Michael Kinsley est un expert américain connu et reconnu. En journalisme. Dans le dernier numéro paru de la revue The Atlantic (via Eric Mainville), il publie un article dans lequel il applique scrupuleusement les principes qu’il préconise : l’essentiel est dans le titre et dans le premier paragraphe. C’est la fameuse « pyramide inversée ».

Le titre : Cut this Story ! (raccourcissez-moi ce papier).

Le premier paragraphe (ma traduction) :

Une des raisons pour lesquelles les amateurs de nouvelles délaissent les journaux pour Internet n’a rien à voir avec la technologie. Les articles de journaux sont trop longs. Sur Internet les articles informatifs vont droit au but. L’écriture journalistique, par contraste, est encombrée de conventions qui n’ajoutent rien à votre compréhension de la nouvelle.

L’expert illustre ensuite son propos en commentant des articles du New York Times et du Washington Post. Il y dénombre les mots qu’il juge inutiles. Et dénonce le recours de plus en plus fréquent aux trucs et astuces des auteurs de thrillers et de polars pour entretenir artificiellement le suspense. Ce qui égare, suggère-t-il, le lecteur qui ne trouve plus ce qu’il cherche : l’information.

Du point de vue de l’écriture, c’est certainement pertinent mais je crois que Kinsley se trompe magistralement de cible dans sa critique de la pratique journalistique.

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Aujourd’hui, j’ai acheté Le Monde Diplo pour sa manchette sur ce qu’il appelle « le mythe renaissant de l’Islam conquérant », Le Magazine des Livres pour un dossier sur « les écrivains de l’année » et Le Magazine Littéraire pour Spinoza et pour André Brink.

Pas de quotidien. J’ai seulement feuilleté La Libre sous l’œil bienveillant d’Alexandre pour voir si elle s’excusait. Penses-tu! Je ne suis même pas sûr qu’elle a vu qu’il y avait un problème, la vieille Léopoldine, comme l’appelait Pan, jadis. Robert en avait pourtant averti le patron sur son profil Facebook, mais il n’a même pas répondu.

Et c’est quoi, le problème? L’édito de Duchâteau, jeudi. L’ancien rédacteur-en-chef et nouveau rédacteur-en-chef adjoint (!) y parlait, tenez-vous bien, de « la nature (c’est moi qui souligne) dramatiquement perverse de certains peuples ».

Je ne connais pas bien Duchateau, mais je ne pense pas qu’il soit raciste à ce point. Il y a des individus pervers, on peut déjà douter qu’ils les soient de naissance. Lisez par exemple La Part de l’Autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui bâtit tout un roman sur un Hitler qui aurait été reçu à l’Académie. Mais des peuples tout entiers? Et lesquels? Les Iraniens? Les Yéménites? Les Allemands? Les Flamands? Les Monégasques?

La phrase qui s’est échappée de la plume de Duchateau est si grotesque que je ne peux imaginer qu’il soit question d’autre chose que d’un lapsus calami. Mais elle est imprimée.

J’ai tiqué, comme Pamina sur Twitter. Je ne suis pas le seul. L’éditorialiste a reçu une belle volée de bois vert dans les commentaires de son article. Mes lecteurs ont réagi sur Facebook. Et Luc Van Braekel a embrayé sur son blog, un des plus lus en Flandre.

Je n’en ai pas parlé tout de suite ici, parce que je voulais laisser au canard une chance de se rattraper dans son édition suivante. La vraie classe eût été de reconnaître qu’il avait glissé sur une plaque de verglas un peu traîtresse en cette saison. Comme Obama quand il a admis qu’il avait « foiré » dans une anecdote policière.

Mais non. Silence. Circulez, y’a rien à voir. Ou alors, les excuses étaient si bien cachées qu’elles m’auront échappé.

C’est comme ça que, petit à petit, morceau par morceau, les gazettes perdent leur crédibilité auprès de leurs amis les plus fidèles et les plus anciens. Il y a des vieillesses qui sont des naufrages.

Update 5/1/09: En tête de la page « Débats » du journal, ce matin, Jean-Paul Duchâteau reconnaît honnêtement que la formulation qu’il a employée était « maladroite et malencontreuse ». Je trouve ça très bien. Je ne doutais d’ailleurs pas que ses mots avaient largement dépassé sa pensée. Il me semble seulement que « La Libre » aurait pu se montrer plus réactive. Cinq jours pour une correction, c’est beaucoup quand même…

Je pars d’un petit fait d’actualité et je laisse s’emporter ma plume. C’est le petit cadeau que je fais à mes amis journalistes pour la nouvelle année. Puisse-t-il leur servir.

J’ai été – comment dire? – un peu interloqué quand j’ai appris que Michel Konen – qui a été rédacteur-en-chef à la RTBF et a dirigé pendant six ans la rédaction de La Libre Belgique -, allait devenir directeur de la communication d’un parti politique. Le cdH en l’occurrence.

