Vous n’allez pas me croire, mais il y a une formule à laquelle personne n’a encore pensé, pour résoudre le problème de BHV: l’inversion des points de vue, direction VHB. Je m’explique. Jusqu’ici, il est une cause entendue que les Flamands sont pour la scission de l’arrondissement, et les francophones pour son maintien.

C’est absurde.

Ce sont les Flamands qui devraient s’opposer à la scission, et les francophones, plus encore que la demander poliment: l’exiger comme la plus urgente des priorités.

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Personne ne semble l’avoir encore remarqué parmi les observateurs patentés de la vie politique – dans les éditions papier de mercredi matin, peut-être? – mais la déclaration faite aujourd’hui par la ministre de l’Intérieur Annemie Turtelboom (Open-VLD) me paraît bel et bien et explosive sous ses dehors presque badins.

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Herman Van Rompuy parlait de son nouveau métier ce midi, devant la section belge du Mouvement européen. En français et en néerlandais. Il n’a bien sûr rien dit de fracassant sur la situation politique. Mais j’étais là, tout comme une équipe de la VRT, comme en témoigne cette  petite capsule vidéo de la télé flamande sur laquelle vous apercevrez mes deux sympathiques voisins de table, ainsi que la manche de mon veston – on est peu de chose…

L’un de ces deux voisins, haut fonctionnaire allemand de l’Union à la retraite, vit toujours à Tervuren. Cette commune est limitrophe de Bruxelles, mais elle est aussi la première de l’arrondissement de Louvain et ne fait donc pas partie de BHV.  Michael considère que la région de Bruxelles devrait coïncider avec le Brabant, sans modification des frontières linguistiques.

Ce qui me paraît être la sagesse même, à moi comme à un nombre grandissant de gens qui réfléchissent. Pour le FDF, entraînant à sa suite le « front francophone », il est toutefois bien plus important que les habitants reçoivent leurs convocations électorales en français, sans avoir à le demander à chaque fois. A chacun ses priorités. L’inconvénient majeur étant qu’en s’obnubilant sur des symboles linguistiques sans réelle portée pratique, Maingain et ses boys de la périphérie sont arrivés à faire passer le concept de communauté urbaine pour une invention diabolique chez les Flamands pointus.

En faisant exploser les deux fronts, le flamand et le francophone, on n’aurait aucune peine à rassembler les gens raisonnables pour scinder BHV et parler de choses plus sérieuses. Comment réorganiser pour de bon l’Etat belge, par exemple. Pour qu’on puisse enfin s’occuper des « vrais problèmes », comme ils disent. Moi, je dis ça, je dis rien. Mais l’idée fait son chemin. Voyez Philippe Moureaux.

Retour au point de départ. Au 11 juin 2007. La seule différence, qui n’est notable qu’en théorie, c’est qu’il y a un gouvernement en place. Mais pour combien de temps encore?

Dans les situations de « pat » comme celle-ci – le joueur qui a le trait ne peut déplacer une pièce sans se mettre en échec, ce qui est interdit – la logique démocratique voudrait qu’on déclare la partie nulle et qu’on en commence une autre. En clair, qu’on aille aux élections.

Mais ce serait le chaos. Dans la configuration actuelle, des élections seraient inconstitutionnelles. Oracle de la Cour, gardienne de la Constitution que ministres et parlementaires ont juré d’observer. Le char à voile de l’Etat est encalminé, ensablé, embourbé, enlisé. Paralysé.

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Voilà, dit Dehaene. Moi, j’ai rempli ma mission. A vous, les politiciens d’active, de vous débrouiller maintenant. Je veux bien vous assister encore pour le service après-vente, mais c’est désormais à vous de mener la négociation.

Il y a de la classe dans ce geste théâtral. Mais il fait peur aussi. Le vieux « guide expérimenté » a rendu son oracle, c’est aux poupons dans la pataugeoire à faire la preuve qu’ils sont bien capables de gérer la boutique. Ce dont personne n’est sûr, au fond. Un bon point quand même: la discrétion dont a fait preuve la petite classe – à quelques exceptions près, précise-t-il à l’attention des Olivier et des Joëlle qu’il s’abstient de nommer pour ne pas les humilier – paraît le signe qu’elle a au moins l’intention de faire de son mieux.

Mais quelle gifle aussi. Quasi gaullienne. Une posture qu’on ne connaissait pas encore vraiment dans le registre du « plombier national ».

Le contenu des propositions jetées sur la table par le médiateur royal pour BHV en passe au second plan. Il dit des choses bien plus importantes dans son communiqué final. Jusqu’ici, je n’en ai trouvé la version intégrale qu’en néerlandais, sur le site de la VRT. Mais il faudra lire et relire ce texte essentiel pour la compréhension de la Belgique de 2010 et après. Un texte fondateur, ou une oraison funèbre. Ses destinataires en décideront.

