bien dommage…

Aujourd’hui, Francis Van de Woestyne croit pourvoir confirmer: Jean-Luc Dehaene envisage bien, affirme-t-il, une « solution » provisoire (le retour aux anciens arrondissements pour les législatives de 2011), et donc un report de la scission de BHV.

Le « hic »,  c’est que d’après De Standaard cette fois, Jean-Luc Dehaene aurait répondu au porte-parole du CD&V qui venait aux nouvelles que le scoop de La Libre relevait de la plus « pure fantasie« … Quén’affaire, dis donc! Qui croire dans ce souk?

Bon, d’accord, pour dire le vrai: tout le monde s’en fout. Sauf les « grands » stratèges de partis, les politiciens locaux, leurs supporters respectifs et les journalistes politiques. Vous connaissez mon opinion sur BHV; elle n’a pas changé.

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Pas de problème juridique avec BHV?

Mardi 12 janvier 2010

Il sera peut-être encore vexé car il est assez susceptible, mais j’avoue avoir encore une fois bien du mal à saisir la pensée du sénateur cdH Francis Delpérée, qui fut aussi un éminent constitutionnaliste avant de céder aux sirènes du pouvoir.

Il n’y a pas de problème juridique avec BHV, dit-il en substance, c’est seulement un problème politique.

Ah?

J’aimerais quand même qu’on m’explique: dans son arrêt du 26 mai 2003, la Cour constitutionnelle, a annulé pas moins de quinze dispositions différentes de la loi du 13 décembre 2002, modifiant le Code électoral ainsi que son annexe. Mais elle a laissé subsister les autres.

Les dispositions annulées ne peuvent évidemment plus être appliquées. La législation en est revenue à ce qu’elle était avant l’entrée en vigueur des dispositions annulées.

Dans quel état se trouve le Code électoral après ces annulations? Le Code fonctionne-t-il encore, après avoir été amputé d’une partie (d’une partie seulement, c’est important) des dispositions qui ont institué, dans tout le pays, des arrondissements électoraux provinciaux? Dispose-t-on encore, en d’autres termes, d’un corps de règles suffisantes et cohérentes pour organiser les élections législatives de 2011? Mais de ça, personne ne dit jamais rien. On préfère se répandre en fermes déclarations qui ne sont que des pétitions de principe.

Je n’ai pas étudié la question, je le pourrais mais je ne suis pas payé pour ça et j’ai autre chose à faire. Mais je suis déçu de  voir et d’entendre un mandataire intelligent s’égarer dans les déclarations à l’emporte-pièce de batteur d’estrade. Comme je suis aussi déçu du manque de sens critique des journalistes qui s’abstiennent soigneusement de poser la seule question qui mérite de l’être: disposons-nous encore, après les annulations prononcées par la Cour constitutionnelle, d’un Code électoral opérationnel?

Si la réponse est positive, Delpérée a raison. Il n’y a pas de problème juridique. Si elle est négative ou sujette à caution, il a dit le contraire de la vérité.

BHV et la physique

Mardi 24 novembre 2009

L’édition de mardi du journal Le Soir est un vrai régal pour les intellos.

Sur une double page Forum (la 16 et la 17), on y trouve:

  • une interview de Mark Eyskens par William Bourton, dans laquelle on peut lire que le célèbre dossier BHV n’est au fond qu’un problème de physique quantique: il faut additionner les contraires pour arriver à une solution qui permette de soutenir en même temps que BHV est et n’est pas scindé, un peu comme avec la lumière dont Niels Bohr a fait admettre qu’elle était à la fois onde et matière;
  • un article de Vincent de Coorebyter (CRISP) qui, lui, convoque Habermas pour exposer les conditions d’un accord entre deux parties sur un sujet donné: il faut que chacun des deux interlocuteurs ait eu une chance égale de faire valoir ses objectifs et conserve, à l’issue du processus, la liberté de définir lui-même les critères d’appréciation à partir desquels il en jugera le résultat.

Je n’ai pas une grande culture scientifique – en ce domaine, je suis plutôt une truffe – mais j’aime bien la métaphore d’Eyskens, qui en est friand. Quand on la combine avec les préceptes de Habermas, on voit cependant tout de suite par où l’une et les autres pèchent en ce contexte.

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Mourir pour BHV? Nee, bedankt

Lundi 2 novembre 2009

Je n’ai pas suivi les débats politiques du week-end. Il y a des jours où je n’arrive plus – c’est physique – à supporter les parades amoureuses de ces clowns tristes qui surpeuplent les hémicycles parlementaires, les bureaux des partis, les couloirs des ministères, bref: les allées du pouvoir.

