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	<title>On a des choses à se dire</title>
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		<title>A toutes les victimes de la folie des hommes</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/11/11/a-toutes-les-victimes-de-la-folie-des-hommes/</link>
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		<pubDate>Sun, 11 Nov 2012 09:22:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Emotions]]></category>

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		<description><![CDATA[Tiens, c&#8217;est  le 11 Novembre. Le 315e jour de l&#8217;année. Pour ceux qui savent, ce fameux poème de John McCrae:
In Flanders Fields
In Flanders Fields the poppies blow
Between crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.
We are the Dead. Short days ago
We lived, <a href='http://blog.pickme.be/2012/11/11/a-toutes-les-victimes-de-la-folie-des-hommes/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tiens, c&#8217;est  le 11 Novembre. Le 315e jour de l&#8217;année. Pour ceux qui savent, ce fameux poème de John McCrae:</p>
<h2 style="text-align: center;"><em>In Flanders Fields</em></h2>
<p style="text-align: left;">In Flanders Fields the poppies blow</p>
<p>Between crosses, row on row,</p>
<p>That mark our place; and in the sky</p>
<p>The larks, still bravely singing, fly</p>
<p>Scarce heard amid the guns below.</p>
<p>We are the Dead. Short days ago</p>
<p>We lived, felt down, saw sunset glow,</p>
<p>Loved, and were loved, and now we lie</p>
<p>In Flanders Fields.</p>
<p>Take up our quarrel with the foe:</p>
<p>To you from failing hands we throw</p>
<p>The torch; be yours to hold it high.</p>
<p>If you break faith with us who die</p>
<p>We shall not sleep, though poppies grow</p>
<p>In Flanders Fields</p>
<p><em>Par Major John McCrae – 1915 &#8211; Boezinge</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><a href="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/11/00111.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3364" title="00111" src="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/11/00111.jpg" alt="" width="333" height="404" /></a><br />
</em></p>
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		<title>Le non-vote utile</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/10/17/le-non-vote-utile/</link>
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		<pubDate>Wed, 17 Oct 2012 11:41:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Idées]]></category>

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		<description><![CDATA[Eh bien non, cette fois je n&#8217;ai pas voté. Ce n&#8217;est pas tout à fait la première fois. Il m&#8217;est déjà arrivé, lors de certaines élections, de déposer dans l&#8217;urne un bulletin blanc. Mais j&#8217;avais toujours, jusqu&#8217;ici, répondu aux convocations. Pas cette fois. Pourquoi?
Ce n&#8217;est bien évidemment pas de la paresse, ni du je m&#8217;en <a href='http://blog.pickme.be/2012/10/17/le-non-vote-utile/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Eh bien non, cette fois je n&#8217;ai pas voté. Ce n&#8217;est pas tout à fait la première fois. Il m&#8217;est déjà arrivé, lors de certaines élections, de déposer dans l&#8217;urne un bulletin blanc. Mais j&#8217;avais toujours, jusqu&#8217;ici, répondu aux convocations. Pas cette fois. Pourquoi?</p>
<p>Ce n&#8217;est bien évidemment pas de la paresse, ni du je m&#8217;en foutisme. C&#8217;est un geste citoyen, en partie pulsionnel, sans doute, mais faites moi la grâce de considérer qu&#8217;à mon âge et avec ma petite expérience, j&#8217;ai appris à canaliser et, dans la plupart des cas, à soumettre mes émotions à ce que commande la Raison. Et j&#8217;ai donc jugé raisonnable, cette fois, de soutenir la &laquo;&nbsp;liste des pêcheurs à la ligne&nbsp;&raquo;.</p>
<p>J&#8217;ai des amis que ça heurte. Je les comprends. J&#8217;aimerais qu&#8217;ils comprennent à leur tour qu&#8217;on puisse considérer que ce peut être un choix démocratique, non d&#8217;enfreindre la loi &#8211; qui n&#8217;en est plus vraiment une depuis que la ministre de la Justice a promis de ne pas sanctionner les infractions -, mais de manquer délibérément à ce que je considère encore comme une obligation morale, comme une marque de solidarité avec la collectivité dont on est membre.</p>
<p>Ce qui m&#8217;a décidé, c&#8217;est quelque part un constat tout simple: si j&#8217;avais été voter,  j&#8217;aurais choisi de donner ma voix à un(e) ami(e) comme j&#8217;en avais sur pratiquement toutes les listes. Ce qui eût été, me semble-t-il, une injure plus grave encore au civisme électoral et à l&#8217;amitié &#8211; pourquoi celui-ci plutôt que telle autre? &#8211; que l&#8217;abstention pure et simple.</p>
<p>Mais il y avait plus.</p>
<p>Il y avait la conviction que mon vote aurait été strictement <em>inutile</em>.</p>
<p><span id="more-3358"></span></p>
<p>La soirée de dimanche et la journée de lundi l&#8217;ont démontré. Et <em><a href="http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/article/772059/pilet-ecarter-le-parti-dominant-n-est-pas-antidemocratique.html" target="_blank">La Libre Belgique</a> </em>le demande même  opportunément aujourd&#8217;hui à un éminent politologue de l&#8217;ULB: &laquo;&nbsp;Ce second tour (NdA: la négociation entre partis pour la formation d&#8217;une coalition) est-il antidémocratique?&nbsp;&raquo;</p>
<p>Bien formé à l&#8217;idéologie dominante et bien-pensante, ledit politologue a répondu que, écoutez, pas du tout: &laquo;&nbsp;C&#8217;est un sentiment compréhensible chez l&#8217;électeur à qui on présente la campagne électorale comme aboutissant au choix du bourgmestre et de la coalition en place&nbsp;&raquo;. Or, &laquo;&nbsp;le choix d&#8217;une majorité dirigeante et du bourgmestre est laissé aux partis qui sont censés s&#8217;accorder  sur un acte de présentation de la majorité&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Incroyablement brutal, le constat est évidemment correct. C&#8217;est la déduction que croit pouvoir en tirer le politologue interrogé par <em>La Libre </em>qui me paraît erronée: un tel système est évidemment &laquo;&nbsp;particratique&nbsp;&raquo;, pas &laquo;&nbsp;démocratique&nbsp;&raquo;.</p>
<p>La démocratie, au sens strict, est un mythe, je le sais bien. On n&#8217;a jamais vu nulle part et on ne verra jamais &laquo;&nbsp;le peuple&nbsp;&raquo; gouverner. C&#8217;est même pour ça qu&#8217;au XIXe siècle, on a inventé la &laquo;&nbsp;nation&nbsp;&raquo;, concept de base et principe fondateur de la démocratie représentative auquel on peut raisonnablement adhérer. Un système politique peut tenter d&#8217;approcher la pureté du concept. Il ne l&#8217;atteindra jamais. Ce n&#8217;est pas une excuse pour le dévoyer et s&#8217;en éloigner toujours plus, comme nous sommes occupés à le faire au profit d&#8217;une caste de dignitaires dont le personnel se recrute par cooptation, et même de plus en plus par filiation, curieux hommage rendu à l&#8217;Ancien Régime et au pouvoir héréditaire.</p>
<p>Replongeons en effet un instant les mains dans le cambouis de l&#8217;actualité et voyons ce que propose notre politologue pour justifier les &laquo;&nbsp;coalitions de battus&nbsp;&raquo; qui se forment si souvent pour rejeter dans l&#8217;opposition les soupirants qui réunissent le plus de suffrages, mais sans atteindre au nirvana de la majorité absolue avec laquelle ils deviendraient &laquo;&nbsp;incontournables&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Il commence par un truisme: &laquo;&nbsp;Le fait de gagner 30% des voix, dit-il, signifie que 70% des électeurs n&#8217;ont pas voté pour vous&nbsp;&raquo;. Certes. Mais cela justifie-t-il qu&#8217;un concurrent qui en a gagné 20 &#8211; et pour qui 80% des électeurs n&#8217;ont donc pas voté &#8211; vous soit préféré, au seul motif qu&#8217;il a préféré renoncer à 50,60 ou 90% de son programme pour obtenir le soutien des autres battus? J&#8217;ai la faiblesse de penser que poser la question, c&#8217;est y répondre.</p>
<p>La formation des coalitions hors du contrôle des électeurs (jusqu&#8217;aux élections suivantes, quand tout ça sera oublié) revient à déposséder ceux-ci de la petite parcelle de pouvoir que leur concède la démocratie représentative. Je ne cite pas d&#8217;exemples, d&#8217;une part parce qu&#8217;ils sont bien connus, de l&#8217;autre parce que ceux qui s&#8217;écroulent aujourd&#8217;hui en hurlant, comme Materazzi sous le coup de boule de Zidane, ont  fait ou feront un jour la même chose quand l&#8217;occasion s&#8217;en présentera.</p>
