Archive pour la catégorie ‘Mes livres’

Football, internet et philosophie

Dimanche 7 mars 2010

Entre un débat avec François Heinderyckx et des photos à prendre de Paul Van Himst ou de Ludovic Delory qui dédicaçaient leurs livres, j’ai passé une bonne demi-douzaine d’heures à la Foire du Livre aujourd’hui.

J’aime toujours bien ce rendez-vous annuel avec les bouquins qu’on ne trouve pas toujours aux étals des grandes librairies classiques. Et j’ai une sincère admiration pour ces gens courageux, auteurs et éditeurs, qui s’obstinent à augmenter de leurs contributions l’océan de tout ce qui se publie. Dans la tête, j’ai le chiffre de 30.000 nouveaux bouquins en français chaque année. Comment ne pas rater quelque chose d’important?

L’important est d’ailleurs relatif. C’est personnel. Et c’est ce qui donne son sens à une « foire », comme occasion de faire de nouvelles rencontres.

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Avec Michel Bourlet, à la Foire du Livre

Vendredi 5 mars 2010

Imaginez un type connu. Michel Bourlet. Il est assis à une table, à la Foire du Livre. Derrière une pile de bouquins. Vous le reconnaissez, vous l’avez vu à la télé. Lui, forcément, il ne sait pas du tout qui vous êtes.Vous en prenez un, vous le priez de vous le dédicacer en vous demandant que lui dire pour engager la conversation. Vous vous sentez un peu gauche.

L’homme vous demande comment vous vous appelez. Il vous dit que vous portez le même prénom qu’une de ses filles. C’est fait, la glace est rompue. Vous trouvez enfin les mots tout simples qui traduisent les sentiments qu’il vous a inspirés, quand on le voyait sur tous les plateaux de télé. Et lui, il vous répond sans trop y toucher que vous lui faites bien plaisir en lui disant ça. Il vous demande d’où vous venez.

Ce pourrait n’être qu’une façon de meubler un silence, comme souvent. Mais lui, il vous fait comprendre par là que vous existez. Et vous repartez contente, madame.

J’ai passé une heure, hier, aux côtés de Michel Bourlet qui dédicaçait son livre au stand des Editions Luc Pire. Je l’ai vu s’intéresser à ce que lui racontaient de parfaits inconnus. On ne juge pas un homme en une heure. Evidemment. Mais j’ai cru comprendre pourquoi et comment celui-là a réussi à rendre l’espoir d’être quand même entendus à des parents brutalement plongés dans un malheur indicible. Julie et Melissa. An et Eefje. L’affaire Dutroux. Et l’affaire Cools, avant ça.

Je l’avais lu, son livre, quelques jours auparavant. Pratiquement d’une traite. Entre ses lignes, j’ai entendu le cri d’un homme excédé d’avoir été abusivement traduit devant le tribunal des flagrants délires médiatiques.

Comprendre. C’est déjà une des bonnes raisons de le lire.

Une autre est la mémoire de tragiques événements récents, dont certains auraient sans doute pu être évités. Et qui pourtant se reproduisent. Dans la vidéo de TV Lux, ci-dessous, Michel Bourlet explique que ce qui l’a finalement décidé à écrire, c’est le énième épisode de la guerre des polices qu’a représenté à ses yeux l’affaire Fourniret.

Il ne savait pas encore qu’au moment où sortiraient de presse les réquisitions qu’il trace littérairement dans son livre, on se demanderait, à nouveau, pourquoi  n’a pas été explorée, à Louvain, dans l’enquête sur la mort d’Annick, la piste au bout de laquelle Kevin et Shana auraient pu avoir la vie sauve.

Michel Bourlet n’a finalement été, à la tête du parquet chestrolais, qu’un homme qui a fait le travail qu’on attend d’un procureur du Roi. Il en est pourtant devenu un héros.  Cette conjonction explique pourquoi La Traque au loup est une lecture urgente.

La Belgique comme idée post-nationale

Mercredi 24 février 2010

C’est un petit bouquin sympa comme son auteur. Gilles Vanden Burre, le président de BPlus. Pas une thèse doctorale, ni un lourd essai politique, pas même un manifeste. Rien qu’une profession de foi d’un citoyen qu’on dirait ordinaire s’il se contentait de rester silencieux comme la supposée majorité du même nom.