Ce n’est pas neuf, vous savez. Je n’exhale pas ici le grommellement amer d’un ancien combattant démobilisé. J’ai toujours été sujet à ces nausées qui reviennent quand l’estomac fatigue et provoque des remontées acides. Je devais les taire. On n’admet pas d’un journaliste qu’il soit trop sincère. On le veut lisse et froid comme un drap de soie. Medium cool. Rapporte et tais-toi.

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MR et BHV: jouer dans la brume?

Mardi 27 octobre 2009

Le MR n’a pas implosé. On est tenté d’ajouter aussitôt: pas encore. Didier Reynders reste le patron tout en offrant quelques satisfactions symboliques à ses opposants.

Nos envoyés spéciaux à Eupen nous annoncent d’autre part que la communauté germanophone a décidé d’offrir un nouveau sursis au gouvernement Van Rompuy Ier en ouvrant une quatrième procédure en conflit d’intérêts dans le dossier BHV. Tout va bien?

Bof… C’est probablement bien plus compliqué que ça.

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Encore un instant, monsieur le bourreau?

Jeudi 8 octobre 2009

Bien entendu, il peut y avoir des éléments que j’ignore, mais vu d’ici, il ne me paraît pas aussi évident qu’à Martin Buxant, de La Libre que la communauté germanophone enclenche une nouvelle procédure en conflit d’intérêts pour éviter que le dossier BHV ne pète à la figure du gouvernement Van Rompuy dès la semaine prochaine. Au passage, c’est très bien vu de la part de Martin: Karl-Heinz Lambertz était évidemment le bonhomme à interviewer, ces jours-ci.

Le troisième de ces « conflits », expire en effet avec le comité de concertation de mercredi prochain. S’il n’y en a pas d’autre, la Chambre pourra voter la scission de l’arrondissement en séance plénière et la patate chaude arrivera au gouvernement, probablement sous la forme d’une autre procédure, la sonnette d’alarme cette fois.

Mais n’anticipons pas. Vue d’Eupen, cette affaire n’a aucun intérêt. Et sans intérêts, pas de conflit… Sauf si Flamands et francophones, ensemble, demandent encore un répit, comme ils en ont déjà eu trois qui n’ont, semble-t-il, servi à rien de rien pour avancer sur la piste d’une solution. Les germanophones veulent bien rendre service, mais ils sont impartiaux. Et ils n’ont rien à f… de ce dossier pourri qui n’intéresse que quelques initiés.

Alors, si c’est pour aller au psychodrame dans quelques mois, encore un peu plus près des prochaines élections fédérales – déjà! – pourquoi au fond ne pas y aller tout de suite? Cela donnerait plus de temps – et dieu sait s’il en faudra… – pour reconstituer un gouvernement avant la présidence belge de l’Union européenne, le 1er juillet 2010.

Je vous le dis: je n’en sais rien. Mais je me demande, quand même…

Comment en finir avec BHV?

Jeudi 22 mai 2008

Pourquoi l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde suscite-t-il autant d’allergies chez les Flamands? Voici la réponse, en un slide show de 2 minutes édité par le Vlaamse Volksbeweging (cliquez sur l’image et suivez le guide):

bhv-vl.jpg

Olivier Maingain ne me le pardonnera pas, mais j’ai l’habitude et ça ne m’empêchera pas de trouver ça plutôt bien foutu et raisonnablement exempt de relents plus ou moins nauséabonds. On peut juste y objecter que la solution du problème, rendue indispensable par l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 26 mai 2003 n’est pas obligatoirement la scission: on peut aussi, théoriquement, revenir à la situation d’avant les dispositions législatives modifiant le Code électoral annulées par la Cour. Mais il y a six ans, tout le monde était d’accord, francophones compris, pour considérer que ça n’allait pas. Le monde avait changé. La Belgique aussi.

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Tu nous manques, Jean-Luc

Mardi 6 mai 2008

Depuis Aristote, on n’a encore pu émettre que des hypothèses sur les raisons pour lesquelles il arrive que des compagnies entières de baleines viennent s’échouer sur des plages en ce qui ressemble à un suicide collectif. Pareillement, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre ce qui pousse notre bien-aimé gouvernement Leterme Ier à se comporter comme ces troupeaux de cétacés qui ont perdu la boule.

