Archive pour la catégorie ‘Medias’

La grande presse innove

Mercredi 10 mars 2010

Ce matin, j’ai trouvé Alexandre carrément hilare, derrière son comptoir de libraire. « On y est » m’a-t-il dit. Et il me montre le numéro du jour de « La Libre« . Une pleine page de pub en une. Je ne vous dis pas pour quel marchand de vacances, je ne l’aime pas. Chacun ses goûts.

En même temps, il me montre une autre « une », celle du normalement très sérieux Daily Telegraph. Il paraît que Carla tromperait son présidentiel époux avec le nouveau Tino Rossi et que Nico se consolerait dans les bras musclés de la karatekate dont il a fait une ministre.

Il paraît aussi que la dame n’est pas contente. Je la comprends.

Et ça juste après que la DH eut donné la migraine aux lecteurs qui lui restent en publiant des photos floues qu’il faut regarder au travers de ridicules lunettes en carton pour obtenir un effet 3D, je ne vous dis que ça.

Il est impératif que Le Soir réagisse au plus vite, sous peine de perdre des parts de marché. Je suggère un journal en papier comestible avec des goûts différents pour chaque cahier: potage aux poireaux pour le premier, croquette aux crevettes pour le deuxième, et ainsi de suite jusqu’au dessert.

On n’arrête pas le progrès. Ce sera dur, mais les journaux s’en sortiront.

Dire « je », signer et prendre ses responsabilités

Lundi 8 mars 2010

Roger Gicquel est mort. Un infarctus, à l’âge où, précisément, on perdrait le droit, d’après le slogan, de lire le journal de Tintin reporter, « le journal des jeunes de 7 à 77 ans ». C’était, c’est et ça restera le journalisme comme je l’aime. Un journalisme d’auteur, à mille lieues du journalisme aseptisé, émasculé qu’on veut nous imposer comme le modèle d’une illusoire objectivité et qui n’a plus aucun sens à l’âge où la nouvelle est connue de tous avant de paraître dans la presse.

Illustration:

Image de prévisualisation YouTube

Ceci, que vous avez sûrement déjà revu ailleurs, était l’ouverture du journal de TF1, le 18 février 1976.

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Jacques Gevers raconte son histoire au « Vif »… et moi la mienne

Jeudi 18 février 2010

Jacques Gevers a été rédacteur-en-chef du Vif-L’Express de 1989 à 2005. Puis il a été limogé. Le rédac’chef, dans un organe de presse, c’est un peu comme l’entraîneur d’une équipe de football professionnelle. C’est le fusible qu’on remplace quand tout va mal. C’est parfois salutaire, parfois ça ne sert à rien, parce que ce n’est pas lui qui est responsable de la déglingue.

Cinq ans après, Jacques raconte sa version de l’histoire. Il la publie dans un numéro de La matière et l’esprit, la revue de l’Université de Mons-Hainaut qui a chargé Jean-Jacques Jespers de rassembler une demi-douzaine de contributions sur le thème: « Emotocratie: émotion, medias et pouvoir ».

L’UMH n’étant apparemment pas à l’avant-garde du web, je suis bien en peine de vous renvoyer à une page tant soit peu pratique pour vous permettre de vous procurer la revue. Sur celle-ci, vous trouverez une rubrique « contact » qui vous permettra au moins d’envoyer un courriel, si vous êtes intéressé.

Mais si vous voulez lire la contribution de Jacques, cliquez sur ce lien: avec son accord, j’ai fait pour vous un Google Doc de l’épreuve qu’il m’a envoyée de son article, intitulé: « Le Vif / L’Express: vie d’un hebdo, mort d’un projet« . Il me semble que c’est une contribution intéressante pour l’analyse de la crise actuelle de la presse écrite, ici hebdomadaire.

J’y ajoute ici, comme en introduction, quelques souvenirs et réflexions de mon cru car, comme vous le savez sans doute, j’ai moi-même passé trois ans au Vif, à partir de sa création en 1983.

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Requiem pour le vieux monde

Jeudi 11 février 2010

Le Mensuel est une nouvelle publication du journal Le Monde. Mensuelle, forcément. C’est un digest des meilleurs articles publiés dans le quotidien le mois précédent. Meilleurs ou supposés tels.

En soi, ce n’est au fond pas très différent de la « sélection hebdomadaire » de jadis, celle qui était destinée aux pauvres hères qui ne vivent pas dans l’Hexagone. Sauf que c’est plus chic. Un joli format carré, entre livre de poche et newsmagazine. De la couleur et des illustrations, photos ou infographies. Beaucoup.

Rien d’inédit donc. Un remix. Une compilation de 120 pages, plus quatre de couverture. C’est vendu € 5,90.

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Le « meilleur du web » dans La Libre?