J’ai assisté lundi soir à la présentation de l’ouvrage, dans le centre de Bruxelles. Un public mixte, bicommunautaire et bilingue. Pas ou peu de politiques, sinon ceux de ProBruxsel avec qui j’ai papoté. Au demeurant, reste-t-il encore beaucoup de « Belges » parmi nos élus linguistiquement sexués? J’étais donc là et ça m’a fait revoir l’ombre d’un petit jeune homme de vingt ans, devenu quinqua maintenant, qui militait lui aussi pour une Belgique malgré tout unie, à une époque où se dire fédéraliste était un symptôme de radicalisme communautaire. Moi.

Et je me suis alors dit que si un mouvement d’opinion comme BPlus a un sens aujourd’hui, ce n’est probablement pas comme un groupe de pression classique, avec des propositions et des solutions de plomberie institutionnelle, sur BHV ou sur la répartition des compétences.

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L’assassinat d’Yvon Toussaint

Dimanche 14 février 2010

Quand j’ai vu la couverture du livre dans une vitrine, j’ai souri. « Sacré Yvon, me suis-je dit. Il a fait fort! » C’est le titre: « L’assassinat d’Yvon Toussaint ». Par Yvon Toussaint. Il fallait oser. J’entre dans la librairie et achète l’ouvrage, qui vient de sortir, parce que c’est Yvon, justement. Et en fait, c’est beaucoup plus compliqué et intéressant qu’une crise aiguë de narcissisme.

Il y a au moins deux Yvon Toussaint. Celui qu’on connaît ici, en Belgique et à Paris, le journaliste aujourd’hui retraité, qui fut mon rédacteur-en-chef; et le sénateur haîtien assassiné en 1999, à Port-au-Prince.

Notre Yvon, qui ne connaissait l’autre ni d’Eve, ni d’Adam, a rencontré par hasard son souvenir, en flânant dans les allées de Google. Il en est sorti un vrai grand roman comme je les aime, le meilleur que j’aie lu depuis longtemps.

C’est subjectif? Sans doute. Suis-je influencé par l’affection que j’ai pour Yvon? Je ne pense pas. Il y a quelques années, j’avais acheté Le Manuscrit de la Giudecca et j’étais resté sur le seuil. Je n’avais pas trouvé l’entrée. Ici, je me suis senti chez moi dès la première ligne.

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Nouveau défi

Mardi 9 février 2010

Les Editions Luc Pire lancent la semaine prochaine les six premiers ouvrages d’une nouvelle collection d’essais, Espace Vital. Je suis fort heureux – et très honoré – de pouvoir vous annoncer ici en primeur – nous venons de signer le contrat – que je vais collaborer comme consultant indépendant à la définition de sa politique éditoriale, avec le titre de directeur de la collection chargé en outre d’organiser, avec son futur président, les travaux du comité de lecture en cours de constitution.

C’est un fameux défi que j’espère être capable de relever avec mon enthousiasme. Il témoigne de la foi que j’ai toujours dans le papier imprimé que le web complète mais ne remplace pas, sous réserve bien sûr des développements futurs de l’édition électronique et de la place que prendront un jour les e-books à côté des bouquins « classiques ». Mais ce seront toujours des livres, sous une autre forme peut-être, pas des sites, ni des blogs, wikis ou autres, qui ont une autre fonction, essentielle mais sûrement pas exclusive.

La première fournée d’ouvrages à paraître la semaine prochaine en comprend six, dus à la plume de Nadia Geerts, Guy Spitaels, André Frédéric, Rudy Demotte, Gilles Van den Burre. Et de Ludovic Delory, dont j’ai eu le privilège de pouvoir lire la réflexion à l’état de manuscrit.

L’ambition est de contribuer au débat d’idées sur tous les sujets qui intéressent la société. Ce qui veut dire que ces livres – tous des inédits – auront des prolongements sur le web, en vue de nourrir le débat avec les lecteurs et de constituer des « communautés d’intérêt » sur le site de l’éditeur, sur des pages et sites spécifiques, et sur les medias sociaux.

Si je vous en parle ici, c’est bien sûr parce que nous sommes sur mon blog, mais aussi et surtout parce que je compte sur vous pour échanger et débattre, recueillir vos impressions et suggestions et, in fine, être une des oreilles de l’éditeur auprès du public qu’il s’est donné pour mission de satisfaire et d’alimenter en idées nouvelles autant que d’en puiser chez lui.