<p>La particratie a un autre vice, du point de vue de la démocratie, quand on essaie de s&#8217;en approcher par un effort aussi asymptotique que méritoire. Obéissant aux lois de la thermodynamique, elle tend inexorablement à se vider de tout contenu programmatique, ne consacrant plus ses efforts qu&#8217;à prolonger le Système, d&#8217;autant plus menacé de s&#8217;effondrer sur lui-même qu&#8217;il a définitivement renoncé à ses valeurs fondatrices essentielles: <em>liberté, égalité, fraternité</em>. La France de Hollande, après celle de Sarkozy, en offre la parfaite caricature, le nouveau président s&#8217;affichant dans l&#8217;action comme la copie conforme de son prédécesseur, l&#8217;hyperkinésie en moins. Encore la France héritière du gaullisme est-elle mieux &#8211; mais insuffisamment &#8211; protégée de la dictature molle et douceâtre des partis par son système électoral majoritaire à deux tours.</p>
<p>Dimanche, dans ma commune &#8211; peu importe qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;Ixelles, il eût pu s&#8217;agir de n&#8217;importe laquelle des 588 autres -, mon vote avait moins d&#8217;importance qu&#8217;il en a jamais eu. Il m&#8217;a donc paru que le seul geste raisonnable et philosophiquement révolutionnaire que je pouvais poser consistait à ne pas aller voter. Je n&#8217;ai incité personne à faire comme moi. Je n&#8217;ai dit à personne que je ne voterais pas. J&#8217;ai constaté que sans faire la moindre campagne, sans déposer de tracts ni de courrier faussement personnalisé dans les boîtes aux lettres qui en débordaient, le parti auquel j&#8217;ai accordé mon suffrage en a réuni 2.458 de plus qu&#8217;en 2006, soit un gain de 6,13% en considération du nombre d&#8217;inscrits.</p>
<p>Pour une fois, j&#8217;ai voté pour ceux  qui ont gagné ces élections. Il serait démocratique de prendre en compte leur victoire, dans la prochaine réforme de l&#8217;Etat. Ils ne revendiquent pas le moindre portefeuille.</p>
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		<title>&#171;&#160;Est-ce que vous votez à Ixelles?&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Oct 2012 20:57:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ixelles]]></category>

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		<description><![CDATA[Dimanche, onze heures. A Flagey, c&#8217;est jour de marché. Contre toute attente, l&#8217;automate d&#8217;ING, distrait,  a craché un billet de cinquante. La journée commence bien. Même que voilà une jolie fille qui me sourit. &#171;&#160;Vous votez à Ixelles?&#160;&#187;
Je ne songe même pas à  mentir. J&#8217;aurais pourtant dû me méfier: une jolie fille qui porte un <a href='http://blog.pickme.be/2012/10/07/est-ce-que-vous-votez-a-ixelles/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dimanche, onze heures. A Flagey, c&#8217;est jour de marché. Contre toute attente, l&#8217;automate d&#8217;ING, distrait,  a craché un billet de cinquante. La journée commence bien. Même que voilà une jolie fille qui me sourit. &laquo;&nbsp;Vous votez à Ixelles?&nbsp;&raquo;</p>
<p>Je ne songe même pas à  mentir. J&#8217;aurais pourtant dû me méfier: une jolie fille qui porte un tee-shirt <em>par-dessus</em> son polar, un dimanche au marché, c&#8217;est pas naturel. Et comme en plus elle s&#8217;adresse à moi sur un ton enjôleur, c&#8217;est carrément suspect. Je bredouille une excuse et je prends la tangente. A la ferme des 12 Bonniers, j&#8217;achète un poulet et de la compote de rhubarbe. Ils sont super les poulets de la ferme. Pour les légumes, juste en face, à celle de l&#8217;Hosté, il y a une file comme à la rue des Radis, sous l&#8217;occupation que je n&#8217;ai pas connue mais on me l&#8217;a dit.</p>
<p>Direction, la ferme du Roy, pour le pain d&#8217;épeautre. Sur la pointe des pieds, car un Tanguy avec un petit chien demande à quelqu&#8217;un qui attend s&#8217;il vote bien à Ixelles. Le citoyen interpellé doit débarquer tout juste car il répond imprudemment que oui, et le voilà embarqué dans un sermon sur les atouts de la Julie. Je me fais gris muraille. J&#8217;échappe miraculeusement à l&#8217;inévitable question.</p>
<p>Et maintenant <em>Douce France</em>. Non, c&#8217;est pas une copine. C&#8217;est juste pour le jambon et l&#8217;andouille de Champagne. Et, tiens, la saucisse de Toulouse. Avec un aligot de l&#8217;Aubrac? Allez, c&#8217;est dimanche, on fait péter le porte-monnaie de madame. Je me retourne, circonspect. Pas assez. Je tombe nez à nez avec Michel et Yolande. Normalement, je serais content de les voir, surtout Yolande, ça fait si longtemps. Mais ils ont des tee-shirts par-dessus la chemise et Michel profite de ce que j&#8217;ai les mains occupées pour me glisser un papier coloré dans la poche, juste au-dessus de mon dernier billet de 20.</p>
<p>Un morceau de fromage? Le crémier flamand vend aussi de la Westvleteren donker 12° et du Achelse Blauwe. Je lui en demande avec l&#8217;accent car Olivier est dans les parages, immanquable dans son anorak blanc pétant, que je lui demanderais bien si on en fait pas aussi pour hommes &#8211; mais j&#8217;ai trop peur qu&#8217;il en profite pour me demander si, bien que flamant rose infiltré dans l&#8217;oasis francophone, je ne voterais pas des fois à Ixelles.</p>
<p>Je commence à transpirer. Je vire devant la poissonnerie, je salue le marchand de miels et, miracle, la voie est libre. Non? Si. Il y a bien un panneau qui annonce que le marchand d&#8217;à côté s&#8217;appelle Clette mais, j&#8217;ai vérifié, en dépit d&#8217;un patronyme qui paraît prédestiné &#8211; les apparences sont parfois trompeuses -, il ne m&#8217;a pas demandé pas si je votais à Ixelles.</p>
<p>La file est aussi longue chez les autres légumiers. Je retourne donc à l&#8217;Hosté en passant par l&#8217;apéro-bar. Je prendrais bien un ch&#8217;ti muscadet, il me reste quelques pièces, mais je manque de bol: Willy, teint rosé pâlichon, est là, seulâbre devant son picole-debout, mine de cocker rêvant d&#8217;un chaland qui voterait à Ixelles. Non! Pas moi! Pitié, bwana&#8230; Et je m&#8217;enfuis de Charybde, mais pour tomber sur Scylla: voilà Yves qui revient en boîtant du Périgord de ses songes et me demande jovialement, non pas si je vote à Ixelles, il le sait, le bougre, mais si Gaïd a reçu la lettre qu&#8217;il lui a envoyée. Mais qu&#8217;est-ce j&#8217;en sais, moi? Je ne lis pas les lettres qu&#8217;on envoie à ma femme, quand même!</p>
<p>Je prends place dans la file en tremblant, je ne veux que du cerfeuil tubéreux et des patates. Coincé comme un tacot dans la vase, je ne peux échapper à un tee-shirt verdâtre qui m&#8217;interroge: voterai-je bien à Ixelles? Je le regarde, hagard. Il n&#8217;a cure de mon désarroi. Il me tend son programme, imprimé sur papier recyclé. Je lui suggérerais bien de se le carrer où je pense, bien profond dans la raie, mais ce serait injuste: après tout, je ne lui en veux pas plus qu&#8217;aux autres.</p>
<p>J&#8217;ai eu mon cerfeuil tubéreux. J&#8217;ai traversé la rue pour rejoindre ma charrette, garée au diable vauvert. J&#8217;ai rangé mes courses dans le coffre. Je l&#8217;ai refermé. Une petite voix, derrière moi, a demandé si je votais à Ixelles. Son propriétaire barbote peut-être encore avec les canards. Dans les étangs d&#8217;Ixelles.</p>
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		<title>Ne pas céder un pouce</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Sep 2012 15:54:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Idées]]></category>

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		<description><![CDATA[Vingt-quatre ans après Les Versets sataniques, presque jour pour jour, Salman Rushdie publie un nouveau livre auquel il a cette fois donné pour titre son pseudonyme de fugitif: Joseph Anton. Je n&#8217;ai lu ni l&#8217;un, ni l&#8217;autre, mais cela ne fait rien à l&#8217;affaire: ceci n&#8217;est pas une critique littéraire ni des notes de lecture. <a href='http://blog.pickme.be/2012/09/21/ne-pas-ceder-un-pouce/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vingt-quatre ans après <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Versets_sataniques" target="_blank"><em>Les Versets sataniques</em></a>, presque jour pour jour, Salman Rushdie publie un nouveau livre auquel il a cette fois donné pour titre son pseudonyme de fugitif: <em><a href="http://www.slate.fr/lien/61633/salman-rushdie-fatwa-memoire" target="_blank">Joseph Anton</a>.</em> Je n&#8217;ai lu ni l&#8217;un, ni l&#8217;autre, mais cela ne fait rien à l&#8217;affaire: ceci n&#8217;est pas une critique littéraire ni des notes de lecture. C&#8217;est une déclaration de principe. Et je publie ce billet quoi qu&#8217;ait pu dire ou écrire Salman Rushdie, de beau ou de laid, de juste ou d&#8217;injuste, de pieux ou de blasphématoire. Parce qu&#8217;on a le droit ontologique et imprescriptible de tout dire, même ce que condamne la justice des hommes, se déguisât-elle en justice des dieux.</p>
