Il semble que Jean-Luc Dehaene vieillisse vite et mal. Il perd la main. Et la mission de plombier breveté de la Cour qui lui a été confiée en vue de sortir de l’imbroglio BHV est rapidement en train de virer au fiasco. Ce n’est pas une bonne nouvelle, sinon pour ceux qui rêvent d’en découdre.
Jusqu’ici, le profil ultra-bas qu’il avait adopté dans la conduite de sa mission était sans aucun doute habile. Pour autant qu’il ait effectivement travaillé dans l’ombre avec les partenaires désireux d’aboutir à une « solution » honorable, si baroque soit-elle.
Mais là, et à moins d’une surprise du chef qu’il sortirait miraculeusement comme un lapin d’un chapeau buse, son assourdissant silence tombe comme un glacial indice que le pompier n’a peut-être plus la moindre goutte d’eau dans sa citerne.
La décision de Geert Bourgeois de ne pas nommer – de ne jamais nommer les trois bourgmestres FDF de la périphérie bruxelloise – était évidemment malvenue mais, venant d’un parti de l’opposition fédérale, pouvait être considérée comme un impondérable politique. Du même niveau que les propos stupidement provocateurs d’un Maingain.
Le scandale du screening linguistique informel des clients potentiels des promoteurs immobiliers du Brabant flamand est d’un autre tonneau. Evitons, s’il vous plaît, les grands mots usuels et puérils.
Il ne s’agit pas de racisme, de fascisme, ni d’épuration ethnique. Ce qui est excessif est insignifiant. Il s’agit, plus simplement et plus sérieusement de pratiques typiquement mafieuses, punissables de peines d’emprisonnement.
Car c’est bien comme ça que la maffia gouverne. Lâchement. En dehors des règles de droit et sans contrats. D’un côté, vous avez des promoteurs qui font de la… promotion. Pour bosser, ils ont besoin de décisions administratives. On leur fait comprendre, en sous-main mais sans aucune équivoque, que s’ils veulent continuer à travailler avec la commune, il leur faudra respecter certaines « conditions ». Impossibles à traduire en règles de droit, serait-ce en simples circulaires.
Michel Doomst, le bourgmestre CD&V de Gooik l’avoue ingénûment dans De Standaard. Ce n’est pas un aigle. « On ne peut rien imposer, mais celui ne respecte pas les accords aura peu de chances la fois suivante« .
Cela porte un nom. La « coalition de fonctionnaires ». Voire « l’abus d’autorité », qui est un crime politique. Infraction passible de la cour d’assises et punissable de cinq à dix années de détention.
Marino Keulen (Open-VLD) et Eric Van Rompuy (CD&V) l’ont bien compris et se sont publiquement démarqués de ces pratiques.Ils ont bien fait.
Un échevin de Vilvoorde, le socialiste Hans Bonte, affirme maintenant que lesdites pratiques étaient déjà en vigueur sous le maïorat de Jean-Luc Dehaene.
On attend d’urgence un démenti convaincant de l’intéressé. Et la réaction du parquet fédéral.
C’est tout, et ça suffit.
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