Il me semble en effet qu’il faut avoir complètement perdu le sens du ridicule, de part et d’autre du mur de chicons, pour courir ainsi vers les emmerdements, non sur le fond du problème, qui n’est déjà pas glorieux – va-t-on ou non scinder B, H et V? – mais sur la seule question de savoir comment éviter qu’on en parle.

Reviens, Dehaene, ils sont vraiment trop nuls… Toi, Jean-Luc, tu m’as un jour expliqué comment il fallait faire pour gouverner la Belgique (et l’Europe aussi d’ailleurs): rassembler soigneusement tous les problèmes de l’heure, les placer dans un entonnoir et, quand les bons ingrédients paraissent réunis, pousser un bon coup pour les agglomérer en un stoemp grisâtre qu’on appelle « le compromis à la belge ».

Leterme n’a pas compris ça. Ou il n’a pas le tour de main. Il n’y a qu’un problème dans son entonnoir: B-H-V. Et tout seul, ça ne passera jamais. Alors, en attendant le 8 mai, il fait comme ce type qui a sauté du 20e étage d’un immeuble en feu: en passant devant le 10e dans sa chute, il crie que « jusque là, tout va bien ». Les autres font semblant de le croire et nous, on regarde.

Avant de t’en aller ronchonner dans ton potager de Vilvoorde ou de nourrir les mouettes de Zeebrugge de ton balcon haut perché, tu aurais quand même pu expliquer la recette à Leterme, non? Sauf évidemment si tu voulais absolument nous entendre tous te dire que tu nous manques. Alors, voilà, c’est fait: tu nous manques, Jean-Luc. J’ai rarement trouvé ta cuisine très appétissante mais, au moins, on ne mourait pas de faim. Métaphore, bien sûr…

BHV: ce n’était donc pas un coup de force; c’était du mauvais théâtre

Jeudi 8 novembre 2007

La lecture des journaux, surtout flamands, m’a convaincu ce matin que j’avais été plutôt bien inspiré en n’entonnant pas hier soir le grand air de l’indignation farouche devant le « coup de force » de la majorité flamande sur le dossier BHV en commission de l’Intérieur de la Chambre. Car ce n’était qu’une mascarade, mes amis, un vaudeville, une pantalonnade, un barnum médiatique soigneusement mis au point par le duo CD&V – MR pour permettre la poursuite des négociations en écartant le dossier sur lequel, à ce stade, aucun des deux partis en présence n’a suffisamment de couilles (pardonnez-moi, mais j’avais trop envie…) pour conclure une paix des braves en échangeant les concessions.

Mais je ne vais pas faire le malin. Hier, je n’en savais rien. J’étais même sceptique en entendant l’ensorcelante Johanne Montay le suggérer dans le JT de la RTBF. La quasi-unanimité de la presse flamande, ce matin (voyez notamment Desmedt dans De Morgen) m’a convaincu qu’elle avait vu juste.

Les techniques de congélation de sacs de noeud font ainsi de nouveaux progrès, mais il n’est pas sûr qu’il soit opportun de s’en réjouir. D’abord parce que c’est de notre gueule citoyenne qu’on se fout ainsi sans vergogne. Ensuite parce qu’à force de jouer avec des allumettes et des batons de dynamite, ces pignoufs finiront bien, un jour ou l’autre, par faire sauter la baraque. Enfin parce que ça ne résout rien: ils auront tous l’air malin si, la semaine ou le mois prochain, l’orange bleue finit quand même par s’écraser sur l’un ou l’autre dossier institutionnel…

Et pour finir vraiment: quand on joue à ça, on s’arrange pour que ça ne se sache pas.

La solution pour BHV

Jeudi 8 novembre 2007

Ne comptez pas sur moi pour dire plus sur ce qui s’est passé aujourd’hui à la Chambre belge des députés que ceci: ces gesticulations sont pathétiques et passablement ridicules, de la part des uns comme dans le chef des autres.

Ce qui m’intéresse plus, c’est de savoir comment sortir de ce stupide imbroglio et comment scinder BHV sans régression démocratique, puisqu’il le faut et que cela correspond à la logique d’une Belgique fédérale. C’est moins une question d’imagination que de méthode. Et de compréhension des motivations essentielles des deux parties.

Sous la volonté de la Flandre de scinder ce malheureux arrondissement électoral et judiciaire, comme derrière les vexations et mesquineries linguistiques qu’elle impose aux francophones qui y habitent, se cache une aspiration peut-être démodée mais somme toute compréhensible à l’intégrité territoriale. Car les deux langues en présence n’ont pas le même pouvoir d’attraction.