<p>Dans <a href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/09/20/le-fanatisme-de-la-betise_1763053_3260.html" target="_blank"><em>Le Monde des Livres</em></a> d&#8217;aujourd&#8217;hui, Jean Birnbaum rappelle utilement que Rushdie était intervenu, en 1990, pour que soit montré librement en Grande-Bretagne, un film qui décrivait la chasse lancée contre lui &#8211; elle se terminait bien entendu <em>ad maiorem dei gloriam</em> &#8211; et qu&#8217;il décrivait lui-même comme &laquo;&nbsp;une ignoble camelote&nbsp;&raquo;. Birnbaum oppose cette attitude à celle des braillards barbus qui tuent aujourd&#8217;hui pour venger l&#8217;affront qu&#8217;ils croient leur être fait par un autre film, dont la bande-annonce &#8211; que j&#8217;ai vue sur YouTube &#8211; démontre qu&#8217;il n&#8217;est qu&#8217;une &laquo;&nbsp;ignoble camelote&nbsp;&raquo; parfaitement symétrique. Et il conclut avec bonheur: &laquo;&nbsp;Ce qui se joue là, dans la réception si différente de deux nanars débiles, c&#8217;est moins un clash des civilisations qu&#8217;un conflit interne à toute tradition culturelle: la confrontation entre la sensibilité littéraire et la brutalité littérale&nbsp;&raquo;. Magnifique!</p>
<p>L&#8217;islam n&#8217;est bien entendu pas le Mal en soi, mais il en porte les germes en lui, avec ceux du Bien, tout comme la chrétienté ou le judaïsme, ni plus, ni moins. Comme toute religion. Comme toute culture. Comme tous les humains. C&#8217;est pourquoi il ne faut pas céder, jamais, un seul pouce de terrain devant le fanatisme, et refuser toute censure, même du blasphème. On doit pouvoir tout dire, même des conneries, car la moindre concession, sur ce  terrain, serait la négation radicale de la valeur fondatrice ultime de notre humanité.</p>
<p>Mais cette guerre sainte pour la liberté d&#8217;expression ne peut se gagner par les armes. Le glaive est impuissant contre la bêtise. Notre seul outil est la Raison. On peut en user sans modération.</p>
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		<item>
		<title>La chèvre de monsieur Seguin</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/09/06/la-chevre-de-monsieur-seguin/</link>
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		<pubDate>Thu, 06 Sep 2012 15:44:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Du temps de mon enfance &#8211; c&#8217;était déjà il y a un bon demi-siècle, maintenant&#8230; -, on me racontait des histoires et on me faisait lire des livres qui me ravissaient et qui ont laissé des traces mais dont le sens profond m&#8217;échappait parfois. Ainsi de la très fameuse chèvre de monsieur Seguin dont le <a href='http://blog.pickme.be/2012/09/06/la-chevre-de-monsieur-seguin/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/09/Provence2012-039blog.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-3342" title="Provence2012 039blog" src="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/09/Provence2012-039blog.jpg" alt="" width="299" height="448" /></a>Du temps de mon enfance &#8211; c&#8217;était déjà il y a un bon demi-siècle, maintenant&#8230; -, on me racontait des histoires et on me faisait lire des livres qui me ravissaient et qui ont laissé des traces mais dont le sens profond m&#8217;échappait parfois. Ainsi de la très fameuse chèvre de monsieur Seguin dont le sort que je croyais triste me faisait pleurer et me convainquait de la nécessité absolue d&#8217;obéir aux grands, qui savaient ce qui était bon pour moi. C&#8217;est une leçon qu&#8217;on peut assurément tirer du joli conte qu&#8217;on écoute à dix ans frissonnants, puis qui vous reste comme un postulat que jamais plus on ne discute. Mais que se passe-t-il quand on relit la même histoire à soixante, ce qu&#8217;on fait trop rarement car il y a cette autre loi qui énonce que chaque âge a ses plaisirs et que la nostalgie est une perte de temps et d&#8217;énergie?</p>
<p>Mercredi, avec Gaïd, on a garé la voiture à Fontvieille, à l&#8217;ombre des Alpilles, encore baignées dans cette lumière unique que Van Gogh captura avec son pinceau pour la mettre dans ses toiles. On s&#8217;est engagé, à pied, dans le vieux village par la rue Mitifio, le Gaspard à qui Daudet acheta censément son moulin, par licence poétique. Il est toujours là, au surplomb du bourg, porte close sur le grand secret de maitre Cornille. L&#8217;ascension de la montagnette, au soleil de midi, m&#8217;a tiré des ahans et des coulées de sueur, puis m&#8217;a donné une fringale de beaux textes. Au château Montauban, où reposent quelque souvenirs de l&#8217;Alphonse que vénère toujours le pays, je n&#8217;ai pu résister à une belle édition récente, chez Aubéron, des <em>Lettres de mon moulin.</em></p>
<p>De retour dans notre gîte du Comtat, j&#8217;ai relu l&#8217;histoire de la pauvre chèvre. Toute autre s&#8217;est formée dans ma tête la leçon de cet ironique apologue adressé à Gringoire, un poète maudit au pourpoint troué et aux chausses en déroute, Daudet lui-même sans doute, à qui le narrateur tente vainement de démontrer, avec ses raisons d&#8217;adulte, qu&#8217;on ne peut rien gagner à vouloir vivre libre.</p>
<p><span id="more-3340"></span>L&#8217;histoire est connue et finit mal, je ne vous fais pas l&#8217;injure de vous la narrer par le menu. Sa vraie morale n&#8217;est toutefois pas dans la conclusion du récit, mais au cœur de celui-ci: c&#8217;est qu&#8217;il est dans la nature de la chèvre &laquo;&nbsp;de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou&nbsp;&raquo;. Et donc elle échappa à Seguin et gambada. Quand vint le soir avec ses dangers, juste avant de voir dans l&#8217;ombre les yeux du loup qui luisaient de gourmandise,</p>
<blockquote><p><em>Blanquette eut envie de rentrer; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu&#8217;il valait mieux rester</em>&#8230;</p></blockquote>
<p>Face au loup, la chèvre qui fait front n&#8217;a plus qu&#8217;une seule ambition: non de gagner la bataille &#8211; <em>les chèvres ne tuent pas le loup </em>-, mais de tenir au moins jusqu&#8217;au matin en jouant de la corne, comme la Renaude et pour faire aussi bien qu&#8217;elle, puis de s&#8217;allonger &laquo;&nbsp;dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang&nbsp;&raquo;. <em>E piei lou matin, lou loup la mangé</em>.</p>
<p>Je crois que Camus, qui repose pas loin, sous un pied de lavande, à Lourmarin, aurait pu puiser ici la conclusion de son mythe de Sisyphe &#8211; il faut l&#8217;imaginer heureux dans son labeur sans fin -, et aussi Sartre sa morale de la liberté. Rien ne se perd, rien ne se crée, l&#8217;art n&#8217;est que dans la manière de le dire. Daudet ne parle pas qu&#8217;aux enfants dans ses contes. Il a aussi des choses à dire aux sexagénaires qui ont eu dix ans au siècle passé. Et il les dit si bien que le grand Zola lui-même a écrit:</p>
<blockquote><p><em>Daudet  a été ce qu&#8217;il y a de plus rare, de plus charmant, de plus immortel dans une littérature. Les moindres pages écrites par lui garderont la vibration de son âme jusqu&#8217;à la fin de notre langue. </em></p></blockquote>
<p>Les <em>Lettres de mon moulin</em> valent encore d&#8217;être lues, bien plus sans doute qu&#8217;une bonne partie des six cents et quelques romans de la rentrée littéraire 2012.</p>
<p><a href="http://www.auberon.fr/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=24"><img class="aligncenter size-full wp-image-3345" title="Daudet" src="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/09/Daudet.jpg" alt="" width="200" height="295" /></a></p>
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		<title>L&#8217;impôt promeut-il une société de rentiers?</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/08/26/limpot-promeut-il-une-societe-de-rentiers/</link>
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		<pubDate>Sun, 26 Aug 2012 14:17:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Economie]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelques notes rapides à propos de l&#8217;impôt, dans la perspective d&#8217;une réflexion à plus long terme. Je ne prétends pas énoncer des nouveautés bouleversantes, j&#8217;essaie seulement de fixer mes idées et de baliser le terrain. Et je vous invite à commenter et à compléter.