Choqué? Non. Il n’y a rien de choquant dans les transferts de la « société civile », comme on dit, à la politique, et vice-versa. C’est même très sain, je pense. Parce que la politique n’est pas – ou ne devrait pas être – une profession.

Mais ceci me paraît quand même poser, quelque part,la question de l’évolution de l’image et du statut de rédacteur-en-chef d’un grand organe de presse.

Je ne critiquerai certainement pas le choix de Michel, c’est un grand garçon que je respecte et apprécie, et qui sait ce qu’il fait.

Mais personnellement, j’ai toujours considéré l’exercice d’une fonction de rédacteur-en-chef comme le couronnement d’une carrière journalistique, le bâton de maréchal d’un vrai professionnel. C’est manifestement maintenant une conception qui appartient au passé.

Et c’est probablement un des signes les plus évidents de la crise que traverse la fonction de journaliste.

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Cinquante-six journaux de quarante-cinq pays publient aujourd’hui, mot pour mot, le même éditorial (le voici dans Le Temps, en Suisse).

Je ne prends pas ici position sur le fond, je n’en ai pas la compétence. Je parle uniquement de la forme. Et je m’interroge.

A l’évidence, c’est un « coup » médiatique. C’est spectaculaire car inhabituel, comme dans cette célèbre anecdote qui raconte qu’un chien qui mord une vieille dame, ce n’est pas une nouvelle mais qu’à l’inverse, si c’est la dame qui mord le chien…

C’est ainsi que fonctionne aujourd’hui le spectacle du monde. Pour qu’on parle d’un sujet, il faut des records.

Moi, en vieux peau-rouge qui déteste marcher en file indienne (merci à Achille Chavée…), instinctivement, je n’aime pas trop ça.

J’aimerais savoir ce que vous en pensez, vous. Est-ce utile? Opportun? Cela sert-il vraiment la cause que les participants à cette démarche veulent défendre?

Merci de poster vos avis dans les commentaires de ce billet.

Hier soir, dans l’émission « Sans langue de bois » sur Bel RTL, on a pu commenter en direct la réunion du Conseil européen sans y être. Dans un coin du studio, les images du JT nous montraient Hakima Darmouche sans le son. Frédéric Cauderlier était vissé aux fils des agences officielles. Mehmet Koksal et moi, nous étions sur Twitter. C’est chez nous que la nouvelle est tombée:

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A quelques minutes près, cela n’a guère d’importance, c’est vrai. Mais il y a quand même quelque chose de très symbolique là-dedans, déjà vérifié maintes fois: les médiateurs officiels de l’info, les organes de presse, ont perdu leur monopole, il n’en sont plus les uniques vecteurs. On peut aussi s’informer en direct, par d’autres canaux. On ne s’en prive pas. On aurait tort.

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C’est une bien triste histoire que rapporte La Libre, ce matin. Celle d’un quidam qui veut rester anonyme, un médecin apparemment. Le malheureux avait hérité d’un joli paquet d’actions Fortis. Un très joli paquet. Et il a tout perdu, c’est ça? C’est bien pire…

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Grece 016bLa presse flamande? Pratiquement stable. Pour des temps troublés comme ceux-ci, ce n’est pas mal. De 2008 à 2009, la diffusion payante a diminué de 824 exemplaires par jour (-0,9%). La presse francophone? Moins 4%. Les mines s’allongent encore chez les éditeurs qui n’ont déjà pas la réputation de rigoler tous les jours.

Mais ces chiffres globaux ne disent pas tout. Si on regarde les titres, on observe qu’en Flandre, ce sont les journaux généralistes de qualité qui se tiennent le mieux: De Standaard progresse de 1,7% et De Morgen de 3,1. De Tijd fait exception (- 5,5%). Chez les francophones, l’image semble s’inverser: le groupe Vers l’Avenir (régional) est le seul à progresser un peu, Le Soir (- 6,54%) et La Libre (-4,55) prennent de vraies claques. Le pire est pour la DH (- 18%) mais ce qui joue ici, c’est probablement l’échec du changement de format, au début de cette année.

On peut évidemment  y voir une confirmation de l’évolution divergente des « sociétés » flamande et francophone, mais il y a probablement aussi que la qualité des journaux flamands est en hausse, celle de leurs confrères francophones plutôt en baisse. C’est sans doute une impression subjective, mais il me semble qu’elle est largement partagée par les lecteurs et par les journalistes eux-même, quand ceux-ci ne sont pas tenus à pratiquer la langue de bois.

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[Mise à jour 30 oct. 2009:] Depuis jeudi, on parle beaucoup de sondages, suite à un scoop (un de plus) plus ou moins fantaisiste de La Libre qui se fait sèchement reprendre par ses confrères de la RTBF et de Vers l’Avenir. On ne perdra rien à laisser les marchands de papier à leurs querelles. Il y a plus important. On reparle en effet à cette occasion de légiférer en vue d’interdire les sondages dans une « période critique » avant les élections et la RTBF a elle-même décidé de ne plus « sonder » qu’une seule fois en période électorale, trois semaines avant le scrutin.