Alors, n’hésitez pas. Ceci est un premier appel que je lance entre nous. Commentez, envoyez-moi des courriels, proposez, critiquez, intervenez. Nous sommes déjà une petite communauté bien active, à côté de beaucoup d’autres qui ne sont absolument pas des « concurrentes » mais des « connectantes ». Et tous ensemble nous sommes l’opinion, diverse, désireuse de débattre, résolument « multimodale »…

Rétro: il y a 50 ans, Albert Camus…

Lundi 4 janvier 2010

Dans Le Monde daté du 6 janvier 1960, ce « fait divers »:

C’est vers 14 h 15 que s’est produit sur la route nationale numéro 5, à vingt quatre kilomètres environ de Sens, entre Champigny sur Yonne et Villeneuve la Guyard, l’accident qui a coûté la vie à Albert Camus. La voiture, une Facel Vega, se dirigeait vers Paris. L’écrivain était à l’avant, à côté du conducteur M. Michel Gallimard. D’après les premiers témoignages, la puissante automobile qui roulait à une très vive allure – 130 kilomètres à l’heure selon certains – a brusquement quitté le milieu de la route, toute droite à cet endroit, pour s’écraser contre un arbre à droite de la chaussée. Sous la violence du choc la voiture s’est disloquée. Une partie du moteur a été retrouvée à gauche de la route, à une vingtaine de mètres, avec la calandre et les phares. Des débris du tableau de bord et des portières ont été projetés dans les champs dans un rayon d’une trentaine de mètres. Le châssis s’est tordu contre l’arbre. D’après les premières constatations de la gendarmerie, l’accident aurait été provoqué par l’éclatement d’un pneu gauche, mais cette version n’est pas encore confirmée. Il n’est pas impossible que le conducteur ait eu un malaise.

Putain de Facel Vega…

Dans L’Express: « Les dernières heures d’Albert Camus« 

Neuf nouvelles de ma cave pour Noël

Mercredi 23 décembre 2009

Je poursuis à petits pas mon exploration de l’univers du conte et de la nouvelle. J’en lis une ou deux par jour – ou plutôt par nuit. Voici une petite sélection de ce qui a particulièrement retenu mon attention depuis la fin octobre. Je les ai choisies dans des recueils différents, qui me paraissent tous recommandables, pour le cas où ça vous donnerait des idées. Attention, c’est parfaitement subjectif…

Anton Tchékhov – La Pharmacienne

41K4DC34TAL._SL500_AA240_On commence fort, avec une nouvelle de jeunesse d’un vrai grand maître du genre. Un récit parfaitement classique du point de vue de la narratologie, si ce n’est que la mécanique est ici inversée: on part d’une situation perturbée – une jeune femme se morfond avec son vieux mari pharmacien – pour y revenir après un espoir déçu, né de l’irruption nocturne de deux galants officiers dans l’officine. La nouvelle tchékhovienne est d’une cruauté clinique.

Dans le recueil: La dame au petit chien et autres nouvelles, Folio n°3266.

Steve Hockensmith – Boniment, bonimenteur

51-xN1C7IBL._SL500_AA240_Fascinante  histoire parfaitement circulaire d’un écrivain relatant un meurtre dont l’issue nous ramène au début du récit. Au-delà de l’anecdote policière, incite à une réflexion sur le jeu trouble qu’il faut jouer pour convaincre le lecteur de poursuivre sa lecture et lui donner le sentiment d’avoir lu un bon, sinon un grand récit. Le tout, c’est d’y croire en l’écrivant.

Dans le très recommandable recueil: Le jour où la mort nous sépare, anthologie des « Mystery Writers of America » composée par Harlan Coben, Livre de poche n°31581.

Qim Monzó – L’éloge

41+FrQ5D2EL._SL500_AA240_L’auteur est catalan et il est déjà, paraît-il, un grand d’Espagne. C’est une parution très récente en traductions française. Toujours grinçant et parfois très déroutant. Cette nouvelle-ci est plus classique: un instantané de la relation qui s’inverse et finit mal entre un écrivain confirmé et un débutant qui se lance grâce à lui.  Une cruauté à la Maupassant dans un style complètement XXIe siècle.

Dans le recueil: Mille crétins, Editions Jacqueline Chambon.