A quoi sert l&#8217;impôt?
Il a trois effets principaux, exprès ou implicites, qui <a href='http://blog.pickme.be/2012/08/26/limpot-promeut-il-une-societe-de-rentiers/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques notes rapides à propos de l&#8217;impôt, dans la perspective d&#8217;une réflexion à plus long terme. Je ne prétends pas énoncer des nouveautés bouleversantes, j&#8217;essaie seulement de fixer mes idées et de baliser le terrain. Et je vous invite à commenter et à compléter.</p>
<p>A quoi sert l&#8217;impôt?</p>
<p>Il a trois effets principaux, exprès ou implicites, qui en font un outil politique majeur:</p>
<p>D&#8217;abord, c&#8217;est évident, il sert à financer les dépenses des pouvoirs publics. C&#8217;est sa fonction première, depuis qu&#8217;il existe, c&#8217;est-à-dire depuis la nuit des temps.</p>
<p>Il opère ensuite, dans des proportions variables, une certaine (re)distribution des ressources entre les contribuables, donnant aux uns ce qu&#8217;il prend aux autres, ou prenant chez les autres ce qui profite aux uns..</p>
<p>Il influe enfin sur les comportements des acteurs sociaux et des agents économiques par ses effets incitatifs ou dissuasifs: les accises sur le tabac ou sur l&#8217;essence, par exemple, pèsent à l&#8217;évidence sur le niveau de leur consommation.</p>
<p>Laissons provisoirement de côté les deux dernières fonctions pour observer la première: le financement des dépenses publiques &#8211; qui ont elles-mêmes des effets redistributifs et incitatifs (ou dissuasifs). C&#8217;est le lieu de la justice (ou de l&#8217;injustice) fiscale.</p>
<p><span id="more-3337"></span>Tout impôt a une assiette qui est d&#8217;abord soit un flux (un revenu, une dépense de consommation&#8230;), soit un stock (un capital, un patrimoine&#8230;) La taxation des stocks est souvent mal vue en ce qu&#8217;elle tend à épuiser progressivement la base imposable: un capital improductif de 1 million qui serait taxé annuellement à 10% serait ramené à 349.000 unités monétaires en 10 ans, 122.000 en 20, 42.000 en 30, etc. L&#8217;ISF français, en 2012, se calcule ainsi sur des taux de 0,25 à 0,5% prélevés sur les tranches supérieures des patrimoines excédant 1,3 million (d&#8217;euros).</p>
<p>Les droits de succession participent un peu à la taxation d&#8217;un capital (l&#8217;assiette de la cotisation est l&#8217;actif net de la succession, non ses revenus) mais ils sont perçus à l&#8217;occasion de la transmission du patrimoine du <em>de cujus</em>, en telle sorte qu&#8217;il s&#8217;agit bien de l&#8217;imposition d&#8217;un flux (mais non récurrent), comme dans le cas d&#8217;une donation. A l&#8217;inverse, la fiscalité immobilière se déguise en taxation d&#8217;un flux en ce qu&#8217;elle se calcule sur un revenu cadastral (fictif), au bénéfice d&#8217;ailleurs des propriétaires de biens mis en location (infra).</p>
<p>L&#8217;enjeu du débat sur l&#8217;ISF me paraît ainsi plus idéologique et symbolique que pratique et la discussion tend à occulter le vrai problème qu&#8217;est l&#8217;opacité du système fiscal quant à son équité.</p>
<p>On admettra assez facilement, je l&#8217;espère &#8211; mais on finit par nourrir quelques doutes à ce sujet&#8230; &#8211; que la participation aux charges publiques de la collectivité devrait normalement se répartir entre les contribuables en fonction de la capacité contributive de chacun.</p>
<p>Sans même entrer dans la discussion sur les mérites respectifs de l&#8217;impôt progressif et du <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Flat_tax" target="_blank"><em>flat tax rate</em></a>, voire de la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Negative_income_tax" target="_blank"><em>negative income tax</em></a>, on notera que notre système se fonde principalement sur le revenu (IPP, ISoc) et sur la consommation (TVA, accises). Mais l&#8217;imposition des revenus favorise déjà outrageusement les rentiers (détenteurs d&#8217;un capital mobilier placé et/ou immobilier loué). C&#8217;est bien connu:</p>
<ul>
<li>l&#8217;immeuble mis en location est taxé sur base des revenus cadastraux et non des loyers effectivement perçus;</li>
<li>précompte mobilier libératoire;</li>
<li>absence de taxation des plus-values sur les cessions de titres mobiliers.</li>
</ul>
<p>Il est impossible pour un tel système de garantir une répartition ds charges publiques en fonction de la capacité contributive des contribuables. Il a été conçu à une autre époque, celle de la société industrielle qui voyait en chaque contribuable un salarié, un indépendant ou une personne à charge de sa famille (enfants, femmes au foyer) ou de la sécurité sociale. Il est devenu profondément inégalitaire et injuste, d&#8217;une part en ce qu&#8217;il fait peser sur le travail une charge absurdement lourde &#8211; et nourrit l&#8217;imploration des entreprises pour une modération salariale et implicitement pour un appauvrissement accru de la classe moyenne -, d&#8217;autre part en ce qu&#8217;il nourrit des &laquo;&nbsp;niches&nbsp;&raquo; fiscales réservées aux mieux nantis. Un simple exemple: des communes réputées &laquo;&nbsp;riches&nbsp;&raquo;, eu égard au standing de leurs résidents, sont financièrement &laquo;&nbsp;pauvres&nbsp;&raquo; parce qu&#8217;un nombre ahurissant de leurs habitants perçoivent leurs revenus au travers de sociétés familiales &#8211; je ne parle pas des vraies PME productives &#8211; non soumises aux additionnels communaux. Ce n&#8217;est pas de la fraude, pas forcément en tout cas. C&#8217;est du favoritisme.</p>
<p>Un autre exemple qui montre que je n&#8217;en ai pas spécialement contre les &laquo;&nbsp;riches&nbsp;&raquo; &#8211; grand bien leur fasse: celui de ce pauvre chômeur complet indemnisé à longue durée dont me parle un contrôleur du fisc et qui n&#8217;est pas non plus &laquo;&nbsp;une épouse de médecin&nbsp;&raquo; inscrite au chômage: en sus de ses modestes allocations, il perçoit 60.000 euros annuels de revenus immobiliers qui lui viennent d&#8217;un immeuble dont il a récemment hérité. Et ne contribue donc pratiquement aux charges publiques qu&#8217;en acquittant le précompte immobilier.Encore une fois, tat miex pourlui s&#8217;il dispose d&#8217;un capital. Doit-il pour autant être exonéré de tout impôt sur le revenu qu&#8217;il paierait cher et vilain s&#8217;il avait 75.000 euros de revenus professionnels?</p>
<p>Il semble que tout le système doive être revu pour la bonne et simple raison qu&#8217;il est probablement dépassé par les faits et ne répond plus à une de ses exigences de base, si tant est qu&#8217;il n&#8217;avait pas pour ambition de promouvoir une société de rentiers.</p>
