Allez, comme vous êtes sages, je vous raconte encore une histoire… ;-)

Elle est vieille de trente ans, mais c’est forcé. Il faut que joue la prescription, pour pouvoir raconter des histoires qui se sont déroulées en off.

J’aime bien vous raconter des histoires. C’est peut-être l’âge, bien sûr, qui m’incite à égrener ainsi des souvenirs – vous me préviendrez quand je commencerai à radoter… – mais celle-ci me revient en lisant les journaux qui essaient désespérément de grappiller quelques infos sur la progression – ou la stagnation – de la mission de préformation d’Elio Di Rupo. Dans De Standaard, ce matin, on sent bien ainsi que la tension croît aux confidences distillées par quelques participants aux discussions.

Et c’est toujours comme ça que ça se passe.

En juillet 81, Mark Eyskens était premier ministre d’un gouvernement de sociaux-chrétiens et de socialistes. On était en pleine crise de la sidérurgie wallonne, la situation budgétaire était désastreuse et le franc sous pression. En mars, Wilfried Martens avait échoué à faire approuver son « plan d’urgence » et avait démissionné. Avant de partir en vacances, le gouvernement Eyskens devait élaborer un budget.

Moi, j’étais alors journaliste politique à La Libre Belgique, avec Guy Daloze comme chef de service. Et je devais suivre ces travaux budgétaires qui ennuyaient tout le monde à la rédaction. C’est pourtant une matière aussi passionnante qu’essentielle. Mais elle est complexe et rébarbative, surtout pour des journalistes qui sont rarement très à l’aise devant les alignements de chiffres…

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Mise à jour 26/5/2010: Je constate avec plaisir que Le Soir semble avoir entendu le point de vue développé ci-dessous. Ce midi en effet, BIS publie un billet d’Olivier Baum en renvoyant vers le blog-source. Comme quoi le dialogue a ses vertus. Et Le Soir des oreilles!

Notre bon vieux Soir a lancé un nouveau blog. Il y avait déjà Saga Belgica, le blog jusqu’ici fort discret de la rédaction politique qui a probablement mieux à faire, avec ses maigres effectifs surbookés, que de baguenauder sur le web. Il y a maintenant Saga Belgica BIS (un lien, on dit merci, monsieur Rossel!). BIS pour « blog des internautes du Soir ». Joli…

On y trouve déjà un francophonissime déjanté, qui dévore un Flamand du VMO à chaque repas – avec ses bottes cloutées et son coup de poing américain – et, plus sérieusement, des gens sympas comme Pamina et Alexandre Plennevaux. Et peut-être moi.

Ils m’ont demandé. J’ai dit « oui », pour autant que ça se fasse de manière équitable. C’est-à-dire avec un lien vers l’URL de l’article reproduit et aucune équivoque sur le fait qu’il s’agit d’un article de mon blog. Et depuis, au moment de publier ce billet en tout cas, je n’ai pas de nouvelles.

Enfin si. J’en ai une. C’est Alexandre qui a bondi en voyant son premier article republié. Voyez ici (un deuxième lien, monsieur Rossel). Vous pouvez deviner qu’il s’agit d’un article de son blog et pas un guest post, vous?

Ce n’est pas une ficelle, c’est un câble en acier.

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Ce matin, j’ai trouvé Alexandre carrément hilare, derrière son comptoir de libraire. « On y est » m’a-t-il dit. Et il me montre le numéro du jour de « La Libre« . Une pleine page de pub en une. Je ne vous dis pas pour quel marchand de vacances, je ne l’aime pas. Chacun ses goûts.

En même temps, il me montre une autre « une », celle du normalement très sérieux Daily Telegraph. Il paraît que Carla tromperait son présidentiel époux avec le nouveau Tino Rossi et que Nico se consolerait dans les bras musclés de la karatekate dont il a fait une ministre.

Il paraît aussi que la dame n’est pas contente. Je la comprends.

Et ça juste après que la DH eut donné la migraine aux lecteurs qui lui restent en publiant des photos floues qu’il faut regarder au travers de ridicules lunettes en carton pour obtenir un effet 3D, je ne vous dis que ça.

Il est impératif que Le Soir réagisse au plus vite, sous peine de perdre des parts de marché. Je suggère un journal en papier comestible avec des goûts différents pour chaque cahier: potage aux poireaux pour le premier, croquette aux crevettes pour le deuxième, et ainsi de suite jusqu’au dessert.

On n’arrête pas le progrès. Ce sera dur, mais les journaux s’en sortiront.

