Je ne m’intéresse plus au football. Plus du tout. Au plus haut niveau, je n’y vois plus du sport, mais du spectacle. Comme dans la plupart des autres disciplines où circule trop d’argent. Et au rayon des amateurs, on singe les pratiques des grands. On « achète » des matchs pour jouer aux importants et rester en deuxième provinciale ou monter en première. Et on qualifie de « caves » ceux que révulsent ces mœurs dépravées ou qui critiquent le concept de « faute nécessaire », celle qu’un joueur commet quand il est battu, pour empêcher l’adversaire de cueillir les fruits de sa supériorité technique.

Je suis ce genre de « cave » et je le revendique fièrement. Je n’en parle plus que de loin en loin  parce que c’est inutile et ça ne vaut pas la peine de se disputer là-dessus avec des amis. Aujourd’hui, je vous dirai quand même que ça m’a beaucoup amusé de voir que lors de la première journée du championnat de France, Lorient s’en est allé torcher le Paris Saint Germain au Parc des Princes. Le PSG, si vous ne le savez pas, a été racheté par un milliardaire quatari qui a financé le transfert d’une brochette de stars mercenaires « pour que Paris ait enfin un club à la mesure de son statut de métropole européenne ». Comme Chelsea, par exemple…

Bardaf! A sa première sortie, cette dream team s’est fait ramasser par un petit poucet breton. Je me marre. C’est un peu puéril, d’accord, mais ça m’amuse…

A moins d’un incident plus ou moins sérieux, il n’y a aucune raison que ça bouchonne sur l’avenue Louise un 22 juillet, surtout si c’est un vendredi qui fait comme un tablier au pont suspendu entre la fête nationale et un week-end à manger des gaufres chantilly chez Marie Siska, avec du chocolat chaud. Ce midi pourtant, ça bouchonnait devant une moto de modeste cylindrée gisant sur la chaussée. Un fort des halles à moustaches de sergent-major de l’armée britannique organisait vaille que vaille la circulation qui s’écoulait goutte à goutte pour ne rien manquer du spectacle toujours prisé de la souffrance des autres. Moi, je regardais ailleurs mais je l’ai entrevu quand même, dans le coin de l’écran. On l’avait assis en bord de route, encore casqué intégral sur sa tenue de ville, appuyé à un pylône, attendant l’ambulance. La silhouette était frêle, peut-être un ado, et cette image fugace me racontait une histoire désolante de rendez-vous manqué ou de maman qui s’inquiète d’un retard encore inexpliqué. Et de belle moto cassée, à peine étrennée.

Ce n’est peut-être que mon humeur mais ça peut être triste, un lendemain de fête nationale.

Mais quelle bête journée, finalement…

Elle avait pourtant fort bien commencé, sur La Première, avec Jean-Pierre Hautier, pour parler de mon livre. Puis, le téléphone a sonné. C’était une invitation pour vendredi midi, toujours sur la même chaîne, dans Le Forum de Midi avec Fabienne Vande Meersche. Et puis une autre, sur Bel RTL  Soir le 9, à 18h20. Une chouette rencontre autour d’une Westmalle avec Dominique de Laage, du plus grand journal régional français, Sud-Ouest. Et, tiens, encore l’annonce d’un substantiel commentaire de mon livre par Elie Barnavi, dans le prochain numéro de Marianne. Que du bonheur, vraiment…

Là-dessus, Fred Cauderlier m’appelle pour m’annoncer qu’il prend en charge la com’ du MR. Il est enthousiaste et je suis sincèrement content pour lui. Il relève un défi, comme il faut savoir le faire à certains moments-clés de sa vie. Mais là, déjà, j’ai un petit pincement au cœur, c’est égoïste, je sais. On se verra moins, forcément, même si on va fêter ça entre amis. Et puis quand même, c’est un fameux tournant dans l’histoire de « Sans langue de bois ». Mais c’est la vie.

Et c’est par-dessus tout ça qe j’apprends que notre bon sire a nommé un nouveau… un nouveau quoi? Négociateur, vous ne rêvez pas, c’est bien un cauchemar. Wouter Beke, le récent sacristain du CVP CD&V. Enfer et damnation…

Le ridicule ne tue plus.

Tout nu dans la serviette qui lui servait de pagne, Wouter avait le rouge au front et le savon à la main, comme dans la chanson. Au suivaaant! a gueulé le grand ordonnateur des cérémonies. Et il s’est avancé. Chacun son tour. Ils y passeront donc bien tous, les grands, les gros, les p’tits, les moches, les schtroumpfs à lunettes et peut-être même une schtroumpfette, Pinocchio et puis les 101 dalmatiens, tous dans la file pour leur tour de manège, dérisoire heure de gloire du régional de l’étape, nez pincé, fesses serrées, mine à jamais constipée.