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		<title>Guy Spitaels est entré dans l&#8217;Histoire</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Aug 2012 14:11:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Belgique]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne sais pas qui est l&#8217;impertinent qui a pour la première fois appelé Guy Spitaels &#171;&#160;Dieu&#160;&#187;, comme François Mitterrand, mais ce pseudo lui allait comme un gant. Encore que Royer voyait juste aussi quand, dans ses caricatures, il habillait le président du parti socialiste en Roi-Soleil perruqué Grand Siècle, manteau de pourpre doublé d&#8217;hermine <a href='http://blog.pickme.be/2012/08/21/guy-spitaels-est-entre-dans-lhistoire/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne sais pas qui est l&#8217;impertinent qui a pour la première fois appelé Guy Spitaels &laquo;&nbsp;Dieu&nbsp;&raquo;, comme François Mitterrand, mais ce pseudo lui allait comme un gant. Encore que Royer voyait juste aussi quand, dans ses caricatures, il habillait le président du parti socialiste en Roi-Soleil perruqué Grand Siècle, manteau de pourpre doublé d&#8217;hermine et tacheté de coqs hardis, souliers à boucle d&#8217;argent et bas de soie surfine. Il avait l&#8217;allure d&#8217;un grand bourgeois, bien plus que le look  d&#8217;un damné de la terre. C&#8217;était rassurant pour <em>La Libre</em>, dont j&#8217;avais rejoint la rédaction politique peu avant qu&#8217;il devienne le &laquo;&nbsp;Patron&nbsp;&raquo; du parti des travailleurs. Non sans mal: contre Glinne, &laquo;&nbsp;Ernest-le-Rebelle&nbsp;&raquo;, le maïeur de Courcelles, il ne fut élu que par 311 voix contre 282, au second tour.</p>
<p>Nous en avions fait notre &laquo;&nbsp;invité du mois&nbsp;&raquo;, une longue interview sur deux pages que je rédigeais, comme benjamin de la rédaction, à partir d&#8217;une longue conversation de salon à laquelle participait une bonne dizaine de journalistes-maison. Dont Jacques Franck et Jacques Hislaire, qui avaient été ses condisciples à l&#8217;Université catholique (mais si&#8230;) de Louvain et qui y avaient connu la fameuse visite du faux Baudouin Ier, un canular auquel Spitaels avait activement participé. On était donc partis pour les souvenirs d&#8217;ancien combattants, ceux des Jacques et ceux de Guy, mais ce dernier avait un message à marteler: &laquo;&nbsp;Je veux vous dire que je me sens de plus en plus socialiste et de plus en plus wallon&nbsp;&raquo;. Ce qui jeta comme un froid perplexe dans cette sage assemblée qui ne s&#8217;attendait pas du tout à celle-là&#8230;</p>
<p>Ils connaissaient le Spitaels gestionnaire, chef cab&#8217; de Leburton, et ministre lui-même depuis 77. Ils découvraient un idéologue mitterrandien préconisant le socialisme contre la social-démocratie, un &laquo;&nbsp;socialisme du possible&nbsp;&raquo;, sans doute, mais le socialisme quand même. Et wallon en plus, pas &laquo;&nbsp;belge&nbsp;&raquo;. Ce n&#8217;était pas vraiment la tasse de thé de mes collègues de l&#8217;époque. En mai, Mitterrand fut élu outre-Quiévrain mais la gauche wallonne (la flamande aussi, d&#8217;ailleurs) fut remballée dans l&#8217;opposition aux gouvernements Martens-Gol jusqu&#8217;en 87.</p>
<p><span id="more-3331"></span>A partir de 83, moi je suis passé au &laquo;&nbsp;Vif&nbsp;&raquo;, qui se créait. C&#8217;est là que j&#8217;ai pris l&#8217;habitude d&#8217;assister aux conférences de presse hebdomadaires du Spit&#8217;, après le bureau du parti. Il arrivait dans la petite pièce sinistre où nous l&#8217;attendions en échangeant les derniers potins. Il s&#8217;asseyait au centre et commentait sobrement son communiqué. Dans un style parfois énigmatique: Spitaels n&#8217;a jamais parlé pour ne rien dire mais les messages étaient souvent codés, il fallait en apprendre les clés. Et aux généreux buffets qui suivaient les congrès, j&#8217;étais désormais admis à la table des &laquo;&nbsp;grands&nbsp;&raquo;, la petite dizaine de plumitifs qui déjeunaient avec le président, la piétaille devant se contenter des deuxièmes et troisièmes couteaux répartis entre les autres tables.</p>
<p>Un jour, à la Madeleine, le président me prend à part à la fin du repas. &laquo;&nbsp;Monsieur Bricman, me dit-il (il prononçait &laquo;&nbsp;Bric-mant&nbsp;&raquo;, à la belge, alors que dans la famille on dit &laquo;&nbsp;Bric-manne&nbsp;&raquo;, comme pour Schuman), voyez comme c&#8217;est ennuyeux: nous sommes entre nous, avec Christiane (Lepère, RTBF-TV), Martine (Van Breuseghem, RTBF-radio), Monique (Discalcius, Belga), Jacques (van Solinge, Le Soir), Jean (Guy, Le Peuple), Robert (Falony, La Wallonie), Josse (Schoonbroodt, La Cité), Guy (Daloze, La Libre), et vous, c&#8217;est &#8216;monsieur Bricman&#8217;. Alors, ni vous, ni moi, n&#8217;aimons qu&#8217;on nous tape sur le ventre, mais dites-moi: est-ce que cela vous gêne si désormais je vous appelle &#8216;Charles&#8217;?&nbsp;&raquo; Cela m&#8217;a surpris car ils sont rares, les hommes politiques qui font preuve de ce type de délicatesse, mais j&#8217;ai répondu: &laquo;&nbsp;Pas du tout, je vous en prie&#8230; Guy&nbsp;&raquo;. Là, je me suis un peu forcé, il le fallait, je n&#8217;avais pas trente ans et, en face de moi, j&#8217;avais un monstre sacré de la politique nationale.</p>
<p>La relation du journaliste avec les hommes politiques est un art subtil qui tient de la dialectique du porc-épic: il faut être assez proche pour établir les connexions, mais aussi savoir se tenir à distance suffisante pour ne pas se faire embrocher sur les piques de l&#8217;animal et ne pas se trouver enrôlé dans la cohorte des complaisants de la Cour. Avec Spitaels ce n&#8217;était pas trop compliqué. Il n&#8217;aimait pas qu&#8217;on le critique, cela va de soi, mais il acceptait les désaccords &#8211; pourvu qu&#8217;ils fussent raisonnablement argumentés &#8211; et il méprisait discrètement les serviles.</p>
<p>Il y a deux ans à peu près, j&#8217;ai eu le plaisir de le retrouver pour un tête-à-tête autour d&#8217;une bonne table comme il les affectionnait. Je lui ai raconté qu&#8217;un jour, on m&#8217;a refusé un article dans lequel je critiquais une position prudente qu&#8217;il avait prise. Son visage s&#8217;est allongé et il m&#8217;a dit: &laquo;&nbsp;Charles, j&#8217;espère que tu ne penses pas que c&#8217;est moi qui&#8230;&nbsp;&raquo; Non, Guy, pas une seule seconde&#8230;</p>
<p>Le style, c&#8217;est l&#8217;homme, a écrit Chateaubriand. Encore faut-il qu&#8217;il en ait un, de style. Spitaels n&#8217;en manquait pas. José Fralon, qui fut le correspondant du &laquo;&nbsp;Monde&nbsp;&raquo; à Bruxelles, disait de lui qu&#8217;il était peut-être le seul Belge qu&#8217;on verrait bien en ministre de la République. C&#8217;est sans doute très injuste pour quelques autres &#8211; et c&#8217;est aussi une remarque qui commence à dater quand on voit qui est parfois ministre en France aujourd&#8217;hui -, mais il est sûr que &laquo;&nbsp;le Spit&#8217;&nbsp;&raquo; était d&#8217;un format rare en Belgique. Il avait une vision, qu&#8217;on peut partager ou pas, mais c&#8217;était une vision. Il avait de la classe, tout simplement, ce qui implique le fond aussi bien que la forme.</p>
