Auntie, rue Grétry à Bruxelles

Je ne suis pas sûr de vous avoir déjà avoué mon goût prononcé pour la cuisine asiatique en général et chinoise en particulier. Quand je dis « chinoise« , c’est une façon de parler: il y a plus de cuisines chinoises que de cuisines européennes, comme on ne s’en rend pas compte en ingurgitant son chop-suey ou ses beignets de porc à l’aigre-doux chez le dragon impérial du coin. C’est parfois mangeable, sinon bon, mais le plus souvent à des années-lumière de ce qu’on goûte vraiment en Chine.

Je ne vais pas faire le malin, notez bien: je n’y suis encore jamais allé, en Chine. Jusqu’à hier midi, où j’ai déjeûné chez Auntie. On dit que c’est au 25 de la rue Grétry, entre la Bourse et de Brouckère, à Bruxelles, mais je n’en crois rien. C’est à Pékin, c’est pas possible, ou à Shangaï. A l’intérieur, on ne voit d’ailleurs pratiquement que des Chinois, réunis autour de grandes tablées familiales, comme là-bas me dit-on.

Nous n’étions que deux, ce qui est un handicap pour des repas qui se composent de préférence d’une multitude de plats que l’on partage. Il a donc fallu se contenter de deux entrées et de deux plats principaux : nous n’en sommes déjà pas arrivés à bout, après nous être rassasiés et avoir commencé à pécher par gourmandise.

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maastrichtA Maastricht, pour l’heure, il y a de l’Italie qui descend la Meuse, que Brel me pardonne… En passant la frontière entre les deux Limbourg, le fleuve a changé de langue vernaculaire et le ciel est toujours bas en cette saison, si bas qu’à l’horizon embrumé, il se confond avec les eaux grises d’où sourd pourtant une musique de carnaval.

Au hasard des rues de la ville qui vit expirer sous ses remparts Charles de Batz de Castelmore, seigneur d’Artagnan, on croise maintenant des fanfares orange dont les cuivres rappellent bizarrement qu’il est encore long, le chemin de Tipperary, tsoin-tsoin, mais que le printemps brasse déjà la sève nouvelle dans le sol froid.

Et dans les vitrines, les décoratrices ont rêvé à Venise, à ses masques et à ses somptueux atours aux couleurs vives. Nous sommes à quelques lieues de Liège, mais aussi d’Aachen, là où se rencontrent les frontières de trois ou quatre destinées collectives au moins, celles des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la Belgique, ou de la Flandre et de la Wallonie, qui s’échangent ici leurs accents et leurs mots.

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beaujolais 002La superbe dégustation du week-end passé, à la Maison des Vins de mon ami Jean-Claude, m’en avait donné l’envie; la présence d’un gentil bonhomme du Domaine du Vissoux m’a convaincu de la satisfaire: en 2009, j’ai donc sacrifié à la tradition bien mercantile qui autorise à ouvrir sa première bouteille de beaujolais de l’année dès qu’a sonné le 12e coup de minuit annonçant le 3e jeudi de novembre.

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En revenant d’un rendez-vous dans le centre de Bruxelles, je suis passé devant la galerie de Vincent Huot, un de mes contacts sur Facebook. Je n’ai pas poussé la porte, elle était ouverte et le propriétaire était occupé à trier des toiles de sa réserve. Je me suis présenté – car on ne se « connaît » que par le Net – et j’ai entendu chanter un sympathique accent périgourdin…

Il est Français, Vincent Huot, et galeriste à Bruxelles depuis quelques années. Il a l’air d’être tombé amoureux de notre petite capitale provinciale. A ses cimaises, jusqu’au 21 octobre, des toiles de Franck Chambrun, comme celle-ci, que je reproduis avec son autorisation:

Chambrun

J’aime bien. J’ai du mal à l’expliquer, mais il me semble qu’avec une grande économie de moyens, cet artiste que je ne connaissais pas jusque là, arrive à nous installer dans son univers paradoxal. C’est chaud, intime et confortable tout en ne suggérant que des scènes banales de la vie urbaine et des phrases évocatrices de graffitis. On me décrirait ces toiles avec des mots, j’aurais sans doute un préjugé défavorable. Et pourtant, en les voyant, je m’y sens bien.