Il y a en effet une proposition de loi scélérate que le sénateur socialiste Philippe Mahoux a déposée le 9 juillet dernier: il y est question d’interdire à nouveau les sondages électoraux dans les 40 jours qui précèdent une élection.

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A la lecture de la « contre-enquête » extrêmement partiale, bâclée par « La Libre » sur le Fortisgate, on ne peut qu’éprouver un profond malaise…

C’est bien sûr à dessein et avec un brin de malice que je paraphrase – et pastiche – ici l’éditorial publié ce samedi dans ce qui fut l’organe officieux du Trône et de l’Autel. Un bon journal pourtant, où j’ai appris mon métier de journaliste dans les années 70, mais qui est aujourd’hui manifestement en souffrance… et en manque de rédacteur-en-chef.

Parce qu’en définitive, elle est plus que suspecte cette « contre-enquête » qui reprend à son compte et sans le moindre esprit critique les seuls arguments invoqués pour leur défense par des personnes inculpées par le magistrat gantois chargé d’instruire une affaire portant sur des violations du secret professionnel. Dans mon précédent billet, le seul élément qui m’avait paru potentiellement interpellant était la référence à ce mail qui aurait été saisi lors d’une perquisition chez Deminor et qui donnait des détails sur le contenu de l’arrêt « et la façon de s’y conformer ». Je soulignais que s’il était antérieur à l’arrêt du 12 décembre 2008, il y aurait effectivement problème. Mais il est du 15, trois jours après l’arrêt devenu public, peut-on lire vendredi dans Le Soir. Et son auteur, qui avait fait acte de candidature à un poste d’administrateur de Fortis en novembre, n’est pas retenu à ce moment comme candidat par Deminor.

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Je m’efforce toujours de rester à l’écart des polémiques qui concernent des gens ou des institutions avec qui je suis ou ai été en relations d’affaires ou assimilées. C’est une question de crédibilité, me semble-t-il. Et c’est en tout cas un domaine dans lequel il s’impose de faire preuve de la plus grande transparence.

Pour ceux qui l’ignoreraient, je mentionne donc explicitement ici que j’ai écrit un livre sur l’affaire Fortis avec l’avocat Mischaël Modrikamen, que j’entretiens avec lui des relations cordiales et que j’ai de la sympathie pour le combat des actionnaires qu’il défend, même si je n’en suis pas.

Cela étant posé, j’ai été réveillé un peu brutalement, ce matin, par un journal parlé qui faisait état d’un « nouveau scénario du Fortisgate« , cette sombre affaire qui a coûté son gouvernement et son poste de premier ministre à Yves Leterme. C’était dans La Libre, sous la plume de Martin Buxant.

J’ai lu cet article avec attention. Evidemment. Je n’y ai rien trouvé d’autre que l’énoncé d’une thèse, d’une interprétation de quelques faits connus depuis des semaines – ils avaient été énoncés il y a près d’un mois par De Standaard notamment -, comme l’existence de plusieurs communications téléphoniques entre un magistrat de la Cour d’appel de Bruxelles et le député socialiste flamand Dirk Van der Maelen.

Le seul élément potentiellement neuf, à ma connaissance et comme je peux le comprendre d’ici, serait un courriel adressé au cabinet Modrikamen, avec copie chez Deminor, par un intervenant qui allait être ensuite proposé comme administrateur de Fortis Holding par Deminor. Mais Martin n’en fournit ni le contenu, ni la date. Or, ceux-ci sont évidemment essentiels et cela peut être facilement vérifié, je suppose: ce mail ne serait éventuellement problématique que s’il donnait des informations sur le contenu de l’arrêt avant qu’il soit rendu. Sans cela – sans informations sur le contenu de l’arrêt avant son prononcé – , cela reste parfaitement anodin.

A ce stade, il ne reste donc pas grand-chose, sinon rien, de la « contre-enquête » annoncée par La Libre à grand fracas. Sinon une interprétation qui conviendra bien au ministre des Finances et à Yves Leterme de faits connus depuis un certain temps. Chez Modrikamen, on hausse les épaules, en parlant d’ « un contre-feu allumé par l’Etat ».

Ce n’est donc jusqu’ici qu’une énième péripétie dans une affaire qui n’a pas fini de faire consommer de l’encre et des octets, mais elle illustre bien me semble-t-il, la nécessité pour les lecteurs de lire avec un œil critique ce qu’écrivent les journaux. A trop courir derrière le scoop, on finit par en voir où il n’y en a pas, ou pas encore. On s’attire des ennuis avec tous ceux qu’on met en cause sans pouvoir apporter la preuve de ce qu’on avance. Et on finit par mettre en péril sa crédibilité.

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