<p>La nuit dernière, Guy Spitaels est entré dans l&#8217;Histoire. On peut penser qu&#8217;il souffrait peut-être de n&#8217;être plus consulté. Il avait pourtant des choses à dire mais elles ne sont probablement pas de celles que ses successeurs aimeraient entendre. Le parti est légitimiste et un brin &laquo;&nbsp;stalinien&nbsp;&raquo;: on ne critique pas le &laquo;&nbsp;Patron&nbsp;&raquo;, pas en public. Or, il ne fait pas mystère que le Roi-Soleil des années 80 avait peu d&#8217;affinités avec l&#8217;actuel. Maintenant qu&#8217;il est l&#8217;affaire des historiens, on va pouvoir enfin rouvrir le dossier Spitaels, avec ses lumières et ses ombres. Si seulement il avait pu laisser quelque part le manuscrit de ses Mémoires, dont j&#8217;ignore complètement s&#8217;il y a travaillé. Il nous manque, ce curé Meslier de la politique qui, du fond de sa tombe, nous livrerait enfin <em>sa</em> vérité nue, celle qu&#8217;on ne dit pas de son vivant.</p>
<p>Mais ma conclusion provisoire est que ce monde est bien cruel. Tout passe, tout casse, tout lasse, savait déjà Héraclite. Même &laquo;&nbsp;Dieu&nbsp;&raquo;.</p>
<p>PS: La petite interview que j&#8217;avais réalisée de Guy Spitaels sur un an de présidence Obama, en novembre 2009:</p>
<p><a href="http://blog.pickme.be/2012/08/21/guy-spitaels-est-entre-dans-lhistoire/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
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		<title>Absences citoyennes</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/08/09/absences-citoyennes/</link>
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		<pubDate>Thu, 09 Aug 2012 08:50:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>

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		<description><![CDATA[Les JO m&#8217;énervent, mais je suis avec intérêt, j&#8217;avoue, les beaux efforts et les progrès des Red Lions et des Red Panthers qui ravissent le modeste hockeyeur que je fus &#8211; et suis toujours dans mon cœur mauve et blanc de Beerschotman. Nous avons tous nos jardins plus ou moins secrets. Ce qui m&#8217;effraie, c&#8217;est <a href='http://blog.pickme.be/2012/08/09/absences-citoyennes/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les JO m&#8217;énervent, mais je suis avec intérêt, j&#8217;avoue, les beaux efforts et les progrès des Red Lions et des Red Panthers qui ravissent le modeste hockeyeur que je fus &#8211; et suis toujours dans mon cœur mauve et blanc de Beerschotman. Nous avons tous nos jardins plus ou moins secrets. Ce qui m&#8217;effraie, c&#8217;est la jachère qu&#8217;est devenue le jardin public, et le bordel qui s&#8217;est installé sur le forum et l&#8217;agora.</p>
<p>Même moi, oui, regardez: ce n&#8217;est pas tant que j&#8217;alimente moins souvent ce blog que je ne l&#8217;ai fait depuis sa création en 2007 &#8211; il n&#8217;est pas toujours nécessaire ni opportun d&#8217;ajouter du bruit au bruit -, c&#8217;est que réseaux sociaux ou pas, nous respectons tous les ordres du jour que nous impose Big Brother. Et on s&#8217;excite sur Michelle Martin, papa Daerden &#8211; qu&#8217;il repose en paix &#8211; ou les fesses joliment rebondies des beachvolleyeuses, j&#8217;en passe et de meilleures encore, au moment où le monde s&#8217;effondre sur lui-même. Dans l&#8217;indifférence insouciante des passagers du Titanic avant l&#8217;iceberg.</p>
<p>L&#8217;euro, ainsi, va exploser. Ce n&#8217;est pas fait mais &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo; s&#8217;en occupe. <a href="http://euobserver.com/economic/117187#.UCNds9ZSuV9.facebook" target="_blank">Juncker vient de dire</a> que la sortie de la Grèce serait &laquo;&nbsp;gérable&nbsp;&raquo; et que si ça se produisait, il le saurait 48 heures avant que les journaux le découvrent. C&#8217;est peut-être présomptueux de sa part &#8211; qui vivra, verra &#8211; mais ça traduit bien la régression à l&#8217;Ancien Régime que nous vivons, quand les monarques de droit divin décidaient de la guerre ou de la paix, de la vie ou  de la mort, sans tenir le moindre compte de ce que voulaient leurs peuples.</p>
<p>C&#8217;est toujours comme ça dans les questions monétaires, me direz-vous: un changement de parités ne peut réussir que si elle prend les marchés de vitesse. Certes. Mais les manipulations monétaires sont la traduction d&#8217;une politique, et dans une démocratie représentative, le peuple choisit ses gouvernants. Qui a choisi ceux qui &laquo;&nbsp;gouvernent&nbsp;&raquo; aujourd&#8217;hui &#8211; les guillemets sont de rigueur &#8211; l&#8217;Union européenne?</p>
<p>Pas les peuples d&#8217;Europe, en tout cas. Il n&#8217;y a pas d&#8217;opinion publique européenne. Il n&#8217;y a pas de débat public sur l&#8217;Europe. Rien. Nada. Niets.</p>
<p>C&#8217;est notre faute à tous, aussi. La régression démocratique est le signe irréfutable d&#8217;une décadence dans l&#8217;histoire du monde. Le cycle actuel a commencé aux environs du XVIIIe siècle, avec les grands penseurs des Lumières qui s&#8217;appuyaient sur l&#8217;imprimerie. Je suis tenté de croire que le prochain débutera avec les penseurs qui s&#8217;appuieront sur internet pour découvrir de nouveaux horizons. Mais il est temps qu&#8217;ils se manifestent si nous ne voulons pas en prendre pour quelques siècles de moyen-âge. Il faut réinvestir le jardin public, nous avons des Cités humaines à repenser.</p>
<p>Lire aussi: <a href="http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/754325/l-euro-sombrera-t-il-dans-l-indifference-citoyenne.html" target="_blank">L&#8217;euro sombrera-t-il dans l&#8217;indifférence citoyenne?</a>, de Pierre Defraigne.</p>
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		<title>Bij Adelientje, à Oostende&#8230;</title>
		<link>http://blog.pickme.be/2012/07/27/bij-adelientje-a-oostende/</link>
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		<pubDate>Fri, 27 Jul 2012 16:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonnes adresses]]></category>

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		<description><![CDATA[Bien sûr, on peut toujours commander un steak chez Adelientje. Il y en a même un à la carte, et aussi un filet pur. Mais ce serait aussi baroque qu&#8217;un waterzooi gantois dans une crêperie bretonne ou qu&#8217;un textile sur une plage FKK. On va chez Adelientje pour manger des produits à peine sortis de <a href='http://blog.pickme.be/2012/07/27/bij-adelientje-a-oostende/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bien sûr, on peut toujours commander un steak chez <a href="http://www.restaurantadelientje.be/fr/index.asp" target="_blank">Adelientje</a>. Il y en a même un à la carte, et aussi un filet pur. Mais ce serait aussi baroque qu&#8217;un waterzooi gantois dans une crêperie bretonne ou qu&#8217;un textile sur une plage FKK. On va chez Adelientje pour manger des produits à peine sortis de la mer du Nord, c&#8217;est juste à côté du vieux marché aux poissons, Bonenstraat, 9, à Ostende, à deux pas de là-même où &laquo;&nbsp;les chevaux de la mer fracassaient leur crinière devant le casino désert&nbsp;&raquo; (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Roger_Caussimon" target="_blank">Jean-Roger Caussimon</a>).</p>
