Aujourd’hui, j’ai acheté Le Monde Diplo pour sa manchette sur ce qu’il appelle « le mythe renaissant de l’Islam conquérant », Le Magazine des Livres pour un dossier sur « les écrivains de l’année » et Le Magazine Littéraire pour Spinoza et pour André Brink.
Pas de quotidien. J’ai seulement feuilleté La Libre sous l’œil bienveillant d’Alexandre pour voir si elle s’excusait. Penses-tu! Je ne suis même pas sûr qu’elle a vu qu’il y avait un problème, la vieille Léopoldine, comme l’appelait Pan, jadis. Robert en avait pourtant averti le patron sur son profil Facebook, mais il n’a même pas répondu.
Et c’est quoi, le problème? L’édito de Duchâteau, jeudi. L’ancien rédacteur-en-chef et nouveau rédacteur-en-chef adjoint (!) y parlait, tenez-vous bien, de « la nature (c’est moi qui souligne) dramatiquement perverse de certains peuples ».
Je ne connais pas bien Duchateau, mais je ne pense pas qu’il soit raciste à ce point. Il y a des individus pervers, on peut déjà douter qu’ils les soient de naissance. Lisez par exemple La Part de l’Autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui bâtit tout un roman sur un Hitler qui aurait été reçu à l’Académie. Mais des peuples tout entiers? Et lesquels? Les Iraniens? Les Yéménites? Les Allemands? Les Flamands? Les Monégasques?
La phrase qui s’est échappée de la plume de Duchateau est si grotesque que je ne peux imaginer qu’il soit question d’autre chose que d’un lapsus calami. Mais elle est imprimée.
J’ai tiqué, comme Pamina sur Twitter. Je ne suis pas le seul. L’éditorialiste a reçu une belle volée de bois vert dans les commentaires de son article. Mes lecteurs ont réagi sur Facebook. Et Luc Van Braekel a embrayé sur son blog, un des plus lus en Flandre.
Je n’en ai pas parlé tout de suite ici, parce que je voulais laisser au canard une chance de se rattraper dans son édition suivante. La vraie classe eût été de reconnaître qu’il avait glissé sur une plaque de verglas un peu traîtresse en cette saison. Comme Obama quand il a admis qu’il avait « foiré » dans une anecdote policière.
Mais non. Silence. Circulez, y’a rien à voir. Ou alors, les excuses étaient si bien cachées qu’elles m’auront échappé.
C’est comme ça que, petit à petit, morceau par morceau, les gazettes perdent leur crédibilité auprès de leurs amis les plus fidèles et les plus anciens. Il y a des vieillesses qui sont des naufrages.
Update 5/1/09: En tête de la page « Débats » du journal, ce matin, Jean-Paul Duchâteau reconnaît honnêtement que la formulation qu’il a employée était « maladroite et malencontreuse ». Je trouve ça très bien. Je ne doutais d’ailleurs pas que ses mots avaient largement dépassé sa pensée. Il me semble seulement que « La Libre » aurait pu se montrer plus réactive. Cinq jours pour une correction, c’est beaucoup quand même…
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