Roger Gicquel est mort. Un infarctus, à l’âge où, précisément, on perdrait le droit, d’après le slogan, de lire le journal de Tintin reporter, « le journal des jeunes de 7 à 77 ans ». C’était, c’est et ça restera le journalisme comme je l’aime. Un journalisme d’auteur, à mille lieues du journalisme aseptisé, émasculé qu’on veut nous imposer comme le modèle d’une illusoire objectivité et qui n’a plus aucun sens à l’âge où la nouvelle est connue de tous avant de paraître dans la presse.

Illustration:

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Ceci, que vous avez sûrement déjà revu ailleurs, était l’ouverture du journal de TF1, le 18 février 1976.

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Jacques Gevers a été rédacteur-en-chef du Vif-L’Express de 1989 à 2005. Puis il a été limogé. Le rédac’chef, dans un organe de presse, c’est un peu comme l’entraîneur d’une équipe de football professionnelle. C’est le fusible qu’on remplace quand tout va mal. C’est parfois salutaire, parfois ça ne sert à rien, parce que ce n’est pas lui qui est responsable de la déglingue.

Cinq ans après, Jacques raconte sa version de l’histoire. Il la publie dans un numéro de La matière et l’esprit, la revue de l’Université de Mons-Hainaut qui a chargé Jean-Jacques Jespers de rassembler une demi-douzaine de contributions sur le thème: « Emotocratie: émotion, medias et pouvoir ».

L’UMH n’étant apparemment pas à l’avant-garde du web, je suis bien en peine de vous renvoyer à une page tant soit peu pratique pour vous permettre de vous procurer la revue. Sur celle-ci, vous trouverez une rubrique « contact » qui vous permettra au moins d’envoyer un courriel, si vous êtes intéressé.

Mais si vous voulez lire la contribution de Jacques, cliquez sur ce lien: avec son accord, j’ai fait pour vous un Google Doc de l’épreuve qu’il m’a envoyée de son article, intitulé: « Le Vif / L’Express: vie d’un hebdo, mort d’un projet« . Il me semble que c’est une contribution intéressante pour l’analyse de la crise actuelle de la presse écrite, ici hebdomadaire.

J’y ajoute ici, comme en introduction, quelques souvenirs et réflexions de mon cru car, comme vous le savez sans doute, j’ai moi-même passé trois ans au Vif, à partir de sa création en 1983.

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Le Mensuel est une nouvelle publication du journal Le Monde. Mensuelle, forcément. C’est un digest des meilleurs articles publiés dans le quotidien le mois précédent. Meilleurs ou supposés tels.

En soi, ce n’est au fond pas très différent de la « sélection hebdomadaire » de jadis, celle qui était destinée aux pauvres hères qui ne vivent pas dans l’Hexagone. Sauf que c’est plus chic. Un joli format carré, entre livre de poche et newsmagazine. De la couleur et des illustrations, photos ou infographies. Beaucoup.

Rien d’inédit donc. Un remix. Une compilation de 120 pages, plus quatre de couverture. C’est vendu € 5,90.

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Quelle déception! La Libre m’avait fait rêver, hier, avec l’annonce d’une nouvelle rubrique online sur « le meilleur du web ». Je trouvais bien un peu bizarre qu’on me promette un rendez-vous quotidien, à heure fixe, la première caractéristique du media étant d’être un flux continu, mais soit. Si l’on veut extraire « le meilleur », il faut une intervention humaine et, compte tenu de la modestie des moyens mis en oeuvre, je pouvais deviner que ce ne serait pas un full-time job.

Ce n’en sera pas un, en effet. Le meilleur du web, dans La Libre, c’est la plus banale et la plus ringarde des revues de presse à l’ancienne, avec juste un lien vers la home page des sites internet de la presse. Ce qui veut dire que ledit lien ne vous conduit même pas à l’article cité, cherchez le vous même si vous avez le temps.

C’est… comment dire? Consternant. 

Chacsam est tellement écoeuré qu’il n’arrive même pas à commenter.

Je n’aime pas critiquer les confrères. Je me donne alors des airs de pion qui ne me vont pas du tout. Mais grands dieux, les amis, quand allez-vous cesser de vous complaire dans votre passé révolu? Il y a des centaines, des milliers de blogs et de sites d’amateurs, dans le monde, qui font tellement mieux que ça.