<p>C&#8217;est mon vieil ami Louis Willems, l&#8217;inoubliable &laquo;&nbsp;Profiteroles&nbsp;&raquo; qui signait la chronique gastronomique dans <em>La Libre</em> du bon vieux temps, qui m&#8217;a fait découvrir cette adresse il y a, oh! bien trente ans déjà. Il avait son bureau en face du mien, Wilou. Un jour qu&#8217;il était 11h30, il me demande si je suis libre à midi et si j&#8217;ai ma voiture. C&#8217;était l&#8217;indice qu&#8217;il avait une petite envie et qu&#8217;on déjeunerait à deux, ailleurs que dans les environs immédiats. Je lui demande où je dois nous conduire. &laquo;&nbsp;A Ostende&nbsp;&raquo;, me dit-il avec un grand sourire. Cent kilomètres à peu près. Avec ma R5, on y sera en une bonne heure à peine. Retour prévu vers 15h30, bien assez tôt pour boucler l&#8217;édition. C&#8217;est parti&#8230;</p>
<p>J&#8217;étais hier soir à Ostende avec Gaïd. Nous avions envie de moules, la saison vient de commencer et <a href="http://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-saison-des-moules-de-zelande-a-debute?id=7799249" target="_blank">il paraît qu&#8217;elles sont particulièrement bonnes, cette année</a>. J&#8217;ai pensé bien sûr à Adelientje, je n&#8217;avais pas du tout envie d&#8217;une cantine à touristes et mes nostalgies sont ce qu&#8217;elle sont. &laquo;&nbsp;Tu crois que ça existe encore?&nbsp;&raquo; me demande ma moitié que j&#8217;y avais emmenée il y a quelques années. &laquo;&nbsp;Non, peut-être&nbsp;&raquo;, rétorqué-je plein d&#8217;assurance. Les deux vitrines sont en effet toujours là, sans tralala, mais il y a maintenant une petite terrasse où on ne s&#8217;assiérait peut-être pas spontanément, si l&#8217;on ne savait pas.</p>
<p>L&#8217;endroit a toute une histoire qui se résume à ceci: c&#8217;était au départ un &laquo;&nbsp;bête&nbsp;&raquo;" bistrot dans lequel les pêcheurs à la ligne de l&#8217;estacade apportaient leurs prises pour les faire cuire par Adeline et les déguster à la bonne franquette. Puis c&#8217;est devenu un vrai resto, il ne fallait plus apporter &laquo;&nbsp;son manger&nbsp;&raquo; qu&#8217;on venait de pêcher, mais les recettes sont restées les mêmes. La carte? Simplissime. Outre les steaks déjà évoqués pour le fun, cette méthadone des camés du carné, il y a du cabillaud, de la sole, de la plie, de la raie, du saumon et de la lotte. Et des moules en saison. Trois ou quatre préparations de chaque, pas plus. Sans chichis. J&#8217;ai demandé ce que c&#8217;était que les &laquo;&nbsp;mosselen van het huis&nbsp;&raquo; mais quand on nous a dit que c&#8217;était avec du curry et du pesto rouge, nous avons choisis les nôtres &laquo;&nbsp;natuur&nbsp;&raquo;, c&#8217;est-à-dire marinières.Le patron a eu l&#8217;air de nous approuver, il doit aimer les moules pour ce qu&#8217;elles sont, lui aussi. Pour les éternels frustrés, je préciserai aussi qu&#8217;il voulait parler français mais que c&#8217;est moi qui ai poursuivi en néerlandais, parce que sinon je ne ferai plus jamais de progrès.</p>
<p>C&#8217;était à la fois copieux et vachement bon. &laquo;&nbsp;<em><a href="http://www.youtube.com/watch?v=N8Fih-A73kg&amp;feature=related" target="_blank">Et la bière on nous la servait, bien avant qu&#8217;on en redemande</a>&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Avec une Rodenbach (pour l&#8217;apéro, servi avec un petit bol de crevettes grises à décortiquer soi-même) et trois Duvel, ça nous a côuté 57 euros à deux. Il y avait longtemps que je n&#8217;avais plus dîné dans un vrai restaurant pour si peu, et encore: les moules sont plus chères tous les ans, à la sortie des parcs de Zélande. Chez Adelientje, la (grosse) casserole marinière est facturée cette année à 21,50, cinquante centimes de plus qu&#8217;à la place du Jeu de balle pour le 21 juillet, où je ne suis pas du tout sûr qu&#8217;elles étaient aussi charnues et goûteuses, tout en étant certain qu&#8217;on est mieux assis chez Adelientje.</p>
<p>J&#8217;ai seulement eu un doute quand le patron nous a dit que son lecteur de cartes de crédit était en rade. Mais comme ses moules et sa bière nous avaient mis de belle humeur, on a mis ça sur le compte des temps qui sont durs et de la saison qui est si brève&#8230;</p>
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		<title>La &#171;&#160;Lettre au Roi&#160;&#187; de Destrée a cent ans</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jul 2012 10:59:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Bricman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Belgique]]></category>

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		<description><![CDATA[D&#8217;ici quelques jours, le 15 août très précisément, la très célèbre Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre sera centenaire. Je ne suis pas un inconditionnel de ces commémorations convenues mais cent ans, c&#8217;est après tout une occasion comme une autre de remuer le passé pour y chercher les <a href='http://blog.pickme.be/2012/07/23/la-lettre-au-roi-de-destree-a-cent-ans/'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/07/439px-Jules_Destrée_1863-1936.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-3316" title="439px-Jules_Destrée_(1863-1936)" src="http://blog.pickme.be/wp-content/uploads/2012/07/439px-Jules_Destrée_1863-1936-219x300.jpg" alt="" width="219" height="300" /></a>D&#8217;ici quelques jours, le 15 août très précisément, la très célèbre <em>Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre</em> sera centenaire. Je ne suis pas un inconditionnel de ces commémorations convenues mais cent ans, c&#8217;est après tout une occasion comme une autre de remuer le passé pour y chercher les repères qui balisent le siècle. Et celui-là en est un qui n&#8217;est pas contestable, le plus sûr indice étant qu&#8217;on en parle et s&#8217;y réfère depuis belle lurette, le plus souvent sans l&#8217;avoir lu, n&#8217;en retenant que l&#8217;apostrophe fameuse qui ravit les uns et révulse les autres: <em>Sire, il n&#8217;y a pas de Belges.</em></p>
<p>Sur la forme d&#8217;abord, c&#8217;est vraiment un très beau texte comme on savait les écrire en ce temps-là, qui se déroule sur vingt-quatre pages de la <em>Revue de Belgique</em> (voir <a href="http://www.institut-destree.eu/Publications/Jules-Destree_Lettre-au-roi_1912-08-15_Extrait_Revue-de-Belgique.pdf" target="_blank">ce fac-similé du tiré à part</a>, accessible sur le site de l&#8217;excellente revue <a href="http://www.larevuetoudi.org/" target="_blank"><em>Toudi</em></a>, chère à mon ami José Fontaine).</p>
<p>Quant au fond, s&#8217;il fit grand bruit et nourrit la controverse &#8211; même le<a href="http://query.nytimes.com/mem/archive-free/pdf?_r=1&amp;res=9B04E3DA113AE633A2575BC0A96F9C946396D6CF&amp;oref=slogin" target="_blank"> <em>New York Times </em></a>en a parlé -, il n&#8217;était pas vraiment nouveau: il est une formulation retravaillée et resserrée d&#8217;analyses et d&#8217;idées que Destrée exprimait depuis 1898 au moins et qui sont celles aussi du Mouvement wallon naissant. La conjoncture politique particulière de l&#8217;été 1912 en explique aussi la naissance: en dépit de l&#8217;élargissement du droit de vote, les élections législatives du 2 juin avaient confirmé la majorité absolue des catholiques qui régnaient alors sans partage sur la Flandre et, de là, sur toute la Belgique. Cruelle déception pour les socialistes et libéraux wallons qui s&#8217;étaient présentés dans toute le pays en cartel &laquo;&nbsp;des gauches&nbsp;&raquo;.</p>
