Ne manquez pas ce soir, à la RTBF télé, « Terre promise« , le documentaire de Luckas Vander Taelen et Pascal Verbeken sur les 500.000 Flamands qui, de 1840 à 1960, ont quitté la Flandre pour la riche Wallonie industrielle, s’y sont installés, intégrés et y ont fait souche. Certains jusqu’à la célébrité parfois: les Cools, les Onkelinx, les Van Cauwenberghe…
Mais ce n’est pas de ceux-là qu’on va vous parler. Pas spécifiquement en tout cas, ceci est un témoignage, pas le Who’s who. En 2007, le journaliste flamand Pascal Verbeken a publié en néerlandais ce remarquable reportage: Arm Wallonië – Een reis door het beloofde land (« Pauvre Wallonie, un voyage en terre promise »).
Ce fut un gros succès: il a été réédité six fois et a obtenu, aux Pays-Bas, le prix M.J Brusse du meilleur livre journalistique. Une récompense prestigieuse dans l’univers néerlandophone, pour la première fois attribuée à un auteur belge. La Terre promise a été publiée en français par Le Castor Astral qui, sous l’impulsion de Francis Dannemark, fait connaître la Flandre et les Flamands aux francophones de Belgique. Depuis Bordeaux, oui…
J’ai lu ce bouquin. Il est en tous points remarquable. L’idée en est venue à Verbeken par le souvenir d’un autre, publié pour la première fois en 1901 par Auguste de Winne: A travers les Flandres. Natif de Ninove, de Winne a été le rédacteur-en-chef du journal socialiste Le Peuple au temps de sa splendeur. C’était un portrait de la pauvre Flandre de l’époque, celle qui a connu de vraies famines. Scènes d’apocalypse que l’on découvre par larges extraits à la fin de La terre promise (pp. 269 à 316).
Cinq cent mille de ces Flamands miséreux ont « émigré » vers la Wallonie industrielle, pour trimer – et mourir souvent, de grisou ou de silicose, dans ses charbonnages et dans ses usines, avant les Italiens dont je vous parlais l’autre jour. En 1966, pour la première fois, le nombre de chômeurs wallons a dépassé celui des chômeurs flamands.
Avec sa moto, Pascal Verbeken a sillonné la pauvre Wallonie du XXIe siècle. En commençant brièvement par la Wallifornie brabançonne, dans le sillage des BMW arborant sur la lunette arrière Baby aan boord pour plonger ensuite dans les quartiers les plus déshérités de La Louvière ou de Seraing, les quartiers des Flamands, comme le Hocquet à La Louvière, La Docherie à Marchienne-au-Pont ou la rue du Molinay, à Seraing, qui sont aujourd’hui ceux des plus récents immigrés, après avoir été ceux des Italiens, des Polonais, des Grecs, des Turcs… Au passage, un long entretien qu’il a eu avec Gaston Onkelinx, le papa de Laurette, vaut assurément le détour.
Mon ami José Fontaine, régionaliste convaincu comme chacun sait, a dit de ce livre qu’il était un des plus sûrs qu’on ait écrit sur sa chère Wallonie. Et je le crois volontiers. L’émission de ce soir a déjà été présentée à la VRT, mais elle m’a échappé. Je la regarderai ce soir. Je crois pouvoir vous recommander de faire comme moi. Et de vous procurer ce bouquin dont je gage qu’il vous donnera à penser sur ce curieux pays qui est le nôtre, sans rien prêcher, mais avec un vrai regard d’Homme. Le journalisme d’auteur comme on l’aime ici.
Màj: José Fontaine, qui réagit à la vitesse de l’éclair, me signale que la VRT diffuse également ce soir, sur la Eén, à 20h40 (donc avant Terre promise), un autre reportage sur la Wallonie, de Julien Vrebos cette fois.
2e Màj: L’ayant vu maintenant, je me dis que c’est un film qui laisse des traces. Car c’est une histoire d’amour, au fond. D’amour des gens. Un regard d’artiste sans lequel il n’est pas de grand journalisme.

Le coude désinvolte, la dextre évidente et le regard majestueusement las, sinon un peu désabusé, le Guide Suprême du Mouvement Réformateur
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