Que voulez-vous que je vous dise?

J’ai les lèvres gercées.

Tartuffes! Jean-foutre! Hypocrites! Culs-bénits! C’est à vous que je parle, oui, vous, les amputés du bulbe qui enfourchez vos rossinantes décharnées parce qu’un Flamand qui n’est pas mon ami mais n’en dit pas pour autant que des conneries vous rappelle en allemand qu’on est dans la merde, au royaume de Belgique. Bien profond. Pour longtemps. On y est depuis si longtemps que vous n’en reconnaissez plus le parfum. Et ça vous choque, pauvres chéris, qu’on vous dise que nous en sommes malades et occupés à en crever. Oufti! la sainte trouille… Que vont dire de nous les gens qui nous entourent?

Ordinairement, j’ai la plume assez franche, je crois, mais plutôt courtoise. Je l’enrobe de préférence des fleurs et du velours qui facilitent le transit gastro-cérébral. Mais là, vous me la hérissez. Vous la plongez malgré moi dans l’encrier de l’indignation la plus crue et me forcez à vous assaillir de propos pamphlétaires qui écorcheront vos tympans confits de bien-pensance.

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Un jeune de 26 ans. Il est sorti des études avec un diplôme de l’enseignement secondaire. Il a essayé l’université mais ça ne lui convenait pas. Il s’est inscrit à une formation dans la restauration car il avait en tête un « concept », comme ils disent. Une journée de cours par semaine, si on peut appeler ça des « cours ». Les autres jours en stage « rémunéré », pour apprendre le métier. En principe.

En fait, pour 400 euro par mois, on l’a fait bosser comme moins que rien dans des cuisines. Du rangement, de la plonge, parfois de la mise en place. Bien plus de 40 heures par semaine. Pour 400 euro et, parfois, un peu de black. Et des engueulades, en veux-tu en voilà. Un chef de cuisine, ça a ses nerfs. Des bagarres aussi, avec des camarades guignant son matériel ou son portefeuille. Trente-deux heures étaient théoriquement un maximum, mais allez faire valoir vos droits quand on peut vous virer d’un jour à l’autre et qu’on fait la file au dehors pour s’emparer de votre place.

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La coupe du monde de foute-balle me laisse de glace. Mais le jeu, ce « sport de gentlemen joué par des voyous », me plonge parfois dans des abîmes de perplexité, quand l’écho de ses controverses parvient à mes oreilles ennuyées.

Vous avez sûrement encore en mémoire, comme moi, le scandale provoqué par la faute de main de Thierry Henry, celle qui autorisa l’équipe de France, au lieu de celle d’Irlande, de se couvrir de ridicule en Afrique du Sud. Vous avez vu, hier soir, un certain Suarez repousser des deux mains un ballon ghanéen qui allait pénétrer dans le but de la Céleste?

Carton rouge et penalty, on est d’accord. Penalty raté, c’est le jeu. Il n’en reste pas moins que les mains de Suarez ont changé la face de la compétition plus sûrement que le nez de Cléopâtre celle du monde. Scandale? Que nenni pour les brillants intellectuels du commentaire à chaud: Suarez, le brave petit, « s’est sacrifié » pour son équipe. Et on trouve ça beau. Grand. Sublime d’abnégation.

Je ne comprends pas. En enfreignant sciemment les règles du jeu pour en changer le cours, ce Suarez n’a pas moins triché que le Titi. Moi, si j’avais été l’arbitre, j’aurais accordé le but. Le ballon n’a pas franchi la ligne? On s’en fout. Ce qui compte, c’est ce que « voit » l’arbitre. Et je la voyais au fond, moi, cette balle, quoi que puissent en direles caméras.

Mais bon: Ghana ou Uruguay, rien à cirer. Pourvu que nos voisins hollandais, au tour prochain, punissent les tricheurs aussi durement qu’ont été punis les bleus.

Et si vous n’êtes pas convaincu que ce Suarez n’est qu’une petite frappe, lisez donc l’explication qu’il a fournie de son geste…

Dans le folklore des quartiers chauds, le crêpage de chignons entre péripatéticiennes est un grand classique. Les éditeurs de journaux et la RTBF nous en offrent gracieusement un passionnant remake ces jours-ci.

Au menu de plus récent épisode, la RTBF est mise en demeure de ne plus concurrencer les gazettes en faisant aussi bien qu’elles, sur son site web et d’accaparer ainsi une part du marché publicitaire.

On ne sait pas trop qui a commencé, en fait, de la retebœuf qui reproche aux gazettes de publier podcasts et vidéos sur leurs sites internet, ou des canards qui lancent des radios « libres » et des ersatz de web-TV mais contestent maintenant, par lettres d’avocat, le droit de la radio-télé publique de publier des pages écrites (et des images fixes) sur le web.