Mardi 19 janvier 2010

Quelle déception! La Libre m’avait fait rêver, hier, avec l’annonce d’une nouvelle rubrique online sur « le meilleur du web ». Je trouvais bien un peu bizarre qu’on me promette un rendez-vous quotidien, à heure fixe, la première caractéristique du media étant d’être un flux continu, mais soit. Si l’on veut extraire « le meilleur », il faut une intervention humaine et, compte tenu de la modestie des moyens mis en oeuvre, je pouvais deviner que ce ne serait pas un full-time job.

Ce n’en sera pas un, en effet. Le meilleur du web, dans La Libre, c’est la plus banale et la plus ringarde des revues de presse à l’ancienne, avec juste un lien vers la home page des sites internet de la presse. Ce qui veut dire que ledit lien ne vous conduit même pas à l’article cité, cherchez le vous même si vous avez le temps.

C’est… comment dire? Consternant. 

Chacsam est tellement écoeuré qu’il n’arrive même pas à commenter.

Je n’aime pas critiquer les confrères. Je me donne alors des airs de pion qui ne me vont pas du tout. Mais grands dieux, les amis, quand allez-vous cesser de vous complaire dans votre passé révolu? Il y a des centaines, des milliers de blogs et de sites d’amateurs, dans le monde, qui font tellement mieux que ça.

Demandez par exemple à un journaliste de chacun des services de La Libre et de la DH d’envoyer tous les jours à la rédaction online les liens vers ce qui a retenu son attention sur le web. Et balancez ça sur votre site. Cela vous prendra moins de temps et, croyez-moi, ce sera mille fois plus intéressant que cette nouvelle « rubrique » totalement inutile que vous venez de lancer et que vous abandonnerez dans quelques jours ou dans quelques semaines, parce que personne ne la lit et que ça ne vous rapporte qu’un nombre dérisoire de clics.

Presse et édition: penser global

Samedi 16 janvier 2010

1xxiLe neuvième numéro de XXI est arrivé en librairie. L’éditeur y a joint un dépliant promotionnel  assez bien fichu qui m’inspire quelques réflexions que je vous livre ici, brutes de décoffrage.

Cela fait un billet un peu décousu, me rends-je compte en le relisant et en y ajoutant ce paragraphe. Il y a plusieurs thèmes ébauchés. J’espère que vous me le pardonnerez, mais c’est ça aussi un blog: les idées comme elles viennent, pour servir ultérieurement peut-être.

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Les éditeurs radotent

Jeudi 14 janvier 2010

La colère des éditeurs « privés » (mais subventionnés) contre les efforts de la rtbf.be pour investir la Toile me paraît être un signe de plus de leur incompréhension crasse du media internet.

« Nos efforts pour trouver un nouveau business model susceptibles de financer les contenus journalistiques et pluralistes de qualité, disent-ils, sont anénatis par cette concurrence déloyale subventionnée par les pouvoirs publics« .

C’est idiot.

Il faudrait quand même que ces braves gens comprennent un jour qu’un site d’information qui cartonne n’enlève aucun visiteur à ses voisins mais leur en amène, au contraire. Enfin… S’ils sont de qualité bien sûr, ce qui est encore très loin d’être le cas, dans notre petite Belgique francophone.

Cela étant, je n’ai pas dit que le recours à la pub pour financer une radio-télévision publique était une bonne chose, mais c’en est une autre. Comme les aides à la presse qui, en mettant les journaux sous respirateur, retardent les restructurations indispensables et faussent également cette pauvre concurrence…

Ecriture: une erreur sur la cible

Jeudi 7 janvier 2010

Michael Kinsley est un expert américain connu et reconnu. En journalisme. Dans le dernier numéro paru de la revue The Atlantic (via Eric Mainville), il publie un article dans lequel il applique scrupuleusement les principes qu’il préconise : l’essentiel est dans le titre et dans le premier paragraphe. C’est la fameuse « pyramide inversée ».

Le titre : Cut this Story ! (raccourcissez-moi ce papier).

Le premier paragraphe (ma traduction) :

Une des raisons pour lesquelles les amateurs de nouvelles délaissent les journaux pour Internet n’a rien à voir avec la technologie. Les articles de journaux sont trop longs. Sur Internet les articles informatifs vont droit au but. L’écriture journalistique, par contraste, est encombrée de conventions qui n’ajoutent rien à votre compréhension de la nouvelle.

L’expert illustre ensuite son propos en commentant des articles du New York Times et du Washington Post. Il y dénombre les mots qu’il juge inutiles. Et dénonce le recours de plus en plus fréquent aux trucs et astuces des auteurs de thrillers et de polars pour entretenir artificiellement le suspense. Ce qui égare, suggère-t-il, le lecteur qui ne trouve plus ce qu’il cherche : l’information.

