Quand j’ai vu la couverture du livre dans une vitrine, j’ai souri. « Sacré Yvon, me suis-je dit. Il a fait fort! » C’est le titre: « L’assassinat d’Yvon Toussaint ». Par Yvon Toussaint. Il fallait oser. J’entre dans la librairie et achète l’ouvrage, qui vient de sortir, parce que c’est Yvon, justement. Et en fait, c’est beaucoup plus compliqué et intéressant qu’une crise aiguë de narcissisme.

Il y a au moins deux Yvon Toussaint. Celui qu’on connaît ici, en Belgique et à Paris, le journaliste aujourd’hui retraité, qui fut mon rédacteur-en-chef; et le sénateur haîtien assassiné en 1999, à Port-au-Prince.

Notre Yvon, qui ne connaissait l’autre ni d’Eve, ni d’Adam, a rencontré par hasard son souvenir, en flânant dans les allées de Google. Il en est sorti un vrai grand roman comme je les aime, le meilleur que j’aie lu depuis longtemps.

C’est subjectif? Sans doute. Suis-je influencé par l’affection que j’ai pour Yvon? Je ne pense pas. Il y a quelques années, j’avais acheté Le Manuscrit de la Giudecca et j’étais resté sur le seuil. Je n’avais pas trouvé l’entrée. Ici, je me suis senti chez moi dès la première ligne.

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Les Editions Luc Pire lancent la semaine prochaine les six premiers ouvrages d’une nouvelle collection d’essais, Espace Vital. Je suis fort heureux – et très honoré – de pouvoir vous annoncer ici en primeur – nous venons de signer le contrat – que je vais collaborer comme consultant indépendant à la définition de sa politique éditoriale, avec le titre de directeur de la collection chargé en outre d’organiser, avec son futur président, les travaux du comité de lecture en cours de constitution.

C’est un fameux défi que j’espère être capable de relever avec mon enthousiasme. Il témoigne de la foi que j’ai toujours dans le papier imprimé que le web complète mais ne remplace pas, sous réserve bien sûr des développements futurs de l’édition électronique et de la place que prendront un jour les e-books à côté des bouquins « classiques ». Mais ce seront toujours des livres, sous une autre forme peut-être, pas des sites, ni des blogs, wikis ou autres, qui ont une autre fonction, essentielle mais sûrement pas exclusive.

La première fournée d’ouvrages à paraître la semaine prochaine en comprend six, dus à la plume de Nadia Geerts, Guy Spitaels, André Frédéric, Rudy Demotte, Gilles Van den Burre. Et de Ludovic Delory, dont j’ai eu le privilège de pouvoir lire la réflexion à l’état de manuscrit.

L’ambition est de contribuer au débat d’idées sur tous les sujets qui intéressent la société. Ce qui veut dire que ces livres – tous des inédits – auront des prolongements sur le web, en vue de nourrir le débat avec les lecteurs et de constituer des « communautés d’intérêt » sur le site de l’éditeur, sur des pages et sites spécifiques, et sur les medias sociaux.

Si je vous en parle ici, c’est bien sûr parce que nous sommes sur mon blog, mais aussi et surtout parce que je compte sur vous pour échanger et débattre, recueillir vos impressions et suggestions et, in fine, être une des oreilles de l’éditeur auprès du public qu’il s’est donné pour mission de satisfaire et d’alimenter en idées nouvelles autant que d’en puiser chez lui.