Comme langue internationale, le français a perdu beaucoup de sa superbe d’antan, mais ce n’est pas faire injure à la langue de Vondel, ni s’afficher en « imbécile heureux qui parle quelque langue » de dire qu’entre elle et lui, la confrontation n’est toujours pas vraiment égale. Comme elle ne l’est plus entre l’anglais et le français, les Québécois en savent quelque chose. Et se comportent souvent dans la Belle Province comme les Flamands en Belgique…

Constatons et reconnaissons que si les francophones veulent affronter la Flandre sur le plan territorial, ils n’ont aucune chance de gagner la partie. Mais ils peuvent y mettre un terme en renonçant une fois pour toutes et avec toute la solennité requise à toute revendication territoriale. On n’ajoutera jamais le moindre centimètre carré de terre flamande à la région bruxelloise ou à la Wallonie. Maingain peut danser sur sa tête, rien n’y fera. Et pour Bruxelles, ce n’est même pas un drame: la région économique va bien au-delà des « 19+6 communes » et y ajouter l’une ou l’autre d’entre elles, voire même toutes, ne résoudra aucun problème réel de la région-capitale.

L’idée d’une consultation populaire en vue de déterminer les entités qui rejoindraient Bruxelles n’a aucune chance d’être jamais mise en pratique: il ne se trouvera jamais une majorité, en Flandre, pour l’accepter. Et ce n’est pas forcément antidémocratique: les majorités, ça change. Voyez ce qui s’est passé à Fouron.

L’intérêt des francophones, en tant que communauté linguistique, est ailleurs. Dans le respect des droits linguistiques et culturels des individus. Et là, j’ai la faiblesse de penser que dans une Flandre décrispée parce que sécurisée, il peut, il doit se trouver une majorité politique pour comprendre et accepter l’évidence qu’il existe en son sein des groupes allophones, en ce compris francophones.

On ne sortira toutefois de cette querelle que par le haut, c’est-à-dire en énonçant et en mettant en application des principes généraux valables pour tout le territoire belge, pas en bricolant des régimes d’exception pour des portions de territoire, comme les communes dites à facilités.

Je ne plaide pas ici pour un bilinguisme généralisé, solution qui peut séduire l’intellect mais qui est, ici, incontestablement et irrémédiablement dépassée. Peut-être faudra-t-il, par contre, briser certains tabous, et aller jusqu’à reconnaître une forme ou l’autre de sous-nationalité. Quelqu’un voit-il un problème dans le fait que ma femme, née Française et devenue aussi belge par mariage, ainsi que mes fils, qui ont les deux nationalités, belge et française, peuvent voter pour l’élection du Président de la République et même du membre de l’Assemblée Nationale élu dans la circonscription de leur choix? Cela ne regarde pas la Belgique, mais la France uniquement.

Alors, puisque c’est ça qu’ils veulent, allons au terme de la logique fédérale ou confédérale, comme on voudra. Allons au bout de l’autonomie constitutive et des Communautés « nationales »: autorisons celles-ci à reconnaître la « citoyenneté » communautaire et/ou régionale et à l’organiser comme elles l’entendent. Le reste, c’est-à-dire les droits concrets des citoyens installés sur le territoire d’une autre Communauté que la leur, est affaire d’accords de réciprocité.

Ce n’est pas le lieu d’entrer ici dans les détails de ces mécanismes. Mais je les trouve équilibrés en leur principe (vous pas?): nous, francophones, nous engageons une fois pour toutes à respecter l’intégrité territoriale de la Flandre et le principe de non-immixtion dans ses affaires intérieures; en échange nous ne demandons plus aux Flamands que de traiter équitablement leurs minorités, conformément à la Convention du Conseil de l’Europe qu’ils ont jusqu’ici refusé de ratifier, et notamment de respecter le droit des francophones de Flandre, avec ou sans « facilités », à rester des francophones s’ils le souhaitent. Ils ont lu Camus, quand même, et son fameux: « Ma patrie, c’est ma langue« .

Mais même cela, ils ne le veulent pas, me direz-vous peut-être. Je reste persuadé que ce n’est qu’une manifestation de leur inquiétude rémanente pour ces fichues vieilles questions de territoire et de « tache d’huile ». Acceptons donc de lever pour de bon cette hypothèque en échange d’un accord imaginatif sur le droit des personnes. Et s’ils ne le veulent vraiment pas, alors il faudra malheureusement considérer que nous n’avons plus rien à faire avec ces gens-là.