Et d’abord ceci, d’où découle le reste:

« J’ai en effet rarement vécu une illustration plus claire de la philosophie de base qui m’a été apprise par mon père, qui, comme vous le savez, était psychiatre, à savoir que pour comprendre la logique de ses partenaires de discussion, il faut accepter leurs prémisses. Dans ce cas-ci, cela signifie que chaque communauté croît détenir la vérité en se basant sur son propre point de départ. Une communauté part du principe de territorialité ; l’autre du principe de personnalité. Les deux sont en opposition totale. Un compromis n’est possible que si chaque partie est disposée à se départir en partie de sa propre logique, à intégrer des éléments de la logique du partenaire de discussion et inversement. Cela a été le cas lors des compromis conclus lors de chaque phase de la réforme de l’Etat« .

De Sirius, je crois que tout esprit honnête peut adhérer à cette analyse précise et sans complaisance du conflit qui mine l’Etat belge depuis les années 60 au moins. En ce compris la référence à la psychiatrie.

Je suis bien curieux d’observer la nature et l’intensité des ronds  que va déclencher ce pavé nucléaire dans les eaux glauques du marigot…

Curieux mais sceptique: le monde a changé; la Belgique aussi. on a perdu l’habitude d’accepter l’idée que l’Autre puisse se baser sur des prémisses différentes des vôtres. Or, c’était là-dessus que reposait, cahin-caha, le « modèle belge ». Sur une dose suffisante d’empathie. Nous perdrons tous beaucoup, s’il est invalidé.

Allez: pour détendre un peu ce pauvre Olivier qui nous fait un gros popo nerveux au fond de la cave bordelaise où il a trouvé refuge au retour de Marrakech, voici un petit gag qui nous est proposé par une boîte de com’, Medianext.

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Qui de Leen, Fabienne, Candice, Fanny ou Isabel sera Miss BHV (pour « Babes Halle Vilvoorde »)?

Toutes les cinq sont polyglottes et résidentes d’une commune de « HV » qu’elles adooorent toutes. Politiquement, elles sont unanimement un peu bof-bof mais ça n’a après tout aucune importance, niet waar?

On peut voter sur le site, en français comme en néerlandais que pratiquent ces gentilles donzelles. Elles vous le prouvent sur des videos réalisées, je suppose, par Medianext, dont c’est justement le métier. Le hasard fait bien les choses.

PS: J’ai voté, mais je ne vous dirai pas pour qui. Car le vote est secret, non peut-être

Ce soir ou demain matin, on sera fixé. On saura ce qu’a concocté le plombier fédéral pour sortir du guêpier BHV. On a tous nos petites idées, mais il est vain de faire des pronostics.

La seule chose qui est sûre, c’est que l’envie d’un accord a progressé de part et d’autre. Condition nécessaire, mais pas suffisante en soi, pour y arriver.

Pour preuve: l’intervention du bourgmestre non nommé de Wezembeek-Oppem, ce matin à la radio: il ne lie plus la scission de BHV à la nomination des trois bourgmestres MR de la périphérie. Il habille ça sous un langage de fermeté - »c’est un droit, ça ne se négocie pas »- mais ce n’est que logique: le fédéral n’a aucun pouvoir de contraindre le gouvernement flamand à agir dans un sens ou dans un autre.

De son côté, Eric Van Rompuy (CD&V) admet qu’il devra y avoir des concessions flamandes, il demande seulement qu’elles soient « défendables » pour la Flandre.

Bref, on joue les coquettes. Et pour un peu, on croirait presque que c’est Dehaene qui a déclenché l’éruption volcanique et son nuage toxique en Islande: Maingain s’en trouve bloqué à Marrakech et ne pourra assister à la sauterie de ce soir (et de la nuit?)…

Ne croyez cependant pas qu’un éventuel accord entre présidents de partis de la majorité suffira pour aboutir: après, il faudra faire voter le Parlement et, peut-être, affronter la rue. Ou à tout le moins les cris.

Cela ressemble au vieux sketch fameux de Fernand Raynaud. Une dame appelle le plombier pour réparer une fuite. Il lui répond qu’il ne peut venir avant le lendemain. Résignée, la dame sort faire ses courses. Mais le plombier se ravise: comme il est justement dans le quartier, il se dit qu’une petite fuite comme ça, ça ne lui prendra pas beaucoup de temps et il se rend chez la dame.

Il arrive sur le palier et frappe à la porte. C’est Coco, le perroquet, qui demande alors, en prenant la voix de sa maîtresse: « Qui c’est? » Ne sachant pas qu’il n’a affaire qu’à un volatile, l’homme répond: « C’est l’plombier ». Ce qui amuse beaucoup Coco. « Qui c’est? » interroge-t-il à nouveau. Pensant que la dame est un peu dure de la feuille, l’homme de l’art se répète, un ton plus haut. Mais le perroquet, forcément continue.