Alors, n’hésitez pas. Ceci est un premier appel que je lance entre nous. Commentez, envoyez-moi des courriels, proposez, critiquez, intervenez. Nous sommes déjà une petite communauté bien active, à côté de beaucoup d’autres qui ne sont absolument pas des « concurrentes » mais des « connectantes ». Et tous ensemble nous sommes l’opinion, diverse, désireuse de débattre, résolument « multimodale »…

Dans Le Monde daté du 6 janvier 1960, ce « fait divers »:

C’est vers 14 h 15 que s’est produit sur la route nationale numéro 5, à vingt quatre kilomètres environ de Sens, entre Champigny sur Yonne et Villeneuve la Guyard, l’accident qui a coûté la vie à Albert Camus. La voiture, une Facel Vega, se dirigeait vers Paris. L’écrivain était à l’avant, à côté du conducteur M. Michel Gallimard. D’après les premiers témoignages, la puissante automobile qui roulait à une très vive allure – 130 kilomètres à l’heure selon certains – a brusquement quitté le milieu de la route, toute droite à cet endroit, pour s’écraser contre un arbre à droite de la chaussée. Sous la violence du choc la voiture s’est disloquée. Une partie du moteur a été retrouvée à gauche de la route, à une vingtaine de mètres, avec la calandre et les phares. Des débris du tableau de bord et des portières ont été projetés dans les champs dans un rayon d’une trentaine de mètres. Le châssis s’est tordu contre l’arbre. D’après les premières constatations de la gendarmerie, l’accident aurait été provoqué par l’éclatement d’un pneu gauche, mais cette version n’est pas encore confirmée. Il n’est pas impossible que le conducteur ait eu un malaise.

Putain de Facel Vega…

Dans L’Express: « Les dernières heures d’Albert Camus« 

Je poursuis à petits pas mon exploration de l’univers du conte et de la nouvelle. J’en lis une ou deux par jour – ou plutôt par nuit. Voici une petite sélection de ce qui a particulièrement retenu mon attention depuis la fin octobre. Je les ai choisies dans des recueils différents, qui me paraissent tous recommandables, pour le cas où ça vous donnerait des idées. Attention, c’est parfaitement subjectif…

Anton Tchékhov – La Pharmacienne

41K4DC34TAL._SL500_AA240_On commence fort, avec une nouvelle de jeunesse d’un vrai grand maître du genre. Un récit parfaitement classique du point de vue de la narratologie, si ce n’est que la mécanique est ici inversée: on part d’une situation perturbée – une jeune femme se morfond avec son vieux mari pharmacien – pour y revenir après un espoir déçu, né de l’irruption nocturne de deux galants officiers dans l’officine. La nouvelle tchékhovienne est d’une cruauté clinique.

Dans le recueil: La dame au petit chien et autres nouvelles, Folio n°3266.

Steve Hockensmith – Boniment, bonimenteur

51-xN1C7IBL._SL500_AA240_Fascinante  histoire parfaitement circulaire d’un écrivain relatant un meurtre dont l’issue nous ramène au début du récit. Au-delà de l’anecdote policière, incite à une réflexion sur le jeu trouble qu’il faut jouer pour convaincre le lecteur de poursuivre sa lecture et lui donner le sentiment d’avoir lu un bon, sinon un grand récit. Le tout, c’est d’y croire en l’écrivant.

Dans le très recommandable recueil: Le jour où la mort nous sépare, anthologie des « Mystery Writers of America » composée par Harlan Coben, Livre de poche n°31581.

Qim Monzó – L’éloge

41+FrQ5D2EL._SL500_AA240_L’auteur est catalan et il est déjà, paraît-il, un grand d’Espagne. C’est une parution très récente en traductions française. Toujours grinçant et parfois très déroutant. Cette nouvelle-ci est plus classique: un instantané de la relation qui s’inverse et finit mal entre un écrivain confirmé et un débutant qui se lance grâce à lui.  Une cruauté à la Maupassant dans un style complètement XXIe siècle.

Dans le recueil: Mille crétins, Editions Jacqueline Chambon.

André Baillon – Drame

41rxwaRMfRL._SS500_Une petite chose, pleine d’ironie. Un long billet, peut-être plus qu’une vraie nouvelle. Mais c’est Baillon (Histoire d’une Marie, Zonzon Pépette, Par fil spécial), un auteur belge de l’entre-deux guerres qu’on redécouvre enfin. Et puis aussi, un journaliste, il fut soiriste à La Dernière Heure. L’auteur est chez lui. Il écrit. Sa femme et sa fille font du bruit, trop de bruit et ça le dérange mais il se tait, jusqu’à ce que… La vie de famille n’est pas facile pour tout le monde, surtout quand on s’adonne au home working. Voyez aussi le site de Présence d’André Baillon.