Du point de vue de l’écriture, c’est certainement pertinent mais je crois que Kinsley se trompe magistralement de cible dans sa critique de la pratique journalistique.

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La Libre devient dure de la feuille

Samedi 2 janvier 2010

Aujourd’hui, j’ai acheté Le Monde Diplo pour sa manchette sur ce qu’il appelle « le mythe renaissant de l’Islam conquérant », Le Magazine des Livres pour un dossier sur « les écrivains de l’année » et Le Magazine Littéraire pour Spinoza et pour André Brink.

Pas de quotidien. J’ai seulement feuilleté La Libre sous l’œil bienveillant d’Alexandre pour voir si elle s’excusait. Penses-tu! Je ne suis même pas sûr qu’elle a vu qu’il y avait un problème, la vieille Léopoldine, comme l’appelait Pan, jadis. Robert en avait pourtant averti le patron sur son profil Facebook, mais il n’a même pas répondu.

Et c’est quoi, le problème? L’édito de Duchâteau, jeudi. L’ancien rédacteur-en-chef et nouveau rédacteur-en-chef adjoint (!) y parlait, tenez-vous bien, de « la nature (c’est moi qui souligne) dramatiquement perverse de certains peuples ».

Je ne connais pas bien Duchateau, mais je ne pense pas qu’il soit raciste à ce point. Il y a des individus pervers, on peut déjà douter qu’ils les soient de naissance. Lisez par exemple La Part de l’Autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui bâtit tout un roman sur un Hitler qui aurait été reçu à l’Académie. Mais des peuples tout entiers? Et lesquels? Les Iraniens? Les Yéménites? Les Allemands? Les Flamands? Les Monégasques?

La phrase qui s’est échappée de la plume de Duchateau est si grotesque que je ne peux imaginer qu’il soit question d’autre chose que d’un lapsus calami. Mais elle est imprimée.

J’ai tiqué, comme Pamina sur Twitter. Je ne suis pas le seul. L’éditorialiste a reçu une belle volée de bois vert dans les commentaires de son article. Mes lecteurs ont réagi sur Facebook. Et Luc Van Braekel a embrayé sur son blog, un des plus lus en Flandre.

Je n’en ai pas parlé tout de suite ici, parce que je voulais laisser au canard une chance de se rattraper dans son édition suivante. La vraie classe eût été de reconnaître qu’il avait glissé sur une plaque de verglas un peu traîtresse en cette saison. Comme Obama quand il a admis qu’il avait « foiré » dans une anecdote policière.

Mais non. Silence. Circulez, y’a rien à voir. Ou alors, les excuses étaient si bien cachées qu’elles m’auront échappé.

C’est comme ça que, petit à petit, morceau par morceau, les gazettes perdent leur crédibilité auprès de leurs amis les plus fidèles et les plus anciens. Il y a des vieillesses qui sont des naufrages.

Update 5/1/09: En tête de la page « Débats » du journal, ce matin, Jean-Paul Duchâteau reconnaît honnêtement que la formulation qu’il a employée était « maladroite et malencontreuse ». Je trouve ça très bien. Je ne doutais d’ailleurs pas que ses mots avaient largement dépassé sa pensée. Il me semble seulement que « La Libre » aurait pu se montrer plus réactive. Cinq jours pour une correction, c’est beaucoup quand même…

Entreprendre ou mourir en 2010

Jeudi 31 décembre 2009

Je pars d’un petit fait d’actualité et je laisse s’emporter ma plume. C’est le petit cadeau que je fais à mes amis journalistes pour la nouvelle année. Puisse-t-il leur servir.

J’ai été – comment dire? – un peu interloqué quand j’ai appris que Michel Konen – qui a été rédacteur-en-chef à la RTBF et a dirigé pendant six ans la rédaction de La Libre Belgique -, allait devenir directeur de la communication d’un parti politique. Le cdH en l’occurrence.

Choqué? Non. Il n’y a rien de choquant dans les transferts de la « société civile », comme on dit, à la politique, et vice-versa. C’est même très sain, je pense. Parce que la politique n’est pas – ou ne devrait pas être – une profession.

Mais ceci me paraît quand même poser, quelque part,la question de l’évolution de l’image et du statut de rédacteur-en-chef d’un grand organe de presse.

Je ne critiquerai certainement pas le choix de Michel, c’est un grand garçon que je respecte et apprécie, et qui sait ce qu’il fait.

Mais personnellement, j’ai toujours considéré l’exercice d’une fonction de rédacteur-en-chef comme le couronnement d’une carrière journalistique, le bâton de maréchal d’un vrai professionnel. C’est manifestement maintenant une conception qui appartient au passé.

Et c’est probablement un des signes les plus évidents de la crise que traverse la fonction de journaliste.

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