Avec un art consommé, Raynaud brode alors longuement sur ce thème. Il fait passer le plombier par tous les stades de l’exaspération et du découragement, jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes. C’est alors que la dame revient avec son cabas. En trouvant le gros homme en salopette étendu sur son palier, sans connaissance, elle s’écrie: « Oh, mais… Qui c’est? » Et de l’intérieur de l’appartement, Coco répond: « C’est l’plombier! »

Jean-Luc Dehaene, c’est une façon de parler, est sur le palier de madame Belgique. Lui, il a affaire à deux perroquets. Le premier ne cesse de lui répéter, en néerlandais: « Splitsing BHV! » L’autre, en français, lui débite toute une litanie: « Elargissement de Bruxelles… Nomination des trois bourgmestres de la périphérie… Droit d’inscription… Refinancement de Bruxelles…Retour aux anciennes circonscriptions électorales… »

Et le robinet continue à fuir.

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Il semble que Jean-Luc Dehaene vieillisse vite et mal. Il perd la main. Et la mission de plombier breveté de la Cour qui lui a été confiée en vue de sortir de l’imbroglio BHV est rapidement en train de virer au fiasco. Ce n’est pas une bonne nouvelle, sinon pour ceux qui rêvent d’en découdre.

Jusqu’ici, le profil ultra-bas qu’il avait adopté dans la conduite de sa mission était sans aucun doute habile. Pour autant qu’il ait effectivement travaillé dans l’ombre avec les partenaires désireux d’aboutir à une « solution » honorable, si baroque soit-elle.

Mais là, et à moins d’une surprise du chef qu’il sortirait miraculeusement comme un lapin d’un chapeau buse, son assourdissant silence tombe comme un glacial indice que le pompier n’a peut-être plus la moindre goutte d’eau dans sa citerne.

La décision de Geert Bourgeois de ne pas nommer – de ne jamais nommer les trois bourgmestres FDF de la périphérie bruxelloise – était évidemment malvenue mais, venant d’un parti de l’opposition fédérale, pouvait être considérée comme un impondérable politique. Du même niveau que les propos stupidement provocateurs d’un Maingain.

Le scandale du screening linguistique informel des clients potentiels des promoteurs immobiliers du Brabant flamand est d’un autre tonneau. Evitons, s’il vous plaît, les grands mots usuels et puérils.

Il ne s’agit pas de racisme, de fascisme, ni d’épuration ethnique. Ce qui est excessif est insignifiant. Il s’agit, plus simplement et plus sérieusement de pratiques typiquement mafieuses, punissables de peines d’emprisonnement.

Car c’est bien comme ça que la maffia gouverne. Lâchement. En dehors des règles de droit et sans contrats. D’un côté, vous avez des promoteurs qui font de la… promotion. Pour bosser, ils ont besoin de décisions administratives. On leur fait comprendre, en sous-main mais sans aucune équivoque, que s’ils veulent continuer à travailler avec la commune, il leur faudra respecter certaines « conditions ». Impossibles à traduire en règles de droit, serait-ce en simples circulaires.

Michel Doomst, le bourgmestre CD&V de Gooik l’avoue ingénûment dans De Standaard. Ce n’est pas un aigle. « On ne peut rien imposer, mais celui ne respecte pas les accords aura peu de chances la fois suivante« .

Cela porte un nom. La « coalition de fonctionnaires ». Voire « l’abus d’autorité », qui est un crime politique. Infraction passible de la cour d’assises et punissable de cinq à dix années de détention.

Marino Keulen (Open-VLD) et Eric Van Rompuy (CD&V) l’ont bien compris et se sont publiquement démarqués de ces pratiques.Ils ont bien fait.

Un échevin de Vilvoorde, le socialiste Hans Bonte, affirme maintenant que lesdites pratiques étaient déjà en vigueur sous le maïorat de Jean-Luc Dehaene.

On attend d’urgence un démenti convaincant de l’intéressé. Et la réaction du parquet fédéral.

C’est tout, et ça suffit.

Je fais un pari. Si je le gagne, vous serez éblouis par mon flair politique. Si je le perds, on dira que c’était un poisson d’avril… :-)

D’ici le 30 juin, nous aurons un gouvernement Leterme III.

Ce sera un Olivier transgénique, avec les sociaux-chrétiens, les socialistes,  les écologistes et les libéraux flamands (le transgène).

On aura donc remplacé les 23 députés MR par 14 sp.a., 8 Ecolo et 4 Groen. Ce qui fait 3 de plus. Et, surtout, une majorité dans chaque groupe linguistique: 61 59 des 88 députés flamands et 38 des 62 élus francophones. Soit en tout 99 97 sur 150, à deux doigts de la majorité des deux tiers. [Màj des chiffres: voir le commentaire de Fred, ci-dessous]

Le programme? La crise, bien sûr. Et BHV.

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