Dans le recueil: Nouvelles belges à l’usagede tous, chez Luc Pire, collection Espace Nord.

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Mis au défi de raconter toute une histoire en six mots, le grand Hemingway a proposé:

For sale: Baby shoes. Never used.

J’ai  trouvé cette anecdote dans des conseils d’écriture formulés sur Copyblogger. Je l’ai racontée à Gaïd. Elle a fait la grimace: « C’est affreux », a-t-elle commenté.

Six mots anodins portent en eux tout un roman. Mais c’est ici au lecteur qu’il revient de l’écrire. Ma femme en a fait une histoire triste, tout comme moi quand je l’ai découverte. Les six mots évoquent une annonce, dans un journal. Que les chaussures de bébé n’aient jamais été portées suggère une triste fatalité périnatale. Mais quand on y réfléchit, d’autres hypothèses sont parfaitement vraisemblables, au choix du lecteur.

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1KarskiIl me chaut fort peu qu’un prix littéraire ait été attribué à Yannick Haenel pour son Jan Karski. Ce n’est pas pour ça que j’ai acheté et lu ce livre admirable, mais pour ce que m’en disait Krzysztof Pomian, la semaine passée entre deux dim sum: « Je le fais très rarement, parce que je trouve ça un peu vain, mais là, j’ai envoyé un petit mot à l’auteur pour lui dire l’admiration que j’avais pour son travail« .

C’est un roman, annonce la couverture. En fait, c’est probablement plus compliqué, à moins de ne voir dans le roman que  la plus résiduelle des catégories résiduelles, le réceptacle de tout ce qui n’est pas autre chose.Mais quoi qu’il en soit, c’est de la grande littérature.

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obama5Il y a un an maintenant, Guy Spitaels publiait « Obama: la méprise« , aux Editions Luc Pire. J’avais d’autres préoccupations, je ne l’avais pas lu, je l’avoue. Un an plus tard, j’ai réparé cette erreur car voilà que surgit l’occasion d’y revenir, en tête-à-tête avec l’auteur, monument historique de la scène politique reconverti en analyste pointu des relations internationales. Car à un âge où d’autres jouent à la pétanque ou taillent sagement leurs rosiers, « le Spit », lui, s’affûte les neurones sur les affaires du monde. « Après l’université puis la politique, je me consacre à une troisième passion », me confie-t-il avec la mine gourmande que je lui connais bien, depuis ses dix années de présidence du parti socialiste.

Et ça pétille. En l’écoutant, me revient à la mémoire ce verdict innocemment fanfaron de l’ami José-Alain Fralon, qui était alors le correspondant du journal « Le Monde » à Bruxelles: « Spitaels, au fond, c’est le seul homme politique belge d’aujourd’hui (c’est-à-dire dans les années 80, nda) qu’on verrait bien jouer un rôle politique de premier plan en France« . Le verbe, bien sûr. Mais surtout ce qu’il exprime, qu’on partage ou pas ses analyses, car on sait bien sûr depuis Boileau que ne s’énonce clairement que ce qui, d’abord, se conçoit bien.

Et en novembre 2008, en pleine Obamania, il n’hésitait à nous prendre tous à rebrousse-poil. Obama, sans doute, c’est évidemment mieux que Bush Jr. Mais le 44e président des Etats-Unis, prédisait-il, ne rompra pas avec la ligne de ses prédécesseurs. Comme eux tous, il sera « exceptionnaliste et guerrier ».

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C’est stimulant, non?