C’est débile, me direz-vous, si vous connaissez un peu le fonctionnement de la Toile. Ce l’est encore plus si vous comprenez comme moi que ce que demandent les éditeurs, au fond, c’est la limitation de la liberté d’informer et de s’exprimer.

Et tout ça pour quoi? On ne parle pas ici d’audacieux pionniers en quête de terres inconnues, mais de vieilles maquerelles décaties thésaurisant leurs parts du marché agonisant de la réclame. C’est donc bien une bagarre comme on en déclenchait jadis à grands coups de sacoches et de talons aiguilles, vers les cinq heures du matin, quand Paris s’éveillait et qu’à La Villette on tranchait le lard…

Cela pourrait être drôle, ce n’est que pathétique.

Tous ces journaux au passé glorieux sont occupés à mourir et le seul projet qui reste à leurs éditeurs, en pratique, est d’être le dernier à passer, pour avoir l’honneur insigne et la jouissance ultime d’être celui qui éteindra la lumière en sortant.

Ceux qui se demandent si Le Soir est devenu un nouvel avatar de Pif Gadget n’ont qu’à se dire que oui et la question sera réglée: mercredi, le quotidien vespéral du matin offrait à ses lecteurs, pas pour 5 euros, ni pour 4, ni pour 3, ni même pour 2 euros, mais pour un tout petit euro à peine, messieurs-dames, un magnifique bloc de résine transparente comprenant… comprenant… devinez quoi? Oui! Un authentique scorpion doré de Mandchourie, ouiii, m’sieurs-dames!

Et on remet ça la semaine prochaine, avec une superbe araignée diable et son fascicule, chers clients, suivie dans quinze jours par un scarabée rhinocéros. Une ma-gni-fi-que collection de non pas 10, non pas vingt, ni trente, mais qua-ran-te ‘insectes et arthropodes que vous rangerez précieusement dans les petites boîtes spécialement conçues à cet effet et que vous proposera votre libraire pour un prix modique! Non, messieurs-dames, vous ne rêvez pas! Le Soir fera de vous des entomologistes!

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Jean-Denis Lejeune fait savoir aux Wallons qu’il va se lancer en politique. C’est dans la DH.

C’est désarmant, quand même, cette façon d’annoncer: « En 2011, je me porterais bien candidat, mais je ne sais pas encore sur quelle liste. Je vais voir ce qu’on me propose ».

C’est une petite annonce, en somme. Une demande d’emploi. Le mercato est ouvert. Qui veut de Jean-Denis Lejeune? Un « Wallon connu » comme il y a des « Bekende Vlamingen ». Une ramassette électorale – ou supposée telle. Qui ouvre les enchères?

C’est naïf.

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[Mise à jour - deux bonnes heures plus tard... ]La fracture médiatique existe, je l’ai rencontrée… Sur Facebook, deux amis réagissent au quart de tour et me disent qu’ils ont aimé cet article qui suit, ce qui suppose qu’ils ont compris de quoi je parle. Sur Twitter et ici, deux lecteurs se disent perplexes et me demandent de quoi il s’agit…

Ces deux derniers n’ont pas tort. A me relire, je confesse que ce n’est pas clair pour qui ne vit pas en Belgique et n’y suit pas un peu l’actualité. La rixe qui a éclaté publiquement entre la hiérarchie des services de police et la magistrature à propos de la corruption alléguée de certains membres de celle-ci m’a toutefois paru tellement énorme qu’inconsciemment, je n’imaginais pas qu’il pût y avoir un doute.

Péché d’orgueil, sans doute. Ce serait une faute de journalisme, si je faisais ici du journalisme. Mais j’ai annoncé que c’était une humeur que j’exprimais ici, avec tout ce que cela emporte. Me voici toutefois quand même arroseur arrosé, surpris en défaut de n’avoir pas pris suffisamment en considération le point de vue de mes lecteurs. D’où cette mise à jour que je poursuis après le texte originel de ce billet, auquel je ne touche pas.

La honte ou la colère? Ou les deux? Quels sentiments inspire le spectacle obscène de cet Etat qui achève sous nos yeux le processus de son infecte décomposition?

La colère bien sûr, irrépressible, qui se déverse sur le plastron du corrompu archétypal, petit personnage médiocre mais bouffi par l’importance qu’il ne tient que de son statut et ballonné par les airs qu’il se donne pour cacher son aérophagie à la plèbe, à tous ceux qui ne sont pas de son rang. Est-il juge, ministre ou fonctionnaire? On n’en sait rien et on s’en fiche. Il suffit de savoir qu’il est le sous-produit d’un système qui s’écroule sous son propre poids.

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