La Libre pleure son passé. Je plaisante. C’est toujours un grand journal. Qui a eu l’idée un peu convenue mais peut-être excellente – on jugera sur pièces – de faire parler les grands anciens, ceux qui « ont été ministres ». Le premier, aujourd’hui, c’est Philippe Maystadt.
Un grand, un vrai. Je l’ai suivi, comme journaliste, depuis ses débuts, à la fin des années 70. Et il y a toujours eu une certaine connivence entre nous. Peu après que j’ai quitté la presse, j’étais à l’ULB et j’avais écrit une tribune libre dans Le Vif. J’ai eu la surprise d’entendre son attaché de presse au téléphone. Léon Vivier. « Je te mets en communication avec Philippe », m’a-t-il dit. Ah bon? Il voulait simplement parler un peu avec moi de mon article.
Le genre de démarche que certains politiques cajoleurs entreprennent parfois avec des journalistes présumés influents. Mais je ne l’étais plus, si je l’ai jamais été. Non, il voulait me parler, c’est tout.
Fin 2005, je l’avais invité à Lille, au salon européen de la biotechnologie.
Je voulais organiser une rencontre entre lui et les acteurs belges et français du secteur. Il a déplacé son cours, à l’UCL, et il est venu. Quand je lui ai dit que je ne pouvais l’accueillir officiellement parce que je n’étais plus administrateur-délégué de BioVallée – Philippe Suinen, le patron de l’Awex, l’a fait à ma place -, il a trouvé ça dommage. « Parce que vous savez, Charles, moi, c’est pour vous que je suis venu ».
Je ne vous raconte pas tout ça pour la ramener comme un papy nostalgique mais pour vous dire que j’ai pour Philippe Maystadt beaucoup de respect et, oui, de l’affection. Il y en a quelques-uns comme lui dans les hommes de pouvoir que j’ai fréquentés professionnellement, mais il y occupe une place spéciale.
Bon. Cela pour dire que je ne suis pas du tout d’accord avec certaines des confidences qu’il a faites à Francis Van de Woestyne. Car si c’est évidemment à très juste titre qu’il dénonce l’hyper-médiatisation de la scène politique d’aujourd’hui – l’image a remplacé le message – et qu’il avoue qu’il ne pourrait pas jouer dans cette pièce, je crois qu’il se trompe fondamentalement en accusant le media – internet – d’être à l’origine de cette dérive.
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