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En anglais, « une nouvelle » se dit, un peu platement, « a short story », tandis que « novel » désigne un « roman ». Il doit donc y avoir plus de relief dans le titre en V.O. de cette chronique de William Boyd que je lis dans sa traduction française: « Une brève histoire de la nouvelle ». Je suppose qu’en anglais, ce doit être un jeu de mots comme: « A Short History of the Short Story ». Soit. Ce n’est apparemment pas la différence la plus marquée entre les deux univers linguistiques. Les yeux fixés sur le sien, Boyd croit pouvoir trouver dans la nature humaine ce qu’il appelle « l’étrange pouvoir de la nouvelle » et, plus prosaïquement, son attrait pour les auteurs de bonne naissance et son succès chez les lecteurs suffisamment talentueux. Ce qui devrait nous surprendre, nous francophones qui la considérons généralement comme un genre mineur. Pour Frédéric Dard, rapporte René Godenne, « une nouvelle, ça se lit aux chiottes ».

Drôle d’idée.

Je viens encore de lire une nouvelle dans un bon bain bien chaud. Hier au soir, j’étais allongé sur mon futon. Tout-à-l’heure, j’élirai peut-être mon cher fauteuil Voltaire. Mais sûrement pas la lunette des cabinets.

Je partage entièrement l’avis de Vincent Engel, selon qui « la lecture d’un recueil de nouvelles est un exercice ardu, réservé (…) aux plus chevronnés des lecteurs ». L’effort est bref, mais d’autant plus intense. La lecture d’un roman est comme une promenade en forêt, au rythme de la marche, éventuellement interrompue par plusieurs arrêts. La nouvelle se lit d’une traite et sa facilité, s’il en est, n’est qu’apparente; c’est un concentré d’émotions qui ne connaît pas la digression et punit la moindre distraction.

Mais quand c’est réussi, ça laisse des traces.

Sources d’inspiration de ce billet et lectures recommandées:

NB: Les quatre nouvelles citées ci-dessus ne constituent absolument pas une sélection raisonnée. Il s’agit simplement de celles que j’ai préférées – pour leur originalité ou leur « longueur en bouche » – parmi la quinzaine de nouvelles que j’ai lues ces jours-ci, au hasard de mes pérégrinations. Les textes de Boyd, Engel et Godenne constituent par contre à mes yeux de bonnes portes d’entrée dans cet univers méconnu. C’est par là que j’y entre, en tout cas.

Pas eu le temps de bloguer, depuis le milieu du week-end. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des choses à vous dire… Alors, en vitesse, je vous offre une image que j’aime et qui me fait rêver chaque fois que je passe par la place Flagey à Ixelles, tout près de chez moi. Le monument à Charles De Coster et à ses héros frondeurs et rebelles, avec cette apostrophe tirée du livre et qui résonne comme un salut à la disparition discrète de l’écrivain, le 7 mai 1879: « Est-ce qu’on enterre Ulenspiegel, l’esprit, Nele, le cœur de la Mère Flandre? » Tyl pleure la mort de son père par la plume, Nele le console tendrement. Voir ici ce qu’en dit un historien de l’art.

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Aujourd’hui, avec Gaïd, on a fait un grand tour en voiture, et un peu à pied, sur les chemins des ocriers. Pour le conclure, on a été rendre visite à Albert Camus et à sa Francine, dans leur joli cimetière de Lourmarin. C’était tranquille, il n’y avait que nous. Et trois petites vieilles qui papotaient un peu plus loin, en bichonnant une tombe plus récente. Celles des Camus, l’une à côté de l’autre à dix années d’intervalle, je les adore. Un peu bordéliques, comme vous pouvez le voir ci-dessous, mais surtout surmontées de gros plants de lavandes encore odorantes en cette fin septembre. J’y ai discrètement passé la main, pour qu’elle s’imprègne. Depuis tout ce temps, en pleine terre, il y a bel et bien du Camus dans cette plante, comme il y a du Milosz dans l’arbre planté sur l’endroit où on a déposé ses restes.

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