Il gisait donc au pied d’un de ses cerisiers, où l’ont découvert son fils et sa compagne, la nuit tombée. Un fin tragique sans doute, mais romantique aussi pour le dernier président qui ait réussi à faire du socialisme une ligne claire et populaire en Flandre. Moderne aussi. Et ouverte sur le monde et sur la jeunesse.
Karel Van Miert au fond, ce n’était pas tant l’index et le pouvoir d’achat. Mais les missiles Cruise et Pershing de la fin de la guerre froide. Et puis l’Europe, comme membre éminent de la Commission, au Berlaymont. Il fut l’un des signataires du pacte d’Egmont aussi.
Et puis, immédiatement après sa présidence, il y eut l’affaire Agusta. Les pots-de-vin, une brochette de ministres socialistes traînés en Haute Cour, jugés par la Cour de cassation. Toute la lumière n’est pas faite là-dessus, mais c’est dans ce bourbier que s’est englouti le parti qu’il avait requinqué.
Il en a été doublement affecté. D’abord, disait-il, parce qu’il avait refusé cet argent sale qu’on offrait à son parti, mais qu’il y est quand même entré; ensuite parce que la structure a tenté de se protéger en impliquant la secrétaire du parti, devenue sa compagne, Carla Galle. Et devant les enquêteurs, c’est Carla qu’il a protégé, pas le parti. Le parti ne le lui avait pas pardonné.
C’était un romantique, je vous dis. Karel Van Miert. Un socialiste flamand atypique. D’ailleurs, il venait d’une famille campinoise de cultivateurs catholiques. Et lui, c’était un intello. D’où sa croisade anti-missiles, qui résonna si fort dans les tréfonds de la Flandre pacifiste. Et la trace profonde qu’il a laissé à la Commission européenne, au portfeuille que gère actuellement Nellie Kroes. La concurrence. Il était socialiste mais il croyait au marché. . Celui qui est organisé au profit des consommateurs.
Du concerte de louanges unanimes qui vont rituellement aux chênes qui s’abattant – car comme disait Brassens, « les morts sont tous de braves types » -, je retiens celle-ci, de Freddy Willockx parce que venant de lui, je la crois sincère: « ‘t Is de grootste meneer die ik gekend heb » – « C’est le plus grand monsieur que j’aie connu »