André Baillon – Drame

41rxwaRMfRL._SS500_Une petite chose, pleine d’ironie. Un long billet, peut-être plus qu’une vraie nouvelle. Mais c’est Baillon (Histoire d’une Marie, Zonzon Pépette, Par fil spécial), un auteur belge de l’entre-deux guerres qu’on redécouvre enfin. Et puis aussi, un journaliste, il fut soiriste à La Dernière Heure. L’auteur est chez lui. Il écrit. Sa femme et sa fille font du bruit, trop de bruit et ça le dérange mais il se tait, jusqu’à ce que… La vie de famille n’est pas facile pour tout le monde, surtout quand on s’adonne au home working. Voyez aussi le site de Présence d’André Baillon.

Dans le recueil: Nouvelles belges à l’usagede tous, chez Luc Pire, collection Espace Nord.

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La puissance de la nouvelle

Dimanche 6 décembre 2009

Mis au défi de raconter toute une histoire en six mots, le grand Hemingway a proposé:

For sale: Baby shoes. Never used.

J’ai  trouvé cette anecdote dans des conseils d’écriture formulés sur Copyblogger. Je l’ai racontée à Gaïd. Elle a fait la grimace: « C’est affreux », a-t-elle commenté.

Six mots anodins portent en eux tout un roman. Mais c’est ici au lecteur qu’il revient de l’écrire. Ma femme en a fait une histoire triste, tout comme moi quand je l’ai découverte. Les six mots évoquent une annonce, dans un journal. Que les chaussures de bébé n’aient jamais été portées suggère une triste fatalité périnatale. Mais quand on y réfléchit, d’autres hypothèses sont parfaitement vraisemblables, au choix du lecteur.

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Jan Karski, une révolte contre la bassesse

Dimanche 22 novembre 2009

1KarskiIl me chaut fort peu qu’un prix littéraire ait été attribué à Yannick Haenel pour son Jan Karski. Ce n’est pas pour ça que j’ai acheté et lu ce livre admirable, mais pour ce que m’en disait Krzysztof Pomian, la semaine passée entre deux dim sum: « Je le fais très rarement, parce que je trouve ça un peu vain, mais là, j’ai envoyé un petit mot à l’auteur pour lui dire l’admiration que j’avais pour son travail« .

C’est un roman, annonce la couverture. En fait, c’est probablement plus compliqué, à moins de ne voir dans le roman que  la plus résiduelle des catégories résiduelles, le réceptacle de tout ce qui n’est pas autre chose.Mais quoi qu’il en soit, c’est de la grande littérature.

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Spitaels cote Obama

Jeudi 12 novembre 2009

obama5Il y a un an maintenant, Guy Spitaels publiait « Obama: la méprise« , aux Editions Luc Pire. J’avais d’autres préoccupations, je ne l’avais pas lu, je l’avoue. Un an plus tard, j’ai réparé cette erreur car voilà que surgit l’occasion d’y revenir, en tête-à-tête avec l’auteur, monument historique de la scène politique reconverti en analyste pointu des relations internationales. Car à un âge où d’autres jouent à la pétanque ou taillent sagement leurs rosiers, « le Spit », lui, s’affûte les neurones sur les affaires du monde. « Après l’université puis la politique, je me consacre à une troisième passion », me confie-t-il avec la mine gourmande que je lui connais bien, depuis ses dix années de présidence du parti socialiste.

Et ça pétille. En l’écoutant, me revient à la mémoire ce verdict innocemment fanfaron de l’ami José-Alain Fralon, qui était alors le correspondant du journal « Le Monde » à Bruxelles: « Spitaels, au fond, c’est le seul homme politique belge d’aujourd’hui (c’est-à-dire dans les années 80, nda) qu’on verrait bien jouer un rôle politique de premier plan en France« . Le verbe, bien sûr. Mais surtout ce qu’il exprime, qu’on partage ou pas ses analyses, car on sait bien sûr depuis Boileau que ne s’énonce clairement que ce qui, d’abord, se conçoit bien.

Et en novembre 2008, en pleine Obamania, il n’hésitait à nous prendre tous à rebrousse-poil. Obama, sans doute, c’est évidemment mieux que Bush Jr. Mais le 44e président des Etats-Unis, prédisait-il, ne rompra pas avec la ligne de ses prédécesseurs. Comme eux tous, il sera « exceptionnaliste et guerrier ».

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C’est stimulant, non?

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