Mais je ne suis pas critique d’art. Juste un modeste amateur qui fonctionne au coup de foudre. Vincent aussi, je crois, mais en professionnel: il n’expose pas ce qui se vend, me dit-il, mais ce qu’il aime. Je crois que c’est la bonne façon de concevoir un métier comme le sien.

Les toiles de Franck Chambrun sont exposées jusqu’au 21 octobre. Prix à partir de € 950. La galerie est située au 70 de la rue du Lombard. Elle est ouverte du lundi au samedi de 11 à 19 heures et le dimanche de 13 à 17 heures.

Il ne vous reste – hélas – que quelques jours pour vous précipiter au théâtre du Parc, mais allez-y, vous ne le regretterez pas. Jusqu’à vendredi prochain, on y joue Le Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier. C’est un pur bonheur, je l’ai connu hier soir.

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L’extrait ci-dessus vous donne le ton de la pièce: il y a du spectacle, dans l’esprit des comédiens ambulants du XVIIe siècle et des grands romans de cape et d’épée (Dumas, Féval…) du XIXe. Thierry Debroux, qui signe l’adaptation et la mise en scène, explique dans le programme qu’il a vu à dix ans, à Boitsfort, le film de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais et quelques débutants de la classe 61: Louis de Funès, Philippe Noiret, Jean Rochefort, excusez la modestie de cette distribution.

Je sortis émerveillé de cette projection et, tout au long du chemin qui me ramenait à la maison, je fus Sigognac se battant pour l’amour de sa belle (…) J’étais tous les personnages, je bondissais sur le trottoir, armé d’une épée imaginaire et je me battais contre des ennemis invisibles. J’ai toujours su qu’un jour, je ferais quelque chose des agitations naïves de cet enfant qui se prenait pour un héros de cape et d’épée.

capitaine fracasseJ’ai vu ce même film au même âge. Dix ans plus tôt sans doute. Je devais être moins expansif que Debroux, mais moi aussi j’ai vraiment vécu en rêve des exploits de redoutable bretteur.

Il y a cependant bien plus que de l’agitation dans la belle pièce que j’ai vue hier soir dans une salle pratiquement bourrée jusqu’au rebord de ses baignoires. Car ce n’est pas seulement une histoire qu’on y montre, il y aussi l’histoire de l’histoire et, à côté des moments de bravoure et des coups d’éclat (ah! les beaux combats ordonnancés par Jacques Cappelle…), se glisse ainsi la méditation de Gautier sur l’art et sur les relations de l’artiste avec le public et avec ses personnages.

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C’est sûr pour moi qu’il y a plus de plaisir à acheter son vin « à la propriété » que dans une boutique ou, pire encore, en grande surface. Mais quand on n’a pas au départ les bonnes adresses, c’est un jeu qui s’apparente à la roulette russe, façon Deer Hunter: avec cinq balles au lieu d’une seule dans le barillet… Pour explorer un vignoble, je m’efforce donc toujours de commencer chez un bon caviste.

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Provence09 117bSamedi soir, j’étais à Dijon, capitale de la Bourgogne. Une vieille ville un peu magique, un fantasme pour toujours associé à une grappe de pinot noir (photo). Et justement: devant poursuivre vers le Sud, je ne me suis pas résigné tout de go à l’autoroute, j’ai emprunté la route des côtes-de-nuits, prêt à la restituer aux approches de Beaune.

C’étaient les vendanges. Un dimanche, oui-da, quand c’est l’heure, c’est l’heure, le raisin n’attend pas… Et surtout pas ce raisin-là! De Marsannay à Corgoloin, quatorze villages en file indienne sur une départementale comme les haïssait Jean Yanne, dont six classés grand-cru: Gevrey-Chambertin, Morey Saint Denis, Chambolle-Musigny, Vougeot, Flagey-Echézeaux et Vosne-Romanée. Le bourgogne n’est pas très tendance, me semble-t-il, sans doute est-il trop « couillu » dans ce contexte mièvre, mais qu’est-ce que c’est bon, quand c’est bien fait!