Demandez par exemple à un journaliste de chacun des services de La Libre et de la DH d’envoyer tous les jours à la rédaction online les liens vers ce qui a retenu son attention sur le web. Et balancez ça sur votre site. Cela vous prendra moins de temps et, croyez-moi, ce sera mille fois plus intéressant que cette nouvelle « rubrique » totalement inutile que vous venez de lancer et que vous abandonnerez dans quelques jours ou dans quelques semaines, parce que personne ne la lit et que ça ne vous rapporte qu’un nombre dérisoire de clics.

1xxiLe neuvième numéro de XXI est arrivé en librairie. L’éditeur y a joint un dépliant promotionnel  assez bien fichu qui m’inspire quelques réflexions que je vous livre ici, brutes de décoffrage.

Cela fait un billet un peu décousu, me rends-je compte en le relisant et en y ajoutant ce paragraphe. Il y a plusieurs thèmes ébauchés. J’espère que vous me le pardonnerez, mais c’est ça aussi un blog: les idées comme elles viennent, pour servir ultérieurement peut-être.

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La colère des éditeurs « privés » (mais subventionnés) contre les efforts de la rtbf.be pour investir la Toile me paraît être un signe de plus de leur incompréhension crasse du media internet.

« Nos efforts pour trouver un nouveau business model susceptibles de financer les contenus journalistiques et pluralistes de qualité, disent-ils, sont anénatis par cette concurrence déloyale subventionnée par les pouvoirs publics« .

C’est idiot.

Il faudrait quand même que ces braves gens comprennent un jour qu’un site d’information qui cartonne n’enlève aucun visiteur à ses voisins mais leur en amène, au contraire. Enfin… S’ils sont de qualité bien sûr, ce qui est encore très loin d’être le cas, dans notre petite Belgique francophone.

Cela étant, je n’ai pas dit que le recours à la pub pour financer une radio-télévision publique était une bonne chose, mais c’en est une autre. Comme les aides à la presse qui, en mettant les journaux sous respirateur, retardent les restructurations indispensables et faussent également cette pauvre concurrence…

La presse écrite ne va pas bien. Ses diffuseurs non plus. Ce que j’entends chez mes amis de Prodipresse, c’est rien moins que l’annonce d’un véritable « bain de sang social », pour parler comme don Elio Di Rupo. Fermeture de points de vente, faillites…

Ce n’est pas seulement la baisse des ventes de journaux en kiosque qui est en cause – il y a aussi la Loterie Nationale qui fait des infidélités à son réseau, et le tabac qui a mauvaise… presse – mais dans ce cœur de métier, la vie n’est pas rose pour les marchands de journaux qui sont également confrontés à un mammouth fort peu amène avec eux: les Agences et Messageries de la Presse (AMP).

Voilà en effet un fournisseur en position de monopole qui se comporte avec ses clients comme un seigneur féodal avec ses serfs.

Un nouveau système de gestion des invendus a été mise en place.

Il faut savoir que chaque jour ouvrable, les AMP déposent chez les diffuseurs un stock de publications qu’elles leur facturent, à charge pour eux de faire établir, plus tard, une note de crédit pour les exemplaires qu’ils leur restituent comme « invendus ». Situation fort confortable pour le fournisseur qui améliore ainsi son fonds de roulement sur le dos de ses clients.

Ces invendus sont placés dans des bacs que les libraires inventorient à leur départ (autant de « Soir » retournés, de « Libre », de « DH »,  de « Big Boobs », etc.) A l’arrivée, les AMP scannent les retours. Et les comptes ne tombent évidemment pas juste. Dans la grande majorité des cas, si j’ai bien compris, les AMP affirment ne pas trouver dans les bacs tout ce que les libraires prétendent   y avoir mis. Et les réclamations pleuvent.

La situation s’envenime au point qu’on en est maintenant aux constats d’huissier et que, vraisemblablement, les citations devant les juges vont suivre. Du côté des libraires, nombreux sont maintenant ceux qui se filment en vidéo pour qu’il reste une trace de ce qu’ils ont placé dans les fameux bacs. Ces thrillers palpitants sont disponibles sur Daily Motion, voyez ici.

Les AMP balaient tout ça d’un revers de la main. « Vous pourriez parfaitement filmer le placement de vos invendus dans les bacs et les en retirer auprès », objectent-elles. On accuse les libraires de tricher, quoi. Ambiance. Le problème est évidemment que de leur côté, les libraires pourraient tout aussi bien accuser les AMP d’envoyer au pilon des exemplaires retournés sans les scanner…

Je suis curieux de voir ce que la justice dira de tout ça. Mais de mon point de vue, il me paraît bien étrange, ce système qui autorise une des parties dans un contrat à fixer souverainement, sans contrôle possible de l’autre partie, ce que celle-ci lui doit…

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