Bruxelles: ça suffit…
Jeudi 4 février 2010Mercredi, Le Soir fredonnait la complainte du Bruxellois mal-aimé. « Pourquoi tant de haine? », interrogeait-il en une, emboîtant le pas aux pleureuses de la francophonie assiégée. Ce jeudi, sa rédactrice-en-chef, Béatrice Delvaux, signe un courageux édito commun avec son homologue du Morgen, Yves Desmet.
Il y en a que ça déroute, ces variations. Moi pas. C’est la culture du débat. Et si je préfère nettement le ton de ce jeudi, j’apprécie fort que d’autres sensibilités aient également pu s’exprimer la veille, même si je ne les partage pas.
Mais il y a un autre point sur lequel la démarche commune de Béatrice et d’Yves me paraît supérieure: elle reflète mieux la réalité composite de ma ville que le mythe décati d’un Bruxelles francophone qui ne hante plus les rêves que des nostalgiques de l’ancienne Belgique, celle des « gens bien », qui ne parlait que le français, d’Arlon à Knocke-le-Zoute.
Je vous choque? Pardonnez-moi mais c’est tant pis. Je m’irrite autant que vous de la mesquinerie « paroissiale » de certains Flamands à l’esprit étroit. Mais je ne leur reproche évidemment pas d’être Flamands. Seulement d’avoir l’esprit étroit. Et je perdrais ici mon temps à le leur dire: rares sans doute sont ceux qui me lisent régulièrement.
Ici, c’est aux francophones de Belgique que je veux faire entendre une autre mélodie que celle de la litanie « franco-frontiste ». Flandre et Wallonie peuvent bien acquérir chacune plus d’autonomie, Bruxelles sera toujours un cas à part, entre les deux.
Et Bruxelles est toujours le symbole emblématique de l’inachèvement de la réforme de l’Etat belge. Dans son édito commun avec Yves, Béatrice Delvaux co-signe ces phrases terribles:
« La Région bruxelloise compte 958 élus au total pour tous les niveaux de pouvoir (…) Dans nombre de communes bruxelloises, il existe onze niveaux différents de gestion, qui sont plus souvent en concurrence qu’en collaboration« .
Comment voulez-vous que cette ville, que cette région soit gérée de manière efficace et efficiente? Ce ne sont même pas les émoluments de tous ces mandataires, ni le budget de toutes ces administrations qui pèsent sur le destin de la ville-région. C’est leur inextricable enchevêtrement et la paralysie qui en résulte qui en sont le prix insupportable.
Les problèmes de Bruxelles sont certes ceux de toutes les grandes conurbations. Mais comme si cela ne suffisait pas, on y a surajouté un énorme foutoir institutionnel qui accapare une part précieuse des énergies disponibles.
Je dis que les Bruxellois doivent décréter que ça suffit, quelle que soit la langue qu’ils parlent de préférence. Qu’il faut penser Bruxelles comme une ville, et non plus comme un agglomérat de dix-neuf villages resserrés autour de leurs beffrois et de leurs édiles respectifs. Qui osera le dire en bon français aussi?