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Boire et fumerTout ce qu’on regroupe généralement sous l’étiquette de « mousseux » m’avait toujours laissé de glace, jusqu’à ce qu’avec des amis, j’aie eu l’occasion de partager une bouteille de vraie blanquette, à Limoux. C’était il y a une bonne quinzaine d’années déjà, mais depuis, je suis résolument de ceux qui professent que « cent fois mieux vaut un bon crémant qu’un mauvais champagne ». Plus généralement d’ailleurs, je ne considère plus les appellations et les étiquettes que comme un moyen de m’informer sur la nature de ce qu’il y a dans la bouteille. Pour en apprécier la qualité, je débouche, il n’y a pas d’autre façon de procéder depuis que j’ai appris que la plus infâme piquette était parfois estampillée Médoc et qu’on pouvait trouver des merveilles en vins de table.

Cela pour dire que c’est donc sans a priori que je me suis calé dans les starting blocks de la dégustation organisée par l’enthousiaste Philippe, chez « Boire et fumer ». Philippe, c’est le complément de Nicolas, le propriétaire, dans cette minuscule boutique de mon quartier jadis tenue par la truculente Mme Delmotte et où, de son temps, je n’achetais que mes pipes et mon tabac, parce que les bouteilles de vin et d’alcool, certes de qualité, ne s’y abandonnaient qu’à des prix stratosphériques à des chalands pressés et bien motorisés dont la charmante venait de découvrir qu’il manquait d’un cru bourgeois dans le cellier familial, pour arroser le steak frites vespéral.

Mais revenons à nos bulles.

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On trouve évidemment du thé dans n’importe quelle grande surface. Pas forcément seulement ces immondes petits sachets remplis d’une poudre qui ne procurent une boisson plus ou moins buvable qu’avec l’apport d’une rondelle de citron et d’un ou deux morceaux de sucre. Il y a des marques parfaitement respectables, si l’on en reste aux grands classiques du genre Earl Grey (thé parfumé à la bergamote). Pour le véritable amateur toutefois, rien de tel que le vrac. Ce qui suppose le recours à un commerçant spécialisé, comme on en trouve heureusement de plus en plus.

Personnellement, j’ai mes habitudes à la 7e Tasse, rue du Bailli à Ixelles. Et de temps en temps au Palais des Thés, à la Vieille Halle aux Blés, dans le centre. Hier soir, j’ai eu envie d’explorer les autres ressouces bruxelloises et, tant qu’à faire, j’en ai tiré un petit mashup que je vous offre ici:
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A la réflexion, je me dis que ce serait peut-être une bonne idée d’enrichir progressivement cette petite base de données en échangeant avec vous sur le sujet. Si vous aussi vous aimez le thé, bien sûr!

Hier matin, c’était donc samedi, je me suis promené rue Antoine Dansaert avec Gaïd. Curieux destin que celui d’Antoine: aujourd’hui, sa rue branchée est immensément mieux connue que lui. Mais qui était Antoine Dansaert? J’ai posé la question sur Twitter: pas de réponse. Sur Google: 28.700 pages, mais toutes sur la rue. D’Antoine, je ne sais toujours rien, ou presque, sinon qu’il a été conseiller communal à la Ville de Bruxelles, au 19e siècle. Oui, simple conseiller. Et il a pourtant sa rue en plein centre…

Et quelle rue! Un emblème en quelque sorte. Celui de la mode et de l’avant-garde,  dans les boutiques qui s’y serrent les coudes, mais celui aussi d’une « bruxellitude » qui se reconstitue avec bonheur en mode cosmopolite autour de lieux comme Passa Porta, à la fois maison des littératures (je dis bien: des) et librairie multilingue.

C’est une Bruxelles métisse du XXIe siècle qui y prend forme, qui rend complètement obsolètes les vieux débats qu’on s’obstine parfois à faire durer dans les arènes décrépites, comme ces vieux radoteurs qui, à l’hospice, n’en finissent pas de ressasser le dernier derby entre l’Union et le Daring.

J’adore cette Bruxelles-là, la nouvelle, celle qui émerge dans un joyeux méli-mélo de diverses origines, et qui se souvient que, brabançonne, sa vocation est d’être un lieu où l’on se rencontre. Pas flamande, ni wallonne, non. Brabançonne. Ce n’est pas un iris qu’elle a pour emblème. Mais, pour l’heure, dans notre vieille Belgique percluse de rhumatismes, un perce-neige.  C’est précieux, au milieu de l’hiver.

PS: Si vous en savez un peu sur la vie et les oeuvres d’Antoine Dansaert, n’hésitez pas à m’en faire part, en commentaires ou par courriel.

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