<p>C&#8217;est finalement là le cœur de l&#8217;argumentation de Destrée: à la page 18, il montre que dans les arrondissements de langue française, l&#8217;opposition socialiste et libérale a recueilli 708.056 suffrages, pour466.927 à la majorité catholique, tandis qu&#8217;en Flandre, le résultat est très exactement inverse: 733.097 voix pour les cléricaux, 382.924 pour les gauches. &laquo;&nbsp;<em>Le parallélisme inverse de ces résultats est etraordinaire&nbsp;&raquo;, </em>écrit Destrée. &laquo;&nbsp;<em>Cette situation est évidemment grave. Elle révèle l&#8217;opposition des idéals </em>(sic)<em> du Nord et du Sud. L&#8217;on n&#8217;y conçoit pas de même les directions à donner aux affaires publiques. Bien plus, les mêmes mots essentiels: liberté, justice, prospérité nationale, divisent, au lieu de rapprocher, puisqu&#8217;ils ont un sens différent selon qu&#8217;on les prononce en Flandre ou en Wallonie</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>On croirait presque entendre Bart De Wever constater que la Belgique n&#8217;est en définitive que la juxtaposition maladroite de deux démocraties distinctes&#8230;</p>
<p><span id="more-3315"></span></p>
<p>Le député de Charleroi cependant, n&#8217;était pas anti-flamand, et encore moins anti-belge. C&#8217;était un socialiste wallon, un grand bourgeois francophone de son temps rallié au POB par choix intellectuel. Qui s&#8217;irrite des avancées du Mouvement flamand &#8211; même s&#8217;il a lui-même voté le &laquo;&nbsp;loi d&#8217;Egalité&nbsp;&raquo;: &laquo;&nbsp;<em>La revendication: </em>In Vlaanderen vlaamsch, <em>légitime aussi longtemps qu&#8217;elle se bornait à réclamer l&#8217;usage <span style="text-decoration: underline;">facultatif</span></em> (c&#8217;est moi qui souligne) <em>du flamand en Flandre, est devenue un cri de guerre signifiant l&#8217;usage exclusif de la langue locale</em>&laquo;&nbsp;. Mais le droit qu&#8217;il invoque pour le Wallon d&#8217;appeler Antwerpen, Anvers, et de s&#8217;adresser en français à son administration communale, ne l&#8217;empêche pas de s&#8217;indigner de <em>la frénésie des traducteurs que nous payons pour défigurer, de la manière la plus saugrenue, les noms de nos villes et de nos villages</em>, puis de redouter que vienne le jour où <em>la contrainte administrative nous imposera ce bilinguisme inutile et vexant</em>.Bref, le bilinguisme, c&#8217;est pour les Flamands car il y a un &laquo;&nbsp;fait&nbsp;&raquo;, c&#8217;est <em>la répugnance marquée que le Wallon a pour l&#8217;étude de la langue flamande. </em>Et donc, <em>l&#8217;exigence </em>(de bilinguisme pour les fonctionnaires &#8211; NdA)<em> devient blessante et vexatoire et les Wallons se trouvent et se trouveront de plus en plus écartés en Flandre et en Wallonie même, des emplois publics</em>.</p>
<p>Cette façon qu&#8217;a l&#8217;ami Jules de tenir cette fois la plume pour les plus radicaux des militants FDF m&#8217;amuse autant qu&#8217;elle me semble affaiblir son discours mais rendons lui cette justice: la question des langues n&#8217;est pas si centrale dans son exposé car les griefs qu&#8217;il invoque au nom de la Wallonie &#8211; encore prospère, en 1912, même si tous les Wallons n&#8217;y participent pas de la même manière, loin s&#8217;en faut &#8211; sont principalement politiques, économiques et sociaux.</p>
<p>Quelques lignes d&#8217;anthologie aussi pour un bêtisier du siècle que je ne résiste pas à reproduire ici in extenso: &laquo;&nbsp;<em>Une seconde espèce de Belges</em> (la première se compose à ses yeux des Flamands qui parlent français &#8211; NdA) <em>s&#8217;est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante.Elle semble avoir additionné les défauts des deux races </em>(sic),<em> en perdant leurs qualités. Elle a pour moyen d&#8217;expression, un jargon innommable dont les familles Beulemans et Kakebroek ont popularisé la drôlerie imprévue. Elle est ignorante et sceptique. Elle a pour idéal un confortable médiocre. Elle ne croit à rien, est incapable de générosité ou d&#8217;enthousiasme, soupçonne toujours chez autrui le mobile bas et intéressé, abaisse par la &laquo;&nbsp;zwanze&nbsp;&raquo; toute idée qui la dépasse. Certains laudateurs de cette platitude en ont voulu faire une vertu: le &laquo;&nbsp;middelmatisme&nbsp;&raquo;, mot aussi laid que l&#8217;état d&#8217;esprit signifié. Le patriotisme de ces middelmates est nul, ils accepteraient bénévolement toute domination qui ne dérangeait point leurs aises coutumières. Cette population de la capitale, dont quelques échantillons épars existent en province, n&#8217;est point un peuple: c&#8217;est un agglomérat de métis&nbsp;&raquo;. </em></p>
<p>Un passage que n&#8217;aurait sans doute pas désavoué Baudelaire dans ses imprécations sur la ville qui l&#8217;accueillit dans son exil mais ne reconnut pas son génie, pas suffisamment en tout cas à ses yeux. Là-dessus, une demi-gueuze dans la tronche pour Jules, de la part des <em>zinnekes</em> dont je m&#8217;honore d&#8217;être un modeste échantillon balbutiant un jargon innommable, mais passons&#8230;</p>
<p>Ce texte mérite qu&#8217;on y revienne et s&#8217;y attarde au-delà de son centenaire car il est fondateur. Quand il parle, dès son intitulé, de &laquo;&nbsp;séparation&nbsp;&raquo;, ce n&#8217;est pas ce que nous appelons aujourd&#8217;hui le séparatisme qu&#8217;il convoque. Se revendiquant d&#8217;entrée de jeu <em>internationaliste</em>, en tant que socialiste (p.2), et considérant que si internationalisme il y a, cela suppose l&#8217;existence de nations, Destrée conclut (p.23) par une interrogation rhétorique: &laquo;&nbsp;<em>Une Belgique faite de l&#8217;union de deux peuples indépendants et libres, accordés précisément à cause de cette indépendance réciproque, ne serait-elle pas un Etat infiniment plus robuste qu&#8217;une Belgique dont une moitié se croirait opprimée par l&#8217;autre moitié?</em>&nbsp;&raquo; Un peu plus loin, il ajoute toutefois n&#8217;avoir, &laquo;&nbsp;<em>pour la solution de cet inquiétant problème, qu&#8217;un espoir limité dans notre monde politique</em>&laquo;&nbsp;. On ne peut pas dire que le siècle qui suivit lui donna tort sur ce point, si ce n&#8217;est qu&#8217;on nous épargna la guerre civile, en raison probablement d&#8217;un heureux &laquo;&nbsp;middelmatisme&nbsp;&raquo;, plus largement répandu chez nous qu&#8217;étroitement circonscrit à Bruxelles&#8230;</p>
<p>Tiens, ce serait sans doute intéressant qu&#8217;un Bart De Wever, par exemple, se fende d&#8217;un essai de son crû sur le centenaire de la <em>Lettre</em> de Jules Destrée. Si quelqu&#8217;un pouvait lui en souffler l&#8217;idée&#8230;</p>
<p>Lire aussi dans <em>Toudi</em>: <a href="http://www.larevuetoudi.org/fr/story/notes-sur-le-centenaire-de-la-lettre-au-roi-de-destr%C3%A9e" target="_blank">Note sur le Centenaire de la Lettre au Roi</a> (compte-rendu d&#8217;une journée d&#8217;étude du 24 avril)</p>
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